dimanche 16 juin 2019

ÉCRIVAIN ?


Si certains amateurs se plaignent d'un manque de nouvelles histoires en BD de ma part, il faut qu'ils sachent que la paresse liée à l'âge m'incite à me contenter de les écrire, mes histoires. Ce n'est pas franchement plus facile, mais c'est moins long. On peut considérer cela comme une activité de retraité ou comme une nouvelle (et dernière ?) carrière. Écrivain ? Si on veut. Écrivain amateur éclairé, en tout cas. Et les nombreux appels à texte qui courent sur le net me donnent l'occasion de me confronter à des sujets inattendus ou parfois, adepte du recyclage que je suis, à développer en texte ce qui, en un autre temps, aurait pu donner une BD.
Depuis la fin 2018, je me vois donc à la tête de 12 ou 13 nouvelles SFFF publiées, souvent déconnantes, parfois lyriques, parfois en papier (revues ou anthologies), parfois seulement en numérique, parfois accompagnées de dessin(s), le plus souvent non (a priori, je suis curieux de me voir illustré par d'autres).
Un jour, sans doute, j'en ferai un recueil, mais ce n'est pas d'actualité.
En attendant, voici une liste et quelques liens.

Décembre 2018 :
Revue (papier et numérique) Galaxies N°56, spécial SF et guerre de 14-18.
"Midi à quatorze-dix-huit heures". (+ Couverture et dessins intérieurs)

Anthologie (papier et numérique) "Transhumains et posthumains", Arkuiris éditeur.
"Transhumain, trop transhumain". (+ Couverture)

Fanzine (papier et numérique) jeunesse H2, N°2,
"Rémi et la bétonisation"

Février 2019 :
Revue (numérique gratuite) Squeeze N°18, thème "Dans le genre".
"Soir de bal sur Xémos" (+ Couverture)

Mars 2019 :
Plaquette (papier) recueil de textes poétiques pour le Printemps des poètes 2019. Thème "La Beauté". (Gratuit sur place dans les médiathèques de Haute Sarthe. Envoi ???).
"Antidote à tous les poisons".

Revue (papier) La Grenouille à Grande Bouche N°1. Thème "Soupe de langue(s)".
"La Cuillère fatale".

Anthologie (papier) "Revenir de l'avenir", Le Grimoire/Mille Saisons édit.
"Les Walkyries de Lofsöngur".

Avril 2019
Site Le Royaume Bleu. Thème "Reine de Pique"
"Sorcelières"

Mai 2019 :
Revue (papier) Gandahar N°17 , thème "Cités du futur".
"La Cité des demeurants".

Juin 2019
Anthologie "Frontières", Festival ImaJn'ère, Angers
"Therminator Land"

Revue Fantasy Art and Studies n°6, thème "Pop Norse". (Numérique, papier en impression à la demande)
"Les Forgerons"

Anthologie (papier) Vagabonds du rêve n°6. Thème "Rouge"
"Le petit homme rouge"



jeudi 4 avril 2019

Une abomination (au sens laïque du terme).


Rufa, la petite sœur de Rufus Tucru l'inquiétait. Cent-cinquante kilos à quatre ans à peine, c'était trop. « Je sens que ça va mal finir », se disait-il, grossophobique, en la voyant étalée sur la moquette comme un gâteau de sargasses en forme d'étoile de mer, salé gluant céphalopode, un gros poulpe échoué mordillant son dernier bébé phoque en plastique (elle avait déjà bouffé les trois précédents). Une solution lui apparut avec le mot plastique devenant soudain plastic, c'est-à-dire cet explosif dit aussi semtex. Un bébé phoque en semtex réglerait la question.
C'était ça ou l'inscrire aux boulimique anonymes.
En ce temps-là, faut dire, on faisait exploser un peu tout et n'importe quoi. Des voitures dans les films, des nimbus et des cumulus, des démographies, des kamikazes… On balançait des bombes A sur les îles du Pacifique, comme si on avait des îles à revendre. Avant, dans certains pays d'Amérique du Sud, la police, pour lutter contre le trafic de drogue, bombardait les plantations de coca avec du glyphosate. On avait le choix pour se shooter : coke ou glyphosate. Maintenant que le glyphosate est interdit pour sauver la planète, on n'a plus que la coke perfide.
Sous un ciel couvert d'algues, Rufus Tucru, lui, sortait en escadrilles et bombardait les fourmis de son… hum… il pissait dessus, quoi. Le fait qu'il crût encore, Rufus Tucru, comme un bon tiers de la population, que le Soleil tournait autour de la Terre (qui était peut-être plate, après tout ce n'est qu'une question d'opinion) n'y changeait rien. Que la Terre soit plate ne l'empêchait pas d'être bipolaire. (Et comment monopoliser un bipolaire ?)
< Une fourmi posée sur ma main est bien forcée de croire la Terre plate >, se disait-il. Mais le témoignage d'une fourmi peut-il être considéré comme irréfragable ? Chez ses congénères, peut-être. Quant à croire que le soleil tourne autour de la Terre, c'est une évidence intuitive renouvelée chaque jour par le témoignage de nos sens. Mais ce témoignage peut-il être considéré comme irréfragable ?
Entre la réalité et l'illusion, qui l'emportera ?
(Il s'agissait avant tout, ici, de placer deux fois le terme irréfragable = qu'on ne peut récuser – terme qui concerne avant tout un témoignage.)
Le soir, Rufus Tucru avale un gaspacho. Froid. Échauffé, il entame des relations ovales avec une soeur d'artichaut violette, et son foin piquant dedans, cernant son coeur (mais pourquoi ne pas mettre ses E dans ses O ?) Les effets secondaires ne tardent pas : chute de rein, humeur au cerveau, dépression baveuse. Il finit par un brocodile, croisement pervers de brocoli et de crocodile élevé à la maison. En bocal, d'abord. Puis dans le lavabo, puis dans la baignoire.
 « J'attends toujours le dessert ! », clame-t-il à tout vent – qui lui répond avec un tapioca vengeur.



NB. Avant de se coucher, une petite séance de pandiculation favorise le sommeil (étendre les bras vers le haut, étirer les jambes vers le bas, bailler). Ne pas confondre avec la perpendiculation qui consiste au contraire à plier les bras et les jambes à 90° et ne favorise rien du tout sinon l'hilarité des observateurs.
Ne pas confondre non plus avec le patagone (une surface géométrique patatoïde), lui-même à ne pas confondre avec la 'Pataphysique (philosophie ou « science des solutions imaginaires qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité ». Noter que l'adjectif pataphysique ne comprend pas l'apostrophe du substantif).
Ni avec le pastafarisme.
Voir aussi, pour le plaisir des athées, la LRI.

vendredi 15 mars 2019

"La Beauté".


Ce texte est paru dans "La Beauté", plaquette du Printemps des Poètes 2019 éditée par Festival en Pays de Haute Sarthe.
Comment me retrouvé-je dans une plaquette publiée dans la Sarthe, alors que je ne sais que très vaguement ou est ce département ? Simplement parce que cette asso Festivals en Pays de Haute Sarthe a déposé un appel à texte sur un site qui compile les appels à texte de tous genres. J'ai répondu, j'ai été sélectionné, c'est tout.
La plaquette en question n'étant disponible (gratuitement) que dans les médiathèques du coin, je vous en fait profiter ici, c'est-à-dire a-localement. (On sait plus où on habite…)
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Antidote à tous les poisons
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« En ce temps-là régnaient le mystère et l'émerveillement. Vinrent les Lumières, les sciences de la nature, les techniques. Disparut le mystère. Resta l'émerveillement. Car le ciel est tout aussi beau fait d'étoiles, fournaises nucléaires, de géantes gazeuses aux mers de méthane, d'astéroïdes minéraux que quand il était fait de dieux lubriques et batailleurs, de signes animaux ou de magie nocturne. » (Rufus Agnostile Jr, "Carnets sucrés", Éditions DeGloire, 1812.)

Cela se passe aux derniers temps du mystère et de l'émerveillement.
Elle m'a trouvé au coin d'un bois (soleil à contrejour sur les feuilles jaunies, si jaunes qu'on croirait des fleurs). Elle m'a saisi au coin du bois, la Beauté, évanouie, bien malade. Elle était belle, elle était vieille. Je l'ai chargée dans ma brouette et emportée, trajectoire incertaine, dans ma maison.
Elle m'a demandé : — Tu me montres comment on écrit une chanson ?
J'ai répondu : — Je peux avoir un café, d'abord ?
Ensuite voici ce que je ferai. J'irai puiser l'eau du ruisseau. Je laverai tes espaces, tes berges, moissonnerai tes rivières, couperai tes bras morts, ils repousseront fuselés. J'emplirai ton nombril et les fossettes de ton fessier d'eau pure – lacs de cratère, ruisselants d'aurores. J'y élèverai une harde d'hippocampes sans but.
Je revivifierai tes cheveux à l'eau vinaigrée (parfum de pommes sures). Je nourrirai ta bouche du lait des étoiles. Je mettrai de la neige dans son haleine. Pour te sécher, je te tordrai en ruban de Möbius.
Je décavera tes yeux et les ferai revenir à la poêle pour les raviver.
J'éplucherai ta peau, la ferai lisse, estompée et transparente, avec tous tes organes dedans, lisses et transparents, estompés, pleins d'enzymes. Je peindrai ta mue en aquarelle, en estampe jardin japonais, je baguerai d'or tes doigts un à un, soufflerai sur tes cils pour qu'ils dansent – et je danserai avec eux –, repeindrai les plumes de ta langue, or et rouge cruor, et la zibeline de tes lèvres.
Plus tard, car il faut prendre son temps, je rechaperai tes seins de gloire jusqu'aux aréoles fruitées et rallumerai les ampoules de tes hanches. La mousse de printemps repoussera, réseau, sur ton pubis pendulaire – et les algues dedans l'angle ouvert de l'échancrure de ton ventre-cadran ombilical – et l'herbe sur tes jambes d'abeille – et les arbres sur tes épaules.
Des oiseaux, mouettes aux pattes folles, tatoueront des constellations sur tous les os de la cataracte de ton dos et graveront des messages en runes, en grecques, en onciales – sur la chaine de tes vertèbres.
Une flute traversière murmurera tout un vol d'étourneaux en tes oreilles ensablées, un violoncelle capitonné se glissera en tes poumons, un piano, miroir sans réflexion, jouera seul les harmoniques de tes hormones.

J'ai fini par : — Je ferai de toi un no man's land. Tu seras neutre, vapeur sans nom, sans expression, car tu participeras pleine et entière à la RÉALITÉ – et ce par hasard, comme par inadvertance, sans aucun fait exprès. Tu seras ON.
Elle a protesté : — C'est pas très marrant, comme chanson.
Moi : — De toutes façons, c'est la fin du monde et tout le monde est mort. Autant passer son temps à remettre un peu de beauté plutôt que d'exhiber sa souffrance.

Philippe Caza, janvier 2019



mardi 12 mars 2019

Des nouvelles de la Galaxie (suite)


De nouveau quelques notes sur quelques nouvelles de SF parues dans Galaxie ou dans Fiction dans les années 60. À la base, je me suis mis à relire ma collection parce que je me suis mis moi-même à écrire des nouvelles SF à tendance rigolote et, trouvant que dans la production actuelle, ça manque un peu, je suis allé me ressourcer… chez Sheckley d'abord puis à la redécouverte, un peu au hasard, de nos grands et petits anciens, pas seulement "les histoires d'humour de la SF", mais celles qui prennent une résonnance spéciale, vues de maintenant.
J'en profite pour scanner quelques illustrations dans les pages jaunies de ces vieux Galaxie, images que je poste sur la page FB Stéréoscopages dont je suis co-administrateur (du Finlay, pour l'instant, mais il y en aura d'autres…)
L'ami Georges Bormand a relevé, dans le Galaxie N°1 la nouvelle de Silverberg "Voir l'homme invisible", pas foncièrement marrante, mais superbe et faisant partie de ces anticipations politico-sociales qui tombent à pic. L'homme "invisible" de l'histoire ne l'est que socialement, par condamnation. Pendant un an, marqué au front, il vit sa vie au milieu des humains sans aucun contact : personne ne lui parle, il ne doit parler à personne, tout le monde l'ignore. Il ne peut pas travailler mais il peut voler, entrer partout sans payer, personne ne l'en empêchera, etc. On peut comparer ça à bien des situations modernes, celle d'un interdit bancaire comme celle d'un sans papier…
Et comme par hasard, dans le N° suivant, une autre perle du même Silverberg, "La souffrance paie", où l'on est en pleine trash TV. Une chaîne paie les familles de malades hospitalisés plus ou moins mourants pour avoir le droit de filmer leur opération… ou leur agonie. Et paient plus cher s'ils acceptent que ça se passe sans anesthésie ! (Le parfaitement cynique producteur de l'émission subira à son tour le même sort… Il y a une morale, quand même !)
Dans ce même N°2 de 1964, Brian W. Aldiss, dans "L'impossible étoile", décrit ce que l'on n'appelait pas encore un trou noir.
Et, toujours dans ce N°2, une nouvelle de Mary Carlson, "Ceux qui possèdent la terre",  évoque ceux qu'on nomme maintenant "les 1%", en réduisant leur nombre à une centaine. « J'ai tenté une estimation en additionnant le revenu national brut de chaque pays de la Terre et en divisant par la somme nécessaire pour acheter le gouvernement de l'une des plus grandes nations industrielles. » Hum, hum…
Mais comme je ne relis pas les vieux Galaxie systématiquement dans l'ordre, je tombe sur le N° 65 de 1969 et sur "Votez Kafka", de Norman Kagan, et là, les relations avec notre temps sont foison. « Je ne peux voter pour aucun des candidats et pour aucun des programmes en présence. Ils me paraissent sans rapport avec les vrais problèmes qui se posent à la nation et à moi-même en ce qui concerne ma vie. Je crois qu'il y a dans notre société un défaut exigeant une réforme plus profonde. » Ça, c'est l'ouverture. Après, ça parle des machines « qui avaient rendus superflus la plupart des hommes et avaient poussé le reste au bord de la démence ».
On a aussi cette idée que les fantômes des individus que l'automation avait remplacés habitaient les machines, comme si celles-ci s'étaient emparés de leurs esprits… Image, certes, mais pensons-y quand nous irons au supermarché et que nous verrons les spectres des caissières évincées planer au-dessus des nouvelles caisses automatiques.
Question boulot, le seul travail qui reste c'est celui qui consiste à détruire le travail. On peut préciser le seul travail correctement rémunéré qui reste c'est celui de programmeur informaticien qui consiste à détruire le travail.
Et sur le plan politique, on est en pleine prise généralisée du pouvoir par l'informatique (ICM, dans la nouvelle !). On parle de ces prophéties autoréalisatrices que sont les sondages. Et on parle d'une absurde candidature présidentielle "Kafka", c'est-à-dire "aliénation", c'est-à-dire "rien". « À l'origine, le principe [de cette candidature Kafka bidon] était de découvrir quels étaient les citoyens qui se foutaient de leur bulletin de vote et quels étaient ceux qui étaient sincèrement désenchantés. Mais contrairement à toute attente il s'est révélé que tout le monde est aliéné et malheureux. Or notre système social est désormais si complexe […] que nous ne pouvons plus lui apporter de modifications fondamentales. Alors l'aliénation s'étend, on est toujours plus malheureux et le nombre des bulletins Kafka augmente à chaque élection. » Inutile de dire qu'à la fin de l'histoire Kafka est élu… un peu comme si tout à coup on prenait en compte les bulletins blancs et qu'on élise… rien. (Ou Donald Trump…)


samedi 2 mars 2019

Des nouvelles de la psychosphère


Un jour, le Sur-Dieu (le deus sive natura de Spinoza, soit la Nature) en eut marre des trois clowns qui passaient leur temps à se disputer pour savoir qui c'est qu'a la plus grosse ou a se foutre sur la gueule par humains crétins interposés. Et vas-y qu'une fois, c'est Yaveh qui balance un déluge ou une pluie de feu, une fois c'est le Bon Dieu † qui envoie une croisade anti Mahomet ou une inquisition anti juifs, une Saint Barthélémy anti protestants. Quant au présent et à Allah et son prophète ça n'arrêtait pas, avec ses attentats kamikazes, son WTC, son daesh, ses groupes boko haram un peu partout et contre un peu tout le monde.
Il fallait mettre le holà.
Le Sur-Dieu composa une avatar(e) féminine douée de tout ce qu'il faut par devant comme par derrière : Pandora, Ève, Vénus, Asana, appelez-la comme vous voudrez – et la lâcha dans la salle de jeu des trois gros grognons. Un "lieu" qui n'est ni un espace ni un temps, un virtuel imaginaire qui occupait depuis Platon un bon volume de l'espace mental de l'humanité. (La psychosphère selon RCW, ou noosphère selon Teilhard de Chardin, qui est comme chacun sait, le lieu commun à toutes les pensées humaines. Selon l'homme des cavernes Platon, on y trouverait des abstractions comme la Violence, la Beauté, l'Amuur, la Démocratie – mais avec des esclaves, quand même… – et même le plan de montage d'un lit Ikéa. Et selon d'autres curés, le paradis et l'enfer, les anges, l'au-delà, l'autre monde, les arrière-mondes, appelez ça comme vous voulez, de toute façon ça n'existe pas. C'est donc un lieu lui-même imaginaire contenant tous les produits de l'imaginaire humain.)
Et donc les trois neuneus, sous la forme de Moïse, Jésus et Mahomet (eux non plus n'existent pas), virent débouler dans leur non-lieu imaginaire une sorte de panthère rose avec tout ce qu'il faut par devant comme par derrière. Ils en tombèrent instantanément et simultanément amoureux, bien sûr. Comme il n'était pas question de partage, entre eux, ils dégainèrent sabres, kalachnikovs, lasers, éclairs, marteaux et faucilles et se foutirent sur la gueule grave tellement bien qu'ils se découpèrent mutuellement en morceaux tout petits ou en cendres froides, au point de disparaître de l'espace mental des Terriens (la dite psycho- ou noo-sphère, donc) entraînant dans leur néantisation les anges, les démons, les abstractions, les Idées platoniciennes, touts les mots à Majuscules de Majesté, l'idée même de roi, la foi, l'espéruse et la charité-mon-bon-meussieu, les péchés, la culpabilité, la peur, la concurrence, la finance, l'ambition, l'avidité, etc., etc., etc.
Ça dégagea un énorme volume disponible dans l'espace mental de l'humanité qui, tout étonnée, en profita pour inventer des choses vraiment utiles : le verre à pied, la boîte d'allumette, la pince à linge, la brouette, la contraception (= l'amour libre sans la menace de la surpopulation), la pétanque, la sieste, la mort sans rémission, le rien, le vide…
— Et les dieux, dans tout ça ? Je veux dire tous les autres, les petits, les modestes, les sans nom, sans arrogance… les esprits de la forêt, les fées, les elfes, le grillon du foyer, le roi des rats, la reine des abeilles, la troisième flûtiste en partant de la gauche de l'orchestre symphonique, la note bleue, Totoro, le monstre de spaghettis, l'esprit de la commune, Gloria, les quarks, les gluons, etc., etc., etc. – que deviennent-ils ?
— Eux et elles, ils et elles sont toujours là. La preuve, c'est qu'ils et elles sont ici, alors que les précédents cités plus haut sont déjà sortis de ton esprit, vu que tu ne disposes que d'une dizaine de lignes de mémoire vive.

mardi 26 février 2019

Galaxie, humour et SF


Relisant ces temps-ci de vieux Fiction et de vieux Galaxie, je suis souvent éberlué par les idées "en avance sur leur temps" qu'on y trouve. Je ne parle pas de gadgets ou de trouvailles techniques, mais d'idées sociales, politiques, etc.
Exemples.
Galaxie N°38, Juin 1967. Mack Reynolds "Le Dernier astronaute" : « Aux premiers temps de l'État du Mieux-être, on avait commis une erreur en adaptant l'automation de la seconde révolution industrielle : on avait voulu donner du travail à chacun tout en réduisant le nombre d'heures et de jours ouvrables. Le ridicule, ou plutôt la confusion, devint manifeste lorsque les ouvriers ne travaillèrent plus que deux jours par semaine et deux heures par jour ; mieux valait évidemment un ouvrier travaillant trente-cinq heures et acquérant du métier qu'une légion d'employés forcément peu efficaces.
» La seule chose à faire était de laisser chômer les chômeurs, en leur donnant une prime de Basique inaliénable : ceux dont on avait encore besoin travaillaient un nombre raisonnable d'heures par jour, un nombre raisonnable de semaines par an et un nombre raisonnable d'années dans leur vie.
» On renouvelait la main-d'œuvre par tirage au sort. Toute personne ainsi désignée ne pouvait se soustraire à l'obligation de travailler ; en compensation on augmentait ses parts de Basique Variable, selon la tâche qu'elle avait à remplir… etc. »
On a là, comme ça en passant, la démonstration du principe du partage du travail (les 35 heures) et la démonstration par l'absurde de son inadaptation, dans un monde automatisé + l'invention du Revenu de Vie Universel Inconditionnel ou AU, Allocation Universelle, ici nommé Basique, avec sa part inaliénable et sa part variable pour ceux qui travaillent malgré tout. Et avec en plus cette trouvaille : on ne va quand même pas compter seulement sur la bonne volonté pour avoir les quelques travailleurs indispensables, mais on va en tirer au sort – avec obligation de. (Ce qui rend le Revenu Universel un peu moins inconditionnel qu'on le rêve…)
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Ce  Galaxie comprend aussi une nouvelle rigolote de Christopher Anvil "Ceux d'Arcturus", qui montre comment des Arcturiens faisant une tentative d'infiltration dans la société terrienne moderne ne s'en tirent pas, en particulier à cause de (ou grâce à) la pollution de l'air.
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Et je viens de relire, dans Galaxie N°2, juin 64, "Les pieds et les roues" de Fritz Leiber, évoquant les prémisses de la grande guerre entre les piétons et les automobilistes, allant de la grand-mère qui tente une traversée dans les clous armée d'un Magnum 357, lames de faux sur les chapeaux de roue, pare-choc aiguisés, pavés hérissés de pointes, port de grenades autorisé aux piétons aveugles. Avec ce détail que les piétons (dits "Pieds") affichent maintenant un QI de 41 et les automobilistes (dits "Roues") de 37 ! Avec ça encore que les autorités, police et autres, pour ne pas avoir l'air d'être d'un parti ou de l'autre, se déplacent dans des voitures mille-pattes ou en cannes sauteuses !


mercredi 30 janvier 2019

P(ays)age s(auv)age.


La nuit émeraude t'enlace. L'oiseau gazouille, l'olive ovule, l'art brut arbitre. La fleur grimace dans son pot. L'orthobus prend ses virages à angle droit. Le panorama est paranoïaque, voire paranormal. Les ventilateurs brassent le vent tandis que les moulins l'embrassent. Des papabile pédophiles, paternes austères, chassent l'oppidum au Pompidou, prennent un bain de foule à La Bourboule, puis abordent à Bordeaux pour aller au bordel. Une ligne d'ombre se projette sur le miroir de la mer. Un baobab (père de tous les arbres) prend en otage une purée d'artifice.
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Le temps était condescendant. J'atteignis l'arcade aux louves où m'attendait la sirène aux dents d'algues aigues. Elle me proposa un wistiti. J'inclinai la dévitation, mais comme ça ne voulait rien dire, elle me servit quand même un grand verre de mormol. Après le troisième, je ressemblais plus à rien. (Le liquide coule dans mes artères. Il éclaire mes sens comme un soleil noir d'une Arcadie postatomique.) L'arcade était protégée par une marquise. Comme il pleuvait, tous les courtisans se massèrent avec circonspection sous celle-ci – qui rougit, puis jouissit. Puis ils partirent tous en procession en direction de la cathédrale de Tchernobyl.
— Nous sommes au delà de la fin du monde, se lamentait Rufus Tucru.
— J'espère que ça ne se reproduira plus, déclamait la Rusalka l'ondine (voir plus bas, post précédent).
— Qui-ça, "ça" ?
— L'espèce humaine.
Elle décide de mourir – c'est le bon choix car elle n'a pas de prix.
Je la couche sur le papier. Je trace son contour comme la police autour d'un cadavre.
Ce soir il fera nuit et nous irons sur la lune.
— Regardez ! Des étoiles filantes ! clamèrent-ils tous en chœur. Attrapons les éclairs avant qu'ils ne touchent terre, cueillons les arc-en-ciel, mangeons les nuages. Envoyons des baisers par pigeons voyageurs, chantons les papillons de nuit, filons les étoiles, écoutons les sirènes de fin du monde, hybrides hydrophiles.
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L'art des enchâssements
À propos du titre de cet épisode…
Paysage ou Page ? Sauvage ou Sage ?
Il faut que je dise d'bord que j'ai lu le dernier Galaxies. Parmi les conseils de lecture, il y avait "Comment parler à un alien ? - Langage et linguistique dans la science-fiction" de Frédéric Landragin (Bélial'). Bouquin passionnant qui, entre autres, parle abondamment de "L'Enchâssement" de Ian Watson. Du coup, je relis "L'Enchâssement" (Presses Pocket, 1985) qui parle beaucoup d'enchâssement, bien sûr, en se référant constamment à "Nouvelles impressions d'Afrique" de Raymond Roussel, que je n'avais jamais lu et que je me procure contre menue Monnaie (Petite Bibliothèque Ombres, avec les 59 dessins de H.A. Zo). Je le lis en comptant les parenthèses enchâssées. Je pourrais dire "Je n'ai rien compris", mais y a-t-il vraiment quelque chose à comprendre, au delà de l'exercice littéraire maniaque proto-oulipien ?
Mais ça m'a fait réfléchir au principe de la parenthèse contenant une phrase enchâssée, donc, dans une phrase… parenthèse susceptible de contenir une autre parenthèse, etc. système que je pratique couramment dans mes propres textes. Mais pas plus, parce que au delà, on perd le fil et il faut commencer à compter les parenthèses, les mettre de côté pour retrouver la continuité de la phrase mère, etc. Chez Roussel, une parenthèse s'ouvre à la 10e ligne et se referme 5 lignes avant la fin du chapitre, après avoir contenu 10 pages, dont jusqu'à 6 parenthèses enchâssées comme des poupées russes… sans négliger les notes en bas de page…
Bref (si je puis dire), il faut classer Roussel dans les "fous littéraires", ou au moins dans les "bizarres" (il a d'ailleurs sa notice dans le "Livre des Bizarres" de Jean-Claude Carrière et Guy Bechtel, mais surtout pour ses mœurs. Pa exemple, il ne faisait qu'un repas par jour, qui durait quatre heures au cours desquelles il ingurgitait d'affilée petit déjeune, déjeuner, collation, dîner…)
Après, pour m'amuser, je me suis dit : dans le principe d'enchâssement, pourrait-on placer une parenthèse à l'intérieur même d'un mot ? Par exemple : Paren(père et mère)thèse.
Ou une parenthèse tiroir. Le jeu consisterait alors à enchâsser un mot dans un autre ou, dit autrement, à révéler un mot déjà inclus dans un autre (par hasard) et ensuite d'en donner une sorte de définition explicative ou poétique (quitte à tirer par les cheveux) tirant de ce mélange deux ou trois sens (ou plus) supplémentaires. J'imagine qu'il y a déjà sur la planète bon nombre de joueurs de mots, dadaistes ou surréalistes ou oulipistes, qui se sont livré à ce petit jeu.
Par exemples :
(AF)F(L)ICTION : chagrin imaginaire de l'Association Française pour la Lecture.
(B(AR)OUDEUR : l'aventurier boude accoudé au bar.
COU(VER)T)URE : elle a cousu un plaid vert autour de son cou.
COU(VERTU)RE : qu'elle courre, qu'elle courre, la vertu, par dessus les draps.
DÉSO(PI)LANT : la constante d'Archimède (le nombre PI) est à la fois rigolote et désespérante.
ÉC(UR)EUIL : ce petit animal velu vivant dans une antique cité de Mésopotamie a rencontré une difficulté.
F(R)ICTION : il y a des disputes  entre fans de SF.
GRI(BOUI)LLE : la grille bout.
INU(TILI)SABLE ou INUTI(LISAB)LE : ce couteau prétendument inusable s'avère inutilisable, donc inutile, conclut Lisa.
LU(MI)NAIRE : éclairage nocturne en mi mineur.
RÉCU(PÉ)RER : nettoyer les traces de flatulences.
RE(NON)CULE : la fleur qui va toujours de l'avant.
RENON(C)UL)E : abstinent sexuel.
TAN(GEN)TE : ma tante n'a qu'un minimum de contact avec les autres gens.
TA(MBOU)RIN : cet habitant de Hambourg joue du tambour avec son nez.
VI(SI)TE : tu as fait un passage si rapide chez moi !
(Des fois, peut-être qu'en mettant certaine lettres en couleur, ça marcherait mieux…)
… Bon. Amusez-vous.