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samedi 9 avril 2016

Racines

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Notre société française, c'est un fait historique, est d'origine chrétienne (les fameuses "racines chrétiennes" qui font les Français "de souche" taillés dans le vrai bois de la vraie croix). L'histoire récente (= la réalité présente) fait qu'elle doit faire de la place pour une religion autre – l'islam. L'admettre, la tolérer ou mieux, l'intégrer. (Dans ce "doit", il y a quelque chose comme "qu'elle le veuille ou non", because "fait accompli", et une balance pas facile entre l'accueil enthousiaste et la résignation…)
Et ce à un moment (historique) où cette fameuse "origine chrétienne", on (de nombreux Français) croyait bien s'en être débarrassé, sinon l'avoir oubliée, du moins l'avoir mise au rencart en tant qu'archaïsme depuis les fameuses Lumières, la Révolution, la loi de Laïcité. Notre société française moderne se veut définie comme laïque, dans le sens de "athée sur racines chrétiennes".
En bref, le religieux, on s'en fout… (pas tout le monde, certes, mais ceux que je mets dans ce "on" se reconnaitront)…
… ou on s'en foutait jusqu'à ce que l'islam vienne mettre les pieds dans le plat de la laïcité. Simultanément, le reliquat chrétien de notre société s'est réveillé, ses racines poussant de nouveaux rejets (aux deux sens), ou, pour varier les métaphores, a "repris du poil de la bête" (« Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde »… si cette citation de Bertold Brecht désignant le nazisme vous semble too much, contentons nous du voltairien "l'infâme".) Si bien que c'est autant la part athée que la part cureton de notre société qui se sent perturbée par cette intrusion de l'islam en son sein même. Et avec un petit supplément d'irritation pour les athées qui se voient emmerdés et par l'islam et par les reliques chrétiennes dont ils s'étaient arrachés, non sans effort… et donc, en résumé, emmerdés par les religions quelles qu'elles soient, les religieux de tout poil (de barbe), "la religion" dans son ensemble et dans son principe même : le monothéisme, les monothéismes. Surtout quand on constate que les hiérarchies de religions prétendues différentes et antagonistes s'entendent en fait comme larrons en foire du trône (de Saint Pierre). C'est que finalement, pour eux (comme pour nous – voir article pénultième), le dogme, le contenu de la foi, ils s'en foutent : la puissance est dans "la religion" en soi, tous sous l'égide du principe monothéiste.
L'athée qui se contentait de pécher par omission (a-thée = pas de dieu chez moi) se retrouve poussé au combat, forcé de devenir athéiste (= militant plus ou moins effervescent de l'athéisme), voire antithéiste = combattant toutes les religions. On me dira qu'il pourrait rester tranquillement athée dans son coin, sur le principe de tolérance, du type « Faites ce que vous voulez, adorez Vichnou ou Jésus ou Nanabozo le Grand Lapin, nous on s'en fout. » L'ennui, c'est que les croyants, les religieux, la religion, on ne peut plus se contenter de s'en foutre, de faire comme s'ils n'existaient pas, dans la mesure  où ils sont actifs, activistes, exigeants, veulent, sinon se faire aimer, du moins se faire entendre, voire se faire obéir, occuper la place, être non seulement admis mais influents, marquer la société de leur autorité, de leurs lois, imposer leurs mœurs. En bref, faire chier le monde. Type la "manif pour tous", les pro-life anti-contraception anti-avortement anti-euthanasie obéissant toujours à l'archaïque "croissez et multipliez". Type les prières de rue et… les assassinats et attentats aveugles au nom d'Allah le bon, le miséricordieux et de son prophète qui ne l'est pas moins.
Sans omettre les pratiques personnelles ou familiales. Qu'ils ne veuillent pas manger de porc, fumer ou boire du vin, on n'a rien à dire contre ça, on peut, au nom de la liberté, s'en foutre (sauf si on est éleveur, buraliste ou vigneron… y a du manque à gagner). On peut même approuver pour raisons de santé. Mais… la circoncision, l'excision, le bâchage des femmes, le patriarcat machiste brutal, l'homophobie, la pédophilie, les archaïsmes médicaux (refus de la contraception, des transfusions, des examens gynécos hommes), le jeûne du ramadan imposé à des gamins de dix ans en pleine canicule, l'abattage des animaux de boucherie sans anesthésie… et eux aussi anti-contraception anti-avortement anti-euthanasie obéissant toujours à l'archaïque "croissez et multipliez". J'en passe surement et je ne vise pas que l'islam, mais il faut avouer que c'est lui qui fait le plus de bruit.
Un certain nombre des pratiques religieuses dites privées ne peuvent pas, au nom de nos valeurs athées, nous laisser indifférents et supposent donc un combat (intellectuel).
C'est que, oui, il y a des valeurs athées. Les mêmes qui nous font combattre la torture, la peine de mort, le cannibalisme, l'esclavage, les violences faites aux femmes et aux enfants, les totalitarismes, les racismes… toutes pratiques qui ont toujours fonctionné main dans la main avec les religions. (— Le cannibalisme, tu es sûr ? — Ben… communier de la chair et du sang de Jésus, qu'est-ce que c'est ? — D'accord, mais "bouffer du curé" ? — Ça, j'ai arrêté, c'est indigeste.)
L'athéisme est même la plus fière expression d'une éthique bien supérieure aux morales, moralismes et moralités issues des religions. Disons "une éthique républicaine, humaniste, universaliste" et n'en parlons plus (pour le moment).



dimanche 3 avril 2016

Religions, le retour (du refoulé)

De tout temps, la religion n'était pas à part, elle n'était pas un phénomène différencié, elle faisait partie de la vie quotidienne, de la politique, de l'économie, de la science, des mœurs collectifs, la morale publique… Et donc elle participait aussi bien aux violences, aux guerres. La laïcité travaille à la mettre à part, à la limiter à l'espace privé, où elle n'est plus vraiment "la religion", phénomène social, mais quelque chose comme la spiritualité, les croyances, la prière, les mœurs intimes. À l'espace public reviennent la politique, l'économie, la science, l'éducation, la morale républicaine (liberté, égalité, fraternité).
Mais voilà que la religion se rebiffe. Réflexe de défense (le meilleur moteur du fanatisme), mouvement de réaction bien décidé à ramener la religion dans l'espace public.
Chassez le religieux, il revient au galop (et il n'est pas content !). On voudrait bien ne pas le voir, mais on est bien forcé. Il est là, dans l'espace public censément laïc,  et on ne peut que le voir, on ne fait que ça, le voir et l'entendre, à notre corps/cerveau défendant. Manif pour tous, discours et voyages du pape, attentats au nom d'Allah. La question n'est pas le dogmes, les contenus de la foi, croire à la vie après la mort, à Dieu tout puissant, à la virginité mariale… on s'en fout… On peut juste regretter que le ridicule ne les ait pas tués. Mais la foi comme telle, ce qu'elle démontre des capacités d'aberration de l'esprit humain… et encore plus sa capacité de mobilisation des énergies, d'action, d'activisme. S'il y a à interroger, critiquer, lutter, c'est contre l'autorité que la religion, la foi, le religieux, la religiosité, exerce sur les esprits, les mœurs, les actes. L'important d'une foi c'est que ceux qui y adhèrent agissent, et agissent socialement, en fonction d'elle. C'est-à-dire s'habillent, mangent, battent ou non leur femme, chantent, se rassemblent dans les lieux publics, circoncisent ou excisent leurs enfants qui n'ont rien demandé…
Comment ils s'habillent ou ce qu'ils mangent ou non, à la limite on s'en fout… mais le reste ? Et pire : ils voudraient que tout le monde fasse pareil… et punissent de mort qui ne veut pas faire pareil.
Ce qui veut dire que "le retour du religieux dans l'espace public", on ne peut pas le glisser sous le tapis (de prière). C'est bien encore de PSHPC qu'il s'agit : Psychologie individuelle et collective, Sociologie et urbanisme, Histoire, Politique, éducation, Culture, mœurs, sexualité…
La religion, la foi, les croyances en l'au-delà, c'est du vestige préhistorique, de l'archaïque. Mais tout autant l'amour-possession ou la famille possessive, la haine ou le racisme, la faim, la défense d'un territoire ou son extension, l'instinct de vengeance, l'avidité, la volonté de prolonger ses gènes dans ses enfants, le viol et la violence… sont des vestiges préhistoriques, des archaïsmes… mais sont toujours là et toujours actifs, continuant à exercer une autorité sur les esprits, les corps, les fouets, les lits et les frigos… toute la triviale réalité quotidienne. Les sociétés.
Ces archaïsmes sont la matrice de toutes les sectes, depuis les cathos de la "manif pour tous" (et avec eux la vieille droite roide), émanation politicienne du catholicisme romain de 2000 ans d'âge… jusqu'à l'organisation État Islamique dite Califat et ses adeptes sanglants dispersés dans le monde.
Plus rapide que la lumière : l'obscurité ! (Quant à l'obscurantisme, il va toujours plus vite que les Lumières.)
Les "systèmes de représentation" ou "paradigmes" véhiculés par les religions sont toujours présents dans notre être-au-monde et toujours agissants : le pur et l'impur, le bien et le mal, le ciel et l'enfer, le spirituel (élevé, forcément élevé) et les instincts (forcément bas), la pression du Un, du Père, la création et l'apocalypse, la culpabilité, la punition, la vérité et le mensonge, la révélation, l'éternité… toutes ces aberrations mentales.


dimanche 7 février 2016

Amalgame (comme chez le dentiste) ou généralisation ?

• Quand certains disent que comprendre c'est déjà excuser, il ne faut pas confondre. Quand on parle de comprendre, il ne s'agit pas de comprendre au sens de « Comme je te comprends, mon pauv'vieux ! », ou, comme dans les séries télé « Je sais ce que tu ressens », ou « Faut les comprendre, ils ont eu une enfance malheureuse, on les a pas aidés, etc. »… Ce qui, effectivement, serait déjà excuser, justifier. Il s'agit de comprendre les faits, les tenants et aboutissant, les enchainements de cause à effet. Ça inclut psychologie (individuelle et de masse), politique (interne et internationale), religion (et laïcité et athéisme), histoire (récente et séculaire), décryptage des médias, etc., etc.
Comprendre, c'est prendre tout partout et réunir, chercher les liens, connecter. Mais sans faire un gros amalgame, au contraire, défaire les nœuds, tirer les fils, trier.
• On nous répète à tue-tête de ne pas faire d'amalgame (mot d'origine arabe, d'ailleurs). OK, mais je préfèrerais le terme "généralisation". Notre cerveau, c'est vrai, a une propension déraisonnable à généraliser, et surtout dans le négatif. Exemple : un escroc m'a fait un sale coup. Il se trouve qu'il est juif. Dans ma tête se déploient une série de cercles concentriques qui aboutissent à la généralisation « les juifs sont des escrocs ». (Autres exemples disponibles à base de noirs, d'arabes, de musulmans, d'amish, de Belges………) Cette propension (naturelle ou culturelle, peu importe) à généraliser est une des sources du racisme ordinaire et de la xénophobie ordinaire (mais c'est aussi une nécessité de la pensée scientifique). Faut démêler le bazar dans sa tête, ce n'est pas forcément facile. Parce que, en plus, le système généralisateur du cerveau individuel est en permanence renforcé par les échanges dans le réseau du cerveau collectif, lui aussi généralisateur, que ce soit en famille, au troquet ou sur le net.
• Par ailleurs quand j'ironise sur cette injonction de « Pas d'amalgame ! », ça ne veut pas dire que je suis pour l'amalgame ou la généralisation. Quand j'ironise sur une autre phrase maintes fois répétée (les Boubaker et autres imams politiquement corrigés) : « Eux, ce n'est pas l'islam ! L'islam c'est la paix ! », c'est pareil, ça ne veut pas dire que je pense que l'islam c'est la guerre (même s'il y en a un certain nombre qui font tout pour nous en persuader…) Je me moque surtout de cette antienne répétée comme un mantra – méthode Coué, autopersuasion. Partant, j'ai surtout envie de leur dire : « Si les terroristes, ce n'est pas l'islam, montrez-nous, vous, expliquez-nous ce que c'est, en vrai, que l'islam de paix, parce que dire "l'islam, c'est la paix", OK, j'en prends bonne note… mais encore ? Dire ça, c'est à la portée du premier curé venu, du pape, de Plantu. On ne demande pas mieux. Et qui oserait se déclarer sans baver pour la guerre et pour la tuerie ? Oui, Bush, Donald Trump… et, justement, l'organisation de l'État islamique, ces gens qui « n'ont pas honte de leur cruauté » (T.E.Lawrence). Et donc un musulman, un vrai, un bon, c'est quoi ? Celui qui ne demande qu'à "exprimer pacifiquement ses croyances", si c'est juste prier X fois par jour à quatre pattes, porter le foulard et manger halal… ce n'est ni très intéressant ni très honorable en soi… »
Pour moi, ironiser là-dessus, c'est donc d'une part ironiser sur cette répétition mécanique médiatique, phrases toutes faites, prêt-à-penser martelé ; mais d'autre part, plus important, c'est affirmer que tout argument tiré de la religion elle-même, de la foi elle-même, quelle qu'elle soit, est nul et non avenu. Tout argument tiré de commandements dits divins, de révélations, de prophéties, est nul et non avenu. Qu'on nous donne des arguments non religieux, réels, concrets, pratiques, sociaux, politiques, éthiques, philosophiques… pour nous dire que l'islam (le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme…) c'est bien, que ça fait du bien aux gens et au monde, des arguments sans référence à tel ou tel verset du Coran ou tel hadith où on trouve tout et son contraire, sourates de paix, sourates guerrières, chacun pioche à son gré.
Ça nous aiderait.

(à suivre)

samedi 23 janvier 2016

Religiophobie


Sur le plan de l'anti-religion, ou "religiophobie" (ou mieux : théophobie), et question "radicalisation", on peut dire que Charlie Hebdo se radicalise. Tout ce qui était de la simple rigolade avec les conneries des religions et des religieux, l'anticléricalisme classique, tourne à l'athéisme militant. Pour ma part, je dis "tant mieux" : il y en a besoin, on le constate tous les jours, avec les réactions de tous bords à cette couverture sur "Dieu, le coupable court toujours…"… ou avec par exemple la question kippa / pas kippa ? qui me donne la simple envie de leur dire : gardez vos fétiches pour vos lieux de culte. (Mais je suis un laïciste radical, anti-religion et théophobe.)
La "guerre", puisque "guerre" il y a, c'est là quelle se tient. Ce n'est pas une "guerre de religionS", c'est une guerre de "LA religion" contre tout le reste : la laïcité, c'est-à-dire les laïcs, l'athéisme, c'est-à-dire les athées. C'est-à-dire des gens. Et quand le dis "la religion", c'est évidemment un raccourci : ça ne se limite pas aux dogmes et au clergé : pas de croyance sans croyants, pas de religion sans adeptes. On n'a pas : la religion d'un côté, les croyants de l'autre, c'est un tout. "La religion", ça veut dire tous ceux qui y participent, modérés comme fondamentalistes. Des gens. Et donc quand on critique ou "attaque" la religion ou une religion (verbalement, graphiquement, humoristiquement… je ne parle pas de violence), on critique les gens qui y participent. Il est illusoire de croire et trompeur de dire « On ne se moque que des croyances, pas des croyants. » Vaste blague ! Si tu te gausses de Jésus et de ses miracles de foire, tu te moques de tous ceux qui adorent Jésus et ses miracle, si tu combats les saintes lois de la charia, tu combats tous ceux qui obéissent à ces lois. Si tu te moques de Mahomet qui est mort il y a 1400 ans, lui il s'en fout, mais ça touche tous ceux qui l'adorent. Si tu critiques ou moques une croyance, tu critiques ou moques tous ceux qui y croient. Le Pape a dit que c'est pas bien, tant pis. S'ils le prennent mal, s'ils se sentent blessés, s'ils se vexent, c'est qu'ils ont bien compris que tu te moques d'eux. Mais c'est leur affaire. Et s'ils te tuent, il enfreignent la loi.
Toi, tu ne les tues pas. Ça fait une grosse différence.
Le numéro suivant de Charlie Hebdo enfonce le clou (ça va faire encore des stigmates !) C'est qu'il y a vraiment un combat à mener, là (les Lumières du XVIII° n'y ont pas suffi, la loi de 1905 n'y suffit pas…) un combat important, de culture, de civilisation, qui ne concerne pas qu'un journal, des concerts de rock et des terrasses de café, et qui ne se gagne pas seulement à coup de dessins provocateurs et drôles, mais par la subtilité de l'analyse, par l'intelligence du démontage, par l'information. Là encore, j'entends "combat" au sens intellectuel, culturel, médiatique. Les bombardement en Orient, ce n'est pas mon affaire, je ne suis pas un homme politique.
D'où l'intérêt de reportages-témoignages in situ, savoir ce qu'il se passe, ici et là, et d'articles "sérieux" n'ayant pas peur de faire appel à la philosophie ou à la psychanalyse.
Et donc encore, dans le Charlie Hebdo 1224, quelques enquêtes intéressantes. Comment ça se passe à Pontanezen, en Bretagne, avec, entre autres, ce fameux imam qui raconte aux enfants que d'écouter de la musique, œuvre de Satan, va les transformer en cochons ou en singes (à moins que ça les transforme en passoires s'ils vont écouter du rock au Bataclan.) On laisse dire ça  ? Les autorités de la république laissent dire ça ? C'est une opinion défendable en place publique ? Le plus choquant est qu'il tient ce discours non pas dans une mosquée mais dans une salle municipale ! Hé, les élus, la loi de laïcité, vous connaissez ? (À part ça, à Pontanezen, il y aurait aussi une sex-shop et une boucherie halal tenue par un François Caradec !)
Autre reportage à Vesoul où apparemment tout le monde connait quelqu'un de son entourage qui est "parti en vrille", et pas forcément des Mohamed ou des Mouloud… (Mais il y a aussi un "Café Charlie"… (Rien n'est simple… ou rien n'est simplet, plutôt…)
Il y a lieu de se sortir des mots abstractisants, des idées générales, des concepts idéels tels que "la religion" ou "la laïcité", et regarder la réalité des choses, des actes, des évènements, et des gens qui en sont les pratiquants, les auteurs, les victimes. Je veux dire par là que ce n'est pas "la laïcité" qui se défend contre "la religion" (raccourcis abstractisants), mais des gens laïcs, voire athées, qui se défendent contre des gens religieux, voire violents. Je cite à nouveau Charlie Hebdo N°1224, Guillaume Erner : « Charlie rappelle ce qu'est un "fait", étymologiquement non pas une donnée, mais une chose faite. » Ce qui me semble extrêmement important : penser (et panser) les faits, non les idées. On dispose d'un tas de modèles d'explications intellectuelles, morales et politiques pour penser ce qu'il se passe et au besoin le justifier. Mais les faits restent : les morts restent morts, les blessés restent traumatisés.


samedi 16 janvier 2016

En finir avec l'aveuglement.


(En suivant toujours les pages du Charlie Hebdo 1224.)
Gérard Biard, il faudrait citer entièrement son article : pas de compromis face au totalitarisme religieux, pas de reculs, pas d'accommodements "raisonnables" avec le pire. Il n'y a pas d'islamistes modérés. (Le journaliste Mohamed Sifaoui dit la même chose : « Il n'y a pas d'islam politique modéré. ») D'ailleurs, ce qui ressort de l'ensemble du journal, c'est que, même si j'en étais déjà convaincu, l'ennemi, leur ennemi, notre ennemi, c'est la religion, non seulement dans ses pompes et ses œuvres, mais dans son fondement même, toutes les religions. Et pas seulement les "fondamentalistes". Sur ce thème, il faut bien lire, plus loin, page 27, l'article de Soufiane Zitouni et page 31, celui de Taslima Nasreen… qui sait de quoi elle parle… Et il est évident que j'en reparlerai tant je suis las du discours laxatif qui veut que "la religion", c'est intouchable c'est bien c'est pur c'est "le spirituel" mais hélas il y a des méchants qui s'en emparent et la détournent pour des causes sordides, politiques, géopolitiques, économiques ou juste pour un support à leur folie.
Défendre la laïcité, donc – notre bien le plus précieux. Si on n'a pas compris ce que c'est, ou si certains font semblant de ne pas comprendre, on peut toujours aller lire le texte de la loi de 1905 sur le site du gouvernement. (Extrait ci-dessous.)
Jacques Littauer est sur le même registre à propos de la situation dans les universités. Et ceux qui « préfèrent acheter la "paix religieuse" en fermant les yeux sur les pratiques illégales, quitte à ce que la laïcité s'effrite peu à peu. »

Patrick Pelloux évoque exactement la même problématique dans le sein des hôpitaux et dans le domaine médical en général et finit sur une réflexion rare : « Faut-il mettre les islamistes radicalisés avec les délirants mystiques dans les services de psychiatrie ? Dans beaucoup de quartiers, des psychiatres se posent la question… » (Est-ce que personne d'autre n'ose le dire ? Les intégristes ne sont pas "des cons", ce sont des psychopathes-sociopathes.)

Suit une double page sur les dessins d'enfants à propos des assassinats et… que dire ? Je crains un peu. Là aussi des crayons des crayons des crayons. Et puis de la "liberté d'expression", des "valeurs", des symboles… comme une dérive hors de la réalité.

Je m'attarde sur les doubles pages centrales surtout pour souligner et reproduire ici deux dessins que j'adore (mais il y en a d'autres bons : les morts bandent encore !)
Décidément, j'aimais beaucoup Wolinski. Qui avait dit « L'humour ce n'est pas seulement se moquer du monde. Il faut aussi avoir quelque chose à dire. Il faut aussi avoir une certaine grâce. » Merci. J'affiche ça en permanence dans un coin de ma tête.
Et puis Tignous qui, entre autres qualités, dessinait (trop rarement) des filles si sexy.




APPENDICE : LA LOI DE 1905
Extraits 

# La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.
La République ne reconnait, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. (Suivent nombre d'articles très techniques concernant le devenir des biens des établissements ecclésiastiques d'époque.) Les associations formées pour subvenir aux frais, à l'entretien et à l'exercice public d'un culte devront être constituées conformément [à la] loi du 1er juillet 1901. (Suivent des articles, très techniques aussi, concernant la gestion financière de ces associations.) Les réunions pour la célébration d'un culte tenues dans les locaux appartenant à une association cultuelle ou mis à sa disposition sont publiques. Elles […] restent placées sous la surveillance des autorités dans l'intérêt de l'ordre public.
Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l'exercice d'un culte.
Les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures d'un culte, sont réglées en conformité du code général des collectivités territoriales. Les sonneries des cloches seront réglées par arrêté municipal […].
Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions.
[Protection de la liberté de conscience des individus :] Sont punis […] ceux qui, soit par voies de fait, violences ou menaces contre un individu, soit en lui faisant craindre de perdre son emploi ou d'exposer à un dommage sa personne, sa famille ou sa fortune, l'auront déterminé à exercer ou à s'abstenir d'exercer un culte, à faire partie ou à cesser de faire partie d'une association cultuelle, à contribuer ou à s'abstenir de contribuer aux frais d'un culte.
[Protection de l'exercice des cultes :] Seront punis des mêmes peines ceux qui auront empêché, retardé ou interrompu les exercices d'un culte par des troubles ou désordres causés dans le local servant à ces exercices.
[Surveillance de la parole des ministres des cultes :] Tout ministre d'un culte qui, dans les lieux où s'exerce ce culte, aura publiquement par des discours prononcés, des lectures faites, des écrits distribués ou des affiches apposées, outragé ou diffamé un citoyen chargé d'un service public, sera puni […]. La vérité du fait diffamatoire, mais seulement s'il est relatif aux fonctions, pourra être établie devant le tribunal correctionnel dans les formes prévues [par la loi].
Si un discours prononcé ou un écrit affiché ou distribué publiquement dans les lieux où s'exerce le culte, contient une provocation directe à résister à l'exécution des lois ou aux actes légaux de l'autorité publique, ou s'il tend à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres, le ministre du culte qui s'en sera rendu coupable sera puni […] sans préjudice des peines de la complicité, dans le cas où la provocation aurait été suivie d'une sédition, révolte ou guerre civile. #

Quelques lois et jurisprudences plus récentes préciseront en particulier la question du port de signes religieux dans l'espace public.

dimanche 22 mars 2015

CRITIQUE, MOQUERIE, INSULTE ?


« La religion est une maladie de la raison » (critique médicale).
« La croyance est une démission de la raison » (critique philosophique).
« Les croyants sont tous des cons » (insulte à un groupe en raison de…)
« Les croyants me font marrer, avec leurs bondieuseries, patenôtres et salamalecs » (remarque certes moqueuse, mais où l'auteur exprime avant tout son sentiment personnel plutôt que de lancer une imprécation).
« Si les croyants ne veulent pas qu'on se moque des leurs croyances, ils n'ont qu'à pas avoir des croyances si rigolotes » (ironie).
« Crois, croix, croa-croa… » (déconne).
Cioran : « Toutes les religions sont des croisades contre l'humour » (cioranie).
George Santayana : « Il n'y a pas de pire tyrannie que celle d'une conscience rétrograde ou fanatique opprimant un monde qu'elle ne comprend pas au nom d'un autre monde qui n'existe pas » (critique politico-philosophique).
…… Disant des trucs comme ça, suis-je dans la critique, la moquerie, l'insulte, l'injure, l'imprécation, le blasphème…???
•••
Sachons distinguer :
- Merde !, c'est un juron ;
- Je t'emmerde !, une invective ;
- Tu n'es qu'une merde !, une insulte (injure, offense, outrage).
•••
J'ai récemment ressorti de sous un fauteuil les quatre tomes qu'il me reste (de famille) du Larousse du XXème siècle en 6 tomes (énormes) datant des années 30. Je m'en inspire ici pour tourner autour de ces termes qui reviennent : insulte, injure, outrage, offense…
INSULTE, INSULTER
À la base, c'est une attaque au sens militaire. (Voir Offense, offensive.)
Couramment, c'est une offense en parole ou en acte.
Les synonymes ou approchants sont nombreux et il est difficile, à la longue de différencier… Raillerie, injure, affront, avanie, outrage, parole blessante, insolence…
Au sens figuré : « Le luxe insulte à la misère publique. » « Trop de commentaires sur Facebook sont des insultes à l'orthographe et à la grammaire. »
Dans un duel, il y a insulteur et insulté (qui a le choix des armes).
Tiens, amusant : dans l'antiquité romaine un général vainqueur était accompagné le long de sa procession de triomphe par un esclave "insulteur" qui l'accablait d'injures, histoire de lui rappeler que sa gloire ne le mettait pas à l'abri des reproches publics. L'ancêtre du bouffon du roi ? En ce sens, l'insulte, si elle est reçue et acceptée, supportée, garde ce rôle de leçon d'humilité.
Le Petit Robert, même petit, moins encyclopédique, est plus riche, littérairement parlant. Il m'amène toute une nébuleuse de termes liés, avec affront, agresseur, injure, offense, grossièreté, insolence, invective, déshonneur, indignité, atteinte à-, rabaisser, blasphème, défi…
•••
INJURE, INJURIER
A priori, j'y vois quelque chose de plus grave que l'insulte, mais c'est peut-être à cause du terme "jurer" qui a quelque chose de "sacré" ou de juridique ; ou à cause de l'anglais ou l'injure est d'abord un blessure au sens physique.
À la base, l'injure, c'est une injustice, un dommage ou un tort juridique, comme l'étymologie l'indique : jus, juris – la justice, d'où jurer, parjurer, jury, etc.
Au sens figuré : par exemple les injures du temps.
Couramment, c'est une action offensante ou une parole offensante. Toute expression outrageante ou terme de mépris ou invective, qui ne s'appuie sur aucun fait (contrairement à une accusation).
Injurier sera donc "offenser par des paroles blessantes". Par extension "dire du mal de-" (et donc délation, médisance, calomnie.) Pas de différence essentielle avec l'insulte, donc. (Les dictionnaires manquent de listes d'exemples, genre "petit con", ce serait une insulte, "gros con", ce serait une injure ?)
Dans le droit romain : atteinte physique ou morale à une personne, violence corporelle ou atteinte à l'honneur ou à la dignité d'une personne.
Dans le droit moderne (je rappelle que je consulte là un dico qui a 80 ans…), on a distingué injure non publique, semi-publique, publique. De nos jours où en est-on ? La distinction entre public et semi-public est déjà obsolète ou en tout cas fort difficile à définir : dans les médias, par e-mail, par lettre, dans un livre, sur les réseaux sociaux, on est dans quel degré de "public" ? Quant à la vie privée, elle est en voie de disparition.
Là encore, le Petit Robert amène quelques lumières supplémentaires : affront, avanie, insulte, outrage, attaque, calomnie, insolence, insulte, invective, sottise, gros mot, ordure, outrage, engueuler, traiter de-, blessant, mortifiant, diatribe… Décidément, le vocabulaire des relations humaines négatives est riche !
•••••••••
(à suivre)