LO N°458. 2 octobre 2011.
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Les humains, quand y en a un ça va, c'est quand il y en a beaucoup que ça pose problème.
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RELIGION ET SURPOPULATION
Toutes les religions sont procréatrices, je veux dire pro-procréation. Donc contre la masturbation (improductive), contre la contraception sous toutes ses formes, contre l'avortement. Contre tout contrôle des naissances, hors la retenue personnelle type coïtus interruptus et même pas coïtus du tout si ce n'est pas pour faire des petits. On peut se demander pourquoi. Qu'est-ce que le sexe et la procréation ont à voir avec la spiritualité ? Et ainsi, à chaque occasion où le pape (ou un autre du genre) fait une déclaration anti-capote, anti-avortement ou autre du genre, on gueule en disant : " Lui qui, justement, ne pratique pas le sexe, qu'il s'occupe de sa spiritualité et pas de nos fesses !" Mais c'est mal comprendre ce qu'est "la religion". Les religions ne sont pas "la spiritualité", ne sont même pas vouées à encourager la spiritualité ou le mysticisme qui ne sont que des effets secondaires indésirables.
Pour une grande part, "la religion" (= le dieu et ses prêtres) est un système politico-social, un système de gestion de la société : organiser des rituels de "communion", proposer ou imposer une morale sociale cadrant, ordonnant les instincts sauvages : la violence et la sexualité, principalement.
Plus profondément peut-être, ou plus primitivement, "la religion" (= le dieu et ses prêtres) est la voix de "la nature", le représentant direct des contraintes de la nature qui s'imposent à la vie en général, ou plus spécifiquement à l'espèce, ou, encore plus près, à la tribu. Toute espèce, la vie, la nature, n'a qu'un but : durer. Survivre au long du temps, et pour ce proliférer. Que l'on se place au point de vue universel de la nature ou au plus local de la tribu, la loi est la même : pour s'en tirer, quelles que soient les pertes (famines, maladies, guerres…), il faut faire nombre. Le dieu des fables bibliques est une sorte de chef de clan qui doit tout faire pour la survie de ses ouailles, non en tant qu'individus, mais en tant que groupe (nation, ethnie, espèce…).
La tribu (par exemple les habitants du proche orient de l'âge du bronze) vit des conditions difficiles : sécheresse, prédateurs… et aussi rivalité avec les tribus voisines, donc bagarres et guerres, défense de territoire ou conquête guerrière de territoire. Donc pertes : il faut renouveler le plus vite possible les chasseurs, guerriers, cultivateurs… Se pratique aussi la conquête démographique : occuper le terrain par prolifération jusqu'à évincer l'autre tribu moins prolifique. De plus, ces conditions de vie difficiles en général font qu'il y a beaucoup de mortalité infantile. Donc pour être sûr de garder un ou deux enfants survivants, il faut en faire huit ou dix. En bref, faire beaucoup de petits est un gage de survie, de persistance de la famille, la tribu, la race, l'espèce… la vie.
Donc, à la base, il y a les "croissez et multipliez" proférés par Yahvé Dieu, à Adam-Eve, à Noé, à Abraham… Et ce n'est pas du tout une affaire "spirituelle", c'est une question de survie. L'espèce veut perdurer. Le vivant veut perdurer… Mais ne prévoit rien – ne prévoit pas, en tout cas, que cette espèce, victime de son succès, serait en proie à une telle prolifération qu'elle se mettrait en danger (ça, encore…) mais mettrait en danger toutes les autres, tout le vivant. La nature est une idiote.
Parce que, évidemment, la suite de l'histoire, c'est l'arrivée à un seuil, le point ou trop c'est trop, où la quantité devient un handicap. La démarche de croissance démographique, sans doute indispensable dans les conditions d'il y a douze mille ans, se retourne contre elle-même en boomerang : les ressources (disons nutritives, pour rester basique) se restreignent, s'épuisent, malgré les progrès que l'on peut faire dans la gestion de ces ressources (l'agriculture) et même, plus tard, à cause des progrès en question (chimioculture, pollution, etc.). Il faudrait s'arrêter, à ce moment-là, juste avant l'épuisement et l'effondrement. Se dire "Bon, là, on est à notre optimum, on équilibre ressources et population, renouvellement des ressources et renouvellement de la population, tenons-nous en là. Gardons cet équilibre (déjà pas si facile à tenir)."
Ça semble rationnel… ou au moins raisonnable. Mais les prêtres, le dieu, la nature… ne sont ni rationnels ni raisonnables. Ils restent coincés dans leur obéissance à la loi primitive qui veut que l'on prolifère pour durer. Ils ont gravé des lois de fécondité dans le marbre et dans les circonvolutions cérébrales de tout leur petit monde. Vu par le petit bout, on peut dire qu'ils veulent garder leur place, leur pouvoir, leur richesse, mais c'est anecdotique. Plus largement, ils sont, comme le reste de la tribu, emportés par l'élan. Force d'inertie. Tradition. On a construit tout un monde sur ces lois, sur cet élan téléologique, sur ces légendes (legenda : ce qui doit être lu). La Loi de Dieu, aveugle, poussée par son passé, pousse devant elle la tribu (l'humanité, maintenant). Si les avant-gardes voient le ravin devant, par contre à l'arrière, on ne voit rien. On est une force qui va – dans le mur, dans le ravin, à la chute. Continuant sur sa lancée, sur son erre, comme un vaisseau. Ne comptons pas sur le dieu ou les prêtres pour arrêter le mouvement, ils pensent encore comme une tribu du désert, relais de la voix de la nature au sens le plus primitif. Attardés, ils pensent comme des homo à peine sapiens, à partir d'un état du monde lointain, à huit ou dix mille ans dans le passé.
Et finalement, c'est "la nature" qui réagit – idiotement aussi : elle réagit sans pitié, par la famine, la guerre, l'épidémie, la stérilisation, de grosses katastroffes… La mortalité infantile, déjà, depuis toujours, est le grand régulateur. (Mais on s'efforce avec succès de la réduire… est-ce bien raisonnable ?) Suite aux réactions de la nature, la tribu ou l'espèce s'éteint ou est ramenée à sa plus simple expression et pourra repartir de 0,2 pour un nouveau cycle de croissance. Pas de morale à ça. La nature n'est pas morale, ne connaît pas le bien et le mal, elle n'est pas hostile, elle est implacable. Et ses lois ne sont pas des "lois" (comme nous on en écrit), mais seulement les causes et conséquences mécaniques. Aucune volonté divine : la nécessité, les aléas.
On peut évidemment décider que la nature a raison et attendre qu'elle règle la question par sa violence aveugle. Mais si nous sommes devenus des humains, des civilisés, c'est bien en ayant pris les rênes – pour le meilleur et pour le pire. Le pire, c'est sans doute de continuer à laisser parler cette voix (et voie) de la religion primaire qui nous dit "Continuez à croître, un bon tsunami généralisé (déluge) réglera la question en temps utile." Oui, pourquoi s'embêter ? Y a qu'à attendre. Le meilleur serait peut-être que nous (les humains) décidions par nous-même, à moindre frais, de dire STOP à la prolifération.
« […] les limites inextensibles de nos provisions alimentaires nous faisant un devoir de prévenir rigoureusement un excès possible de notre population – parvenue aujourd'hui à un chiffre qu'elle ne saurait jamais dépasser sans danger, cinquante millions –, nous avons dû interdire en général, sous les peines les plus sévères, ce qui, paraît-il, se pratiquait communément et ad libitum chez nos ancêtres. Est-il possible qu'ayant fabriqué des monceaux de lois dont nos bibliothèques sont encombrées, ils aient omis précisément de réglementer la seule matière jugée digne aujourd'hui de réglementation ! Conçoit-on qu'il ait jamais pu être permis au premier venu, sans autorisation régulière, d'exposer la société à l'arrivée d'un nouveau membre vagissant et affamé – surtout en un temps où l'on ne pouvait, sans permis, tuer un perdreau, ni sans payer des droits, introduire un sac de blé ? Plus sages et plus prévoyants, nous dégradons, et, s'il récidive, nous condamnons à être précipité dans un lac de pétrole, quiconque se permet ou plutôt se permettrait (car la force de l'opinion est venue à bout de ce crime capital et a rendu inutiles nos pénalités) d'enfreindre sur ce point la loi constitutionnelle. » (Gabriel Tarde, "Fragment d'histoire future", 1896, p 43)
http://classiques.uqac.ca/classiques/tarde_gabriel/fragment_histoire_future/fragment.html
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MAIS C'EST TOUJOURS LE SEXE QUI LES PERDRA
En cherchant des images de la Kaaba de La Mecque pour la LO N°440, j'ai découvert ce détail hallucinant. (C'est moi qui hallucine ou cette forme est bel et bien vaginale ?)
Cette châsse en argent incrustée à l'un des angles du cube de la Kaaba contient une pierre noire sacrée, prétendument météorique et plus vraisemblablement volcanique.
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En kiosque d'un jour à l'autre, PSIKOPAT 235, spécial POLICE.


