lundi 14 mars 2016

Liberté de circulation (suite)


On l'a voulue, souhaitée, désirée, exigée, cette liberté de circulation en Europe. Pour le meilleur : l'amitié entre les peuples, c'est-à-dire entre des individus mâles et femelles, jeunes et vieux, citoyens de différents pays de l'Union.
Aussi pour le très discutable, ce que nous, nous n'avons pas voulu mais que, certainement, d'autres ont voulu : les entreprises, les financiers, les commerçants : la libre circulation des marchandises et des fonds.
Et puis le pire : la libre circulation des délinquants petits et grands, nationaux ou étrangers… et donc encore, pire que les simples délinquants, les terroristes, nationaux ou étrangers.
Avons-nous pêché par naïveté ou optimisme, inconscience. L'optimisme béat qui tue. Là je dois dire qui est ce on ou nous… Un peu tout le monde, en fait… le peuple… "les gens"… les normaux, les gentils, les gens raisonnablement de gauche. Évidemment, d'autres ont poussé à la roue : les politiques, les financiers, les entreprises, les commerçants déjà cités… et les mafias, les trafiquants de drogue, d'armes, de filles.
Alors on (nous les gentils) peut se dire qu'on s'est fait avoir, manipulés par un énorme complot. Mais on peut se dire aussi que ça vaut quand même le coup de courir le risque, de supporter les inconvénients pour le bonheur des avantages. C'est à peser, en étant bien conscient du risque.
On ouvre la fenêtre pour faire entrer le soleil et l'air, c'est bien, mais entrent aussi les guêpes ou les particules fines des diésel. Parce que, même à la campagne, il y a des camions et des tracteurs. Et donc les frontières ouvertes, c'est des camions et des camions.
Les téléphones portables, c'est un peu pareil : on les veut pour communiquer instantanément entre famille, amis, etc. Mais ils servent aussi aux voyous et aux terroristes. (Pour coordonner les actions terroristes du 13 novembre, pas besoin d'un staff d'opérateurs dirigés par un "cerveau", il suffit de quelques téléphones avec kit mains-libres histoire de pouvoir manier sa kalachnikov. Quant à ceux qui se font sauter, ils ne le font pas forcément d'eux-mêmes mais télécommandés par portable…)
Circulation, déplacements, homme moderne "nomade" (Voyage-voyaaage !), communications instantanées, c'est bien gentil, et c'est avec une certaine innocence que nous les apprécions, que nous les désirons… comme les réseaux sociaux (et puis un jour on pleure parce que quelque part des gens (ou des algorithmes) nous volent toutes nos données personnelles dans des buts inavouables de publicité ou de sécurité – ou d'insécurité).
Comme la langue d'Ésope, comme tous les moyens de communication, ils sont la meilleure et la pire des choses, vecteurs de l'amour comme du danger. La liberté, ou plutôt les possibilités obtenues, gagnées, nous les payons en possibilités obtenues à nos dépends par les pires éléments de la société.



dimanche 6 mars 2016

Le droit à la mobilité


« Le droit à la mobilité est une liberté fondamentale », dit le politologue François Gemenne (je ne sais plus où j'ai lu ça). « La détermination d'une vie entière par le lieu de naissance est une injustice immense qui doit pouvoir être corrigée. » Sous son air de cohérence moderniste, ceci est idiot. Évidemment, sous l'égide des concepts de liberté et d'égalité, ça sonne bien. Mais la formule contient ou suppose deux pensées auxquelles s'oppose toute ma vision de notre être-au-monde.
– D'abord, "le droit à -" , "une liberté fondamentale"… la justice et l'injustice sont présentés comme des absolus. La formule suppose dans l'univers, dans la nature, une justice immanente ou divine et donc un droit situé dans l'absolu, dans l'universel, comme une Idée au sens platonicien. Faut-il rappeler que le droit – et la justice – et les lois sont humaines, seulement humaines… dépendent entièrement des volontés humaines individuelles et collectives qui sont liées à des époques, des cultures, des civilisations ? On pourrait dire de même que naitre avec un pied-bot ou autre handicap est « une injustice immense qui doit pouvoir être corrigée ». C'est un malheur, oui, et qui doit pouvoir être corrigé, oui, mais la justice n'a rien à faire là dedans, sauf à croire à une Justice quelque part dans l'absolu (et pourquoi pas divine ?).
– Ensuite « La détermination d'une vie entière par le lieu de naissance » présuppose l'idée bateau que chacun de nous pourrait être né n'importe où. Là aussi, il y a un présupposé religieux. En filigrane inconscient il y a l'idée que chacun a – ou est – une essence, un être hors du temps, un Moi qui précède l'existence terrestre, comme une âme errante qui s'incarnerait ici ou là, par choix ou au hasard des vents. Il faut donc rappeler ou repréciser la réalité : je suis ce que je suis, qui je suis, le "Je" que je suis parce que je suis né à tel endroit, de tels parents, dans telle culture, langue, civilisation, religion, même. Si j'étais né ailleurs, ce ne serait pas moi. Pour le dire mieux : celui qui est né ailleurs ne peut en aucun cas être moi. Et moi je ne pourrais pas être né ailleurs, et autrement, dans une autre incarnation. Oublions le conditionnel passé : il n'y a aucune alternative dans le passé, c'est pour ça qu'on l'appelle "passé".
– Et donc, pour ces deux raisons, et pour résumer, il n'y a ni justice ni injustice à être né ici ou là, c'est juste un fait, c'est juste comme ça. Le reste est superstition. Quant au droit de se déplacer, de circuler ou non dans le monde, il n'existe que par la déclaration des droits de l'homme, artefact politique strictement humain, ainsi que les lois internationales et les lois locales, celles des différents pays ou États.
– Ajoutons-y les possibilités pratiques (la faisabilité, la "capabilité") qui ne sont pas du ressort des lois, mais des moyens, financiers, techniques et autres : disposè-je d'un âne, d'un vélo, d'un jet ?
Ce qui ne veut pas dire que je conteste cette possibilité pour chacun de se déplacer, de changer de pays, pourquoi pas, comme de se faire soigner pour son pied-bot. Simplement, ce n'est pas une question de justice ou d'injustice immanente. C'est une question de droit au sens humain, c'est-à-dire de choix politique, civilisationnel, culturel… ET une question pratique, technique. Tant qu'on pose les problèmes sur le plan de grands principes abstraits, des idées et des idéaux, on est dans le verbal… et dans le religieux. Alors on ouvre tout grands nos bras chrétiens de gauche pleins de bonne volonté et puis trois mois plus tard, on s'en mord les doigts et on brouille et barbouille tout. On érige des murs barbelés, on oppose droit du sang et droit du sol, on oublie les devoirs du résident ou du citoyen, à commencer par le devoir de s'abstenir de tuer ses concitoyens ou co-résidents et de ne pas mettre la main aux fesses des femmes sans avoir demandé la permission. (Je pense là aux incidents en Allemagne à Cologne dans la nuit de la St-Sylvestre et aux polémiques qui s'ensuivent.)

Paru dans Psikopat

(à suivre)

jeudi 3 mars 2016

C'est (encore) la faute aux Grecs !


Quel était l'État le plus faible de l'Europe, ces dernières années ? La Grèce. Et voilà que c'est par la Grèce que débarquent les migrants-réfugiés syriens. (Quand ils débarquent vivants. Les industries du pneu devraient se reconvertir dans la bouée de sauvetage.) Il y a même des réfugiés qui espèrent obtenir la nationalité grecque ! Ils sont mal informés : ils croient que la Grèce est en Europe ! D'autres fantasment sur les pays nordiques, ils n'ont pas l'air de savoir qu'en Suède, ça caille, alors qu'au Portugal il fait beau, les gens sont sympas et ça manque de main d'œuvre.
Et parmi ces réfugiés et/ou migrants économiques (peu importe, en fait) voilà-t-y pas qu'il passe quelques djihadistes… Faut pas le dire ? c'est de l'amalgame ? mais comment s'en étonner, comment pourrait-il en être autrement ?
Et derrière la Grèce, il y a Schengen (je ne peux pas m'empêcher de penser "chain gang") soit l'espace européen de libre circulation des personnes, qui est aussi la libre circulation des marchandises, des camions diésel et des capitaux… et qui se révèle aussi espace de libre circulation des terroristes islamistes, transnationaux qu'ils sont. On avait Journalistes Sans Frontières ou Médecins Sans Frontières, maintenant on a Tueurs Sans Frontières, TSF.
Comment s'en étonner ? Comment pourrait-il en être autrement ? L'espace Schengen, c'est un espace commercial + une utopie humaniste-humanitaire issue d'un idéalisme universaliste. C'est bien, mais………
— C'est pas bien, l'idéalisme ?
Il y a des habitudes de pensée dont il faudrait se débarrasser, ou qu'il faudrait au moins conditionner, comme « la tolérance, c'est bien », ou « l'idéalisme c'est bien ». Les terroristes islamistes tuent au nom de Dieu, ce sont donc des idéalistes. Oui ? Non ? Et sont-ils tolérables ?
Il n'est pas question de faire un amalgame entre les terroristes terrorisants et les "vagues de réfugiés qui déferlent sur l'Europe" ("en balayant tout sur leur passage", c'est ça ?). Simplement se rappeler que la circulation de masse permet la circulation de détail. Et à l'intérieur de l'espace Schengen, la libre circulation permet sans doute le passage de 99% de gens  normaux, pacifiques, voire sympathiques. Mais aussi le passage de 1% de voleurs, tueurs, trafiquants d'armes, terroristes. Le danger accompagne la liberté comme son ombre. Dans tout troupeau, il y a un mouton noir… et qui s'est peint en blanc : menton rasé, faux passeport, etc.
Quant on respire, on absorbe 99% de bon air + 1% d'odeurs nauséabondes, bactéries, particules fines, pets des voisons, etc. Ce n'est pas une raison pour s'empêcher de respirer, il faut seulement filtrer. Les "no border" sont des idéalistes.
— C'est pas bien, l'idéalisme ?
• Les djihadistes, pas plus que les violeurs ou metteurs la main aux fesses de Cologne, ne sont pas des réfugiés ou des migrants tout frais débarqués, comme un corps expéditionnaire venu d'ailleurs, même si certains se sont glissés dans ces foules. (Écrivant ça, je repense au sketch de Pierre Desproges commençant par « On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle… ») Des immigrés de deuxième ou troisième génération, nés en France, parlant français, d'origine arabe généralement maghrébine et de culture musulmane (pas forcément de croyance et pratique solide). Ce qui veut dire que ce n'est pas en bombardant l'Irak-Syrie du Califat, ni en faisant de nouvelles lois sur l'immigration (c'est trop tard), ni en fermant les frontières qu'on s'en débarrassera. On pourrait dire que le mal est fait, que le ver est dans le fruit, depuis déjà longtemps… etc. C'est un peu comme toutes les précautions sécuritaires qu'on prend juste après une catastrophe ou un attentat, comme si ça allait se répéter tout de suite au même endroit… mais la foudre ne tombe pas deux fois de suite à la même place et les terroristes sont bien assez malins pour rester planqués le temps qu'il faut et n'agir à nouveau (les mêmes ou d'autres) quand on aura baissé la garde, baissé notre attention, et surtout là où on ne l'attend pas. (Pouvait-on s'attendre, aux USA, à une attaque armée contre un centre de soins pour handicapés ?!)
• Dépollution intérieure. Déjà, au niveau de l'Europe, entre les "No Borders" idéalistes utopistes et le verrouillage, il y a des nuances. Non pas fermer les frontières mais contrôler, les extérieures et les intérieures. Filtrer. La liberté de circuler dans l'espace Schengen, c'est bien gentil, je dirais même c'est quelque chose de sympathique mais ce n'est pas un absolu, pas plus que la liberté d'expression n'est un absolu. C'est sans doute une tare de la pensée (française en particulier ?) de penser le monde sous forme d'absolus non négociables : pas de statistique ethniques ou religieuses, ce ne serait pas humaniste, tous les humains sont respectables au même titre, etc. Pas de concession à l'absolue liberté d'expression : alors quand un imam pollue le cerveau des enfants avec des grosses conneries, on ne peut pas le foutre dehors avec le pied au cul, au nom de la sacrosainte liberté d'expression.
La doxa que Slavoj Zizek nomme LMT : libéralisme multiculturel et tolérant est une impuissance.



mercredi 24 février 2016

Paranoïa 2 (après la nôtre, la leur)


Aussi cons que les salafistes, les chrétiens orthodoxes ou les juifs orthodoxes. C'est la même démarche primitive, celle de la tradition, du culte des ancêtres, du "c'était mieux avant". Profondément, c'est cette croyance 1) qu'il y a UNE origine, 2) que cette origine est PURE, parfaite, 3) qu'elle doit être sans cesse réactivée telle quelle par la répétition, que plus rien ne bouge. C'est la tradition opposée à l'évolution, laquelle est vue comme décadence, perte de pureté, dégénérescence.
Ce renforcement fonctionne en "boucle de rétroaction positive", un mouvement où, au long d'un processus continu, les conséquences deviennent des causes qui entrainent des conséquences plus fortes, qui elles-mêmes… etc. D'où, chez l'orthodoxe de tout bord, emballement, montée aux extrêmes, mouvement violent à la fois agressif et suicidaire, sadique et masochiste. Paranoïaque, c'est rien de le dire : on est dans la définition même de la paranoïa, où le sujet enclenche un petit vélo dans sa tête, qui, par répétition, rebouclage, effet d'entrainement, ne fait que grossir avec le temps. Le paranoïaque ne s'aime pas, alors les autres ne l'aiment pas, alors il s'aime encore moins… Je peux le mettre dans l'autre sens : les autres ne l'aiment pas, alors il ne s'aime pas, alors les autres ne l'aiment pas… etc. C'est que le paranoïaque qui pense que tout le monde le déteste est un être peu aimable, désagréable à fréquenter, qui fait tout pour être détesté, confirmant ainsi sa folie.
Et donc, si on ne peut pas se faire aimer, on se fait craindre.
Le tyran se fait craindre. Le terroriste se fait craindre. Le supposé Dieu, grand paranoïaque, se fait craindre.
Le désir de mort, la sienne comme celle des autres, est inhérent à toute religion. Le christianisme à ses débuts était une secte qui appelait de ses vœux la fin du monde et les adeptes allaient au martyre en chantant, ce qui rendait dingues les romains rationalistes. L'aspect suicidaire signe le côté apocalyptique. « Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts. » Daech est une secte apocalyptique. Il y a quelques années, voulant créer mon blog, je voulais l'intituler "la fin du monde". En faisant une recherche d'antériorité (pages, sites, blogs), je suis très vite tombé sur des sites islamiques… J'ai laissé tomber.
Faut-il chercher des raisons, des motivations à l'islam radical terroriste ? L'islam radical est irrationnel, nihiliste, messianique, apocalyptique, millénariste, eschatologique. Il ne revendique rien. La raison n'a rien à voir là-dedans.
• Lu ou entendu que les religieux voient la foi comme « leur expérience la plus haute ». Haute ? Évidemment, comme toujours : le ciel… (Mais vous savez, le ciel, c'est de l'air, des nuages, et au dessus du vide avec quelques lunes et astéroïdes inhabités…) Mais n'ont-ils jamais été amoureux pour savoir ce que c'est que de marcher sans toucher le sol ? Et l'artiste ne vit il pas son art comme "son expérience la plus haute" ? Et puis un drogué ? Un cosmonaute ? Un sauteur à l'élastique ? Un surfer ? Un mathématicien ?
Et se faire exploser ? Question "expérience la plus haute", ça se tient.
• Le pervers narcissique, une version du paranoïaque, est celui qui instrumentalise l'autre, les autres, à son propre bénéfice. Le kamikaze, qui s'instrumentalise lui-même, est-il un pervers narcissique ? Pervers il est, en ce sens qu'il est à la fois sadique et masochiste, tueur suicidaire, amant de la mort. Narcissique en ce sens qu'il en tire gloire. Crétin aussi, au sens posthume du terme. Ainsi il flingue à visage découvert, il abandonne sa carte d'identité dans la voiture. Maladresse ? Non, narcissisme : il clame au monde que c'est lui qui a fait ça.
• Ceux qui se radicalisent ont commencé par se victimiser. (Ce qui est à la base de la paranoïa comme des théories complotistes.) Évidemment, tu ne fais pas ça tout seul : on te victimise, on te radicalise, on te pousse à la violence. Préciser qui est, ce qu'est ce ON est un enjeu primordial mais complexe. D'abord se dire et bien se persuader que personne n'est seul, que personne ne fait quoi que ce soit seul, même "en son for intérieur". Et donc voir qu'entrent en jeu toi (ton moi), c'est-à-dire ton histoire personnelle, ton vécu + les autres faisant partie de ton passé et aussi ceux de maintenant, parents, copains, amis, profs… ceux qui te parlent de loin, de Mollenbeek ou de Syrie, via téléphone ou Internet,  ceux qui ne te connaissent pas du tout et que tu ne connais pas du tout mais qui parlent de toi, parlent sur toi, à la radio, télé, journaux (blogs, aussi… comme ici…). Parmi tous, ceux qui te plaignent, te victimisent systématiquement mais aussi ceux qui t'ignorent de leur haut, t'humilient… et d'ailleurs ceux qui te plaignent t'humilient aussi…
• Que la paranoïa s'enrichisse de fumette et prise de drogue ne m'étonnerait pas. L'un des assassins du 13 novembre (j'aime autant oublier leurs noms… En plus citer leurs noms ça ferait islamophobe puisqu'ils ont tous des noms arabes…) tenait un bar à bière à Molenbeek et y recevait ses confrères apprentis djihadistes… Ils étaient donc bien "intégrés"… (La bière, c'est pas interdit par la charia ?). Mais c'était aussi un coffee shop, lieu de deal… Un sien voisin dit : « Il fumait beaucoup de cannabis. »  Ça n'explique pas… Une seringue dans un des appartements fouillés. Drogués ? Surement. Je me rappelle un témoin de la fin du tueur au parasol de Tunisie qui disait : « Il prenait des balles et il continuait, il avait l'air de ne pas sentir la souffrance. » Shooté à mort, vraisemblablement. Le Captagon ? (J'en avais parlé prudemment dans une précédente LO… mais on en parle aussi ici ou là, sans sortir des informations plus précises à ce sujet. Est-ce seulement une rumeur ?)

à suivre

dimanche 21 février 2016

Complément à l'article précédent

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Un article dans le Télérama de cette semaine :
http://www.telerama.fr/idees/etat-d-urgence-pourquoi-nous-souhaitons-etre-surveilles,138222.php  
(C'est moi qui souligne et fais quelques coupes)

État d'urgence : pourquoi nous souhaitons être surveillés
« La sécurité est la première des libertés »*, martèlent le Président et le Premier ministre depuis le mois de novembre. Comment sortir de cette ornière rhétorique ? Réponse d'Antoine Garapon, magistrat et secrétaire général de l'Institut des hautes études sur la justice.
# L'agitation politique actuelle dit bien la difficulté que nous éprouvons à mener le débat entre sécurité et liberté. Avec les attentats, celui-ci a changé de nature. […] Le néo-sécuritarisme actuel n'a plus rien à voir avec l'idéologie sécuritaire qui portait sur la longueur ou la dureté des peines à propos de faits divers ou de crimes. Aujourd'hui, il ne s'agit pas tant de demander aux institutions politiques – police, justice – d'être plus sévères, que d'empêcher la survenue de nouveaux attentats. C'est complètement nouveau. Désormais, cela ne gêne plus une immense majorité de Français d'être "fliqués", à condition que l'État nous protège ; nous souhaitons être surveillés. Droite et gauche se rejoignent autour des mêmes questions : qu'ont fait les services de renseignement ? N'auraient-ils pas pu empêcher les attentats ? Que font-ils pour mieux surveiller la population ?
En effet, avec l'état d'urgence et la réforme pénale à venir, on ne reproche plus à des gens ce qu'ils font, mais ce qu'ils sont ou, plus précisément, ce qu'ils pourraient devenir. Il s'agit de prévoir les risques, de mesurer le potentiel de dangerosité d'un individu en fonction de ses convictions, avant même qu'il ait agi. Prédire l'avenir, aucune institution ne peut le faire. Mais de véritables défis nous sont posés : que faire de ceux qui reviennent de Syrie ? Que faire d'individus potentiellement dangereux, qui sont de nationalité française ? Grandit aussi l'illusion d'une prévisibilité totale des comportements grâce aux big data, d'un destin "algorithmique" où untel aurait telle propension à se radicaliser...
Le basculement est majeur. Et il laisse la critique en difficulté, parce que la menace est inédite, et nous fait peur. Nous sommes pris entre la nécessité du contrôle pour nous protéger – rôle premier de l'État – et la crainte d'une régression terrible : celle de faire peser une présomption de culpabilité sur chacun, alors même que la présomption d'innocence doit être garantie pour tous. […]
La restriction des libertés publiques soulève peu de débats au sein de la population. On peut y voir le signe que la France a changé, y compris le peuple de gauche, lui aussi gagné par la peur. Nous vivons un état d'exception démocratique ratifié par la population.
Nous ne sommes pas les seuls. […] Les Américains, après le 11 septembre, se sont déclarés majoritairement favorables aux écoutes, même illégales. Parce qu'ils ont peur et qu'ils ne se sentent pas concernés par la privation de libertés – le terroriste, c'est l'autre... Joue enfin un phénomène de servitude volontaire, celui d'un homme démocratique fatigué, qui n'a plus ­envie de se battre pour des principes intouchables, comme il le faisait il y a encore quelques années.
Tout cela est à la fois très nouveau et très ancien. […] Notre pays s'est construit comme un État de police, c'est-à-dire non pas par des ­garanties externes au pouvoir – les fameux checks and balances anglo-saxons – mais par une autolimitation du pouvoir par ses serviteurs mêmes (dont la meilleure illustration est le Conseil d'État). La peur pousse à ne plus supporter les contrepouvoirs. Mais la France acceptera-t-elle de vivre longtemps encore ce déséquilibre croissant des pouvoirs ? Je n'en suis pas sûr. » 
Notes issues de quelques liens fournis par l'article ci-dessus :
* Article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sureté et la résistance à l’oppression. »
Mais la sureté de 1789 ne s'entend pas comme la garantie de sécurité physique ou matérielle des citoyens contre des agressions civiles. Elle est la garantie offerte à chacun que ses libertés individuelles seront respectées contre une arrestation, un emprisonnement ou une condamnation arbitraire. C'est l'affirmation d'une rupture avec l'arbitraire du pouvoir monarchique. C'est donc au prix d'une lecture erronée de la Déclaration que certains hommes politiques invoquent aujourd'hui la « sécurité, première des libertés », pour justifier la limitation des libertés individuelles. […]
La sureté de la Déclaration est donc bien une autolimitation du pouvoir par ses serviteurs eux-mêmes, État, police, justice, et non pas "la sécurité".
La sécurité, c'est autre chose. Qu'il s'agisse de la dame susceptible de se faire arracher son sac, du bijoutier susceptible de se faire braquer ou de copains buvant un pot en terrasse susceptibles de se faire massacrer à la kalachnikov, la demande du citoyen à l'État, c'est que ça ne puisse pas arriver. On ne lui demande pas de nous faire peur, pas plus de nous rassurer comme des enfants, mais de nous protéger. Et si quelque chose nous rassure, c'est de bien voir qu'on est bien protégés. C'est de l'ordre du principe de précaution. Les caméras de surveillance sont alors perçues comme caméras de sécurité ou de protection.
Et… c'est bien ou c'est pas bien…? Je veux dire cette demande de protection, c'est normal ou c'est de la trouille infantile ? Monsieur Garapon, comme bien d'autres abusant du mot peur, renforce celle-ci. Avoir peur est rationnel. Avoir les moyens de surmonter cette peur, c'est autre chose. La question n'est pas d'avoir peur ou non. La question est de prendre en compte les faits et de prendre en mains la réalité. Individuellement et collectivement c'est-à-dire, entre autres, avec l'aide de l'État, le gouvernement, la police, la justice, les pompiers… Institutions auxquelles on est censé faire confiance (le problème est là…)
Se pose toujours la question du "nous". Quand Garapon dit « nous souhaitons être surveillés », c'est très ambigu à cause de ce "nous" qu'il emploie. Mais si on le complète avec ce qu'il dit plus loin : « le terroriste, c'est l'autre », on comprend mieux : parmi ce "nous" (disons : notre pays), il y a un "autre"… qui n'est pas vraiment "nous"… "Nous", toi ou moi, « on n'a rien à se reprocher », on est a priori innocents, donc la surveillance ne nous concerne pas, elle ne concerne que "l'autre" – et là, on exige qu'elle soit efficace. Panique paranoïaque ou attitude raisonnable ?
Si la sécurité n'est pas "la première des libertés", elle en est quand même la condition. Une des conditions. Sinon, on est dans une sorte de rêve, d'idéal hors-sol où "La Liberté" est une sorte d'absolu sans condition qui n'a rien à voir avec les faits, la réalité. Disons, pour essayer d'être fin, qu'un niveau correct de sécurité est la condition de la possibilité d'exercice de nos libertés. Exemple : comment exercer (l'esprit tranquille) sa liberté de prendre un pot en terrasse si l'on est (si l'on se sent) sous la menace permanente d'un attentat ? L'idée que la foudre ne tombe jamais deux fois de suite au même endroit, que les terroristes changent de cible selon l'inspiration, que ça peut donc être n'importe où, c'est-à-dire partout ou nulle part aussi bien, peut faire partie de la panique paranoïaque OU on peut ranger ça dans un coin de sa tête comme symptôme de léger et faire ce qu'on a à faire sans s'en faire plus que ça. Après, la présence d'une caméra de surveillance ou d'un flic armé au coin de la rue peut être supplément de rassurance… Ou le contraire. Et alors retour au point 2) de l'article précédent.
Selon le tempérament de chacun, sans doute. Mais avoir plus peur de notre gouvernement que des terroristes islamiques me semble typique de l'état d'esprit masochiste de la société française actuelle.
(à suivre)

paru dans La Mèche

samedi 20 février 2016

En quel état j'urge ?

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À notre actuelle paranoïa collective, il y a deux versions complémentaires :
1) On a peur des attentats toujours possibles n'importe où n'importe quand, il y en aura, c'est sûr. Paranoïa "basée sur des faits réels". (Quand Valls le dit, on proteste parce qu'on ne l'aime pas, ce vilain qui fait rien qu'à nous faire peur, mais il ne fait qu'exposer une réalité. – Après, il y a la manière…) On ne sort plus de chez soi, surtout pas pour aller au concert, on se fait livrer ses courses, on vapote dans sa tête, etc. Disons qu'il y a de bonnes raisons à ça pour ceux qui ont été directement ou indirectement touchés par les attentats précédents, traumatisme, deuil, résilience à l'Olympia, mais sinon… pour la majorité de la population…?? (Je me mets un peu à part parce que, pas fou, je me planque à la campagne depuis longtemps… Je me suis en quelque sorte assigné à résidence moi-même…)
2) On a peur de l'état d'urgence conséquent aux attentats, "lois liberticides", "mesures disproportionnées", surveillance, renseignement, sécurité, flics partout, caméras, écoutes téléphoniques… bref : risque d'arbitraire, atteinte à nos libertés, ici, en France-pays-des-droits-de-l'homme, "pays où sont nées les libertés civiques", "sommes-nous prêts à sacrifier nos libertés ?", etc.  
Mais bon là aussi je me mets à part. Je risque davantage une intrusion de sangliers dans mon jardin qu'une perquisition sans mandat.
Donc, finalement, je n'ai rien le droit de dire ?
Seulement dire à chacun de se poser la question : "basé sur des faits réels", ou pas ?… Qu'est-ce que l'état d'urgence change à ma vie ? Je sais… on peut aussi se préoccuper des autres, de tous ceux qui sont susceptibles d'être couvré-feux, perquisés, arrêtés, gardavusés, déchétés… (y en a pas eu des millions, quand même…) et on peut aussi se méfier, non sans justification, de ce que ce genre de lois peut devenir "dans de mauvaises mains", etc. etc. (ces etc. signant l'état de parano…)
Cet état d'urgence (issu d'un État pris dans l'urgence frénétique de tout le bordel qu'il n'arrive pas à gérer… et des prochaines élections) sert en tout cas à faire vibrer notre fibre anarchiste libertaire (notre anti-autorité systématique bien française, tellement crispée sur nos droits, "nos libertés" – inaliénables, bien sûr), à continuer de râler (ce qui est bien français aussi) contre le gouvernement, qui, décidément, n'est plus de gauche, ne fait que des lois de droite, etc. (C'est sans doute vrai, mais cette manière de penser binaire droite/gauche est-elle encore pertinente et intéressante ? Avons-nous encore le temps pour ça ?)
Dé-confiance.
En se contentant de râler, on ne fait que nourrir la bête. Nous avons perdu confiance en le monde politique en général, nous soupçonnons tous les pouvoirs, le gouvernement (qu'il soit de droite ou de gauche) et l'État (qui n'est ni de droite ni de gauche, mais "État de droit"). Celui-ci nous le rend bien sous forme d'état d'urgence dont le principe actif est de soupçonner tout et tout le monde. En réaction, nous perdons un peu plus confiance, nous soupçonnons d'autant plus. La boucle de renforcement est en place. Elle est perverse.
Mais ceux qui y ont vraiment perdu en libertés, de mouvement et autres, c'est les morts, les blessés, les survivants de Charlie Hebdo, Hyper Cacher, Bataclan et autres, non ? L'état d'urgence n'est qu'un dégât collatéral des attentats djihadistes. Ceux-ci ont eu lieu, sont un fait, et un fait majeur, qui ne peut plus ne pas avoir eu lieu. Nous sommes bien obligés  de nous recomposer à partir de ce fait (sauf à nier la réalité).
Cela dit, « Faire face au terrorisme est très difficile pour une démocratie. La France en fait l'expérience. Trouver un équilibre entre sécurité et libertés reste, comme dans toute démocratie, l'objectif », dit-on (raisonnablement) dans El Pais.
En bref, voir la France comme devenue un État policier… Fopadéconner. On n'est ni sous Pétain ni sous De Gaulle. Encore moins chez Pinochet.
En complément, un article de Télérama de cette semaine.
http://www.telerama.fr/idees/etat-d-urgence-pourquoi-nous-souhaitons-etre-surveilles,138222.php  
Ça sera pour demain. (À suivre, donc)

 
(paru, en son temps, ds Zélium)

jeudi 18 février 2016

Service civil et civique pour tous et toutes


(Quelques commentaires de mes "suiveurs" préférés m'incitent à prolonger cette idée sur un article. Parce que j'ai un peu répondu en post-commentaires, mais dans l'improvisation hâtive. Pousser la réflexion et la clarté de l'écriture un peu plus loin ne fera pas de mal.)
C'est forcément "pour les autres", oui, qu'on peut faire ce genre de proposition. Nous (moi et mes interlocuteurs sur ce blog, sauf exception ?), on a passé l'âge. Il faut voir aussi que, entre l'époque où nous avons fait ou évité de faire le service militaire, la situation sociale a bien changé. (Et puis j'insiste : ce dont je parle ici, ce n'est vraiment pas le service militaire, plutôt un prolongement de l'école avec "thérapie" associée. Rien à voir avec la téléréalité de M6.)
La réponse pragmatique c'est toujours l'éducation, et elle commence dans la famille (parents, frères, sœurs, voisins) dès la naissance, et même avant. Il faudrait donc commencer par faire l'éducation des parents avant qu'ils n'enfantent. Mais pour ce qui concerne les djeuns de maintenant, c'est trop tard, on ne voyage pas dans le passé. Alors quoi ? Ils sont là… on les jette ?
• Pour le présent, il faut bien commencer par agir sur les symptômes. Faire baisser la fièvre, en urgence. Garrot ou sparadrap, oui… rustine sur des jambes de bois. Il est peut-être naïf de croire à une possible rééducation ou "reprogrammation" d'individus de 18 ans – c'est un travail complexe exigeant des psychothérapeutes-sociothérapeutes, pas des sergent-chefs. Des techniques et du temps. Un serment de citoyenneté exigé sans préparation, comme le fait Michaud, ce serait comme faire passer le bac au sortir de la maternelle. C'est pourquoi je vante l'idée du service civil. (Je me rends bien compte que certains vont hurler devant des mots comme rééducation ou reconditionnement ou reprogrammation, mais, même si j'y mets une part de provoc', je le dis sans rire, en behaviouriste : nous sommes des êtres sans essence, fabriqués (conditionnés) par notre éducation ou manque d'éducation et donc susceptibles d'être partiellement reconditionnés, ce qui est une vision optimiste de l'individu humain, comme susceptible d'amélioration au cours de sa vie. "Sois ce que tu deviens" plutôt que "deviens ce que tu es".)
• Quant aux solutions pour l'avenir, on doit démarrer le travail d'éducation le plus tôt possible, et donc, si on ne veut pas en venir à enlever les enfants à la naissance pour les faire élever par des crèches d'État ou des robots (on sait les catastrophes humaines que ça a produit en URSS ou en Allemagne nazie), on ne peut travailler que sur l'école. (Sinon, il faut prendre les choses encore plus en amont en rendant la contraception obligatoire et en imposant une formation à l'éducation des enfants et un permis de procréer…)
Quant à l'aspect "religieux" de ce rituel, une sorte de religion laïque de la République (avec cocarde bleu-blanc-rouge en pin's ?), ce serait quand même mieux que le foot, question religion profane. On peut sans doute se reporter à quelques idées émises par Régis Debray sur "les communions humaines"… une sorte de nécessité pour la vie sociale. Idée de néo-réac ou d'anthropologue ?
Mais, à 18 ans, donner un an de sa vie à la République, à l'État ?
D'abord il faudrait quitter une vieille idée anarcho-libertaire qui veut que l'État soit notre ennemi, idée qui n'est en réalité que de l'anti-autorité adolescente. Et donc, prendre conscience que l'État, la République, la nation, le pays, le peuple français, c'est nous. Nous tous qui, au minimum, payons des impôts et taxes, votons ou non, roulons sur les routes, profitons ou non de la sécu, d'un passeport français, etc. Cette participation au commun, au collectif, au mutualisme, se fait par les impôts et taxes prélevés sur notre travail et notre consommation. Et donc il faudrait déjà bien se rendre compte qu'on donne beaucoup plus de notre temps de vie et de travail à la collectivité par les impôts qu'en un an de service. Et avec ce défaut que ce n'est que de l'argent. De l'argent qui masque que c'est de notre travail, donc du temps de notre vie. L'impôt est prélevé sur l'argent gagné par notre travail "normal", celui que nous faisons en vue des besoins et désirs personnels et familiaux, nous nourrir, habiller, loger, etc., et qui, a priori, dans notre ressenti superficiel égocentré, n'a rien à voir avec un don de temps de notre vie à la collectivité. Le prélèvement est vécu comme une captation, un vol arraché de force par l'État sur un bien qui nous est dû, qui est à nous, acquis par notre travail. Et donc, c'est mal vécu. Notre libertarisme n'est pas loin du Tea-Party US et de son anti-Étatisme anti impôts névrotique.
En fait, participer au bien collectif seulement par les impôts, ça me fait penser à ces  journaux ou chaines TV… ou ces blogs créatifs qui ne vivent que de la pub… dont les auteurs admettent de se faire rémunérer "par la bande", par un système parasitaire et non directement par les amateurs pour ce qu'ils proposent, leur travail, leur temps, leur art. (Ils n'ont donc aucune fierté ?!)
De même, l'État (la République, la collectivité) ne se nourrirait que des impôts, de la captation financière parasitant notre travail individuel, au lieu de profiter de notre temps, vie, travail lui-même… Dit dans l'autre sens : nous ne voudrions donner au collectif, partager, que de l'argent, avec la distance que cela suppose, pas du temps de vie direct, que de l'indirect ? (Et en râlant.)
Parce que, évidemment, le service civique n'est pas qu'un lieu de rééducation individuel, c'est aussi un lieu de don solidaire, de participation au bien commun, je n'ai peut-être pas assez souligné ça. (Il faut aussi se rappeler qu'en temps de guerre (ce n'est pas si loin) chacun était censé donner sa vie pour la patrie… Là aussi, les temps ont changé…)
Un an de vie donnée 24h/24 peut être mal vécu aussi, d'accord, surtout si on se fait chier dans des travaux absurdes ou un rien-faire encore plus absurde. Mais si on apprend tous les jours quelque chose ? des choses utiles… si on découvre et se découvre ?… (Personnellement, je n'ai pas souffert de l'internat au collège-lycée parce que j'avais plaisir à apprendre et si mon service militaire a été bien trop long, il n'a pas été fait que de temps perdu. Mais évidemment ce que j'en ai tiré ne venait pas du système militaire lui-même, à part le permis de conduire, mais des copains dits "de régiment", question de chance d'avoir été en compagnie de dessinateurs, graphistes, monteurs-son et étudiants sursitaires avec 6 ou 7 ans de plus que moi, des grosses têtes, agrégés d'histoire, de psycho et autres. Et à tendance gauchiste.)
Qui dirigerait un service civil est une lourde question. Il faudrait fonder un corps spécial d'éducateurs, ni l'armée, ni l'enseignement tel qu'il est, ni des psy, ni des profs de gym, ni des moniteurs de colo, ni des curés… mais sans doute un peu de tout ça (sauf les curés) et des artistes. Des gens formés à la pédagogie et sachant manier l'autorité. (Toujours cette question d'une éducation pas seulement bienveillante, mais encadrante, posant des limites, par la sanction quand il le faut. Faire régner la discipline ce n'est pas faire marcher au pas… encore que le pas de l'oie fasse travailler les abdominaux et la coordination collective… mais la danse, c'est pas mal non plus, pour ça…)
Sinon, oui, le mal, ce n'est pas l'école, la République, l'État… et ce n'est pas seulement la radicalisation, c'est la religion, mais comment l'éradiquer ? (C'est aussi – beaucoup ! – le capitalisme libéraliste financiariste mondialisé, mais ça aussi, comment l'éradiquer ?)
Et donc, de religion, islam et autres, je reparlerai, et de laïcité (liberté d'avoir une religion, de quitter une religion, de n'en point avoir du tout…) 


à suivre