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dimanche 16 septembre 2018

ALONE ON MOON / 35


(LES AVENTURES APOCRYPHES DE RUFUS TUCRU ET DE LOLA LOKIDOR)
Lola moléculaire
Rufus Tucru adorait les femmes, au propre comme au figuré. Mais surtout Lola.
Lola, jusqu'ici, pratiquait l'assassinat récréatif, la charcuterie aléatoire, la discrimination furtive. Elle y réussissait plutôt bien. Mais ce jour-là, elle fit une tentative de cuisine moléculaire. Sachant que l'acte d'observation modifie l'objet de l'observation, il n'aurait pas dû la regarder faire. Le résultat fut consternant. Consterné, il s'est rassis dans son fauteuil comme un vieux bout de pain. Elle se mit à pleurer, son cerveau rempli de cloportes. Il la prit dans ses bras pour la consolider. Le chat est venu se pelotonner sur ses genoux. Elle l'a tricoté.
Plus tard, Rufus lui posa la question :
— Cette robe est géniale ! Et tu l'as tricotée toi-même… Mais comment as-tu fait pour l'enfiler ?
— Je ne l'ai pas enfilée, je me la suis tricotée directement sur moi.
— OK, je t'enverrai un accordeur de bretelles.

Procès
Rufus Tucru est sorti avec Lola Lokidor pendant six mois, il lui a payé restaurants, hôtels, robes, voyages sur la côte…
Ils ont vu du pays, des zones de guerre, des démolitions d'apocalypse, des cataclysmes flamboyants, des scènes de cultes sur le Pont-Neuf, des nuits couleur myrtille, ainsi qu'un petit diable à l'air constipé. Un serpent monétaire, monstre émeraude en maraude, leur ouvrit les portes de Babylone, cité des enfants perdus.
Puis elle l'a quitté.
Il lui fait un procès pour escroquerie. (Il avait gardé toutes les factures.)
•••
Lola, menacée d'un procès en chambre, pénétra dans le bureau du procureur avec une robe fendue jusqu'aux oreilles.
Elle fut acquittée pour outrage à magistrat. 

Philies
Atteint de zoophilie, Rufus Tucru y combina la pédophilie. Il aimait (charnellement) des animaux, certes, mais seulement les plus jeunes : poulets, agneaux, lapereaux, chatons… Plus tard, il y ajouta la nécrophilie : il n'aimait que les bébés lapins morts. Après ça, il envisagea de s'attaquer aux fantômes mais les lapins et autres étaient nés sans âme, selon l'édit du Vatican de 1493. Il abandonna ce projet et se convertit au Rosicrucisme (sans épines, sinon ça fait trop mal).
Il échappa de peu à l'haltérophilie, une maladie sexuelle qui pousse à baiser des haltères mais céda à la moissonneuse-batteusophilie. Il appelait la sienne Georgette. Il l'enculait en plein champ sans OGM.
Arrivé à 60 ans, il retourna sa caméra contre lui et filma sa propre mort.
Comme il se rendait à la morgue en stegway™, une femme dénuée de tout système pileux lui barra le passage avec ses huit seins surabondants. Il slaloma entre eux et passa outre.
D'après l'autopsie, il était évident que la mort avait été provoquée par n'importe quoi.

Les grenades ne s'en font pas
(Ce jour-là, Rufus Tucru et Lola Lokidor combattaient des talibans.)
Lola Lokidor croisa les bras sur sa poitrine, enfilant les mains dans son soutien-gorge, la droite dans le bonnet de gauche et vice-versa. Elle les en ressortit armées de deux grenades qu'elle s'empressa de balancer sur leurs assaillants, renvoyant express à leurs chères études coraniques une bonne douzaine de talibans.
Bizarrement, ceci fait, sa poitrine avait récupéré tout son volume précédent. « Mais combien de grenades a-t-elle encore en réserve là dedans ? » pensa bêtement Rufus Tucru.
Aucune, en fait, elle le lui prouva le soir même dans la chambre d'hôtel quand elle dégoupilla son soutif en deux temps trois mouvements et que ses nibards lui explosèrent la vue comme un seul homme. « La vraie beauté est intérieure », pensa-t-il bêtement. Ce qui restait, faisant volume, c'était du vrai, pas du siliconé.
« L'élasticité de la chair mammaire m'étonnera toujours », pensa-t-il pas si bêtement que ça.
— Soyez tranquille, lui avait dit le réceptionniste avec l'accent andalou, l'hôtel est sous vidéosurveillance.
— Pas les chambres, quand même ¿!
Surtout les chambres !


 paru dans Psikopat 241

mercredi 26 septembre 2012

AT


LO N° 485 (26 septembre 2012)
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Procès durs
— Des procès avec de beaux titres de romans XIXème  : Les Reclus de Montflanquins, Les Irradiés d'Epinal.
— Les Explosés de Toulouse… Les Enfioulés du Finistère… L'Imposteur aux mille vies… Agnès et Agnelet… Les Amiantés d'Eternit… Les Intoxiqués d'Abidjan… L'Innocence des musulmans…
— … Le Massacreur d'Utoeya.
— Et La Tuerie de Chevaline… une véritable boucherie.
— Quand on tue tout le monde, c'est une holotuerie ?
— N'empêche que la condamnation d'Anders Breivik, c'est très emmerdant.
Le cas Anders Behring Breivik repose le problème de "coupable ou malade mental ?", et de "qu'est-ce qu'un fou ?" L'homme s'exprime rationnellement : par exemple il ne reconnaît pas ce tribunal parce que celui-ci fait partie d'une société (un gouvernement, une politique) qui admet ou prône le multiculturalisme. Il est dans sa logique. (De même un viandard n'admettra pas d'être jugé par un tribunal de végétariens.) Mais est-ce de la raison ou de la rationalisation (ou bêtise autojustificatrice) ?
Il reconnaît les faits, il se veut responsable de ses actes, il assume, comme on dit. « Oui j'ai bien tué ces 77 personnes, je l'ai fait volontairement, mais je ne me reconnais pas coupable : c'est de la légitime défense. J'ai eu raison de le faire. » Ce qui serait irrationnel de sa part, c'est de se reconnaître coupable (= en tort).
Par ailleurs, il ne bave pas, ne hurle pas, il n'a pas un petit ressort au dessus de la tête comme dans Tintin, il est calme et froid, il n'a pas un comportement de ouf. C'est que, quand on pense et imagine le fou, on imagine toujours le "fou furieux", bavant, roulant des yeux et délirant à jet continu. Crise, spectacle…
D'un côté, les Norvégiens préféraient qu'il soit considéré sain d'esprit, responsable de ses actes, afin que le procès puisse aboutir à une condamnation, qu'il soit puni comme criminel coupable et non enfermé comme fou irresponsable, c'est-à-dire "non coupable". D'un autre côté, lui-même revendiquait tellement la rationalité de ses actes, il craignait tellement de passer pour fou, que ça aurait été bien pire punition pour lui d'être enfermé (et soigné) jusqu'à la fin de ses jours dans un hôpital psychiatrique. (Mais la condamnation, dans un cas comme dans l'autre, doit-elle être une punition ?)
Mais le déclarer "responsable de ses actes", n'est-ce pas considérer que faire ce qu'il a fait est (quelque part) rationnel ?… Donc "défendable"… Presque "normal"…?
Moi, ça m'embête…
Ben Laden s'exprimait avec douceur. Mohamed Merah avait tout d'un gentil garçon, même  pas barbu…
— Faisons revenir nos soldats d'Afghanistan, on les tuera ici.
Et que dire de Ratko Mladi¢ ?
Un islamiste qui s'attaque à la hache au caricaturiste danois Kurt Westergaard n'est-il pas tout aussi fou que Breivik ? Les foules qui hurlaient et mettaient le feu aux ambassades danoises n'étaient-elles pas tout aussi folles ? Mais le caricaturiste, lui, n'est pas fou (jusqu'à plus ample informé). (Sur les auteurs du film "L'Innocence des musulmans", je ne me prononcerai pas. Très cons, sûrement.)
Et donc la question redevient "qu'est-ce que la folie ?" On (= nous, quidams, simples mortels) a tendance à opposer raison et folie, mais nous confondons raisonnable et rationnel.
« La raison est ce qui effraye le plus, chez un fou. » (Anatole France)
En réalité la folie s'empare de la raison, puise ses forces dans la rationalité et produit à jet continu de la rationalisation – qui peut justifier tout et n'importe quoi. Un vrai beau délire est fondé sur un raisonnement, un discours d'une logique trop rigoureuse qui s'est mis en boucle, en cercle vicieux ; il devient impossible d'en sortir, c'est ça la folie.
Ce qui l'évite, ce sont des traits irrationnels : l'humour, l'empathie, la capacité à sortir de soi-même, à adopter un point de vue extérieur…
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Palmarès de la bêtise mortelle
« L'utérus, scientifiquement parlant, n'est purifié qu'au bout de 130 jours d'abstinence sexuelle, sinon la femme risque d'avoir un cancer du col de l'utérus. C'est pourquoi la polygamie peut la protéger contre cette maladie puisque l'époux peut lui accorder un "congé" en allant vers les autres épouses. Il s'agit là de vérités scientifiques. » (Adel Atmi, salafiste tunisien) (d'ap CH-H 1057. Sept 12)
"Vérités scientifiques" sans doutes sorties du catéchisme coranique.
Todd Akin, un élu républicain du Missouri candidat au Sénat, interviewé sur sa position contre l’avortement, y compris en cas de viol, a affirmé récemment que lorsqu'une femme est victime d'un "véritable viol" (sic), elle tombe rarement enceinte, et ce grâce à des réactions biologiques naturelles de  défense.  « De ce que j'entends de la bouche  des docteurs, la grossesse après un viol est très rare. S'il s'agit d'un véritable viol, le corps de la femme essaie par tous les moyens de bloquer tout ça. » Et de conclure, l’air grave : « Je pense qu’il doit y avoir une punition, mais que la punition doit toucher le violeur, non l’enfant. »
Autres "vérités scientifiques" sans doute issues d'un catéchisme chrétien.
Quant à la "punition"… Un avortement, ça punit l'embryon ?!
— Quand un enfant mort naît, ce n'est pas la même chose que quand un enfant né mord.
L'Association américaine des  obstétriciens et gynécologues (ACOG) a  pour sa part réagi dans un communiqué : « Ces affirmations sont médicalement fausses, choquantes et dangereuses. Chaque année aux Etats-Unis, entre 10.000 et 15.000 avortements suivent une grossesse après un viol ou un inceste et un nombre inconnu de grossesses sont menées à leur terme. [Suggérer qu'une femme violée contrôle sa fertilité] va à l'encontre des vérités biologiques de base. » L'ennui, c'est que ce Monsieur Akin, par ailleurs membre de la commission des sciences (!) de la Chambre des  représentants, croit à ce qu'il dit et que beaucoup de conservateurs le croient.
— Tu sais… la science… Quand on voit que un Français sur quatre croit encore que le soleil tourne autour de la Terre…
— Et si Jésus avait été aussi sage qu'on le dit, il aurait été athée…
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Laïciathée
Affirmer la laïcité sans affirmer l'athéisme, c'est du bidon. C'est incohérent philosophiquement et c'est vain politiquement. Une sorte de tolérance molle, de laxisme, de lâcheté. Pour un croyant, dans sa logique obnubilée par sa foi, la loi divine sera toujours forcément au dessus de n'importe quelle loi humaine, républicaine ou autre. (Et là, je parle aussi bien de Breivik que des autres personnages cités plus haut, islamistes ou christianistes…) Même les lois de la nature, pesanteur ou théorème d'archimède, peuvent être bafouées par Dieu (c'est le principe des miracles), c'est dire ! Alors qu'est-ce qu'il en a à foutre, le croyant, le fidèle, le soumis à sa foi, d'un arrêté municipal qui interdit la burqa dans l'espace public ou la circoncision (dans l'espace privé de la culotte du zouave), ou d'une loi qui autorise la contraception et l'avortement, alors que Dieu a dit « Croissez, multipliez », qu'est-ce qu'il en a à foutre de la liberté d'expression, du droit à la caricature, du droit au blasphème ? Dieu est son droit, Dieu est LE Droit.
Alors pas le choix ! Il faut affirmer fortement « Pour l'Etat, pour la République, il n'est pas de Dieu » et combattre toutes les croyances religieuses comme n'importe quelle secte manipulatrice. (Je ne parle pas de tuer les gens, hein !)
Comme disait Toulouse-la-Rose dans Barricade N°4, évoquant une éventuelle 6ème république : « Cette nouvelle constitution […] pour affermir la neutralité de la laïcité, […] n'aura pas d'autre choix que celui de se proclamer athée. » (Mais lisez tout l'article, je ne vais pas vous le recopier…)
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Signes ostentatoires attentatoires
A chaque religion son signe vestimentaire. Les musulmans ont le voile et la djellaba, les juifs la kippa, Christine Boutin la cornette de bonne sœur, les bouddhistes la robe safran, les animistes des plumes dans le cul…
Et les athées ?
Pas le choix : tous à poil !
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Pourquoi un croyant tue-t-il un athée ?
— L'athée s'en fout que tu sois croyant, il ne te fait aucune concurrence, en fait.
— Mais si ! l'athée est l'ennemi suprême du croyant. Parce qu'il effondre les bases mêmes de son monde, de sa vision du monde, sa weltanshauung, comme on dit en philo, sa conception de l'être, son paradigme fondateur. L'athée, par sa seule présence, coupe les fils qui, du ciel, tiennent le croyant debout, comme une marionnette suspendue à un ballon d'hélium. L'athée, lui, tient debout les pieds sur terre – sur La Terre, même : pas seulement le sol, mais la planète. Le non-croyant n'obéit qu'à la loi essentielle : la loi de la pesanteur (la seule loi essentielle, peut-être, arkhê de l'univers). L'athée admet, accepte, reconnaît la loi de la pesanteur. Il lui est même reconnaissant, elle qui lui plaque les pieds au sol et le fait tenir debout. L'athée ne prend pas l'avion. (C'est une métaphore… encore que…)
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Paru dans Zélium N° 11