samedi 9 décembre 2017

LA SF, C'ÉTAIT MIEUX AVANT (bis)


DÉCHETS
Henning Mankell : « Quand notre civilisation aura disparu, il restera deux choses. La sonde spatiale Voyager lancée dans sa course à travers l'espace interstellaire. Et les déchets nucléaires enfouis au cœur de la roche mère.» (Sables mouvants. Fragments de ma vie. Points-Seuil, 2017.)
Si tu laisses des déchets partout, chez toi, dans ta maison, c'est que chez toi n'est pas chez toi. Tu laisses trainer rebuts ou affaires quelconques en comptant sur quelqu'un d'autre (mère, bonne, femme…) pour passer derrière toi et ramasser.
Dans une vie de couple, c'est courant. On néglige bien des choses (ordre, ménage, vaisselle, aménagements ou démarches) en comptant (semi consciemment) sur l'autre pour s'en occuper. (Quand on divorce, on se réapproprie les lieux, en particulier en bricolant, en effectuant les aménagements qui trainaient depuis longtemps.)
Si tu laisses des déchets partout dans les environs, c'est que tu considères que ce pays où tu vis n'est pas ton pays. Qu'il est seulement un hôtel où tu payes un personnel invisible chargé de ramasser derrière toi, de maintenir la propreté. Tu te déresponsabilises sur le dos d'un censé service public sous prétexte que tu payes des impôts.
Sous une dictature, en particulier, on salit beaucoup, on dégrade ou on laisse les choses se dégrader. Parce qu'on est dépossédé de son pays. À la libération, on nettoie. Et ce collectivement, parce qu'on se réapproprie, collectivement, son pays.

A PROPOS DE VOYAGER (la sonde)
Jean-Bertrand Pontalis : « Changer, c’est d’abord changer de point de vue. »
Contrairement à ce qu'on dit parfois, un véritable progrès de la conscience de l'humanité ne viendra pas de la découverte d'autres intelligences ailleurs, des extraterrestres aussi ou plus intelligents que nous, plus sages, plus évolués, etc.
Il viendra, ce progrès éthique (*) le jour où, au contraire, on aura appris, déduit, compris qu'il n'y a pas d'autre intelligence que nous dans l'univers. Pas de dieux, pas d'anges, OK, ça c'est fait, mais pas d'ET non plus, ni gentil ni méchant alien. Ce savoir nous amènera à la conscience de notre responsabilité ultime : nous, gros crétins d'humains, sommes les gardiens de cette fleur unique dans l'univers : l'intelligence, la conscience, l'imagination, la créativité, le langage.
(*) Je devrais bien sûr employer le conditionnel : ce progrès viendrait… ce savoir nous amènerait… parce qu'il ne sera jamais réellement possible de le savoir en toute certitude. D'une part, parce que, rationnellement, on ne peut pas prouver une absence, d'autre part parce qu'il n'existera jamais un détecteur de vie intelligente adapté à l'univers et ses milliards de galaxies et leurs milliards de soleils et leur milliards de planètes… (Déjà que, sur Terre, ce n'est pas facile à détecter…)
Bon… je retourne voir "Premier Contact" (Denis Villeneuve, 2016) le film de contact le plus intelligent que je connaisse… Loin de la naïveté de "Le Jour où la Terre s'arrêta" ou "Rencontres du troisième type". (Quoique… "Abyss", quand même…)
— Il se pourrait que la Terre soit la seule planète habitable dans tout l'univers.
— Un coup de pot que ça soit tombé sur nous !

LA SF, C'ÉTAIT MIEUX AVANT (bis)
Avant l'an 2000, quand la vie n'était pas moderne, on avait des réalités virtuelles peintes à la main, des jeux vidéo en carton, des hologrammes taillés dans la pierre.
Pour faire du cinéma en relief, on prenait des vrais gens qui jouaient sur une scène face à des vrais spectateurs (peu d'interactivité : à la fin les spectateurs se frappaient les mains et les acteurs se pliaient en deux en souriant).
On écrivait ses e-mails à la main, avec des pleins et des déliés aux @.
On avait des disques durs 78 tours, des ordinateur Singer à pédale, des hélicoptères en bois, des éprouvettes en poterie pour faire les bébés, des centrales nucléaires à charbon, des téléphones à butagaz, des  sous-marins à voile, des TGV à vapeur, des  navettes spatiale biplan, des pistolaser à barillet…
C'était bien.
Mais on manquait cruellement de cellules de soutien psychologique.
Depuis l'an 2000,
- on a le droit de tirer à vue sur les gens qui fument dans un lieu public.
- on a des ordinateurs qui ne plantent plus jamais.
- les mauvais conducteurs sont crucifiés sur des carcasses de voitures plantées au bord des routes. D'où dissuasion.
- on a 999 ans devant nous avant le bug de l'an 3000. (Moins 17, ça ne fait plus que 982. Gaffe !)
- on imprime les livres à l'unité en fonction des commandes.
- On se sert des chômeurs comme banques d'organes sur pieds (Source : BD de Caza, "L'A.N.P.E.M.O.U.", dans un des albums "banlieue", réédition intégrale Humanos.)
Mais, pour le même usage, on travaille aussi à fabriquer par clonage des êtres humains décérébrés... (Faudra-t-il une Société Protectrice des Clones ?) On les appellera 'OMs.
(Source : BD de Caza,"L'Age d'Ombre", intégrale Delcourt)


vendredi 8 décembre 2017

TRUCS EN VRAC, ENCORE…


… c'est que je fais le vide dans les notes éparpillées dans des cahiers éparpillés…
 
L'HISTOIRE
On fait quand même des choses de notre initiative et parce que la conjoncture s'y prête. Quand on les fait, on n'a pas conscience de faire l'Histoire, de modeler le futur en un présent pas forcément prévu. On fait son truc, pour le pied… pour gagner sa vie, aussi… et on fait de son mieux. Par exemple Métal Hurlant. Quarante ans après, des jeunes gens qui, vers dix ans, ont piqué les magazines de leur papa s'y réfèrent encore et me réclament des pochettes de disque Rock ! (Je ne m'y attendais pas…)

LE TEMPS
Le présent, c'est un point zéro sur la flèche du temps. Le futur, au dessus du zéro, n'est rien puisqu'il n'existe pas encore. Le passé, c'est moins que rien, du temps négatif, en dessous du zéro, comme une température négative ou l'Histoire "avant J.C.", comme on dit, ce temps qu'on compte à l'envers. Aberration.
En passant, faisons un effort pour dire "ère commune", EC et "avant l'ère commune", AEC, plutôt que "avant ou après J.C", ce monument hystérique dont on ignore à peu près tout, à commencer par la date de naissance.

KIM CONE
J'ai bien connu Kim Sung Un quand il avait 8 ans. Séquestré dans son palais gouvernemental, il apprenait à lire dans un abécédaire où chaque lettre était illustrée par un dessin : B, comme Bombe, F, comme Fusil, G, comme Grenade, etc. (Du moins les équivalents dans la langue coréenne, langue qui m'a toujours fait marrer par ses va-et-vient entre l'extrême douceur et le guttural inattendu…)
D'où sa passion des armes.
Par contre, arrivé à l'âge d'y toucher pour de vrai, il découvrit que les bombes, grenades, fusils avec lesquels défilaient un bon million de Nord-Coréens lors de la fête du Parti Unique étaient factices. Du bois et de la peinture.
— Dorée, la peinture ? comme les idoles des idolâtres, comme la statue géante du Grand Leader ?
— Même pas, non. Simulacres réalistes, comme les fétiches des fétichistes, comme les statuettes de cire des sorciers vaudou envouteurs.
Partant, je me demande toujours si les missiles qu'il balance dans les mers voisines et les bombes H qu'il fait péter comme des feux d'artifices souterrains sont réels… ou des simulacres en bois peint.
(J'ai écrit réels, non parce que "le masculin l'emporte" mais parce que "on accorde au masculin pluriel" considéré alors par défaut comme un neutre.)

SINGES
L'homme descend du singe et le singe descend de l'arbre. Donc l'homme descend de l'arbre. Et parfois il en chute, comme aurait fait, dit-on, la fameuse Lucy (pas celle de Luc Besson qui, elle, se contente de sombrer dans le grotesque). Ce qui nous ramène au Jardin d'Éden et à ce fameux arbre magique ou maudit dont la consommation des fruits entraine "la Chute".
— Mais Lucy, nouvelle Ève, était bipède, singe ou préhominien marchant plutôt qu'arboricole. Que faisait-elle dans un arbre ?
— C'est que, étant enfants, nous-mêmes, humains modernes, nous grimpons aux arbres, pour le plaisir ou pour y cueillir des fruits défendus. Et même le chimpanzé le plus habile rate parfois sa branche et s'écrase par terre comme une merde.

POURQUOI VOULOIR VOLER ?
Parce qu'il y a de l'air.
Pourquoi vouloir courir ? Parce qu'il y a la terre… un espace horizontal.
Pourquoi vouloir nager ? Parce qu'il y a de l'eau.
Mais si notre espèce, comme les autres, vient de la mer, on a pu vivre ça, la vie au sol, comme une régression. : on (poissons, cœlacanthes, poulpes…) partageait un monde en 3 D et puis, en quittant la mer, on s'est retrouvés dans un monde plat. D'où le désir de voler pour retrouver une vie en 3 D. (Théorie personnelle qui demanderait confirmation………)

MÉDUSES
Nous en viendrons à manger des méduses. Ce n'est pas très nutritif mais il y en a beaucoup. De plus en plus. Moins de poissons, plus de méduses.  Qu'en faire ? Des sacs biodégradables pour les supermarchés ? Du dentifrice ? Des masques chirurgicaux ? Du fluide glacial puant et urticant ? Du compost ?
Survivants nous sommes, survivalistes nous sommes condamnés à être.

UN TOUR À LA DÉCHÈTERIE
« Là sont les monstres » (Sur les cartes anciennes, cette expression désignait les no man's land, les terres encore inexplorées…)
Parmi les objets fabriqués, il y a beaucoup de "monstres", c'est-à-dire des objets composés de plusieurs matières qui ne se recyclent pas du tout de la même manière. Par exemple une voiture : métal, plastique, caoutchouc, bois, verre, composants électriques, composants électroniques… Ou un simple emballage : carton (sali d'encre), plastique (et encore ? quel plastique ? il y en a des centaines des compositions incompatibles), métal… Si on voulait vraiment tout recycler, tous les objets fabriqués, il faudrait plus d'ouvriers et d'heures de travail pour démonter chaque objet et trier ses composants qu'il en a fallu pour fabriquer les composants en question et les assembler en l'objet en question.
Vanitas vanitatis…


mercredi 6 décembre 2017

AUTOMNE ATONE

-->
Il fait froid, c'est normal. Mais quand les feuilles crient en tombant des arbres, c'est que le monde va mal.

ACCUSER
Nourris que nous sommes de culture chrétienne, nous pratiquons volontiers une critique (de tout et n'importe quoi) de type moraliste. C'est l'ère du soupçon et pire, de la dénonciation.
De plus nous nous trompons souvent de cible. Notre parano anarcho-gauchiste nous fait le plus souvent accuser l'État. Pourtant, pour prendre un exemple, ce qui invalide l'Internet, ce n'est pas la surveillance sécuritaire, le contrôle étatique : vous avez souvent un message gouvernemental envahissant sur votre écran ? Un spam du centre des impôts dans vos courriers, un pop-up de la gendarmerie au milieu d'une lecture ? Moi, jamais. Par contre les pubs…
Ce qui invalide l'Internet, c'est l'invasion du commerce. De réseau de convivialité cool, quasi libertaire hippie, de lieu d'échange d'informations et de connaissances en tous genres, l'Internet est devenu en quelques années une gigantesque galerie commerciale. Non seulement des vitrines alignées par milliers mais des enseignes qui vous hèlent et vous harcèlent, comme les messages que reçoit Tom Cruise dans Minority Report quand il entre dans un mall avec la petite précog. Aussitôt identifié aussitôt harcelé. Et qui vous relancent à la maison au besoin. (Et souvent, mais c'est un détail, de façon très bête : j'achète une douzaine de chaussettes sur un site de marchand de chaussettes, dans les jours qui suivent, je trouve sur tous les sites où je passe des pubs pour des chaussettes… Les algorithmes doivent se dire "on a repéré un amateur de chaussettes, taïaut !" Les I.A. sont cons.)
Le contrôle n'est pas étatique mais capitaliste, ou plus exactement commercialiste, par la mainmise des entreprises marchandes sur le réseau. Surveillance, identification, harcèlement, relance. Le commerce travaille à occuper tout l'espace et ne laisser au reste que des niches.
Mais on veut des coupables !  Quand une grosse panne paralyse la SNCF, on veut des responsables, des coupables, nominatifs et punissables. Des noms ! Des noms à accuser ! Parce que "le commercialisme", "le système", "la conjoncture", "la complexité", "la SNCF", on ne peut pas les pendre. Or nous sommes moralistes et vindicatifs. Victimes vindicatives, nous adorons les vengeurs, masqués ou non. Nous réclamons "la justice", mais ce que nous voulons vraiment, c'est la vengeance.

LE DESTIN
Après Big Brother (l'État, la cité civile), Big Data (le commerce, la cité marchande).
Les algorithmes de prévision, c'est le retour du Destin, de la Prédestination, c'est le Grand Livre de Jacques le Fataliste, c'est la Fatalité. Pourtant, on croyait en avoir fini avec cette idée débile que "tout est écrit" (à l'avance).
C'est toujours cette question du prévu et du prévisible, des possibles et des éventuels, des rêves d'avenir accomplis ou brisés par la conjoncture (la réalité)…
L'avenir est contingent (par définition).
La vie impose « des situations qui liquident sans pitié celles qu'on avait imaginées », dit Philippe Lançon qui sait de quoi il parle, ayant pris une balle dans la mâchoire lors de l'assassinat de la rédaction de Charlie Hebdo…
Tu crois tout diriger, être maitre de ta vie, mais non… "Ça" se passe, "Ça" arrive… "Everything happens to me", dit le standard si bien chanté par Chet Baker
ou Billie Holiday
Black cats creep across my path
Until I'm almost mad
I must have 'roused the devil's wrath
Cause all my luck is bad
I make a date for golf and you can bet your life it rains
I try to give a party and the guy upstairs complains
I guess I'll go through life
Just catchin' colds and missin' trains
Everything happens to me

I never miss a thing
I've had the measles and the mumps
And every time I play an ace
My partner always trumps
Guess I'm just a fool who never looks before he jumps
Everything happens to me

At first my heart thought you could break this jinx for me
That love would turn the trick to end despair
But know I just can't fool this head that thinks for me
I've mortgaged all my castles in the air
I've telegraphed and phoned
I send an "Airmail Special" too
Your answer was "Goodbye"
And there was even postage due
I fell in love just once
And then it had to be with you
Everything happens to me

Paroliers : Hoagy Carmichael / Johnny Mercer


dimanche 3 décembre 2017

DES JEUX


UN JEU DE COOPÉRATION
Deux joueurs, une table, un panier de cerises, un surveillant neutre.
Si le joueur A prend une cerise, le joueur B peut en prendre une à son tour.
Ainsi de suite jusqu'à ce que le panier soit vide. Celui qui prend la dernière a gagné.
Si à un moment un joueur en prend deux, le surveillant intervient et arrête le jeu (et a le droit de manger toutes les cerises restant).
— C'est pas très drôle, comme jeu !
En fait, tout dépend du nombre, pair ou impair, de cerises dans le panier (ce nombre est dû au seul hasard)… et de qui joue le premier (il est tiré à pile ou face).
C'est donc un jeu de hasard.
C'est aussi une fable, sans doute, mais je me demande bien quelle en est la morale.

COMPLOTS
Des milliers de facteurs régissent et influencent notre vie : l'État, l'économie, la finance, l'information, la météo, les hommes politiques pourris ou non, les pollutions, la bouffe, Schenghen, la mondialisation, etc., etc., etc.
Le monde est complexe, voire compliqué. On n'y comprend rien, ou pas grand chose. En tout cas, ça nous dépasse.
Mais pas de problème : Des mythes, des religions, des superstitions, des ésotérismes et mancies, des légendes urbaines, des sectes, des partis politiques extrémistes, des théories complotistes apportent des réponses. Réponses simples, simplistes ou en tout cas simplifiantes, qui donnent une impression de cohérence, qui rendent le monde lisible et prévisible. « C'est la faute à… » est toujours la bonne réponse. Conviction rassurante.

DRONES
Quand des drones non identifiés survolent Paris ou des centrales nucléaires ou autres, pourquoi a-t-on peur ? Parce que ils nous échappent, parce que, non identifiés, ils peuvent être n'importe quoi : - instruments de la surveillance généralisée que pratique "le pouvoir", s'ajoutant aux caméras de vidéosurveillance urbaine ; - instruments de terroristes, que ce soit pour le repérage de cibles ou pour le passage à l'acte : si les petits drones jouets ne présentent pas de danger, on les assimile facilement aux drones tueurs de l'armée américaine qui peuvent cibler qui ils veulent où ils veulent. Et donc entre les mains de Daesh, de la Corée du Nord ou de petits Couachi-Coulibaly………
Pour l'État, ce sont tous les déplacements clandestins qui sont inquiétants (égouts, traboules, catacombes…), susceptibles de dissimuler des actions répréhensibles (terroristes, mafia…), mais la peur, qu'elle soit étatique ou médiatique ou le lot de tout un chacun, tient aussi, dans ce cas comme dans celui des ovnis, à cet espace de liberté qu'est le ciel. Un territoire sans limites fermes, non balisé, ou seulement pour les avions bien répertoriés, pas pour les satellites espions de Google Earth ni pour les petits trucs, oiseaux, cerf volants, drones.
Deux domaines de peurs ancestrales : les souterrains infernaux, domaines des démons… et le ciel, domaine des dieux et des anges punisseurs.

ÉTAT DE SIÈGE
Nous voilà dans un monde de femmes en perpétuelle obsession obsidionale face à des hommes forcément poliorcétiques.
Bientôt, avant de faire la bise à une fille, il faudra lui faire signer un contrat garantissant qu'elle n'engagera pas de poursuites pour harcèlement.
Hug Hefner est mort. On s'en fout, mais avait-il harcelé quelques Bunnies stagiaires, ou avaient-elles toutes signé un contrat de consentement ?)
Une vie où on ne peut pas se mettre la main aux fesses les un-e-s les autres vaut-elle la peine d'être vécue ?


vendredi 1 décembre 2017

ÉCRITURE NEUTRE - 2


-->
Petite suite suédoise… à moins que ce soit un prologue rétrospectif…

Si mon cerveau et mon disque dur étaient parfaitement rangés, je me serais aperçu que la matrice de mon article du 21 novembre sur la neutralisation de la langue était dans un article de 2012 de Slate et de quelques réflexions que j'avais notées à sa lecture.

Suède. http://www.slate.fr/story/56183/hen-pronom-neutre-genre-suede
En suédois, "il" se dit "han", "elle" se dit "hon" et le néologisme "hen" serait un "on" (asexe ou bisexe) .
# Hen fut mentionné pour la première fois par des linguistes suédois au milieu des années 1960 puis, en 1994, c'est le linguiste Hans Karlgren qui suggéra son ajout en tant que nouveau pronom personnel, principalement pour des raisons pratiques. Karlgren essayait d'éviter l'embarras du il/elle, engluant l'écriture, et voulait inventer un terme unique pour « nous permettre de parler d'une personne sans avoir à préciser son sexe ». Selon lui, l'initiative allait permettre d'améliorer la langue suédoise et de lui conférer davantage de nuance. #
Je ne sais pas s'il y a un neutre en suédois, comme le neutre anglais qui désigne les choses… mais aussi les animaux. Si déjà en français on avait un neutre pour les choses ça ne serait pas mal : pourquoi un car / une voiture, un bâton / une baguette, un ballon / une balle, un référendum / une élection…?
Pour pas mal d'animaux, on se retrouve forcé de dire que le mâle de la grenouille n'est pas le crapaud mais la grenouille mâle, que les girafes peuvent être mâles, de même que les antilopes, les libellules, etc., alors que certains animaux bénéficient de la déclinaison : un lion, une lionne, un âne, une ânesse, voire de deux dénominations bien différentes selon le sexe : un cheval une jument, un porc une truie.
Si bien qu'il faudrait aussi, pour les êtres sexués, animaux et humains, un autre neutre, plutôt transgenre ou bisexe que a-genre ou a-sexe. Un "on" qui supposerait des adjectifs à la forme neutre aussi. Car aujourd'hui, quand on emploie "on", soit comme forme impersonnelle, soit, populairement, comme remplaçant "nous", on le fait suivre d'un masculin : "on est nombreux à penser que…", puisque le masculin domine, comme dans "les hommes et les femmes les plus beaux…". Expression quelque part aberrante sauf si on pense alors ce masculin comme une sorte de neutre, de la même manière que l'on dit l'homme" pour désigner l'espèce humaine sans distinction de sexe ou d'âge.
Rien que sur ce détail du genre des adjectifs, la réforme s'avère très difficile, tant est ancrée par exemple la féminisation en e : profond, profonde, grand, grande, généreux, généreuse, menaçant, menaçante… sans oublier un tas de cas particuliers, comme pour les animaux : un an / une année, un jour / une journée. Pourtant il y a des adjectifs déjà neutre ou bi-genres : stable, imposable, parlementaire, britannique et autres en –ique… etc.
Ce qui se profile là, tant dans l'article de Slate sur la Suède que dans mon article pour rire du 21 novembre c'est une réforme tellement profonde de la langue que c'en est une nouvelle langue. Pour ma part, et comme penser c'est choisir son camp, je suis contre : on a vraiment autre chose à foutre.
(La fin de l'article de Slate sur les efforts faits dans les écoles pour dé-genrer ou dé-sexuer les jeux, jouets, vêtements d'enfant fait froid dans le dos… Winter is coming.)



samedi 25 novembre 2017

Dépassée, la SF ?


Daniel Pennac : « Pas d'affolement, rien ne se passe comme prévu, c'est la seule chose que nous apprend le futur en devenant du passé. » ("Chagrin d'école".)
Dépassée pas seulement par les réalisations concrètes qui vont plus vite que l'imagination (la SF n'a pas prévu le plastique partout ni l'ordinateur domestique pour tout le monde…), aussi par les imaginations qui ne se sont pas réalisées, qui ne se réaliseront jamais. Les rêves de voyages galactiques plus vite que la lumière (et pourquoi pas sortir de l'univers, aussi ?) par exemple. On ne posera pas le pied sur Vénus (et surtout pas dans des jungles peuplées de dinosaures rouges et d'amazones bleues géantes). On ne terraformera pas Mars (déjà, on ferait mieux de s'occuper de terraformer la Terre). On ne voyagera pas dans le temps (l'idée même est parfaitement irrationnelle), seulement dans le futur, et à vitesse normale.
Les cauchemars de la SF, par contre, sont en cours de réalisation accélérée : surpopulation, règne des robots, surpopulation, pollutions, surpopulation, tyrannie numérique, surpopulation, pandémies, surpopulation, dérangement climatique, surpopulation, dégâts des eaux, surpopulation…
Le futur ne se cache pas derrière un quelconque voile. C'est plus simple : il n'existe pas. On parle souvent de "changer le futur". Mais on ne change pas le futur puisqu'il n'existe pas – par définition. On ne change pas le futur, on ne le fait même pas, ou si peu, il se fait tout seul, avec ou sans notre aide, mais avec nous y inclus, qu'on le veuille ou non.
On peut espérer ou craindre le futur. On peut, non pas prévoir, mais imaginer le futur, un futur, des futurs. On peut travailler à le fabriquer ou à l'orienter ou on peut l'attendre passivement.
Notre angoisse du futur est liée à notre volonté de maitrise. Nous aimerions bien pouvoir prévoir ou orienter, fabriquer le futur comme nous le désirons, le nôtre personnel ou celui de l'humanité. On s'y efforce – plus ou moins. Mais les impondérables arrivent en foule, l'adversité nous blesse, ça ne se passe jamais "comme prévu" (comme espéré, en fait). Nous ne maitrisons pas. En particulier parce que le futur, le présent, même, sont la conséquence inéluctable de processus anciens, démarrés dans le passé. L'industrie polluante née au XIX° siècle avec le capitalisme. L'islamisme né des colonisations et décolonisations (on peut même remonter aux croisades… ou même à l'invention de l'islam par Mahomet… ou même à l'invention du monothéisme par Moïse). La situation des noirs américains née de l'esclavage vieux de plusieurs siècles. La politique israélienne née de l'holocauste nazi, etc., etc., etc.
Les causes du futur sont installées dans le passé – inaccessibles, donc, par définition, puisqu'il n'est pas question de voyager dans le temps. On ne peut que tenter d'infléchir la séquence en cours. Mais la masse de la causalité exerce une poussée énorme, quasi indéformable. Les infléchissement resteront marginaux.
Ce qu'on change parfois, ce n'est pas "le futur" (comme semble le croire le héros de "Minority Report"), c'est un futur possible, rationnellement envisageable ou purement fantasmé, un futur imaginé, parmi d'autres, une probabilité plus ou moins probable. On ne change rien, on privilégie une probabilité parmi d'autres. Ce "choix" rend obsolètes certaines des autres imaginations-prévisions, ces autres probabilités – qui n'étaient que des probabilités.
« Le futur n'est plus ce qu'il était », disait Asimov, déçu sans doute par la réalité moins excitante que les rêves de la SF années 50… Le futur sera moins futuriste que prévu. Eh oui, cher Isaac, le futur, c'était mieux avant… Le passé portait un futur imaginaire. Plus ça va, plus celui-ci est contrarié par la réalité. Imaginaire caduc, rêves inassouvis, désirs inaccomplis. Le résultat réel : notre présent. Le réel présent infirme le futur du passé, un (éventuel) futur du passé dépassé. Maintenant, ce nouveau présent, qui a remplacé tous ceux imaginés dans le passé, engendre à son tour de nouveaux futurs, de nouvelles imaginations de futurs, de nouvelles probabilités. Limitées puisque, comme dit plus haut, la masse de la causalité installée dans le passé exerce toujours sa poussée.
Reste donc à savoir si ce présent engendre(ra) des rêves d'avenir brillant, ou les étouffe(ra) dans l'œuf.
L'avenir nous le dira. (Phrase de conclusion très con.)


mardi 21 novembre 2017

ECRITURE NEUTRE



Les promoteurs de l'écriture inclusive ne vont pas assez loin. Je propose une modification beaucoup plus fondamentale de la langue française avec l'écriture neutre. J'entends par là non seulement l'idée d'instituer un genre neutre comme le fait l'anglais qui n'applique le masculin et le féminin qu'aux personnes humaines et laisse dans le neutre tout le reste, les choses (sauf les bateaux, qui sont féminins).
Mais cela même ne va pas assez loin. Il s'agit de supprimer le masculin et le féminin, de mettre TOUT au genre neutre.
Déjà, créer ce vocabulaire neutre et son orthographe neutre n'est peut-être pas simple. Essayons en essayant de justement faire simple (aller au plus simple).
Ainsi, nous allons remplacer LE et LA par LO (par exemple – j'ai essayé EL mais il y a des problèmes de prononciation).
UN et UNE par ON.
IL et ELLE par OL.
SON et SA, TON et TA, MON et MA par SO, TO, MO…
DU et DE LA par DO.
(J'ai choisi le O dans bien des cas pour essayer de produire des mots simples qui n'existent pas déjà. Sera-ce lisible et prononçable ? On verra à l'usage.)
CELUI et CELLE par CEL.
CE et CETTE par CET.
Déjà, bien des noms de choses pourraient aussi bien être féminins que masculins : un cadre pourrait aussi bien être une cadre et donc supporterait bien un neutre : on cadre. Une chaise pourrait aussi bien être un objet masculin, un chaise, donc au neutre : on chaise. J'ai choisi exprès deux mots se finissant en -e, ce qui est bien souvent le signe du féminin, mais pas toujours, comme le montre le mot cadre. On aura sans doute quelques difficultés avec des noms plus genrés dans leur écriture même : bicyclette ou moulinette, abeille ou escarcelle… Il semble que les choses masculines n'aient que rarement des marques orthographique de masculin alors que les féminines d'avantage, comme s'il fallait ajouter quelque chose au masculin pour faire du féminin : le moulinet a sa moulinette alors que la bicyclette n'a pas son bicyclet.
Pour les adjectifs, il y aura sans doute plus de problèmes que pour les noms. Problèmes parfois facilement solubles : BEAU et BELLE seront remplacé par BEL. Mais GROS et GROSSE ? À vouloir faire simple, je choisirai GROS… mais c'est retomber dans la domination du masculin. Alors GRO ? et réserver le GROS au pluriel ? De même, TOUT ou TOUTE par TOU ?

Pour tester, je prends un texte célèbre…
« Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir encore dans les mains et souffler ma lumière ; je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier ; il me semblait que j’étais moi-même ce dont parlait l’ouvrage : une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles Quint. Cette croyance survivait pendant quelques secondes à mon réveil ; elle ne choquait pas ma raison mais pesait comme des écailles sur mes yeux et les empêchait de se rendre compte que le bougeoir n’était plus allumé. Puis elle commençait à me devenir inintelligible, comme après la métempsycose les pensées d’une existence antérieure ; le sujet du livre se détachait de moi, j’étais libre de m’y appliquer ou non ; aussitôt je recouvrais la vue et j’étais bien étonné de trouver autour de moi une obscurité, douce et reposante pour mes yeux, mais peut-être plus encore pour mon esprit, à qui elle apparaissait comme une chose sans cause, incompréhensible, comme une chose vraiment obscure. Je me demandais quelle heure il pouvait être ; j’entendais le sifflement des trains qui, plus ou moins éloigné, comme le chant d’un oiseau dans une forêt, relevant les distances, me décrivait l’étendue de la campagne déserte où le voyageur se hâte vers la station prochaine ; et le petit chemin qu’il suit va être gravé dans son souvenir par l’excitation qu’il doit à des lieux nouveaux, à des actes inaccoutumés, à la causerie récente et aux adieux sous la lampe étrangère qui le suivent encore dans le silence de la nuit, à la douceur prochaine du retour. »
… et je le traduis en neutre.
« Longtemps, je me suis couché de bon heur (de bonheur ?!). Parfois, à peine mo bougi éteint, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas lo temps de me dire : « Je m’endors. » Et, on demi-heure après, lo penser (forme verbale neutre) qu’il (problème ! le il impersonnel de il pleut, il est temps… gardons le, pour voir) était temps de chercher lo sommeil m’éveillait ; je voulais poser lo volume que je croyais avoir encore dans les mains et souffler mo lumièr ; je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ça que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris on tour on peu particuliet (j'ai choisi ce -et final au lieu du -er masculin qui suppose sa féminisation en ère) ; il me semblait que j’étais moi-même ce (?) dont parlait l’ouvrage : on églis, on quatuor, lo rivalité de François Ier et de Charles Quint. Cet croyance (problème ?) survivait pendant quelques secondes à mo réveil ; ol ne choquait pas mo raison mais pesait comme des écails sur mes yeux et les empêchait de se rendre compte que lo bougeoir n’était plus allumé (problème : le choix de la simplicité pour l'accord mène à privilégier le masculin… ou alors il faut inventer du vraiment neuf dans les conjugaisons : allumet ?). Puis ol commençait à me devenir inintelligible, comme après lo métempsycose les pensers d’on existant (?) antérieur ; lo sujet do livre se détachait de moi, j’étais libre de m’y appliquer ou non ; aussitôt je recouvrais lo vut et j’étais bien étonné (étonnet ?) de trouver autour de moi on obscurité, dou (problème avec doux-douce…) et reposant pour mes yeux, mais peut-être plus encore pour mo esprit, à qui ol apparaissait comme on chose sans cause, incompréhensible, comme on chose vraiment obscurt (dans bien des cas, un -t final pourrait signaler le neutre en barrant la tendance à ajouter le -e féminin…). Je me demandais quod (quid ?) heure il pouvait être ; j’entendais lo sifflement des trains qui, plus ou moins éloignet, comme lo chant d’on oiseau dans on forêt, relevant les distances, me décrivait l’étendut de lo campagne désert où lo voyageut se hâte vers lo station prochaint ; et lo petit chemin qu'ol suit va être gravet dans so souvenir par l’excitation qu’ol doit à des lieux nouvos, à des actes inaccoutumets, à lo causerit récent et aux adieux sous lo lampe étranget qui lo suivent encore dans lo silence de lo nuit, à lo douceur prochain do retour. »
Conclusion : LOL !