vendredi 6 mars 2015

LA PEUR (PHOBIE)


S'ils veulent que nous soyons ou devenions islamophobes, ils n'ont qu'à continuer comme ça. Ça marche. (Me dis-je en douce et amèrement…)
Je parle là autant des décapitations filmées diffusées par Daesh que des assassinats d'école à Peshawar ou des massacres de Boko Haram. Et bien sûr de l'assassinat des Charlie Hebdo. Le terrorisme, comme son nom l'indique, est destiné à terrifier, à terroriser et, par là, à soumettre. Mais comme nous (occidentaux) ne sommes pas a priori des soumis, ces démonstrations engendrent la colère plutôt que la peur ratatinée.
Le chantage exercé par le terrorisme islamiste nous met dans une alternative : plier ou combattre. Mais on n'a pas le choix, en fait. « On n'a pas le droit d'avoir peur », disait Patrick Pelloux dans une des ses interventions post-7 janvier. On peut se rappeler ce qu'a donné le pacifisme français face à la montée en puissance de l'hitlérisme dans les années 30. (Après, "combattre", ce n'est pas forcément par les armes…)
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Prenons les choses par la racine, avant que manger les pissenlits par le même bout.
Racine grecque, en l'occurrence.
- Phile = qui aime
- Phobe = qui a peur
Les termes médicaux en -phobe ou -phobie désignent des peurs, des peurs irrationnelles, des tics, des tocs. Claustrophobie = peur des espaces clos. Arachnophobie = peur des araignées. Etc. Y en a plein.
Et puis il y a xénophobe.
Pourtant, les néologismes idéologiques comme christianophobie ou islamophobie prétendent désigner, me semble-t-il, autre chose que la peur : la détestation, le rejet, la haine. Ou au moins l'aversion. Au moins un "je n'aime pas" ou un "je suis contre". Ou "je suis allergique à".
Ils ont été forgés en symétrie à -phile ou -philie. Mais symétrie plus sonore qu'étymologique. Si un islamophile aime les musulmans ou la religion islamique, un islamophobe serait celui qui ne les aime pas…? Mais il y a erreur : le bon terme, sur racines grecques, pour dire "qui n'aime pas", devrait s'appuyer sur la racine mis-, comme dans misanthrope (qui déteste les humains) ou misogyne (qui déteste les femmes). Et donc celui qui n'aime pas l'islam et les musulmans devrait être le misislam ou misislamiste. Évidemment, ça sonne moins bien. Et puis, islam n'étant pas un mot grec, on pourrait aussi bien utiliser une racine latine et donc sortir antislam, pour dire qu'on est contre.
Comme on dit "antisémite". (Mais… les arabes aussi sont des sémites…)
Mais voilà, le terme islamophobie est entré dans le langage courant, à tort ou à raison, et on ne s'en débarrassera pas facilement.
Mais c'est aussi que, finalement, il dit le vrai.
Il s'agit bien de phobie, il s'agit bien de peur – et au sens fort.
L'islam fait peur parce qu'un certain nombre de gens pratiquent la terreur en son nom.
Et donc on n'aime pas, parce que, si on peut ne pas aimer (-phile) une idée ou quelqu'un sans en avoir peur (-phobe), par contre il est difficile d'aimer une idée ou quelqu'un si on en a peur.
Et par ailleurs, on a une forte propension à généraliser.
— C'est qui, ce "on" ?
— Ce "on", pour une fois, désigne nous tous les humains.
— Tu généralises, là…
— Oui, on généralise, on systématise, on amalgame et on stigmatise – autres termes médiatiquement consacrés, même si, ainsi cent fois répétés, ils commencent à me chauffer les oreilles.
— Tu sais que amalgame, c'est un mot d'origine arabe… un terme alchimique avant d'être chimique.
— Oui. "Alchimie" aussi est d'origine arabe.

LA PEUR, donc… La soumission (j'y reviens) par la peur.
Je m'inspire ici de Al-Modor, Beyrouth, Dalal Et-Bizri. (Courrier International)
L'accusation d'islamophobie est médiatique et récente. C'est aussi que l'islamophobie (que je définis comme "peur de l'islam") n'est pas un a priori, n'est pas une vieille haine historique de l'occidental envers le musulman. "Avant", OK, il y a toujours eu plus ou moins un racisme anti-arabe (on pourrait développer historiquement, mais je suis plus préoccupé par maintenant), mais l'islamophobie moderne est la conséquence d'actes venus de l'islam, effectués "au nom de l'islam", et qui terrorisent, qui terrifient, qui sont faits pour terrifier.
« L'islamophobie résulte tout naturellement de tous les assassinats individuels ou collectifs qui ont été commis au nom de la "défense de l'islam". »
(Mais – répétons le – Daech et Al Qaïda ne sont pas des groupes de défense des droits des musulmans.)
Il faut bien voir que la source de l'islamophobie n'est pas l'Occident, elle est l'Orient musulman. Daech, avec sa volonté de régner au nom de la charia, fait trembler d'abord l'Orient. L'islam, dans cette région, est le seul héritage, il n'y a pas d'autre culture, pas d'autre sacralité, pas d'autre idée ni idéologie. L'islam est hégémonique et en même temps perçu comme en danger : le musulman d'Orient craint pour lui, d'autant plus qu'il n'a pas d'alternative sous la main. (Un occidental, s'il craint pour son statut religieux, peut abandonner, en changer, s'athéiser sans avoir de comptes à rendre. Un Américain qui déménage n'hésitera pas, pour s'intégrer, à adopter la secte réformée de son nouveau quartier.) Cette crainte pour l'islam que vit le musulman au Moyen Orient est le ciment de la société et la justification des politiques, le moyen de légitimation des régimes musulmans, qu'ils soient islamistes ou pseudo-laïcs.
Mais cette crainte POUR l'islam entraine la crainte DE l'islam. Car cet islam qui se sent en danger se croit forcé de réprimer toute critique intellectuelle, historique, et toute ironie. « La peur de l'islam, sa peur endémique, interne, c'est la peur de la mort, de la mise à l'index, de la prison, de la flagellation, de l'assassinat… pour un simple avis exprimé à son propos. » Autrement dit, l'islam hégémonique règne par la peur sur son propre peuple, impose la soumission sans condition : il est totalitaire. De la peur quotidienne, il passe à la terreur, au terrorisme. Du coup, oui, là-bas, on a peur de l'islam parce que l'islam FAIT peur. Sur place comme au dehors. Et en ce sens, oui, je peux me dire "islamophobe" : je crains l'islam – comme le musulman craint Dieu, la charia et ses propres maitres.
D'abord, c'est la peur classique, quotidienne, que vivent les musulmans d'Orient, comme les Russes sous Staline ou les Allemands de l'Est du temps de la RDA. Et c'est intégré dans les âmes et dans les corps, et dans les pratiques quotidiennes, c'est-à-dire que ça confirme le sens du mot islam : soumission fondée sur la crainte de Dieu.
Après, au degré supérieur, il y a la terreur, celle imposée par Daech, après les autres groupes islamistes terroristes : Hezbollah, Hamas, Al-Qaïda, BokoHaram, Al-Chabab, Talibans, Aqmi… Quels que soient les noms, les sigles, les origines géographiques ou historiques, leurs concurrences entre eux, c'est du pareil au même : la terreur fomentée par le fondamentalisme islamique (ou l'islam fondamentaliste – terme contestable, OK, mais qui tend à s'imposer). Daech menace, terrorise d'abord les populations locales, arabes musulmans et voisins. C'est un régime ni civil ni démocratique ni républicain, c'est un régime religieux, une théocratie. Et comme cette théocratie ne se réclame de rien d'autre que l'islam, n'importe qui en Orient ne peut que plonger dans l'islamophobie. On peut dire en ce sens que Daech travaille, consciemment ou non, à détruire l'islam.
Et comme leurs actions débordent sur le reste du monde, n'importe qui dans le monde ne peut que plonger dans l'islamophobie.
Encore une fois, quand je dis « Ils font ce qu'il faut pour que le monde devienne islamophobe », ce "Ils" ne désigne pas "les musulmans" en vrac, mais les groupes terroristes islamiques. Telle est la puissance négative d'une minorité active violente : un enfant voyou dans une famille va faire détester toute sa famille par les voisins. La  propension à généraliser est universelle : on n'amalgame pas, on généralise. Il faut se retenir à deux mains pour ne pas.
Cette tendance à généraliser est d'ailleurs partout. Quand des instances musulmanes parlent pour tous les musulmans soumis, elles affirment que les caricatures de Charlie Hebdo "blessent un milliard ½ de musulmans", comme si ceux-ci (TOUS les musulmans, comme un seul homme ? – généralisation…) avaient eu le choix de s'exprimer librement, sans peur, sans menaces, sans avoir à craindre la prison ou la flagellation (pensons à certain bloggeur saoudien). Comme s'ils n'étaient pas tous victimes de la peur, de cette peur double : peur pour l'islam (eux-mêmes en tant que musulmans) et peur DE l'islam, celle-ci provoquée par les extrémistes tueurs ET par les applications drastiques de la charia par certains gouvernements.
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Après il ne faut quand même pas nous demander de faire constamment la distinction subtile entre chiites et sunnites et une douzaine d'autres nuances locales, entre régime turc et régime égyptien, saoudien ou qatari, sectes et sous-sectes. Pour le dire trivialement : on n'a pas que ça à faire, on a d'autres soucis. Il faudrait qu'on lise le Coran et les hadith, et réfléchir et analyser… pour comprendre. (Moi, ça va, je suis à la retraite, j'ai du temps…) Mais, chrétiens, on n'a même pas lu la Bible, juste des petits bouts. Athées, on n'a pas forcément lu Voltaire et Spinoza (qui n'étaient pas vraiment athées), ni même Michel Onfray. L'islam nous imposerait, par chantage-terrorisme de nous intéresser à lui, d'en pénétrer les arcanes (que le musulman de base ignore lui-même), de le prendre en compte… et pourquoi pas de l'aimer (?).
Seulement, quand on tue nos amis "au nom de l'islam, d'Allah et du prophète Mahomet", nous, primairement, on a parfois envie de le tuer, l'islam, on ne fait pas de détail. Après, comme on est des gens civilisés, on se calme, et si on a le temps on réfléchit, on apprend, on essaie de comprendre, histoire de voir si on ne peut pas faire mieux que la réaction primaire… Sans se laisser impuissanter.
Si la majorité des musulmans sont des gens normaux qui ne font chier personne, il faut voir en même temps (et eux-mêmes doivent le voir) que la majorité des actes terroristes dans le monde actuellement sont commis par des gens se réclamant de l'islam.
Il faut dire simultanément ces deux choses, dans un ordre ou dans l'autre, peu importe :
• La majorité des attentats qui ont lieu dans le monde actuellement le sont au nom de l'islam.
+ La majorité des musulmans dans le monde actuellement sont des gens normaux qui n'ont rien à voir avec les attentats en question et ne demandent qu'à vivre leur vie en paix.
Entre les deux, on met un ET ou un MAIS ou un + ou un //. Mais on doit dire les deux. Chacun des deux est un fait statistique, c'est-à-dire une "petite généralisation". La mise en // et en confrontation de ces deux sentences, évite la "grande généralisation" – ce qu'on nomme "amalgame" et finalement islamophobie au sens de racisme.
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(C'était un article un peu long, je sais, mais je ne pouvais pas le subdiviser… Et c'est de toute façon "à suivre")



Dessin de Soulcié

4 commentaires:

wens a dit…

C'est long, c'est clair, c'est bien !
Antifasciste c'est plutôt bien vu, islamophobe, ça serait "pas bien" ? Pourtant, quand au nom de l'islam on brûle les livres, on détruit la culture des peuples, on opprime et on massacre, c'est la même chose que lorsqu'on le fait au nom d'une idéologie "nazional sozialiste". C'est bien gentil d'être ouvert compréhensif et pacifiste, mais jusqu'à quand ?
Quelle est la limite supportable face à la barbarie ?
J'ai pas la réponse. j'aimerais pouvoir être raisonnable en toutes circonstances, mais je me sens "gravement offensé" moi aussi.
Nous sommes en train de vivre le mécanisme de la montée de la violence et de la haine qui était abstrait jusqu'ici, pour ma génération en tout cas.
C'est donc comme ça, que les choses arrivent ?
c'est instructif, et j'espère que ce n'est pas inéluctable.

Greg a dit…

Je pense que la différence réside dans "l'inné" de l'islam par opposition a "l'acquis" du nazisme. Les allemands de 1933 ont, dans leur majorité, choisi de suivre le caporal nabot, tandis qu'un jeune jordanien, syrien ou saoudien, tombé dans la marmite quand il était petit, n'a guère le choix actuellement que du "degré" de pratique de sa religion ; du simple "je mange hallal" a "je vais bouffer de l'infidèle au petit dej'" avec toute la palette au milieu.
Je pense moi aussi qu'il ne faut pas s'aveugler dans une vision "municho-bisounoursienne" : il y a des culs a botter, c'est indéniable, mais il ne faut pas se tromper de cible, et se souvenir que cette "guerre" n'est pas entre islam et occident, mais les deux extrêmes contre le centre.

Bob a dit…

Quels sont vos sources statistiques pour "La majorité des attentats qui ont lieu dans le monde actuellement le sont au nom de l'islam." ? Parce qu'en Europe, c'est loin d'être le cas : http://www.atlantico.fr/decryptage/et-origine-terroristes-commettant-plus-attaques-dans-mondeest-alain-blin-1958758.html

Philippe Caza a dit…

J'ai bien mis "actuellement" et "dans le monde".
http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d'attentats_meurtriers#2014