jeudi 2 octobre 2014

Une rentrée très musicale.


Ayant mis la philosophie en vacances pendant deux mois pour cause d'activités diverses, surtout professionnelles, je reviens avec du neuf… pas très philosophique… ça reviendra…
Par un hasard étrange, moi qui n'avais jamais œuvré dans la pochette de disque, je vais en avoir cinq cet automne-hiver ! Dont des vinyles 30 cm ! (Et encore… il y a eu deux autres projets qui sont tombés à l'eau, semble-t-il…)
Voici les deux premiers sortis.
"Organik", un groupe jazz de Montpellier et environs, avec orgue Hammond, guitare psychédélique et batterie.


Et puis "The Datsuns", un groupe rock kiwi (= de Nouvelle Zélande), de style, euh… rock ! (Du genre qui embête les voisins…)
Là, les images sont "années 70", l'une extraite de Kris Kool, l'autre de Rêve d'eau, une courte BD parue dans Actuel et reprise dans mon recueil en PDF "Les Monstres du placard / 1"



Dans les mois prochains, il y aura "Glasgow", groupe rock français de Lyon,
"Elek Traum", groupe électro-oriental français,
et "La Planète Bleue", compilation annuelle de l'émission de radio franco-suisse tendance électro-écolo-SF. Là, ce sera un CD avec un joli livret comprenant six illustrations.

mercredi 30 juillet 2014

ET APRÈS…??? (3)


L'infini des chaines de causalité (intérieures, extérieures, passées et présentes) est inaccessible, inanalysable, inconnaissable au delà des quelques maillons les plus proches dans le temps et dans l'espace, les plus évidents, les plus mécaniques. (Mais c'est Moi.)
Mon inconscient freudien, je n'y ai accès, par définition, que très fugitivement. (Mais c'est Moi.)
Mon histoire personnelle, ma mémoire et les témoignages de mes proches ne me disent pas tout de mes "constellations familiales"… (Mais c'est Moi.)
Mes gènes, mes hormones, mes circonvolutions cérébrales, neurones et l'infini de leurs connexions possibles, les neuro-bio-sciences n'en savent pas tout et n'expliquent pas tout, loin de là, surtout quand elles mélangent causes et corrélations. Avec ça, on commence à découvrir qu'une enfance vécue dans un milieu merdique bousille les gènes eux-mêmes, et que ces destructions se transmettront aux descendants… La culture, le vécu influe sur la nature, le biologique, l'ADN. (Mais c'est Moi.)
Les influences, fastes ou néfastes, de "la société", qui peut en faire le compte ? Et mes rôles, dans cette société ? Et la météo ? Quand à Dieu, au Destin, au Grand Livre là-haut, ou les extraterrestres, ils sont par définition inaccessibles. (Et par ailleurs imaginaires.) (Mais c'est Moi.)
Bref, si
1) je suis totalement déterminé par TOUT, mais si
2) l'infini des causes, ce TOUT, est inconnaissable… si je n'ai aucun moyen de savoir tout de ce par quoi je suis déterminé, c'est comme si je n'étais pas déterminé du tout.
Je suis libre. À partir du moment ou mon Moi (je) est constitué de TOUT, et que ce TOUT est hors de portée de mon savoir, je suis libre.
— Mais… tu cultives les paradoxes ! Ta liberté n'est qu'une illusion fondée sur la non connaissance des déterminations… Dans l'absolu…
— Mais "dans l'absolu", ça n'existe pas. Personne ne vit "dans l'absolu". Tout le monde vit dans le monde réel. Un Moi illusion vivant une illusion de liberté dans un monde réel, moi, ça me va !
— Mais si je sais que c'est une illusion, est-ce encore une illusion ?
— Pas exactement…
— Mais alors, c'est quoi ?
— Un jeu. Une illusion assumée, c'est un jeu, un acte gratuit. On fait semblant d'y croire et on obéit aux règles du jeu.
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Le sujet agissant, Moi, Je, est constitué de tout ça, ce gros tas de causes, ces conditions, ce TOUT. Moi, mon Moi, c'est tout ça. Tout ce que j'ai essayé de m'étranger pour me dédouaner de mes erreurs ou fautes, c'est bien Moi. Je ne peux plus dire « c'est la faute à mes pulsions, mes gènes, ma névrose, mes hormones, le Destin, la malchance… » comme si c'étaient des aliens.  Tout ça, c'est Moi. What else ?! Mes gènes, c'est Moi, mon éducation, c'est Moi, ce que j'ai mangé à midi, c'est Moi, mon histoire, ce qui m'est arrivé de bon ou de mauvais dans toute ma vie, c'est Moi, l'état de mes lombaires, c'est Moi, les injonctions du curé au caté de mon enfance, c'est Moi, les cours de philosophie de terminale c'est Moi, le temps orageux, c'est Moi… (Et quand je me tape sur les doigts à force d'enfoncer le même clou, c'est Moi qui ai mal, c'est pas "mon doigt".)
Tout ça, ce n'est pas un carcan imposé d'un prétendu extérieur et qui "me" tiendrait prisonnier. Tout ça, c'est tout ce qui constitue Moi… cette illusion que j'appelle Moi. Mon Moi est fait de tout ça. Je suis fait de tout ça.
Partant de là, je peux de nouveau agir en tant que Moi, sujet libre et responsable, sans me prendre la tête plus que ça avec « est-ce bien Moi qui agis ou suis-je agi par mes conditions ? » Quels que soient mes choix, ils viennent de Moi, c'est-à-dire de tout cela qui constitue Moi, tous mes atomes, tout mon passé, tous les liens de causalité qui mènent à Moi-en-cet-instant. Mes actes sont bien mes actes et je peux bien les qualifier de "libres et intentionnels", je dois, même, les revendiquer comme tels.
Ce qui veut dire, enfin !, que ma responsabilité est totale.


mardi 29 juillet 2014

ET APRÈS…?? (2)


Et encore… je pourrais faire appel à la Métaphysique, à Dieu, au Destin, à la question "Libre-arbitre ou Déterminisme ?", dire, comme le Jacques-le-fataliste de Diderot : « Tout est écrit là-haut sur un grand rouleau », ou « Mektoub », « Si Dieu le veut… » ou « Dieu l'a voulu », comme un musulman pour qui tout dans l'existence obéit au décret divin. Et sans chercher aussi loin, je pourrais me fier à nombre d'expressions courantes, simples superstitions populaires, comme « J'ai eu de la chance ! » ou « Je dois avoir une bonne étoile » ou le contraire : « Fatalitas ! », « C'était pas mon jour »…
Et ainsi, je peux me refuser toute liberté, toute initiative personnelle, balloté que je suis entre tous ces déterminismes invisibles qui sont hors de Moi, qui ne sont pas Moi. Et donc fuir toute culpabilité et toute responsabilité.
On peut aller plus loin, plus rationnellement, plus réalistement, dans l'examen de la question du déterminisme. Le principe de causalité en général. Tout ce qu'il se passe au monde, et même dans l'univers, est la conséquence (les conséquences) d'une cause (d'une multiplicité de causes)… Causes qui elles-mêmes ont commencé leur carrière en étant les  conséquences de causes précédentes… et ce à l'infini de la pensée à rebrousse-temps.
— Mais… La différence de l'humain avec le reste, c'est que ses actions n'ont pas seulement des causes (au sens mécanique) mais des raisons (désir, croyance, but), non ?
— Oui, mais ces raisons sont elles-mêmes fomentées par de multiples causes inconnues et inconnaissables.
Au niveau du cerveau, par exemple, si on entre dans des questions de neurones, de connexions, de neurotransmetteurs, on va avoir du mal à trouver le "libre-arbitre".
Sur le plan familial, autre exemple, je suis la conséquence dont mes parents sont la cause, eux-mêmes conséquences de leurs parents-causes, qui eux-mêmes… etc. On peut remonter comme ça jusqu'à Adam et Ève qui nous auraient transmis le péché originel à travers les millénaires… Ou, plus sérieusement, jusqu'aux premiers homo sapiens… et pourquoi pas aux préhominiens, aux premiers mammifères et jusqu'à l'amibe première vivante, elle-même causée par une certaine réaction physico-chimique dans la matière jusque là inerte et ainsi jusqu'aux étoiles et au Big Bang, si on veut croire à un début des temps… l'infini des chaines cause/conséquence et l'infini des connexions et imbrications de ces chaines entre elles. Ceci est la réalité… pas besoin d'un Grand Livre du Destin.
— Ça fout un peu le vertige…
— Ça doit être la faim…
On arrive à un TOUT finalement aussi nihiliste que le RIEN que j'attribue au Moi. Dire que le Moi n'est rien de réel ou qu'il est (ainsi que ses actes) causé par TOUT, ça revient un peu au même. Et ça fait un sort définitif à l'idée de libre-arbitre.
— Mais… c'est terrible !
— Mais non. En fait, ON S'EN FOUT.
Je reprends la phrase précédente dans l'autre sens : si je suis déterminé par TOUT, autant dire que je suis déterminé par RIEN. Et donc, c'est bien là que je voulais en venir. Je suis libre. Et responsable.





lundi 28 juillet 2014

ET APRÈS ? (1)


Je crois que c'est Flaubert qui disait que la bêtise, c'est de conclure. Je ne m'y risquerai donc pas…
Pourtant… à quoi voulais-je en venir…? Je ne sais même plus, moi… Y a-t-il quelque chose à tirer de tout ça, toute cette quête du Moi introuvable, sur un plan un peu large ? Pas métaphysique, mais disons sur notre "être-au-monde", et donc sur des questions de liberté et de responsabilité… donc de morale ou d'éthique, dans leurs applications concrètes, politiques, même : égalité, justice…
Après toutes ces affirmations convergeant sur l'idée que le Moi est une illusion flottante dans un monde flottant… et, en parallèle, la certitude que chacun a nécessairement de son Moi, on peut se demander comment vivre avec ça sans se rouler par terre en bavant dans les affres de l'impuissance. C'est que, quel que soit le doute métaphysique, dans la réalité de tous les jours, chacun est bien forcé de dire Moi, de dire Je et de s'assumer comme sujet de ses actes, non ? (Ne serait-ce que face à la justice.) Ou alors vanitas vanitatis… tout est vain…
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Quelques exemples ?
• Les gènes. S'appuyer sur l'idée (fausse mais pratique) que nos comportement sont programmés dans notre code génétique, notre ADN, notre spécialisation sexuelle, par exemple (ou "genre")… concevoir donc notre héritage génétique comme une essence, un conditionnement, un destin incontournable, c'est rassurant… et déresponsabilisant ; pour ne pas dire "déculpabilisant" ; en cas de faute, on plaidera l'irresponsabilité génétique ! « C'est pas ma faute, c'est mes gènes ! » Autant dire « C'est pas Moi, c'est mes gènes ! », et donc « Mes gènes ne sont pas Moi ! »… ce qui devient étrange…
• La société. « C'est pas ma faute… c'est la faute à la société… mon éducation… les mauvaises influences… la grande conspiration internationale… les extraterrestres… » C'est la "théorie du milieu", qui met tout sur le dos de "la société" ou du "système", qui exonère tout acte mauvais au nom de la souffrance sociale. Dostoïevski, grand penseur de la culpabilité, s'est bagarré avec ça… Au tribunal, un avocat plaidera les circonstances atténuantes ; ça sert à équilibrer la justice, à la déraidir, mais est-ce vraiment une justification morale ? Et donc ce "comment la société m'a formaté" ne serait pas Moi ?… étrange encore…
• L'inconscient freudien. « C'est pas ma faute… c'est mon inconscient ! » Merci, Dr Freud, de nous avoir procuré ce bon prétexte. Je n'ai pas agi. J'ai été agi par… mon Ça, mon inconscient, mon subconscient, toutes ces entités perverses planquées dans mes tréfonds qui n'attendent qu'une occasion de me faire faire des bêtises ou des saloperies. (Dans le temps, on aurait parlé de possession diabolique… Plus récemment d'épilepsie, dont l'étymologie signifie "s'emparer de-". Aujourd'hui, l'avocat va plaider l'accès de folie momentanée, ou plus exactement "un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement".) Et donc, là encore, mon inconscient ne serait pas Moi. Et là, de nouveau : étrange !
La liste des justifications possibles est infinie : c'est mes gènes, c'est mes pulsions inconscientes, c'est mon cerveau reptilien, c'est que j'ai été malade, mal nourri, battu par mes parents, c'est mon corps (qui donc, lui non plus, ne serait pas Moi…?) etc., etc.
ÉTRANGE, oui, tous ces étrangers en Moi… 



samedi 19 juillet 2014

L'AUTOFICTION ou autonarration


D'abord, il y eut le journal intime. On le garde planqué dans un tiroir, son éventuelle publication (pour les écrivains professionnels) est laissée au choix et à la charge des héritiers "ayant droit". Comme la correspondance.
Puis il y eut l'autobiographie. L'autobiographie est une recherche de vérité, une enquête en principe sincère sur soi-même, sa vie, son œuvre, comparable à l'Histoire. Psychologiquement, la démarche est fondée sur l'idée d'un vrai moi, solide, authentique, réel. C'est un peu un confessionnal public, honteux ou exhibitionniste : on y dévoile ce que la bienséance obligeait à cacher. Ce qui veut dire qu'on écrit ça souvent dans son grand âge, pour s'en débarrasser, et quand on n'a plus d'enjeu commercial à préserver, ni de honte. Une autobiographie est même souvent destinée à paraitre posthume, donc, là encore, aux bons soins des ayants droits (héritage patate chaude, parfois…).
Vint enfin, très mode, l'autofiction, une démarche littéraire un peu différente. Une invention postmoderne liée à un moi flou, fluctuant, incertain, et qu'il faut donc construire, là maintenant, dans le présent. Une autocréation ou re-création. Comme "il n'y a plus de société", déconstruite qu'elle est, comme il n'y a plus de lien social bien établi, chacun doit produire son propre récit de vie, se le fabriquer. Et pas dans son coin : en public.
À l'opposé du journal intime, caché, secret, ce sera donc une sorte de journal "extime". Un blog ou un "roman". À l'opposé de l'autobiographie, il ne s'agit plus de se raconter mais de s'inventer ou se réinventer. Affabuler, peut-être, mais le plus vrai possible. Mythomanie, mais crédible. Nous voici donc devant l'oxymore d'une "réalité inventée", un "réel imaginaire".
A partir du moment où je comprend que mon identité est "une histoire", au sens objectif (succession de faits réels, "destin") mais aussi au sens "d'une histoire que je me raconte" (récit, narration intérieure, dans le flux de conscience), pourquoi ne pas en faire "une histoire que je raconte au monde" – et en toute liberté (comme un roman, comme une fiction). Il s'agit d'interpréter, tant au sens d'extrapoler un sens à partir d'un donné qu'au sens de "faire l'acteur". Le comédien comme le musicien n'exécutent pas une œuvre, une partition donnée, ils l'interprètent, en y appliquant leur propre énergie et imagination. (Sinon, à quoi bon ?)
Appelons ça un JEU ; jeu avec la réalité, comparable à l'uchronie, où "on refait le match" de l'Histoire. Là, on se refait sa vie, sans doute parce que le réellement vécu ou à vivre nous semble trop nul. Au lieu de vivre, on invente son récit de vie, on se fabrique une identité et une histoire, fictionnelles, et c'est fun, surement Face à la banalité du quotidien, on fabrique une ordalie : on n'a pas tous la "chance" de vivre une grande aventure, guerre, meurtre, maladie, exploit sportif ou médiatique, ou simplement enfance très malheureuse. Ce besoin de plus grand que soi est sans doute une forme de romantisme : se faire son propre héros – ça nous fait exister. On peut rêver sa vie, un peu vraie, un peu autre… Plus belle la vie, ou plus moche… mais en tout cas plus spectaculaire, plus intéressante, comme scénarisée par Hollywood. "Ma vie est un roman"…
À mi-chemin entre le "pour vivre heureux vivons caché" et l'exhibitionnisme, l'autofiction représenterait une troisième voie, connexe avec ces avatars qu'on se fabrique pour une vie rêvée dans "Second Life" (ou sur la planète Pandora…) ou pour son "profil" Facebook, à coup de pseudonymes, de selfies et d'images "empruntées". On peut voir aussi les télé-réalités comme de l'autofiction de groupe où chacun joue à être lui-même (vaguement scénarisé par "la prod", quand même).
Peut-être peut-on y voir, dans le meilleur des cas, une démarche de résistance à ce monde où l'individu est épié, sondé, contrôlé, marchandisé, instrumentalisé… mondialisé. Traqué par l'invasion de la pub, de la télé-surveillance, du fichage, réifié, devenu objet. Se cacher devient impossible, alors il surenchérit, l'individu qui se veut individu, il en rajoute dans la surexposition – mais en fake. Vous croyez l'avoir cerné, il montre autre chose, il sème le doute, il ment aux sondages et aux micro-trottoirs, il ment à la machine sociale et à la foule, il désinforme. Il se dissimule en s'exposant. Ou l'inverse. Une forme inédite de pudeur au sein de l'impudeur – ou l'inverse.
… Subversif ?
… Ou confirmant la déréliction de sa personnalité et de la société…?
… Dans le pire des cas, une escroquerie.
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— Il faudrait donner des exemples de romans typiquement autofictionnels, quand même.
— Mais je n'en ai lu aucun.
— Tu parles de trucs que tu ne connais pas, quoi…
— Exact.