mercredi 30 janvier 2019

P(ays)age s(auv)age.


La nuit émeraude t'enlace. L'oiseau gazouille, l'olive ovule, l'art brut arbitre. La fleur grimace dans son pot. L'orthobus prend ses virages à angle droit. Le panorama est paranoïaque, voire paranormal. Les ventilateurs brassent le vent tandis que les moulins l'embrassent. Des papabile pédophiles, paternes austères, chassent l'oppidum au Pompidou, prennent un bain de foule à La Bourboule, puis abordent à Bordeaux pour aller au bordel. Une ligne d'ombre se projette sur le miroir de la mer. Un baobab (père de tous les arbres) prend en otage une purée d'artifice.
•••
Le temps était condescendant. J'atteignis l'arcade aux louves où m'attendait la sirène aux dents d'algues aigues. Elle me proposa un wistiti. J'inclinai la dévitation, mais comme ça ne voulait rien dire, elle me servit quand même un grand verre de mormol. Après le troisième, je ressemblais plus à rien. (Le liquide coule dans mes artères. Il éclaire mes sens comme un soleil noir d'une Arcadie postatomique.) L'arcade était protégée par une marquise. Comme il pleuvait, tous les courtisans se massèrent avec circonspection sous celle-ci – qui rougit, puis jouissit. Puis ils partirent tous en procession en direction de la cathédrale de Tchernobyl.
— Nous sommes au delà de la fin du monde, se lamentait Rufus Tucru.
— J'espère que ça ne se reproduira plus, déclamait la Rusalka l'ondine (voir plus bas, post précédent).
— Qui-ça, "ça" ?
— L'espèce humaine.
Elle décide de mourir – c'est le bon choix car elle n'a pas de prix.
Je la couche sur le papier. Je trace son contour comme la police autour d'un cadavre.
Ce soir il fera nuit et nous irons sur la lune.
— Regardez ! Des étoiles filantes ! clamèrent-ils tous en chœur. Attrapons les éclairs avant qu'ils ne touchent terre, cueillons les arc-en-ciel, mangeons les nuages. Envoyons des baisers par pigeons voyageurs, chantons les papillons de nuit, filons les étoiles, écoutons les sirènes de fin du monde, hybrides hydrophiles.
•••
L'art des enchâssements
À propos du titre de cet épisode…
Paysage ou Page ? Sauvage ou Sage ?
Il faut que je dise d'bord que j'ai lu le dernier Galaxies. Parmi les conseils de lecture, il y avait "Comment parler à un alien ? - Langage et linguistique dans la science-fiction" de Frédéric Landragin (Bélial'). Bouquin passionnant qui, entre autres, parle abondamment de "L'Enchâssement" de Ian Watson. Du coup, je relis "L'Enchâssement" (Presses Pocket, 1985) qui parle beaucoup d'enchâssement, bien sûr, en se référant constamment à "Nouvelles impressions d'Afrique" de Raymond Roussel, que je n'avais jamais lu et que je me procure contre menue Monnaie (Petite Bibliothèque Ombres, avec les 59 dessins de H.A. Zo). Je le lis en comptant les parenthèses enchâssées. Je pourrais dire "Je n'ai rien compris", mais y a-t-il vraiment quelque chose à comprendre, au delà de l'exercice littéraire maniaque proto-oulipien ?
Mais ça m'a fait réfléchir au principe de la parenthèse contenant une phrase enchâssée, donc, dans une phrase… parenthèse susceptible de contenir une autre parenthèse, etc. système que je pratique couramment dans mes propres textes. Mais pas plus, parce que au delà, on perd le fil et il faut commencer à compter les parenthèses, les mettre de côté pour retrouver la continuité de la phrase mère, etc. Chez Roussel, une parenthèse s'ouvre à la 10e ligne et se referme 5 lignes avant la fin du chapitre, après avoir contenu 10 pages, dont jusqu'à 6 parenthèses enchâssées comme des poupées russes… sans négliger les notes en bas de page…
Bref (si je puis dire), il faut classer Roussel dans les "fous littéraires", ou au moins dans les "bizarres" (il a d'ailleurs sa notice dans le "Livre des Bizarres" de Jean-Claude Carrière et Guy Bechtel, mais surtout pour ses mœurs. Pa exemple, il ne faisait qu'un repas par jour, qui durait quatre heures au cours desquelles il ingurgitait d'affilée petit déjeune, déjeuner, collation, dîner…)
Après, pour m'amuser, je me suis dit : dans le principe d'enchâssement, pourrait-on placer une parenthèse à l'intérieur même d'un mot ? Par exemple : Paren(père et mère)thèse.
Ou une parenthèse tiroir. Le jeu consisterait alors à enchâsser un mot dans un autre ou, dit autrement, à révéler un mot déjà inclus dans un autre (par hasard) et ensuite d'en donner une sorte de définition explicative ou poétique (quitte à tirer par les cheveux) tirant de ce mélange deux ou trois sens (ou plus) supplémentaires. J'imagine qu'il y a déjà sur la planète bon nombre de joueurs de mots, dadaistes ou surréalistes ou oulipistes, qui se sont livré à ce petit jeu.
Par exemples :
(AF)F(L)ICTION : chagrin imaginaire de l'Association Française pour la Lecture.
(B(AR)OUDEUR : l'aventurier boude accoudé au bar.
COU(VER)T)URE : elle a cousu un plaid vert autour de son cou.
COU(VERTU)RE : qu'elle courre, qu'elle courre, la vertu, par dessus les draps.
DÉSO(PI)LANT : la constante d'Archimède (le nombre PI) est à la fois rigolote et désespérante.
ÉC(UR)EUIL : ce petit animal velu vivant dans une antique cité de Mésopotamie a rencontré une difficulté.
F(R)ICTION : il y a des disputes  entre fans de SF.
GRI(BOUI)LLE : la grille bout.
INU(TILI)SABLE ou INUTI(LISAB)LE : ce couteau prétendument inusable s'avère inutilisable, donc inutile, conclut Lisa.
LU(MI)NAIRE : éclairage nocturne en mi mineur.
RÉCU(PÉ)RER : nettoyer les traces de flatulences.
RE(NON)CULE : la fleur qui va toujours de l'avant.
RENON(C)UL)E : abstinent sexuel.
TAN(GEN)TE : ma tante n'a qu'un minimum de contact avec les autres gens.
TA(MBOU)RIN : cet habitant de Hambourg joue du tambour avec son nez.
VI(SI)TE : tu as fait un passage si rapide chez moi !
(Des fois, peut-être qu'en mettant certaine lettres en couleur, ça marcherait mieux…)
… Bon. Amusez-vous.



dimanche 13 janvier 2019

Méfiez vous des verres à dents…


… parfois ils mordent – comme la mer.
Je rampais sur la plage de galets, "concentré sur la nécessité de conserver intact mon fond de carter" (comme disait un personnage de Keith Roberts. ["Les Turbines Géantes", Fiction N°284, 1977] ; en le lisant, je me suis interrogé un moment sur le sens de l'expression "conserver intact mon fond de carter", jusqu'à ce que je comprenne que le personnage en question – le narrateur – roulait en voiture – une Midget – sur un mauvais chemin de campagne – dans le Dorset –, puis j'ai décidé d'en tirer une métaphore concernant les couilles rasant le sol d'un narrateur en train de ramper sur une plage de galets.)
Donc, je rampais sur la plage de galets, etc. Je me mis à frire paisiblement. Des larmes s'enfonçaient dans mes yeux. J'allais à la rencontre d'une nymphette sirénéenne jouée par une actrice à la carrière aussi bien remplie que son soutif.
— T'as un tatoo sous ton soutif ? lui demandis-je allitéralement.
J'avais découvert depuis peu qu'il existait un film nommé Rusalka ou The Rusalka évoquant une romance entre une sirène d'eau douce et un mormon muet (!). Et pourquoi pas, me dis-je, une romance entre l'abominable homme des neiges et Jeanne d'Arc après son bucher ? Entre Salvador Dali et une femelle hippocampe géante trisomique ? Entre un Shadok et un Amish ventriloque ? Une danseuse nue du Crazy Horse Saloon et un peintre aborigène australien ? Une baroudeuse boudeuse et un lézard basilosaurus ?
Moi, je n'étais ni mormon ni muet ni etc. et c'est bien de la mer et de ses dents amères que je sortais en rampant jusqu'à ma maison aux vitraux bleus taillés en losanges.
— « Écoute ! — Écoute ! — C’est moi, c’est Ondine qui frôle de ces gouttes d’eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ; et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.
» Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l’air.
» Écoute ! — Écoute ! — Mon père bat l’eau coassante d’une branche d’aulne verte, et mes sœurs caressent de leurs bras d’écume les fraiches iles d’herbes, de nénufars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne. »
Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt, pour être l’époux d’une Ondine, et de visiter avec elle son palais, pour être le roi des lacs.
Et comme je lui répondais que j’aimais une mortelle, boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et s’évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitraux bleus.
(Aloysius Bertrand. Gaspard de la nuit)
J'éclatai en losanges.
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NDE : Je rappelle à ceux qui peuvent s'étonner de certaines bizarreries orthographiques telles que l'absence de plusieurs accents circonflexes ou le f de nénufar, que j'ai (outre quelques fantaisies personnelles) programmé mon Word pour la "nouvelle orthographe recommandée", ce que les correcteurs et -trices des éditeurs semblent peu apprécier, ne voulant pas affronter des règles supplémentaires, alors que cette NOR (recommandée depuis une bonne vingtaine d'années, quand même…) est, sur la plupart des points, une sim-pli-fi-ca-tion. Et une rationalisation. Comme quoi, les "recommandations" de l'Académie ne servent à rien, on veut des ordres ! On n'accepte les réformes que contraint et forcé.


lundi 31 décembre 2018

IVRES DE BIZARRES


• Lola Lokidor était capable de dormir couchée sur l'eau d'un lac. On soupçonna un soutif gonflé à l'hélium. Elle enleva tout et reprit son somme. Son visage serein se berçait de ciel. Ses deux nénés émergeaient comme deux gâteaux crémeux ponctués de cerises sur le-, suivis longitudinalement de la légère rondeur de son ventre ponctué, lui, du nombril formant lac reflétant les étoiles (une seule étoile, en fait), et de ses cuisses d'albâtre rose. Plus loin, collier de perles roses, ses orteils tintinnabulaient. Les assistants applaudirent à voix basse, saisis par l'intense poésie de la scène.
On découvrit par la suite que le lac ne faisait que dix centimètres de profondeur, mais cela n'enleva rien à l'intense poésie de la scène.
Insubmersible, Lola Lokidor était aussi incombustible, mais c'est une autre histoire.
• Que voici : le 21 juin 1978, elle resta assise sur une cuisinière pendant quatorze minutes, à côté d'une marmite où cuisait un poulet.
Elle ne révéla jamais sa recette.
• Rufus Tucru, alors envoyé du ministère de l'extérieur, fit une tournée en AOF des années 50 pour s'informer des besoins alimentaires des populations. Il fut mangé par les cannibales (qui ne révélèrent jamais leur recette).
• Parciment Fluvial écrivit plus de 2764 lettres d'amour à Lola Lokidor en lui demandant de l'apouser. En vain : elle apousa le facteur (Rufus Tucru).
• Rufus Tucru s'était marié trois fois. Après le décès de ses deux premières femmes (Curcumène Totognon et Adénoïde Langouste), il les avait fait empailler et installer au pied de son lit. C'était son coté Barbe Bleue. Sa troisième (Lola Lokidor) appréciait peu. Elle exigea qu'elles fussent enterrées. Rufus finit par accepter mais il enseigna à deux perroquets les noms de ses épouses précédentes et les installa sur des perchoirs au pied de son lit. Lola appréciait peu. Lors d'une de ses crises de cuisine impromptue, elle les pluma et les servit sur canapé à Rufus. Il les reconnut à la coiffe de plume qu'elle portait ce soir-là. Quelques instants, il fut tenté de se vexer, mais comme cette affaire avait assez duré il choisit d'en rire – hu-hu.
• Rufus Tucru, un jour, tomba du quatrième étage sur un passant anonyme qui mourut sur le coup tandis que Rufus s'en tira. Les parents du passant tué s'adressèrent à la justice pour demander réparation. Le juge proposa que l'un des parents en question montât au même quatrième étage et se laissât tomber sur Rufus Tucru, responsable involontaire de l'accident. Personne ne se porta volontaire et l'affaire fut close.
• Dans le même ordre d'idée, Lola Lokidor sauta du troisième étage en apprenant que son mari (Rufus Tucru) l'avait trahie. Elle tomba précisément sur lui, qui rentrait sagement à la maison, et le tua.
 • Rufus Tucru, fatigué de vivre, décida de se noyer et d'entrainer avec lui son chien Prolégomène et son chat Catalyse qu'il aimait beaucoup. Il se les attacha aux bras et se jeta dans le Danubre. Mais le chien et le chat savaient nager, si bien qu'ils le ramenèrent au bord vaillamment. Rufus Tucru les détacha, les relâcha en leur souhaitant bon vent et retourna se noyer. Mais dans le Dnieupr, cette fois, c'est plus sûr.
• Rufus Tucru était sans doute le dernier homme sur Terre à porter des bretelles. Un jour, par distraction, il essaya d'enlever son pantalon avant d'avoir enlevé sa veste (cintrée). Il s'emmêla les pinceaux dans ses bretelles, renversa la bougie (c'était au temps du retour à la bougie, après la Grande Bistouille), s'enflamma et eut été mouru brulé vif si Lola Lokidor ne fût à cet instant sortue de la chambre, porteuse du seau hygiénique (c'était au temps de plus du tout à l'égout, après la Grande Bistouille) et ne l'arrosât copieusement de pisse.
• Lola Lokidor, la célèbre danseuse du Crazy Horse Saloon™, en tournée générale, devait toucher un chèque dans une banque d'une ville de province, mais avait oublié ses papiers d'identité. Elle sortit l'exemplaire du mois de Playboy™ où elle était Playmate of the month™, déplia le triptyque central sous les yeux du guichetier, se déshabilla et prit la pose. Le guichetier (Rufus Tucru) ne se fit pas prier d'avantage et elle put toucher son chèque – sous les applaudissements de la clientèle.
• À l'instar de la célèbre Cléopâtre, Lola Lokidor décrocha d'une de ses oreilles une perle de vingt-quatre carats, la fit dissoudre dans du jus de citron qu'elle offrit à boire à Rufus Tucru. En remerciement, il fit monter en boucle d'oreille son plus beau calcul biliaire. Elle le porta jusqu'à la prochaine.
• Quelques mois après son divorce, Rufus Tucru consulta une agence matrimoniale en ligne pour trouver une nouvelle épouse. L'ordinateur sélectionna le profil de Lola Lokidor, qui s'était inscrite au même site et que l'algorithme jugea "faite pour lui" et "lui pour elle". Résignés, ils se remarièrent.
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J'aurais pu sous-titrer ces courtes "d'après une histoire vraie". De même que ces précédentes déjà postées ici :
Lola Lokidor voyage toujours avec un cercueil dans lequel elle range ses robes.
Rufus Tucru, du temps qu'il était très riche, se faisait faire des lavements au champagne.
J'ai attribué ces bizarreries à mes personnages fétiches mais je les avais empruntées à des personnages réels cités dans le Livre des bizarres de Guy Bechtel et J.C. Carrière (Robert Laffont, 1981), une mine d'or pour les scénaristes. Je m'étonne d'ailleurs que personne n'ait tiré un roman, un film ou une BD de la vie de Psalmanazar, par exemple (cf. une page très complète sur Wikipedia) ou de Mariano Melgarejo et de quelques autres dictateurs sud-américains, de Princesse Caraboo, de Miss Menken, ou de quelques centaines d'autres bizarres authentiques.


samedi 22 décembre 2018

BURLESQUE SENTIMENTAL


Lola Lokidor venait juste de quitter Rufus Tucru après une brève séance de gymnastique lunaire. (La gymnastique lunaire, c'est comme la terrestre mais avec un tiers de la pesanteur. Il y a intérêt à avoir un plafond capitonné.) La séance s'était mal terminée : Lola voulait bien faire des pompes, mais elle avait les bras trop courts.
— Ya quelque chose qui gène, se justifiait-elle. Bicoze aye ame eu geurl.
— Va te faire empailler, rétorqua Rufus, cru comme un rorqual.
Pourtant, arrivée dans la rue, elle sentit que Rufus la suivait, encore en sueur malgré la température antarctique. (Rufus Tucru avait un tic : il cherchait toujours, où qu'il soit, le distributeur de café.)
— Qui est l'asthmatique dans la Cadillac ? demanda Lola.
Déconcerté, ou plutôt décontenancé, Rufus Tucru s'approcha en crabe. Une femme noire ébouriffée tenait le volant comme une assiette truquée. C'était Lola qui, par un mirobolant Subterfuge (avec Majuscule) s'était clonée, encore rousse (ce qui est un euphémisme) mais noire de peau.
— Je m'appelle Vénus Stromboli, déclara-t-elle d'emblée.
< Encore un nom pour stripteaseuse >, pensa Rufus. C'était en effet sur son buste que son tempérament volcanique s'affichait avec le plus d'évidence.
— Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi ? demanda-t-il avec une tête d'enterrement d'avance.
— Ces fariboles me turlupinent, ajouta-t-il avec une tête de cucurbitacée neurasthénique.
Lola (ou Vénus) démarra comme une bombe et disparut à l'horizontale.
Rufus, hagard, se retrouva entouré d'une bande de pickpockets. Ses poches se vidaient sous ses yeux. Il lui restait une poignée de mains. Il les échangea contre une paire de pieds. C'était moins drôle mais il en avait davantage besoin car c'était l'heure de la fuite. Il profita quand même  du fait qu'il avait deux mains pour leur en flanquer une dans la figure (à chacun).
Il rentra chez lui épuisé. Aurait-il seulement la force de s'endormir ? Et de rêver, peut-être…? Il resta fixe un long moment, au milieu des meubles transformés en fantômes sous leurs housses de Noël. Regardant ses pieds, < il faut que j'empeigne mes chaussures >, pensa-t-il, versatile. < Tiens, je me ferais bien une petite vaisselle, moi, comme ça, pour le plaisir >, pensa-t-il ensuite aparté.
Quand ce fut fait, il s'étendit sur son tapis persan  entouré d'une rangée de tessons de bouteilles.
Il relut L'Éloge de la fuite puisque c'était l'heure, alla faire pipi, puis tenta d'écouter L'Art de la fugue, mais décidément il n'aimait pas Bach. Il s'endormit, comme il l'avait souhaité.
Rufus Tucru rêve :
< L'esprit de Noël erre inlassablement. Il est à la recherche d'une proie. Il a l'aspect d'une petite flamme lévitant comme un mini-drone. Il jette son dévolu sur un gros bonhomme habillé en rouge nommé Joseph. Il se pose sur sa barbe – qui s'enflamme instantanément. « Ho… Hooo… », fait le gros homme en mourant.
L'esprit de Noël s'écarte et, se retournant, repère une jeune fille en costume de Marie, très jeune, 14 ans, peut-être. Il se glisse sous sa robe de mariée orientale, remonte le long de sa cuisse et…
— Mais !… Arrêtez ça tout de suite, intervient l'éditeur. C'est obscène. Vous n'avez pas honte de salir ainsi la magie de Noël ?!
— Appelez-moi Léon, réplique l'esprit de contradiction. Il s'éloigne, se met à la recherche de la féérie de Noël. Quand il l'a trouvée, il lui offre une poêle qui n'attache pas. (C'est pourtant pas la fête des mères.) >
(Note de l'auteur : J'aurais bien aimé écrire un joli conte de Noël "tout public", quand même… Mais je ne sais pas pourquoi, faut toujours que ça se barre en couille…)


vendredi 14 décembre 2018

JILL & JOHN SONT SUR UN RONDPOINT


Aujourd'hui Rufus Tucru et Lola Lokidor laissent la place à Jill et John.
(Une sorte de page d'actualité pleine d'apartés et dérives mal maitrisées…)
Jill et John sont de sortie sur le rondpoint moche voisin. Ils arborent un giléjone chacun. En plus, lui porte un bonnet rouge breton anti-portail détecteur de camion et elle un pussy hat rose anti Harvey Trump. Mais elle est torse nu sous son gilet de coupe Karl Lagerfeld (ne pas confondre élégance et arrogance) et elle s'est tatoué sur la peau, à la manière Femen, un slogan anti gazole : "Plutôt Vin que Diesel".
En aparté, un ami me dit : — Au cinéma n'importe quoi vaut mieux que Fast and Furious.
Je réplique (en aparté) : —  Oui, mais dans n'importe quoi, il n'y a pas Michele Rodriguez.
Ils ont hésité à sortir sans culotte. Mais ça caille, non ?
L'ordonnance interdisant aux femmes de porter un pantalon n'a été annulée qu'en 2013. Bien sûr cette ordonnance n'était plus respectée depuis longtemps (les années 20 ?), mais il n'empêche qu'elle était toujours là et donc susceptible d'être ressortie au besoin. Mais au fait pourquoi cette interdiction ? Parce que une femme était censée être sexuellement accessible à tout instant.
Au XVIII° et XIX°, des femmes très décolletées, des hommes très cravatés. Qu'est-ce à dire ? Là encore, un accès direct à "leurs charmes" et, même dans un cadre très poli et policé, une vitrine permettant à l'homme d'évaluer la marchandise avant achat. Et les hommes col dur/cravate ? Le joug du travail ? La rigidité de l'honneur, fierté, orgueil de classe ? Un reste d'armure militaire ? La "cuirasse émotionnelle" de Wilhem Reich….
Quand les Femen se tatoueront sur les nibards « Touche pas à mes nibards», on sera au maximum de la provocation paradoxale (une sorte de koan ?)
Ils ont hésité à arborer des masques "Anonymous"… Ce serait too much, non ? Mais tant qu'à faire dans "ce qui peut sauver la vie", ils se sont rabattus sur des masques à gaz, parce que les bords de route, rondpoints et autoroutes, c'est dense en particules fines.
(À noter quand même que le fameux giléjone échoue à sauver des vies quand un chauffeur routier polonais fonce dans le tas.) Un gilet de sauvetage ferait tout aussi bien l'affaire (commerce florissant sur les rives méditerranéennes…).
Jill et John rentrent chez eux, manger une bonne soupe devant un bon feu de bois. Mais ne faut-il pas interdire les feux dans les cheminées, très polluants en particules fines ? D'ailleurs on a découvert que les fabricants avaient inclus dans leurs cheminées un logiciel qui dissimule la pollution.
Les abeilles, victimes du syndrome d'effondrement des colonies, vont-elles rejoindre le mouvement, elles qui en ont déjà le look rayé jaune ? Et les guêpes, donc ! Et les tigres. Et les zèbres… Tous plus ou moins en voie de disparition. (Je rappelle qu'il s'agit d'animaux, des trucs qu'on a vu à la télé quand on était petit et qu'on croit que ça existe pas, que c'est que des effets spéciaux. De toute façon, le zèbre sera bientôt rayé de la carte. Le tigre aussi. (Mais pas les bananes, hein, dis ? Pas les bananes ! – qui sont d'ailleurs plus proches de la girafe que du zèbre ou du tigre.) Question subsidiaire : Les bites des tigres sont-elles tigrées ? Et celles des zèbres zébrées ?

— Faites gaffes aux pères Noël sur les marchés de- : la houppelande peut cacher une ceinture explosive.
— Sortons des giléjones pare-balle !

ANTIVERTUEUX
Ceux qui font étalage de leur modestie. Ceux qui dissimulent leur arrogance. Ceux qui avouent honnêtement leur corruption. Ceux qui affrontent leur lâcheté. Ceux qui s'énervent de leur patience. Ceux qui éclatent de prudence. Ceux qui exagèrent leur tempérance. Ceux qui détestent leur charité. Ceux qui regrettent leur espérance.
La sagesse, c'est éviter tous les excès – y compris les excès de sagesse.

EXCÈS
Toute chose menée à son excès mène à son contraire. L'excès de démocratie entraine le populisme qui entraine la dictature, la tyrannie. Si Donald Trump représente, incarne les positions de plus de 50% des Américains, c'est le triomphe de la démocratie, donc le triomphe du populisme, donc c'est la dictature/tyrannie en vue. De même avec le référendum "brexit".

BAC PHILO 2015
- Suis-je ce que mon passé a fait de moi ?
- La conscience de l'individu n'est-elle que le reflet de la société à laquelle il appartient ?
- Respecter tout être vivant, est-ce un devoir moral ?
- L'artiste donne-t-il quelque chose à comprendre ?
- Une œuvre d'art a-t-elle toujours du sens ?
- La politique échappe-t-elle à l'exigence de vérité ?

OTAGES (Nous sommes pris en otages par la réalité)
Diesel, alcool, tabac, même combat auto-contradictoire : chacun fait vivre beaucoup de gens, mais chacun fait mourir beaucoup de gens – parfois les mêmes.
Les ventes d'armes aussi.

SE BATTRE
Tous ces gens qui "se battent" (disent-ils) pour telle ou telle cause (la culture, le droit des femmes, la sauvegarde des grenouilles…) « Se battent » ? Mais contre qui ? Avec quelles armes ?
En réalité, il semble bien plutôt qu'ils se débattent… Ils s'agitent, en tout cas. Préférons ceux qui agissent.
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Ce qui est étonnant, c'est que nous nous étonnons encore de…
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 « Nous sommes devenus les autruches de l'apocalypse. », dit J.C. Carrière dans "Fragilité".

 Pieter Brueghel le vieux. La chute des anges rebelles.

lundi 10 décembre 2018

ALONE ON MOON / 41


JOURNAL INTIME APOCRYPHE DE LOLA LOKIDOR ET RUFUS TUCRU (suite suite suite)
•••
UNE SCÈNE À L'HÔPITAL
Tucru : —  Entrez
Rufus : —  Mais j'y suis déjà.
Tucru : —  Bon, alors sortez et frappez et attendez que je vous ouvre.
Rufus : —  OK. (Il sort.)
Il frappe. Toc-toc !
Tucru : —  Entrez (sur un ton vague qui laisse un doute).
Rufus : —  C'est que… vous avez dit que vous m'ouvririez. Je ne sais pas si je peux entrer en ouvrant la porte moi-même.
Tucru : —  Non, vous ne pouvez pas, en effet. Il y a un verrou. Moi-même, je suis attaché à la chaise, les mains menottées. Je ne peux pas vous ouvrir. Enfoncez la porte. C'est une question de vie ou de mort.
Rufus : —  Du moment que c'est vous qui… Pourtant, tout à l'heure, j'étais dedans… Et vous m'avez dit de ressortir.
Tucru : —  Effectivement vous êtes ressorti. Pendant ce temps, j'ai mis le verrou, je me suis attaché et menotté. Enfoncez la porte.
Rufus  prend son élan et enfonce la porte d'un violent coup de pied. La porte gicle et frappe Tucru en pleine face. Son nez pisse le sang.
Rufus : —  Désolé, Monsieur. Euh… Monsieur…?
Tucru : —  Pas de nom, espèce de fou, on nous écoute !
La conversation aurait pu en rester là, morne, mais Rufus reprend : — Ce qu'il nous faudrait, c'est un bon orage, là maintenant.
Tucru : —  Non. Ce qu'il nous faudrait c'est un troisième interlocuteur. Une femme de préférence.
Rufus : — Lola ?
Tucru : —  Oui, mais si on a Lola, on aura aussi Lokidor, c'est embêtant.
Rufus : —  L'eau qui dort… Il faut s'en méfier, parait-il.
Lola Lokidor déboule dans la pièce. Elle est vêtue d'une blouse blanche, comme une sainte, bien qu'il n'existe pas de sainte rouquine. Elle pointe un pistolet, on ne sait pas encore sur lequel des deux.
Lola : — Et vous croyez que de ce Tucru il ne faut pas se méfier, vous ?!
Tucru : —  Je vous l'avais dit. (À Lola :) Lola Lokidor, pourquoi êtes vous habillée ?
Rufus : —  C'est ce que je lui dis toujours. Mais vous, Tucru, pourquoi ne l'êtes-vous pas, habillé ? (En effet, Tucru est toujours attaché à sa chaise, les mains menottées et pisse toujours le sang du nez, mais on découvre alors qu'en plus il est à poil. Est-ce choquant ? En réalité, tout le monde est nu, sous ses vêtements. — Même le pape ? — Même le pape.) En plus, il bande, transpercé par la beauté. Car Lola Lokidor, même habillée, est un poignard hors du fourreau, une épine de cactus, un lance-flamme, une dent de dragon, un narval. Elle presse la détente de son pistolet. Pour éviter la balle fatale, Tucru se jette par la fenêtre, chaise et menottes comprises. Dehors, il s'écrase au sol comme une merde, creusant sa propre tombe par son impact. La porte arrachée le suit, lancée par Rufus.  Elle fera une parfaite pierre tombale : elle est en marbre. (Faux, bien sûr, on est au théâtre.)
Lola, échevelée : — Bon débarras. Elle remballe son arme, jette sa blouse et s'offre à Rufus, nue comme le pape. (C'est seulement alors qu'il découvrit que les yeux de Lola étaient pers.)
•••
Dans le courant de la nuit, Rufus quittera la clinique par un tunnel connu de lui seul et récupèrera (par dessous) le cadavre aplati de Tucru, menotte comprises, c'est plus sûr. Il se retrouvera donc entier – bipolaire toujours mais entier – sans que personne s'aperçoive de rien.
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