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samedi 30 avril 2016

Islamophobie… Xénophobie… S'agit-il de racisme ?


• Traiter quelqu'un de raciste, c'est tellement facile… et tellement efficace que ça en devient douteux, simple manipulation.
Être accusé d'islamophobie, c'est la même chose qu'être traité de réactionnaire : la honte ! Tu pratiques le trio infernal "amalgame + stigmatisation + islamophobie", t'es foutu ! Symétrique : "Ça fait le jeu du FN". Mais comme maintenant, il y a des néo-réacs, on ne sait plus où on en est…
Mais voilà qu'on découvre avec stupeur que beaucoup des "Je suis Charlie" ne sont pas Charlie, mais seulement xénophobes, identitaires, racistes. Pour ne pas dire islamophobes. Mais excusons les (en vertu de la fameuse "culture de l'excuse" qui n'a pas de raison de fonctionner dans un seul sens) : face à de tels assassinats et attentats additionnés aux égorgements de l'État Islamique et aux applications de la charia en Arabie Saoudite ou Iran, il y a de quoi le devenir. Et "l'amalgame", c'est juste une réaction de généralisation un peu primaire…
• La xénophobie c'est ne pas aimer les étrangers, en avoir peur ou les rejeter, quelle que soit leur "race", nationalité, religion…
— Il parait qu'on est des gros xénophobes, nous les Français…
— Peut-être, mais les étrangers, tu crois pas qu'il sont xénophobes, eux aussi ?

  
• On pense/parle avec des mots très généralisateurs, des concepts, des substantifs. Comment faire autrement ? Il faudrait s'entrainer à parler/penser autrement. A priori et en gros, "le racisme", c'est le mal. Mais en détail, le mal, c'est plutôt les gens racistes. Et encore plus, sa manifestation en actes. Le mal, ce n'est pas "la violence", c'est les gens violents. Et encore plus, les actes violents. Le mal, ce n'est pas "la religion", c'est les gens religieux, croyants, et croyant qu'ils ont raison contre tous les autres, et croyant que ça leur donne le droit d'emmerder les autres voire de les tuer – donc, le mal de la religion, c'est les actes perpétrés au nom de la religion (y compris pensées, paroles et opinions qui perpétuent l'irrationalité aux alentours).
• Le racisme au sens propre serait la défense de sa propre race contre les autres, ses propres gènes (race = racines génétiques) contre les autres. Archaïque. (Et pas si simple, parce que le différent suscite aussi une attirance érotique, celle de l'exotisme.)
Pour ma part, je crois plutôt qu'on voit s'activer quelque chose comme la défense du territoire (c'est tout aussi archaïque). Plus proche de la xénophobie que du racisme proprement dit. Le "chez nous" qui s'exprime par des « On est chez nous ! » vindicatifs. (Eh oui, on est "chez nous"… l'histoire veut ça…) Ce n'est pas une question de propriété (ce qui est déjà moins archaïque) : le locataire est tout autant "chez lui" et son propriétaire ne peut pas l'envahir ou le virer, légalement.
On parle souvent du fait d'"être né quelque part", comme si c'était un hasard, comme si on aurait pu naitre ailleurs. Comme s'il y avait ou il y avait eu une alternative. Profonde erreur : on est, et on est ce qu'on est, parce qu'on est né là. Celui qui est né ailleurs ne peut en aucun cas être moi, n'aurait pu en aucun cas être moi. Ce n'est que par sympathie qu'on peut s'identifier à qui est né ailleurs, "se mettre à sa place", affectivement, mais quoi qu'il en soit il restera un autre.
Il est question de souverainisme, aussi = être maitre chez soi. Mais il s'agit beaucoup, plus profondément, très animalement, de territoire. Le sédentaire qui se défend contre les nomades. Le territoire comme extension du corps. Les gens qui ont été cambriolés vivent ça comme un viol… Je sais très bien pour ma part que si je laisse quelqu'un s'installer à ma table à dessin ou à mon ordinateur pour faire ses trucs à lui, je vais très vite commencer à transpirer, lui tourner autour et pas tarder à l'inviter à venir boire un thé dans une autre pièce, la salle à manger, lieu plus "ouvert". Je sais aussi que je vis la présence de souris chez moi comme une intrusion insupportable… Ou celle d'un chat du voisinage qui se permet de venir puer chez moi… Non, je ne lui permets pas.
"Les autres" chez nous, (je ne les compare ni à des souris ni à des chats, hein !) quelle quantité en tolère-t-on ? combien de temps ? qu'est-ce qu'on leur permet de faire ? Moi, déjà, en tout cas, je ne leur permets pas de tuer mes contemporains, qu'ils soient dessinateurs de Charlie Hebdo, amateurs de rock ou buveurs en terrasse, passagers de métro ou d'avion… Cette formule "je ne leur permets pas" me semble, en toute humilité, un peu débile, mais c'est sous cette forme que ça me passe par la tête, sur fond de colère : je ne leur permets pas de foutre en l'air notre paix, notre "douce France, cher pays de mon enfance", notre tolérance (puisque la laïcité inclut la tolérance et qu'ils se montrent, eux, religieux les plus intolérants), notre "mode de vie", finalement, comme on le revendique un peu partout. C'est-à-dire notre territoire, ou notre paysage, bien au delà du sens purement géographique du terme. (Et même si je trouve notre mode de vie en grande partie imbécile et destructeur, je ne peux pas penser "c'est bien fait pour nous, on l'a bien mérité". Ce qui serait moralement masochiste et pratiquement ne servirait à rien.)
(à suivre)


— Tu sais que ton dessin, il peut être récupéré par les FN ou les souverainistes…
— Oui, mais Les Verts, aussi… La couleur, ça compte…
— Tout dessin est ambigu, tout dessin est interprétable… Faut pas que ça empêche mais faut y faire gaffe.

lundi 1 février 2016

Se rassurer ET se mortifier


Marc Ferro : « Les schémas de pensée obscurcissent parfois la lecture des évènements. » Et, plus loin dans l'interview : « Les schémas nous aveuglent. » (in Télérama 3445)
• Il est rassurant, pour nous occidentaux ex-chrétiens, rationalistes, laïcs, politisés et capitalistes de gauche, de penser et de dire que ce n'est pas réellement une question de religion, de croyance… de penser que c'est de la récupération, de l'instrumentalisation (encore un de ces termes à la con qu'on adore) politique, géopolitique, que c'est du business, que les cadres du Califat sont d'anciens adjoints de Saddam Hussein, pas des "religieux". C'est rassurant, parce que ça cadre avec notre façon de penser le monde, notre logique (ou notre "logiciel", autre terme à la mode). Donc on maitrise (relativement), on peut comprendre, inscrire le problème dans du connu, pour ne pas dire de l'habituel. Et on peut l'atteindre, le combattre, par le discours ou par les bombes (là aussi, du connu, de l'habituel – "schéma de pensée").
… Alors que le fanatisme religieux, on n'a aucune prise dessus, ni intellectuelle (« On ne communique pas avec un être asservi », disait Camus), ni guerrière : à quoi bon tuer des gens qui ne demandent pas mieux, des morts-vivants qui s'en chargent eux-mêmes avec zèle. (Le terme arabe que l'on traduit par "martyr" signifie en fait "mort-vivant", ai-je lu quelque part. On fait la guerre à des zombies !) L'ennemi qui gagne en mourant est invincible, hors de portée – de la pensée comme des armes, de la prison comme de la déchéance de nationalité. Le suicide-attentat (déchéance de rationalité), c'est hors de notre raison raisonnante et raisonnable. Le meurtre pour des dessins de presse, c'est hors de notre raison. Et tout cela, cet impensable, nous met hors de nous. Les explications n'expliquent rien. On peut juger un acte intellectuel, politique ou guerrier sur ses résultats, sa vérification par le réel. Alors que la seule validation possible de l'acte religieux (en particulier le suicide) ne viendrait que post mortem… et est donc, en fait, impossible. Face à la foi fanatique, la raison s'arrête, figée comme devant un tsunami ou face à un martien. Et donc, pour se rassurer, on fait tout pour ramener les actes religieux sur un plan (relativement) raisonnable, ou en tout cas connu, pensable : l'argent, le pouvoir, la politique, l'intérêt… nos tares à nous.
• Mais s'il y a (bien entendu) une part de récupération ou d'instrumentalisation de la religion (censée être pure, idéale, sacrée, morale – donc respectable) par la politique (censée être triviale, profane, immorale – donc méprisable), on pourrait aussi bien dire l'inverse (et complémentaire), dire que c'est le pouvoir religieux qui détourne et instrumentalise la politique à ses propres fins : ses fins essentiellement religieuses. Les religions ont toujours été des systèmes politiques, dans le sens de "gestion plus ou moins raisonnée de la société" en même temps que systèmes de pouvoir, de conquête, d'oppression.
Mais on n'ose pas y toucher : la religion, c'est sacré.
Culpabilité
• Avec ça, relativistes et tolérants nous sommes, bienveillants, bien-pensants… Et pacifistes nous sommes, comme dans les années 30 face à la montée de Monsieur Hitler, chancelier élu "démocratiquement"… Et culpabilisés nous sommes, chargés de mauvaise conscience, occidentaux coupables de tous les malheurs du monde, avec nos croisades, notre colonialisme, la guerre d'Algérie, notre interventionnisme, notre capitalisme, notre addiction au pétrole. « Mea culpa, mea maxima culpa ! Nous battons notre coulpe. Tuez nous, nous l'avons bien cherché, bien mérité. Vous êtes dans votre droit, vous êtes des opprimés, donc des militants, des résistants, des patriotes, des idéalistes… »
On se crée ainsi une "bonne conscience de la mauvaise conscience" (c'est du Alain Finkielkraut… ça va pas faire plaisir à tout le monde, ici… mais il faudrait peut-être l'écouter attentivement).
Eh merde ! Assez de mortification. Assez de ce narcissisme de la culpabilité, sorte de masochisme complaisant, d'auto-racisme.
Pour Charlie Hebdo, il y en avait toujours pour dire « ils l'ont bien cherché ». Qui disait ça ? ceux qui prêchent que tout le monde doit respecter les religions et les religieux et les diverses conneries qui en émanent (moi, je les respecte, mais au sens de "tenir en respect" – soit à l'écart, loin). Maintenant, après le 13 novembre, on ne peut même pas dire ça, puisque les victimes ont été prises au hasard, il suffisait de se trouver là ; mais il y a quand même encore des occidentaux culpabilisés pour dire « ON l'a bien mérité (quelque part) ». Mon cul, oui. ON fait quoi ? ON tend l'autre joue, fable qui vient de nos "racines chrétiennes" ? ON se jette au devant des balles ?
Il semble que ce soit l'extrême gauche en particulier qui tienne ce genre de discours expiatoire et laxatif. Confondant "critique de l'islam" avec "racisme", confondant liberté avec possibilité de s'habiller comme on veut. (Il y a autant de liberté chez celles qui se voilent intégrales que chez ceux qui se font exploser.) Confondant Califat et droit des peuples à disposer d'eux-mêmes… Qui ont tellement peur, non pas des tueurs islamistes, mais peur du mot "islamophobie" – la honte, le péché mortel ! Phobie de la phobie ! (Et eux, les tueurs islamistes et leurs complices passifs, ils en profitent bien… Qui sont les manipulateurs ? Qui sont les racistes ?)
« Les fous armés de kalachnikovs ne sont pas chargés de nous dicter notre autocritique – il ne manquerait plus que ça. » (Ignacio Camacio, ABC, Madrid, 17 novembre.)
Que ceux qui se sentent trop coupables aillent se confesser au curé du coin, fassent pénitence avec trois Pater et trois Avé, pètent un coup et se soulent la gueule une bonne fois, le lendemain ça ira mieux.
Et qu'on ne nous ressorte pas l'Inquisition ou la guerre d'Algérie, je connais, merci, c'était il y a  respectivement cinq siècle et cinquante ans. Je parle de maintenant. On peut analyser ad libitum les fautes et à qui la faute historique. Restent les faits (accomplis). Comme il est impossible de remonter le temps pour corriger les erreurs à la racine (intégration ratée, échec de l'école de la République, etc.), il faut bien réfléchir et agir à partir de maintenant, à partir des faits de maintenant.
(Tiens, j'ai mis des gros mots, dans cet épisode. Faut croire que c'est un truc qui m'exaspère, la culpabilité, l'auto-flagellation – pratique typiquement religieuse.)
(à suivre)

Paru dans le Psikopat
 

vendredi 6 mars 2015

LA PEUR (PHOBIE)


S'ils veulent que nous soyons ou devenions islamophobes, ils n'ont qu'à continuer comme ça. Ça marche. (Me dis-je en douce et amèrement…)
Je parle là autant des décapitations filmées diffusées par Daesh que des assassinats d'école à Peshawar ou des massacres de Boko Haram. Et bien sûr de l'assassinat des Charlie Hebdo. Le terrorisme, comme son nom l'indique, est destiné à terrifier, à terroriser et, par là, à soumettre. Mais comme nous (occidentaux) ne sommes pas a priori des soumis, ces démonstrations engendrent la colère plutôt que la peur ratatinée.
Le chantage exercé par le terrorisme islamiste nous met dans une alternative : plier ou combattre. Mais on n'a pas le choix, en fait. « On n'a pas le droit d'avoir peur », disait Patrick Pelloux dans une des ses interventions post-7 janvier. On peut se rappeler ce qu'a donné le pacifisme français face à la montée en puissance de l'hitlérisme dans les années 30. (Après, "combattre", ce n'est pas forcément par les armes…)
••••••••••
Prenons les choses par la racine, avant que manger les pissenlits par le même bout.
Racine grecque, en l'occurrence.
- Phile = qui aime
- Phobe = qui a peur
Les termes médicaux en -phobe ou -phobie désignent des peurs, des peurs irrationnelles, des tics, des tocs. Claustrophobie = peur des espaces clos. Arachnophobie = peur des araignées. Etc. Y en a plein.
Et puis il y a xénophobe.
Pourtant, les néologismes idéologiques comme christianophobie ou islamophobie prétendent désigner, me semble-t-il, autre chose que la peur : la détestation, le rejet, la haine. Ou au moins l'aversion. Au moins un "je n'aime pas" ou un "je suis contre". Ou "je suis allergique à".
Ils ont été forgés en symétrie à -phile ou -philie. Mais symétrie plus sonore qu'étymologique. Si un islamophile aime les musulmans ou la religion islamique, un islamophobe serait celui qui ne les aime pas…? Mais il y a erreur : le bon terme, sur racines grecques, pour dire "qui n'aime pas", devrait s'appuyer sur la racine mis-, comme dans misanthrope (qui déteste les humains) ou misogyne (qui déteste les femmes). Et donc celui qui n'aime pas l'islam et les musulmans devrait être le misislam ou misislamiste. Évidemment, ça sonne moins bien. Et puis, islam n'étant pas un mot grec, on pourrait aussi bien utiliser une racine latine et donc sortir antislam, pour dire qu'on est contre.
Comme on dit "antisémite". (Mais… les arabes aussi sont des sémites…)
Mais voilà, le terme islamophobie est entré dans le langage courant, à tort ou à raison, et on ne s'en débarrassera pas facilement.
Mais c'est aussi que, finalement, il dit le vrai.
Il s'agit bien de phobie, il s'agit bien de peur – et au sens fort.
L'islam fait peur parce qu'un certain nombre de gens pratiquent la terreur en son nom.
Et donc on n'aime pas, parce que, si on peut ne pas aimer (-phile) une idée ou quelqu'un sans en avoir peur (-phobe), par contre il est difficile d'aimer une idée ou quelqu'un si on en a peur.
Et par ailleurs, on a une forte propension à généraliser.
— C'est qui, ce "on" ?
— Ce "on", pour une fois, désigne nous tous les humains.
— Tu généralises, là…
— Oui, on généralise, on systématise, on amalgame et on stigmatise – autres termes médiatiquement consacrés, même si, ainsi cent fois répétés, ils commencent à me chauffer les oreilles.
— Tu sais que amalgame, c'est un mot d'origine arabe… un terme alchimique avant d'être chimique.
— Oui. "Alchimie" aussi est d'origine arabe.

LA PEUR, donc… La soumission (j'y reviens) par la peur.
Je m'inspire ici de Al-Modor, Beyrouth, Dalal Et-Bizri. (Courrier International)
L'accusation d'islamophobie est médiatique et récente. C'est aussi que l'islamophobie (que je définis comme "peur de l'islam") n'est pas un a priori, n'est pas une vieille haine historique de l'occidental envers le musulman. "Avant", OK, il y a toujours eu plus ou moins un racisme anti-arabe (on pourrait développer historiquement, mais je suis plus préoccupé par maintenant), mais l'islamophobie moderne est la conséquence d'actes venus de l'islam, effectués "au nom de l'islam", et qui terrorisent, qui terrifient, qui sont faits pour terrifier.
« L'islamophobie résulte tout naturellement de tous les assassinats individuels ou collectifs qui ont été commis au nom de la "défense de l'islam". »
(Mais – répétons le – Daech et Al Qaïda ne sont pas des groupes de défense des droits des musulmans.)
Il faut bien voir que la source de l'islamophobie n'est pas l'Occident, elle est l'Orient musulman. Daech, avec sa volonté de régner au nom de la charia, fait trembler d'abord l'Orient. L'islam, dans cette région, est le seul héritage, il n'y a pas d'autre culture, pas d'autre sacralité, pas d'autre idée ni idéologie. L'islam est hégémonique et en même temps perçu comme en danger : le musulman d'Orient craint pour lui, d'autant plus qu'il n'a pas d'alternative sous la main. (Un occidental, s'il craint pour son statut religieux, peut abandonner, en changer, s'athéiser sans avoir de comptes à rendre. Un Américain qui déménage n'hésitera pas, pour s'intégrer, à adopter la secte réformée de son nouveau quartier.) Cette crainte pour l'islam que vit le musulman au Moyen Orient est le ciment de la société et la justification des politiques, le moyen de légitimation des régimes musulmans, qu'ils soient islamistes ou pseudo-laïcs.
Mais cette crainte POUR l'islam entraine la crainte DE l'islam. Car cet islam qui se sent en danger se croit forcé de réprimer toute critique intellectuelle, historique, et toute ironie. « La peur de l'islam, sa peur endémique, interne, c'est la peur de la mort, de la mise à l'index, de la prison, de la flagellation, de l'assassinat… pour un simple avis exprimé à son propos. » Autrement dit, l'islam hégémonique règne par la peur sur son propre peuple, impose la soumission sans condition : il est totalitaire. De la peur quotidienne, il passe à la terreur, au terrorisme. Du coup, oui, là-bas, on a peur de l'islam parce que l'islam FAIT peur. Sur place comme au dehors. Et en ce sens, oui, je peux me dire "islamophobe" : je crains l'islam – comme le musulman craint Dieu, la charia et ses propres maitres.
D'abord, c'est la peur classique, quotidienne, que vivent les musulmans d'Orient, comme les Russes sous Staline ou les Allemands de l'Est du temps de la RDA. Et c'est intégré dans les âmes et dans les corps, et dans les pratiques quotidiennes, c'est-à-dire que ça confirme le sens du mot islam : soumission fondée sur la crainte de Dieu.
Après, au degré supérieur, il y a la terreur, celle imposée par Daech, après les autres groupes islamistes terroristes : Hezbollah, Hamas, Al-Qaïda, BokoHaram, Al-Chabab, Talibans, Aqmi… Quels que soient les noms, les sigles, les origines géographiques ou historiques, leurs concurrences entre eux, c'est du pareil au même : la terreur fomentée par le fondamentalisme islamique (ou l'islam fondamentaliste – terme contestable, OK, mais qui tend à s'imposer). Daech menace, terrorise d'abord les populations locales, arabes musulmans et voisins. C'est un régime ni civil ni démocratique ni républicain, c'est un régime religieux, une théocratie. Et comme cette théocratie ne se réclame de rien d'autre que l'islam, n'importe qui en Orient ne peut que plonger dans l'islamophobie. On peut dire en ce sens que Daech travaille, consciemment ou non, à détruire l'islam.
Et comme leurs actions débordent sur le reste du monde, n'importe qui dans le monde ne peut que plonger dans l'islamophobie.
Encore une fois, quand je dis « Ils font ce qu'il faut pour que le monde devienne islamophobe », ce "Ils" ne désigne pas "les musulmans" en vrac, mais les groupes terroristes islamiques. Telle est la puissance négative d'une minorité active violente : un enfant voyou dans une famille va faire détester toute sa famille par les voisins. La  propension à généraliser est universelle : on n'amalgame pas, on généralise. Il faut se retenir à deux mains pour ne pas.
Cette tendance à généraliser est d'ailleurs partout. Quand des instances musulmanes parlent pour tous les musulmans soumis, elles affirment que les caricatures de Charlie Hebdo "blessent un milliard ½ de musulmans", comme si ceux-ci (TOUS les musulmans, comme un seul homme ? – généralisation…) avaient eu le choix de s'exprimer librement, sans peur, sans menaces, sans avoir à craindre la prison ou la flagellation (pensons à certain bloggeur saoudien). Comme s'ils n'étaient pas tous victimes de la peur, de cette peur double : peur pour l'islam (eux-mêmes en tant que musulmans) et peur DE l'islam, celle-ci provoquée par les extrémistes tueurs ET par les applications drastiques de la charia par certains gouvernements.
•••
Après il ne faut quand même pas nous demander de faire constamment la distinction subtile entre chiites et sunnites et une douzaine d'autres nuances locales, entre régime turc et régime égyptien, saoudien ou qatari, sectes et sous-sectes. Pour le dire trivialement : on n'a pas que ça à faire, on a d'autres soucis. Il faudrait qu'on lise le Coran et les hadith, et réfléchir et analyser… pour comprendre. (Moi, ça va, je suis à la retraite, j'ai du temps…) Mais, chrétiens, on n'a même pas lu la Bible, juste des petits bouts. Athées, on n'a pas forcément lu Voltaire et Spinoza (qui n'étaient pas vraiment athées), ni même Michel Onfray. L'islam nous imposerait, par chantage-terrorisme de nous intéresser à lui, d'en pénétrer les arcanes (que le musulman de base ignore lui-même), de le prendre en compte… et pourquoi pas de l'aimer (?).
Seulement, quand on tue nos amis "au nom de l'islam, d'Allah et du prophète Mahomet", nous, primairement, on a parfois envie de le tuer, l'islam, on ne fait pas de détail. Après, comme on est des gens civilisés, on se calme, et si on a le temps on réfléchit, on apprend, on essaie de comprendre, histoire de voir si on ne peut pas faire mieux que la réaction primaire… Sans se laisser impuissanter.
Si la majorité des musulmans sont des gens normaux qui ne font chier personne, il faut voir en même temps (et eux-mêmes doivent le voir) que la majorité des actes terroristes dans le monde actuellement sont commis par des gens se réclamant de l'islam.
Il faut dire simultanément ces deux choses, dans un ordre ou dans l'autre, peu importe :
• La majorité des attentats qui ont lieu dans le monde actuellement le sont au nom de l'islam.
+ La majorité des musulmans dans le monde actuellement sont des gens normaux qui n'ont rien à voir avec les attentats en question et ne demandent qu'à vivre leur vie en paix.
Entre les deux, on met un ET ou un MAIS ou un + ou un //. Mais on doit dire les deux. Chacun des deux est un fait statistique, c'est-à-dire une "petite généralisation". La mise en // et en confrontation de ces deux sentences, évite la "grande généralisation" – ce qu'on nomme "amalgame" et finalement islamophobie au sens de racisme.
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(C'était un article un peu long, je sais, mais je ne pouvais pas le subdiviser… Et c'est de toute façon "à suivre")



Dessin de Soulcié