vendredi 12 février 2016

Justice et civilisation


• Le temps présent est un 11 septembre permanent… La fin du monde, c'est maintenant…
Bruno Étienne, après le 11 septembre 2001, parlait des "amants de l'apocalypse"… Ils en veulent à l'Occident ? Certes, mais plus : adeptes d'une secte apocalyptique, ils en veulent à l'humanité, à tous les sens du terme. Et donc l'humanité doit les combattre, en finir avec, les détruire.
• Mais nous, on est bien gentils, bien tolérants, pas si racistes qu'on veut bien le dire (d'ailleurs, voyez, depuis les attentats, on se tient plutôt bien, pas d'amalgame ! Il n'y a pas eu un déferlement de haine antimusulmane, de ratonnades, comme on disait à une autre époque pas si lointaine, d'incendies de mosquées et d'arabes jetés à la Seine…). (Les Corses, calmez vous !) Des incidents, oui – toujours trop, bien sûr – mais pas des massacres.
C'est que nous sommes tous des objecteurs de conscience. Parmi les morts du Bataclan et des terrasses voisines, il y avait 129 objecteurs de conscience. Tous non-violents et pour la non-violence. Tous pacifistes… comme dans les années 30. 
• Quand les navy seals ont éliminé Ben Laden, Obama a dit « Justice est faite ». C'est ce qu'on disait quand la tête du condamné tombait dans le panier de la guillotine. Ce n'était pas "la justice", en fait, juste de la vengeance. Ou de la dératisation.
Ici, dans la situation post-13 novembre, les tueurs qui ne se sont pas explosés d'eux-mêmes sur place ou été éliminés par le raid, qu'est-ce qu'on en fait ? La loi, la justice, ça ne veut pas dire la punition (le châtiment !) ou la vengeance. La justice, c'est ce qui se tient sur la frontière entre les faits et la culture locale. (Locale, parce qu'il n'y a pas de justice dans l'absolu.) Elle n'émane pas de Dieu ni de l'individu mais de "la société" (l'État, les lois instituées…)
Une facette de la justice est de l'ordre de la punition.
Une autre de la dissuasion (on espère calmer les velléités des autres criminels potentiels par la crainte de la punition – la fameuse peur du gendarme).
Une autre serait la réhabilitation des criminels – il arrive que ça marche.
S'y ajoute ce que souvent on ne veut pas voir et dire parce que c'est cyniquement pragmatique, à l'américaine, ce que j'ai nommé plus haut "dératisation" : il s'agit de retirer de la circulation des éléments jugés dangereux pour la société et qu'on ne sait pas soigner. La loi sur la récidive, la rétention de sureté, c'est ça… ce n'est ni de la morale ni de la justice, seulement du principe de précaution. Si ce n'est pas humaniste envers les coupables, on peut trouver ça humaniste envers les victimes et les virtuelles futures victimes. En ce sens, la possibilité donnée par la loi de déchoir de la nationalité française (et d'expulser, bien sûr, sinon à quoi bon ?) les auteurs d'attentats ayant la double nationalité, quelle soit de naissance ou acquise, serait un moyen a minima de débarrasser le territoire de quelques "traitres à la patrie" et restant potentiellement dangereux. Mais… voir un article précédent et quelques échanges sur FB, et quelques informations pêchées ici et là depuis : total : loi inapplicable, qui de toute façon ne concernerait que quelques cas.
(Par contre qu'on n'aille pas me dire que depuis qu'on discute de ça, tout à coup, les malheureux gamins binationaux ou simplement issus de l'immigration ne se sentent plus français à part entière. Essayez de voir ou revoir le docu "Les Français, c'est les autres", vous verrez si depuis 10, 20, ou 30 ans qu'ils sont ici et étiquetés "français" sur le papier, ils se sentent français… Pas un.)
• Mais bi- ou mono-français, on ne peut pas faire des apatrides, parait-il. (Les binationaux, en fait, c'est des veinards : ils ont un autre pays, on ne les abandonne pas dans les eaux internationales…) Et pourquoi pas faire des apatrides, après tout ? D'abord, le mot est assez joli… comme athée. On prendrait un coin du monde dont personne ne veut, une ile déserte, on la déclarerait patrie des apatrides, l'Apatridie ou l'Apatristan et on les installerait tous là. (De préférence une ile qui culmine à un mètre au dessus du niveau de la mer, histoire que le réchauffement climatique règle la question, à long terme. Sinon, l'ile de Pâques… ou l'Islande… Je dis ça méchamment, pour faire mon malin, mais en fait, une Apatridie serait une sorte d'utopie intéressante…) Et, c'est amusant, Taubira, dans son pamphlet (que je n'ai pas lu) se demande aussi « Que serait le monde si chaque pays expulsait ses nationaux de naissance considérés comme indésirables ? Faudrait-il imaginer une terre-déchèterie où ils seraient regroupés ? » (Déchu = déchet de la République…?)
Amusant aussi, dans le dernier Psiko, Caritte fait une page montrant le sort d'un expulsé : son autre pays n'en veut pas non plus… Suit une sorte de match de tennis où il se fait renvoyer d'un pays à l'autre parce que personne n'en veut… jusqu'au moment où il n'a plus le choix : il ne peut atterrir qu'au Califat, puisque ce n'est pas un pays… et puis Daesh veut bien de lui, même qu'on lui offre une ceinture…!
Et par la même occasion, on devrait y expulser, dans cette Apatridie (ou chez Daesh), les financiers et entreprises binationales voire multinationales hébergées fiscalement dans des paradis offshore, et des Depardieu et consorts qui ne savent plus très bien s'ils sont français, belge ou russe…
Sinon, quoi ? La prison à vide ? Rétablir la peine de mordre ? L'élimination discrète ? L'épilation intégrale ? Pas très civilisé, tout ça, je sais…


mardi 9 février 2016

Une guerre "de civilisation"


• "Guerre de civilisation", ce mot étant au singulier, ça ne veut pas dire "choc des civilisations", qui désignerait l'affrontement d'une civilisation contre une autre, ça veut dire guerre pour la civilisation. Ça veut dire la guerre de la civilisation (en général) contre son contraire : la barbarie, ce terme dont on abuse, en l'occurrence l'islamo-fascisme ou I.T.I. – Internationale Terroriste Islamiste (on peut y mettre Al-Qaïda, Aqmi, Boko-Aram, Daesh, les talibans, etc., etc.) Cette I.T.I. est un défi lancé à la civilisation tout entière.
Bien sûr, la civilisation, ça consiste en particulier à régler les conflits par la négociation, par la parole, par la loi… alors comment se débrouiller avec le mot "guerre". Mais cette guerre, puisque, oui, guerre il y a, ce n'est pas "nous" qui la voulons, c'est "eux" qui nous l'imposent, que ces "eux" soient là-bas loin ou soient français de nationalité. Il faut donc bien aussi se demander si la notion de nationalité a encore quelque valeur, dans ce cas… De nouveau revient l'idée de "guerre civile mondiale"…
• Ce n'est pas une guerre contre les musulmans ou contre les arabes, OK, on a compris,  pas d'amalgame ! Mais il faut bien reconnaitre que les agresseurs, les  tueurs en question, qu'ils soient français, belges ou syriens de nationalité sont, en gros, des arabes. Et, en gros aussi, des musulmans. (Je dis bien "en gros"… Ou faut-il mettre entre guillemets  tous les termes comme arabe ou musulman ?) Ils ont en tout cas des allures et des noms arabes et en tout cas ils se revendiquent de l'islam, le clament bien haut, tuent au nom d'Allah qui, comme chacun sait, est grand, et de son prophète qui, comme chacun sait, était un grand pacifiste et par ailleurs est mort depuis 1400 ans. Et donc la police, la justice et les renseignements municipaux ne peuvent que s'intéresser a priori à des gens de cette origine, ça n'a rien d'étonnant ni de scandaleux (contrôle au faciès, racisme…), il vont pas faire une descente dans la communauté suédoise de Paris ou de Sète (pourquoi de Sète ? Y a des Suédois, à Sète ?!). C'est chiant pour les arabes musulmans innocents mais voilà, il se trouve que le danger vient, en gros, de là.
• La démocratie laïque, malgré tous ses défauts, ses insuffisances, ses manques et ses conneries, mérite d'être défendue. Comme l'Europe de 1940 méritait d'être défendue contre le nazisme. L'Organisation État Islamique, dit Daesh ou Califat, on a compris, on sait ce que c'est : théocratie, nazisme, fascisme, totalitarisme. Il ne mérite qu'une chose : disparaitre. Califat delenda est. De toute façon, on ne peut pas négocier avec les terroristes islamistes, pas pour des raisons géopolitiques ni pour des raisons morales, non : pour des raisons de santé mentale. On ne négocie pas avec le fanatique, il est inaccessible à la raison, au compromis, c'est un pur, un idéaliste, c'est la foi qui le guide, Dieu est son droit, aucun dialogue possible. Aucune rédemption ou réhabilitation possible ("déradicalisation", mon cul !). Pur, pureté, idéal, idéalisme = danger mortel.
Albert Camus : « On ne peut parler et communiquer avec un être asservi. » ("L'Homme révolté".)
Jean-Claude Carrière, dans "Fragilité", titre un chapitre "Cet obscur besoin de subir". Et dit aussi : « Mais comment soigner une foule ? »
Ça voudrait donc dire qu'il faut les tuer ? Comme on tue les vers qui nous parasitent les boyaux ou le virus de la peste bubonique ? Ce ne serait PAS de la vengeance ni de la punition, ce serait se défendre, se préserver, préserver l'humanité (notre culture, la démocratie, la civilisation, l'humanité, oui…) (Mais – je sais – tuer les gens, c'est pas bien, c'est pas civilisé, c'est pas humaniste…)
• En principe et par principe, je pense avec un certain humanisme "de principe". Type : tous les hommes sont égaux et ont le droit de vivre, respect de la vie humaine, qui est sacrée, droits universels de l'homme, etc. Mais quand des crétins croyants se battent entre eux, sunnites contre chiites (et quelques autres sous-sectes), juste parce qu'ils sont sunnites et chiites, je ne vais pas pleurer sur eux.  Comme disait le Pr. Choron : qu'ils crèvent. Et puis tant qu'ils se foutent sur la gueule entre eux, ils ne nous tuent pas. Mais comme, en plus, ils nous tuent……… J'avoue que je n'ai aucune empathie, aucun principe humaniste qui tienne face ces psychopathes. On les oublierait au fond d'un cul de basse fosse jusqu'à la fin du monde que ça ne me ferait ni chaud ni froid.


dimanche 7 février 2016

Amalgame (comme chez le dentiste) ou généralisation ?


• Quand certains disent que comprendre c'est déjà excuser, il ne faut pas confondre. Quand on parle de comprendre, il ne s'agit pas de comprendre au sens de « Comme je te comprends, mon pauv'vieux ! », ou, comme dans les séries télé « Je sais ce que tu ressens », ou « Faut les comprendre, ils ont eu une enfance malheureuse, on les a pas aidés, etc. »… Ce qui, effectivement, serait déjà excuser, justifier. Il s'agit de comprendre les faits, les tenants et aboutissant, les enchainements de cause à effet. Ça inclut psychologie (individuelle et de masse), politique (interne et internationale), religion (et laïcité et athéisme), histoire (récente et séculaire), décryptage des médias, etc., etc.
Comprendre, c'est prendre tout partout et réunir, chercher les liens, connecter. Mais sans faire un gros amalgame, au contraire, défaire les nœuds, tirer les fils, trier.
• On nous répète à tue-tête de ne pas faire d'amalgame (mot d'origine arabe, d'ailleurs). OK, mais je préfèrerais le terme "généralisation". Notre cerveau, c'est vrai, a une propension déraisonnable à généraliser, et surtout dans le négatif. Exemple : un escroc m'a fait un sale coup. Il se trouve qu'il est juif. Dans ma tête se déploient une série de cercles concentriques qui aboutissent à la généralisation « les juifs sont des escrocs ». (Autres exemples disponibles à base de noirs, d'arabes, de musulmans, d'amish, de Belges………) Cette propension (naturelle ou culturelle, peu importe) à généraliser est une des sources du racisme ordinaire et de la xénophobie ordinaire (mais c'est aussi une nécessité de la pensée scientifique). Faut démêler le bazar dans sa tête, ce n'est pas forcément facile. Parce que, en plus, le système généralisateur du cerveau individuel est en permanence renforcé par les échanges dans le réseau du cerveau collectif, lui aussi généralisateur, que ce soit en famille, au troquet ou sur le net.
• Par ailleurs quand j'ironise sur cette injonction de « Pas d'amalgame ! », ça ne veut pas dire que je suis pour l'amalgame ou la généralisation. Quand j'ironise sur une autre phrase maintes fois répétée (les Boubaker et autres imams politiquement corrigés) : « Eux, ce n'est pas l'islam ! L'islam c'est la paix ! », c'est pareil, ça ne veut pas dire que je pense que l'islam c'est la guerre (même s'il y en a un certain nombre qui font tout pour nous en persuader…) Je me moque surtout de cette antienne répétée comme un mantra – méthode Coué, autopersuasion. Partant, j'ai surtout envie de leur dire : « Si les terroristes, ce n'est pas l'islam, montrez-nous, vous, expliquez-nous ce que c'est, en vrai, que l'islam de paix, parce que dire "l'islam, c'est la paix", OK, j'en prends bonne note… mais encore ? Dire ça, c'est à la portée du premier curé venu, du pape, de Plantu. On ne demande pas mieux. Et qui oserait se déclarer sans baver pour la guerre et pour la tuerie ? Oui, Bush, Donald Trump… et, justement, l'organisation de l'État islamique, ces gens qui « n'ont pas honte de leur cruauté » (T.E.Lawrence). Et donc un musulman, un vrai, un bon, c'est quoi ? Celui qui ne demande qu'à "exprimer pacifiquement ses croyances", si c'est juste prier X fois par jour à quatre pattes, porter le foulard et manger halal… ce n'est ni très intéressant ni très honorable en soi… »
Pour moi, ironiser là-dessus, c'est donc d'une part ironiser sur cette répétition mécanique médiatique, phrases toutes faites, prêt-à-penser martelé ; mais d'autre part, plus important, c'est affirmer que tout argument tiré de la religion elle-même, de la foi elle-même, quelle qu'elle soit, est nul et non avenu.
--> Tout argument tiré de commandements dits divins, de révélations, de prophéties, est nul et non avenu. Qu'on nous donne des arguments non religieux, réels, concrets, pratiques, sociaux, politiques, éthiques, philosophiques… pour nous dire que l'islam (le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme…) c'est bien, que ça fait du bien aux gens et au monde, des arguments sans référence à tel ou tel verset du Coran ou tel hadith où on trouve tout et son contraire, sourates de paix, sourates guerrières, chacun pioche à son gré.
Ça nous aiderait.


vendredi 5 février 2016

Quelque chose comme le chaos (dans les têtes et dans le monde)

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• La guerre, normalement, laisse entrevoir une fin, la possibilité d'une victoire ou d'une défaite. La guerre concrétise une situation, l'explicite, permet une lucidité : on a peur, mais la peur connait son objet réel. La terreur, par contre, est sans début ni fin. Quand l'objet est fluide, invisible et omniprésent, c'est l'angoisse qui domine.
Pendant l'occupation, le résistants français étaient qualifiés de terroristes par l'occupant et les collabos. Mais lancer une bombe sur un convoi militaire allemand en criant « Vive la France ! », ça n'a rien à voir avec le terrorisme islamiste international actuel. Les tueurs du vendredi 13 ne sont pas, que je sache, les résistants d'un pays occupé. Ce ne sont pas non plus exactement des agresseurs venus d'ailleurs, comme une cinquième colonne vouée au sabotage. Ça y ressemble un peu, si ? quand même ? non…? Oui, mais… Succession de définitions et de non-définitions ponctuées de "oui peut-être", "mais non peut-être," "ou bien…?" qui aboutissent à l'idée que rien n'est simple, tout se complique = quelque chose comme le chaos.
• Histoire de confirmer qu'il s'agit d'une "guerre civile mondiale" (le pape parle d'une "guerre par morceaux"… oui… et qui laisse des gens en morceaux…), on peut examiner le calendrier de ce mois de janvier :
Valence : attaque automobile contre les soldats en faction devant la mosquée.
Tel Aviv : attaque à une terrasse de café.
Cologne : agressions sexuelles de masse.
Paris, La Goutte d'Or : attaque d'un commissariat avec couteau et ceinture d'explosif factice (!)
Marseille : un lycéen attaque un prof juif à la machette en se revendiquant du Califat.
Jakarta : attentats.
Istanbul : attentat.
Ouagadougou : attentats.
Quant à la Libye………
Et j'en oublie surement tout un tas : je ne cite que ce qui sort aux infos les plus courantes.
On peut aussi appeler ça "chaos planétaire", comme le fait Willem dans Charlie Hebdo.
• Ce qui entraine, "dans l'intérêt de la raison", la nécessité de trier. Pour ça il faut soit enculer les mouches coupées en quatre, soit inventer des mots nouveaux, soit tourner autour du sujet en spirale, c'est-à-dire en prenant successivement différentes grilles, différents point-de-vue, et surtout, après avoir affirmé un point-de-vue, examiner son inversion. (Ça donne par exemple ces inversions : le politique qui instrumentalise la religion ? ou la religion qui instrumentalise le politique (les deux !), comme : la radicalisation de l'islam ? ou l'islamisation de la radicalité – formule venant de Olivier Roy – ? Les deux !)
Soit encore trancher, c'est-à-dire simplifier en récupérant un vocabulaire peut-être brutal mais clair : – C'est une guerre. – Celui-là est notre ennemi. – Il faut l'exterminer. – Notre civilisation mérite d'être défendue, etc. Partant, retrouver une puissance (un potentiel d'action). Ça, c'est plutôt le problème des hommes politiques, qui ont effectivement à agir.
• Entretemps, je suis tombé sur un article de Médiapart qui rend compte de trois bouquins sur le sujet des djihadistes et de leurs motivations.
- "Les Nouveaux somnambules" de Nicolas Grimaldi, qui évoque non pas des motivations mais "un rêve"… des gens envoutés dans une fiction (fable, chimère, hallucination…) mais dont les actes – problème ! – s'inscrivent bel et bien dans la réalité. J'aime assez cette vision des choses, qui correspond à l'idée de secte, de gens sous emprise, comme "possédés"…
- "Tueries" de Franco "Bifo" Berardi, qui, lui, évoque les différentes tueries de masse dans la monde, aussi bien les américaines de campus que la bande à Baader et les islamistes. Derrière toutes, une seule cause profonde : le "capitalisme absolu" comme apocalypse. Ce qui m'apparait comme une de ces simplifications idéologiques auxquelles je me refuse.
- "Les Enfants du Chaos", d'Alain Bertho, anthropologue. Au delà des "passages à l'acte" individuels, voir le sens collectif : historique, politique, culturel. Lui aussi évoque l'idée d'islamisation de la radicalité, ou comment les échecs des revendications sociales, l'espèce d'impuissance qui nous étreint face au ventre mou du monde politique, entrainent un passage à la violence terroriste, laquelle trouve un cadre favorable dans l'islamisme… Mais je dirais, aussi bien, entrainent le vote FN, autre radicalité.
Des trois (que je n'ai pas lus), il me semble quand même ressortir l'idée globale du nihilisme. Le projet terroriste a toujours une part suicidaire qui s'idéalise dans une fiction, une métaphysique eschatologique : il est plus facile d'imaginer la fin du monde que la fin de ce chaos civilisationnel que nous ressentons (nous tous, pas seulement les djeuns' plus ou moins musulmans), donc la demande d'une "conversion" (dans le sens de metanoïa), d'une apocalypse dans son vrai sens de révélation, d'une "fin de l'histoire", avec la mort hallucinée comme libération, accès au paradis, à la cité céleste. (Ou à l'enfer sur Terre… J'entendais il y a peu un reportage radio sur un collège et ce que lisent les adolescents en SF : du post-apo…)

(Pour les mots bizarres, comme eschatologie, pas de panique, c'est pas un gros mot, mais l'étude du thème de la fin des temps. Et la metanoïa, c'est l'idée d'une mutation accompagnée d’une renaissance, au point d’aboutir à une inversion des valeurs, une transmutation. Ça peut concerner l'individu (conversion religieuse ou dé-conversion : apostasie) ou un groupe, une société. On parle aussi de "changement de paradigme".)
à suivre



mercredi 3 février 2016

Les tueurs

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Peut-être qu'ils préfèreraient se faire aimer, mais faute de mieux, ils se font craindre – caractéristique de tout dictateur. (Et puis c'est plus facile…) (Et puis en tant que musulmans "craignant Dieu", peut-être qu'ils ne savent pas penser autrement…)
Quelques aspects, disons… "techniques".
• Les terroristes suivraient des ordres "venus d'ailleurs" (Syrie, Daesh) ? Oui, il y en a, mais est-ce le plus important ? Quelque part, ça nous rassure, de le penser. Ça nous arrange, de penser que les ordres viennent d'ailleurs, directement, que les terroristes appartiennent à une cellule dormante, éveillée par télécommande à partir de la Syrie ou d'ailleurs, comme c'était avec Al-Qaïda, quand tout était censé provenir d'ordres de Ben Laden. Parce que c'est LOIN et parce que c'est AILLEURS, dans un autre pays, donc susceptible d'être un ennemi au sens classique, qui nous fait la guerre au sens classique et, pour ce, téléguide chez nous une "cinquième colonne". De plus, un pays ennemi lointain est bombardable, ça nous arrange. Alors que des Français nés en France et porteurs de la nationalité française, on ne peut pas faire n'importe quoi avec. On doit les traiter en droit commun, donc ne leur tirer dessus qu'en état de légitime défense, faire des sommations, arrêter, menotter, lire les droits, gardavue, procès, etc.… C'est plus compliqué, plus délicat. Même en "état d'urgence". Même s'ils viennent de Belgique, on ne peut pas bombarder Mollenbeek, a-t-on assez rigolé avec ça…?
Tant qu'on pense comme ça, on cherche l'ennemi ailleurs et on lui envoie des avions, des drones et des bombes. Et puis on rétablit les contrôles aux frontières… C'est sans doute inévitable, mais les "hors venus", ce n'est qu'un aspect. Le plus important, c'est que « ils sont parmi nous ». Comme on dit en Espagne « Cria cuervos, que te sacaron los ojos ! » : « Élève des corbeaux, ils t'arracheront les yeux ! » Cf. l'expression « J'ai réchauffé un serpent dans mon sein. » On (la France) les a élevés – mal, sans doute.
• Ils ont des complices ? Bien sûr. Ce sont des frères, des bandes de copains, des voisins. Aux Buttes Chaumont ou à Molenbeek, peu importe, en réalité : de nos jours, tout le monde est voisin (réseaux sociaux, téléphones portables…) Et puis "hybrides" ils sont : pas des purs terroristes idéologues ou soldats obéissants mais des gangsterroristes, passés par la délinquance, petite ou grande, par le crime, organisé ou non, et partageant avec celui-ci des réseaux, ceux du trafic d'armes en particulier.
Daesh, le Califat (le "prétendu ou autoproclamé État Islamique", nous serinent les médias) n'est pas que là-bas en Syrie. Daesh est partout. Ici, dans nos cités. Et je ne veux pas dire seulement "les cités" = de banlieue, je veux dire nos villes européennes, petites ou grandes, centres et périphéries, campagnes, même… nos lieux communs, les lieux de vie des citoyens.
• J'entends aussi : « Ils ont reçu une grande préparation… Ce sont des soldats professionnels, surentrainés… avec une logistique super organisée… » Foutaise. J'ai eu envie de dire, au vu de leurs ratages de ceintures explosives, "des pieds nickelés, oui !" Mais ce serait faire injure aux Pieds Nickelés qui n'ont jamais tué personne. Des cousins Dalton, aussi cons que Rantanplan ? Pareil : les Daltons sont aussi nuls mais plus sympas. Des fous, des barbares…? C'est encore faire injure aux fous et aux barbares. Question coordination, pas besoin d'un super "cerveau" ou d'un staff d'organisateurs, il suffit de deux ou trois téléphone portables.
• Cerveau ? Il y aurait un "cerveau" de l'attaque… le "cerveau présumé", disent les médias pour obéir à la loi et sa présomption d'innocence… "Présumé", c'est bien le mot. Y a-t-il du cerveau là-dedans ?
Mais que ces attentats (et nombre d'autres, ailleurs) sentent l'amateurisme suicidaire n'y change rien. Et que dans le même temps la coalition mène des frappes en Irak-Syrie n'y change rien non plus, c'est complémentaire. Et ça ne justifie rien.
L'attentat de San Bernardino viendrait plutôt confirmer. Un centre de soins aux handicapés, est-ce un enjeu idéologique (= politique / religieux) ? Apparemment, c'était la boite où le tueur travaillait, il en avait donc l'accès, c'était pratique… et peut-être quelques comptes personnels à régler. Mais si un endroit comme ça est "une cible", ça veut dire que n'importe quoi peut être une cible.  Ce qui veut dire qu'il n'y a pas beaucoup de "pourquoi", dans tout ça, plutôt "du n'importe quoi"… pas beaucoup de "motivations", de "raisons" ou de "raison", pas beaucoup de "cerveau", dans ces affaires…
Et là est le pire danger.
• Parole de terroriste irlandais ayant raté son attentat contre Thatcher : « Cette fois, vous avez eu de la chance, pas nous. Mais rappelez vous que nous il nous suffit d'avoir de la chance une fois… vous, il faut que vous en ayez beaucoup de fois. »


lundi 1 février 2016

Se rassurer ET se mortifier


Marc Ferro : « Les schémas de pensée obscurcissent parfois la lecture des évènements. » Et, plus loin dans l'interview : « Les schémas nous aveuglent. » (in Télérama 3445)
• Il est rassurant, pour nous occidentaux ex-chrétiens, rationalistes, laïcs, politisés et capitalistes de gauche, de penser et de dire que ce n'est pas réellement une question de religion, de croyance… de penser que c'est de la récupération, de l'instrumentalisation (encore un de ces termes à la con qu'on adore) politique, géopolitique, que c'est du business, que les cadres du Califat sont d'anciens adjoints de Saddam Hussein, pas des "religieux". C'est rassurant, parce que ça cadre avec notre façon de penser le monde, notre logique (ou notre "logiciel", autre terme à la mode). Donc on maitrise (relativement), on peut comprendre, inscrire le problème dans du connu, pour ne pas dire de l'habituel. Et on peut l'atteindre, le combattre, par le discours ou par les bombes (là aussi, du connu, de l'habituel – "schéma de pensée").
… Alors que le fanatisme religieux, on n'a aucune prise dessus, ni intellectuelle (« On ne communique pas avec un être asservi », disait Camus), ni guerrière : à quoi bon tuer des gens qui ne demandent pas mieux, des morts-vivants qui s'en chargent eux-mêmes avec zèle. (Le terme arabe que l'on traduit par "martyr" signifie en fait "mort-vivant", ai-je lu quelque part. On fait la guerre à des zombies !) L'ennemi qui gagne en mourant est invincible, hors de portée – de la pensée comme des armes, de la prison comme de la déchéance de nationalité. Le suicide-attentat (déchéance de rationalité), c'est hors de notre raison raisonnante et raisonnable. Le meurtre pour des dessins de presse, c'est hors de notre raison. Et tout cela, cet impensable, nous met hors de nous. Les explications n'expliquent rien. On peut juger un acte intellectuel, politique ou guerrier sur ses résultats, sa vérification par le réel. Alors que la seule validation possible de l'acte religieux (en particulier le suicide) ne viendrait que post mortem… et est donc, en fait, impossible. Face à la foi fanatique, la raison s'arrête, figée comme devant un tsunami ou face à un martien. Et donc, pour se rassurer, on fait tout pour ramener les actes religieux sur un plan (relativement) raisonnable, ou en tout cas connu, pensable : l'argent, le pouvoir, la politique, l'intérêt… nos tares à nous.
• Mais s'il y a (bien entendu) une part de récupération ou d'instrumentalisation de la religion (censée être pure, idéale, sacrée, morale – donc respectable) par la politique (censée être triviale, profane, immorale – donc méprisable), on pourrait aussi bien dire l'inverse (et complémentaire), dire que c'est le pouvoir religieux qui détourne et instrumentalise la politique à ses propres fins : ses fins essentiellement religieuses. Les religions ont toujours été des systèmes politiques, dans le sens de "gestion plus ou moins raisonnée de la société" en même temps que systèmes de pouvoir, de conquête, d'oppression.
Mais on n'ose pas y toucher : la religion, c'est sacré.
Culpabilité
• Avec ça, relativistes et tolérants nous sommes, bienveillants, bien-pensants… Et pacifistes nous sommes, comme dans les années 30 face à la montée de Monsieur Hitler, chancelier élu "démocratiquement"… Et culpabilisés nous sommes, chargés de mauvaise conscience, occidentaux coupables de tous les malheurs du monde, avec nos croisades, notre colonialisme, la guerre d'Algérie, notre interventionnisme, notre capitalisme, notre addiction au pétrole. « Mea culpa, mea maxima culpa ! Nous battons notre coulpe. Tuez nous, nous l'avons bien cherché, bien mérité. Vous êtes dans votre droit, vous êtes des opprimés, donc des militants, des résistants, des patriotes, des idéalistes… »
On se crée ainsi une "bonne conscience de la mauvaise conscience" (c'est du Alain Finkielkraut… ça va pas faire plaisir à tout le monde, ici… mais il faudrait peut-être l'écouter attentivement).
Eh merde ! Assez de mortification. Assez de ce narcissisme de la culpabilité, sorte de masochisme complaisant, d'auto-racisme.
Pour Charlie Hebdo, il y en avait toujours pour dire « ils l'ont bien cherché ». Qui disait ça ? ceux qui prêchent que tout le monde doit respecter les religions et les religieux et les diverses conneries qui en émanent (moi, je les respecte, mais au sens de "tenir en respect" – soit à l'écart, loin). Maintenant, après le 13 novembre, on ne peut même pas dire ça, puisque les victimes ont été prises au hasard, il suffisait de se trouver là ; mais il y a quand même encore des occidentaux culpabilisés pour dire « ON l'a bien mérité (quelque part) ». Mon cul, oui. ON fait quoi ? ON tend l'autre joue, fable qui vient de nos "racines chrétiennes" ? ON se jette au devant des balles ?
Il semble que ce soit l'extrême gauche en particulier qui tienne ce genre de discours expiatoire et laxatif. Confondant "critique de l'islam" avec "racisme", confondant liberté avec possibilité de s'habiller comme on veut. (Il y a autant de liberté chez celles qui se voilent intégrales que chez ceux qui se font exploser.) Confondant Califat et droit des peuples à disposer d'eux-mêmes… Qui ont tellement peur, non pas des tueurs islamistes, mais peur du mot "islamophobie" – la honte, le péché mortel ! Phobie de la phobie ! (Et eux, les tueurs islamistes et leurs complices passifs, ils en profitent bien… Qui sont les manipulateurs ? Qui sont les racistes ?)
« Les fous armés de kalachnikovs ne sont pas chargés de nous dicter notre autocritique – il ne manquerait plus que ça. » (Ignacio Camacio, ABC, Madrid, 17 novembre.)
Que ceux qui se sentent trop coupables aillent se confesser au curé du coin, fassent pénitence avec trois Pater et trois Avé, pètent un coup et se soulent la gueule une bonne fois, le lendemain ça ira mieux.
Et qu'on ne nous ressorte pas l'Inquisition ou la guerre d'Algérie, je connais, merci, c'était il y a  respectivement cinq siècle et cinquante ans. Je parle de maintenant. On peut analyser ad libitum les fautes et à qui la faute historique. Restent les faits (accomplis). Comme il est impossible de remonter le temps pour corriger les erreurs à la racine (intégration ratée, échec de l'école de la République, etc.), il faut bien réfléchir et agir à partir de maintenant, à partir des faits de maintenant.
(Tiens, j'ai mis des gros mots, dans cet épisode. Faut croire que c'est un truc qui m'exaspère, la culpabilité, l'auto-flagellation – pratique typiquement religieuse.)
(à suivre)

Paru dans le Psikopat
 

vendredi 29 janvier 2016

"Dérive sectaire"


« J'sais pas quoi faire… Qu'est-ce que j'peux faire…? Tiens, si je me radicalisais ? Parce que tenir les murs de ma T6 et prier X fois par jour, c'est trop nul. Je veux un gros gun, une kalach, tuer des gens… »
• L'islam radical est une secte. (Et si on dit facilement que le christianisme est "une secte qui a réussi", pourquoi ne pas le dire aussi bien de l'islam en général ? Une secte comme une autre, et partagée en un tas de sous sectes qui se tirent la bourre.) Alors ses adeptes fanatiques, ces "guerriers d'un autre genre", ces sicaires, on peut les dire "sous emprise", "possédés"…? (Non par Satan, mais par des gurus et un système sectaire.) Oui, il s'agit très exactement de ça. Lavage de cerveau, conditionnement… Addiction, dissociation mentale, fragmentation, déstructuration… et restructuration autour d'un nouveau thème… en six mois, semble-t-il, l'adepte est prêt à tuer ou à se suicider ou les deux à la fois. (Ça ferait presque penser à Olrik-Guinea Pig manipulé par l'onde Méga du Télécéphaloscope de Septimus dans "La Marque Jaune" !)
Le musulman de base, censé être "normal", "modéré", pacifique, serait-il si fragile, pour ainsi basculer, suite à quelques injonctions venues de la mosquée, d'un site Internet ou de quelques copains de classe…?  Mais c'est aussi qu'il n'est pas QUE "un musulman de base". Là, joue, comme dit précédemment, la question de cette carence d'identité au sens civique qui fait que chacun, faute d'identité personnelle et civique, pour ne pas dire nationale, se replie sur une identité religieuse, qui, plus qu'une foi, est une identification à un groupe (bande, tribu, origine).
• À force de se définir comme musulmans ET de se faire définir comme musulmans (avec tous les corolaires qui s'y attachent sournoisement, en filigrane, y compris le salafisme terroriste), certains le deviennent de plus en plus, musulmans. Ils s'essentialisent, ils s'identifient à l'islam, faute de mieux, et s'y renforcent par mimétisme et automimétisme : ils imitent le groupe et ils s'imitent eux-mêmes en un système de boucle de rétroaction positive (cercle vicieux ou spirale de renforcement)… Deviennent des super-musulmans, voire des hyper-musulmans. Ça veut dire, dépourvus qu'ils sont de thermostats, pris dans une effervescence, s'enfièvrer, s'exagérer, concentrer l'énergie… se radicaliser, puisque c'est le mot, convenu mais exact. Il s'agit bien de "revenir aux racines" : c'est le sens du terme salafisme, à part qu'il considère des racines lointaines, situées dans un passé lointain, un "âge d'or" mythique, alors que les racines d'un arbre poussent en même temps que lui, changent, croissent et restent contemporaines de son tronc, ses branches, ses feuilles… (Et certes ce terme de radicalisation que l'on entend sans cesse – et son inverse supposé de déradicalisation – et pourquoi pas éradication ? – nous sort par les oreilles.)
On dit aussi fondamentalisme, c'est la même idée, "revenir aux fondamentaux". Retour aux origines, aux sources (aux prétendues ou fantasmées sources), à un islam "pur", purifié. Les "modérés" disent et répètent « ce n'est pas le vrai islam, ce ne sont pas des vrais musulmans, c'est Satan » (euh… "Satan", t'es sûr ?), mais les fondamentalistes en ont autant en retour pour les modérés qui, pour eux, « ne sont pas des vrais musulmans », sont des musulmans « de papier mâché »…
Mais du coup, ceux qui disent que ces tueurs ce n'est pas l'islam, que l'islam, c'est la paix, etc., devraient plutôt parler de perversion de l'islam, de récupération, détournement de l'islam, de dérive, de dévoiement. Mais non, ils parlent bel et bien de radicalisation, c'est-à-dire d'aller chercher les racines de l'islam, son origine supposée, son essence imaginée. Cette perversion ou subversion de l'islam serait bien en fait une exacerbation de l'islam. Radicalisation, oui, pas détournement. (Je me répète un peu, je sais…) Le terrorisme islamiste transnational ne vient pas d'une autre planète pour se greffer sur l'islam "normal", il en émerge, comme un bouton de fièvre, comme un abcès de fixation. Si l'islamisme terroriste est "la maladie de l'islam" (Cf. le livre d'Abdelwahab Meddeb. Cf. aussi Cheikh Bentounès, leader spirituel de la confrérie soufie Alawiyya, qui parle même de "cancer de l'islam" *), son "côté obscur", l'islam normal est le terrain : pas de maladie sans terrain favorable.
(J'aime bien prendre mes références chez des intellectuels musulmans, généralement soufis, d'ailleurs…)
(On pourrait appliquer de la même manière l'idée de radicalisation à l'Inquisition du XVI° siècle, "bouton de fièvre" ou cancer du christianisme de l'époque.)
• Mais comprendre que les terroristes n'ont aucune légitimité (au sens religieux, coranique), soit qu'ils détournent le vrai islam, soit qu'ils se réfèrent à une pureté originaire fantasmatique, ne nous aide pas beaucoup, sinon à nous efforcer d'éviter ce fameux amalgame, à trouver "la bonne distance"… Mais il restera toujours un doute à cause des versets guerriers du Coran, qui sont toujours là et qui peuvent n'importe quand servir de légitimation à n'importe qui. Et puis, pour les mécréants athées que nous sommes, aucune justification théologique ne vaut, ni en mal ni en bien.
Déni.
Un certain Umer Ali apporte de l'eau à mon moulin dans un article de The Nation concernant le dernier attentat contre une université au Pakistan. (Dans le dernier Courrier International : N°1317, 28 janvier / 3 février)
Le Pakistan n'est pas la France, mais il semble que là-bas aussi, en cas d'attentat islamiste (des talibans, en l'occurrence), « la réaction générale […] est : "ce ne sont pas des musulmans", "le terrorisme n'a pas de religion", "c'est une conspiration du RAW…" (chez nous, on dirait la CIA…) […] On n'ira pas loin si l'on se contente d'affirmer que les terroristes ne sont pas des musulmans. Il serait temps que nous cessions d'être dans le déni et que nous comprenions que les terroristes sont des musulmans, qu'ils suivent bel et bien une interprétation de l'islam. S'ils n'étaient pas musulmans, pourquoi (ici, il cite quelques leaders talibans abattus ainsi que Ben Laden) seraient-ils appelés "martyrs" et "soldats de l'islam" ? Pourquoi des religieux musulmans leur organiseraient-ils des funérailles symboliques ? Pourquoi des centaines de gens viendraient-ils de tous les coins du pays pour adresser des prières funéraires à des terroristes condamnés à la pendaison ? »
(Paru dans le Psikopat) 

À SUIVRE