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vendredi 18 avril 2014

LES "LOIS DE LA NATURE"


(Je ne fais pas de métaphysique, je cherche à dénuder des mots, ou l'emploi de certains mots, termes, concepts, en éclairer les sous-entendus, pour justement en évacuer toute métaphysique.)
Les "lois de la nature" ne sont que les contraintes de la contingence. Aucun sens. Aucune morale. Aucune justice. C'est juste comme ça. On pourrait dire, pour faire néologisme chic, une comme-ça-ité. On dit classiquement l'immanence. C'est nous qui en ferons une loi ou une justice ou une morale, en sublimant.
Le terme ne serait-il pas un abus de langage qui colle avec une vision déiste de l'univers ?

Une "loi", pour moi, c'est quelque chose de préalable à son application. C'est en amont. Des gens, des organismes sociaux (rois, parlements, juristes, etc.) instituent des lois qui sont ensuite appliquées (en principe) par les autres hommes et institutions.

Alors que les "lois naturelles" sont une conceptualisation en aval : une mise en forme (en langage), une description, une analyse par nous humains, de ce qu'il se passe dans la nature : des phénomènes que personne n'a décidés. Qui ont lieu. Comme ça. Ce ne sont pas des lois : personne ne les a promulguées. Les concepts que nous nommons "lois naturelles" ne sont que la définition a posteriori des conditions des faits, des phénomènes.

Le scientifique, le chercheur, le "savant", comme on disait quand j'étais petit, veut découvrir, décrypter les "lois de l'univers", comme si celles-ci étaient premières, avaient été établies une fois pour toutes, avant la création, puis cachées, dissimulées, cryptées, comme pour proposer ou imposer à l'homme un jeu d'énigmes, un jeu de piste, une chasse au trésor. Cette vision prétendument scientifique est totalement liée à la croyance en un créateur, vu d'abord comme "Dieu" à la fois grandiose et quelque peu inconscient, puis vu comme un horloger ou un grand architecte, beaucoup mieux organisé, certes, mais pas plus crédible.

Les savants ne découvrent pas les lois de l'univers, ils les inventent.

D'ailleurs ne dit on pas "l'inventeur" d'un trésor ?


samedi 29 mars 2014

UN CHEMIN DANS UNE FORÊT


« J'aime bien marcher à pied, au sens philosophique du terme. » (Brève de comptoir)

… M'empêchant de marcher tout droit vers mon but, il y a un arbre, un rocher, un ravin… Je le contourne. Et ce détour ennuyeux devient un serpent dans lequel on met et remet ses pas, jour après jour. Ainsi mes pas font le chemin qui fait mes pas.

Le chemin ne s'est pas tracé tout seul. Il obéit à une volonté (humaine), il a une fonction (humaine), un but (humain), un concept (humain). Tous ces termes (volonté, fonction, but, concept) sont de l'ordre de l'abstrait. Le chemin, lui, reste concret par ses matériaux mais a été structuré par l'humain. Le lieu concerné (forêt) perd en nature (chaos) mais gagne en structure. L'intervention humaine sur la nature est d'abord cela : dénaturation / structuration.
On oppose généralement nature / culture. On pourrait aussi bien opposer nature / structure.
Pour autant, la nature est-elle du chaos ? Pas tant que ça. Elle est vue par l'humain, a priori, comme chaos. Mais l'observation, l'étude, mènent à y découvrir des structures : veines du bois ou d'un minéral. Une étude plus poussée mène à comprendre ces structuration de la matière, qu'elle soit vivante ou morte : structurations nées d'une force (poussée volcanique, pesanteur…) ou d'une fonction (fonction chlorophyllienne des plantes).
J'ai failli dire "d'un but", car on pense facilement « Pourquoi les plantes sont-elles vertes ? Pourquoi la chlorophylle ? C'est pour capter l'énergie solaire qui va permettre de changer le CO2 en O2… » Hola ?! La plante aurait-elle des intentions, des buts ? Cette manière de penser, proprement humaine, va nous retomber sur le râble à chaque coin de page. C'est pourquoi j'ai choisi le mot "fonction", plus abstrait, ne nécessitant pas forcément volonté, intention, but. Partie d'un mécanisme global qui ne fonctionne que si chacun de ses éléments a une fonction et accomplit sa fonction. C'est l'écologie. Boucles de feed-back ou rétroaction (positive ou négative), interactions, échanges, complémentarités. Il s'agit de complexité.


jeudi 27 mars 2014

BARRY COMMONER


Biologiste américain, engagé dès les années 50 dans la lutte contre les essais nucléaires. A fondé en 1980 le Parti des citoyens et s'est présenté sous cette étiquette aux élections présidentielles.
Dans son livre « The Closing Circle » de 1971, Barry Commoner a établi ses quatre lois de l'écologie, qui sont :
1. Chaque chose est connectée aux autres. Il y a une seule écosphère pour tous les organismes vivants. Ce qui affecte l'un affecte tous les autres.
2. Chaque chose va quelque part. Il n'y a pas de déchets dans la nature, et il n'y a pas un ailleurs où l'on puisse jeter les choses.
3. La Nature sait. Le genre humain a développé la technologie pour améliorer la nature, mais un tel changement tend à être nocif pour le système.
4. Un repas gratuit, cela n'existe pas. Dans la nature, chaque côté de l'équation doit être en équilibre, pour chaque gain il y a un cout, et toutes les dettes seront payées.
("Rien ne se perd, rien ne se crée" pourrait trouver sa place aussi là.)
Je contesterai seulement l'expression "la Nature sait"… ou bien j'ajouterai que c'est une métaphore, une façon de parler, tant il est difficile de parler de savoir là où il n'y a pas  conscience humaine.


mardi 18 mars 2014

NOS PERCEPTIONS DE LA NATURE


Werner Heisenberg : « Nous n'observons pas la nature elle-même, mais la nature soumise à notre méthode de questionnement. »

- Soit "Mère nourricière" (Eden, Tahiti)
- Soit "Marâtre" : danger, hostilité ; lutte contre la “marâtre nature”.
- Soit l'indifférence des purs citadins-touristes : un décor pour faire joli. Une nature civilisée, maîtrisée.
Les deux premières sont des visions d'une nature sauvage ou enfantine = sans morale. Et "quelque part", nous avons la nostalgie de cet âge d'infans, d'avant la parole, d'avant l'âge de raison, sauvage, primitif, d'avant la civilité et la civilisation. Nous envions cette pureté, spontanéité, poésie… Nous nous savons "animaux dénaturés". Et adultes prosaïques.
Si bien que l'indifférence de la troisième perception se paye cher de regrets, de nostalgie. Nous nous apprécions civilisés, certes, mais nous avons tellement envie parfois de nous rouler dans la boue, de baiser sans capote ou de foutre notre poing sur la gueule du contemporain. La civilisation est faite de scrupules.
« Si nous nous trouvons tellement à l'aise dans la pleine nature, c'est qu'elle n'a pas d'opinion sur nous. » (Nietzsche)
Nous voyons dans les mondes animaux un monde idéal = sans morale.
Nous savons qu'ils s'entretuent, s'entrebouffent, mais ils font ça sans penser à mal, sans méchanceté. Un loup mange un agneau parce qu'il a faim, il ne hait pas l'agneau. Au sens gustatif, il l'aime, même. Les animaux sont sans morale, sans responsabilité, sans justice, sans charité ni cruauté : c'est juste "leur nature". C'est juste "comme ça".
On peut trouver ça horrible, un enfer sans diable. Ou idyllique : un paradis sans dieu.
Ce n'est pas tout à fait vrai : on découvre des comportements de soin, d'entraide qu'on a envie de qualifier d'amour, de solidarité, de compassion. Et c'en sont bel et bien, ou du moins est-ce l'embryon sauvage de ce que nous nommons ainsi. Pas d'anthropomorphisme : c'est nous qui nous conduisons "comme" les animaux… mais nous, nous mettons des mots dessus, un langage sophistiqué, une idéalisation ou sublimation, des majuscules : Amour, Morale, Éthique…
Et de même pour les comportements agressifs, cruels, mortels. Il existent chez les animaux, contrairement à certaines légendes angéliques : les singes s'entretuent parfois, soit en guerres de groupes pour un territoire, soit à l'intérieur d'un groupe : meurtres de petits, par ex. Et ils ont aussi des pratiques sociales "instinctives" que nous, nous nommons rituels (je pense aux signes de soumission chez les loups, qui se retrouvent chez nous sous la forme de salutations, génuflexions, révérences, courbettes… voire visite avec la corde au cou ou le terme "merci", qui à la base signifie "pitié !".)


dimanche 16 mars 2014

Et la question irait plutôt en se complexifiant (disais-je…)



1) Car les différences culturelles entrainent parfois une hiérarchisation. Si l'on suppose des degrés dans cette nature humaine, c'est-à-dire si l'on accorde aux différentes cultures, donc aux peuples et aux gens, différentes valeurs en degrés d'humanité, il devient difficile de ne pas sombrer dans une hiérarchisation raciale – et donc raciste. Et c'est même encore plus compliqué, quand on se souvient qu'il fut un temps où l'Église n'accordait pas d'âme aux femmes (sans parler des philosophes grecs) et où l'on pouvait se demander si l'enfant lui-même, l'infans, avant l'acquisition de la parole, était "humain"… sans parler du bébé, du fœtus, de l'embryon… question toujours prégnante quand il s'agit d'avortement et même d'élimination des nouveau-nés pour cause de famine.
2) Si l'on suppose certains degrés de culture chez les animaux ou certains animaux, la spécificité humaine se retrouve mise en doute. On peut même parler de certains degrés d'humanité chez certains animaux, les grands singes en premier. Certaines de ces caractéristiques "quasi humaines" apparaissent comme "naturelles", d'autres semblent acquises par la fréquentation des humains, l'éducation, empathie et exercices aidant : cas d'animaux de laboratoire qui deviennent "plus intelligents", ou disons acquièrent certaines capacités nouvelles – et, qui plus est, les transmettent à leurs descendants.
Si bien que l'on se retrouve non plus avec deux univers bien séparés, chacun bien délimité, mais avec une sorte de chaine ou d'échelle sur laquelle on va placer animaux et humains à différents stades de leur développement.
Finalement, le vivant serait UN (mais complexe), une ligne continue, un continuum (mais évolutif), avec par moment des émergences, des discontinuités qui ne sont pas des ruptures, mais des sauts qualitatifs, comme si des accumulations (de neurones, par exemple, ou de connexions neuronales) faisaient franchir un seuil. Le changement quantitatif qui entraine un changement qualitatif, ça choque notre jugement, habitué (un peu angéliquement) à opposer le quantitatif et le qualitatif, l'avoir et l'être… Pourtant…
En filigrane de ces considérations générales, un aspect émerge, une clef, peut-être : L'ÉDUCATION.

(A SUIVRE toujours, pas forcément dans des enchainements cohérents, construits… mais dans des suites de notes toujours autour de la nature-dont-l'homme…)


Illustration de N.C. Wyeth pour Robinson Crusoë (1920)