samedi 23 janvier 2016

Religiophobie


Sur le plan de l'anti-religion, ou "religiophobie" (ou mieux : théophobie), et question "radicalisation", on peut dire que Charlie Hebdo se radicalise. Tout ce qui était de la simple rigolade avec les conneries des religions et des religieux, l'anticléricalisme classique, tourne à l'athéisme militant. Pour ma part, je dis "tant mieux" : il y en a besoin, on le constate tous les jours, avec les réactions de tous bords à cette couverture sur "Dieu, le coupable court toujours…"… ou avec par exemple la question kippa / pas kippa ? qui me donne la simple envie de leur dire : gardez vos fétiches pour vos lieux de culte. (Mais je suis un laïciste radical, anti-religion et théophobe.)
La "guerre", puisque "guerre" il y a, c'est là quelle se tient. Ce n'est pas une "guerre de religionS", c'est une guerre de "LA religion" contre tout le reste : la laïcité, c'est-à-dire les laïcs, l'athéisme, c'est-à-dire les athées. C'est-à-dire des gens. Et quand le dis "la religion", c'est évidemment un raccourci : ça ne se limite pas aux dogmes et au clergé : pas de croyance sans croyants, pas de religion sans adeptes. On n'a pas : la religion d'un côté, les croyants de l'autre, c'est un tout. "La religion", ça veut dire tous ceux qui y participent, modérés comme fondamentalistes. Des gens. Et donc quand on critique ou "attaque" la religion ou une religion (verbalement, graphiquement, humoristiquement… je ne parle pas de violence), on critique les gens qui y participent. Il est illusoire de croire et trompeur de dire « On ne se moque que des croyances, pas des croyants. » Vaste blague ! Si tu te gausses de Jésus et de ses miracles de foire, tu te moques de tous ceux qui adorent Jésus et ses miracle, si tu combats les saintes lois de la charia, tu combats tous ceux qui obéissent à ces lois. Si tu te moques de Mahomet qui est mort il y a 1400 ans, lui il s'en fout, mais ça touche tous ceux qui l'adorent. Si tu critiques ou moques une croyance, tu critiques ou moques tous ceux qui y croient. Le Pape a dit que c'est pas bien, tant pis. S'ils le prennent mal, s'ils se sentent blessés, s'ils se vexent, c'est qu'ils ont bien compris que tu te moques d'eux. Mais c'est leur affaire. Et s'ils te tuent, il enfreignent la loi.
Toi, tu ne les tues pas. Ça fait une grosse différence.
Le numéro suivant de Charlie Hebdo enfonce le clou (ça va faire encore des stigmates !) C'est qu'il y a vraiment un combat à mener, là (les Lumières du XVIII° n'y ont pas suffi, la loi de 1905 n'y suffit pas…) un combat important, de culture, de civilisation, qui ne concerne pas qu'un journal, des concerts de rock et des terrasses de café, et qui ne se gagne pas seulement à coup de dessins provocateurs et drôles, mais par la subtilité de l'analyse, par l'intelligence du démontage, par l'information. Là encore, j'entends "combat" au sens intellectuel, culturel, médiatique. Les bombardement en Orient, ce n'est pas mon affaire, je ne suis pas un homme politique.
D'où l'intérêt de reportages-témoignages in situ, savoir ce qu'il se passe, ici et là, et d'articles "sérieux" n'ayant pas peur de faire appel à la philosophie ou à la psychanalyse.
Et donc encore, dans le Charlie Hebdo 1224, quelques enquêtes intéressantes. Comment ça se passe à Pontanezen, en Bretagne, avec, entre autres, ce fameux imam qui raconte aux enfants que d'écouter de la musique, œuvre de Satan, va les transformer en cochons ou en singes (à moins que ça les transforme en passoires s'ils vont écouter du rock au Bataclan.) On laisse dire ça  ? Les autorités de la république laissent dire ça ? C'est une opinion défendable en place publique ? Le plus choquant est qu'il tient ce discours non pas dans une mosquée mais dans une salle municipale ! Hé, les élus, la loi de laïcité, vous connaissez ? (À part ça, à Pontanezen, il y aurait aussi une sex-shop et une boucherie halal tenue par un François Caradec !)
Autre reportage à Vesoul où apparemment tout le monde connait quelqu'un de son entourage qui est "parti en vrille", et pas forcément des Mohamed ou des Mouloud… (Mais il y a aussi un "Café Charlie"… (Rien n'est simple… ou rien n'est simplet, plutôt…)
Il y a lieu de se sortir des mots abstractisants, des idées générales, des concepts idéels tels que "la religion" ou "la laïcité", et regarder la réalité des choses, des actes, des évènements, et des gens qui en sont les pratiquants, les auteurs, les victimes. Je veux dire par là que ce n'est pas "la laïcité" qui se défend contre "la religion" (raccourcis abstractisants), mais des gens laïcs, voire athées, qui se défendent contre des gens religieux, voire violents. Je cite à nouveau Charlie Hebdo N°1224, Guillaume Erner : « Charlie rappelle ce qu'est un "fait", étymologiquement non pas une donnée, mais une chose faite. » Ce qui me semble extrêmement important : penser (et panser) les faits, non les idées. On dispose d'un tas de modèles d'explications intellectuelles, morales et politiques pour penser ce qu'il se passe et au besoin le justifier. Mais les faits restent : les morts restent morts, les blessés restent traumatisés.


1 commentaire:

wens a dit…

J'ai trouvé aussi ces reportages très intéressants, ( vu que j'ai fini par l'acheter, ce numéro dont tu causes et pour lequel j'avais eu d'abord une réaction de "non, pas ça, pas le numéro "anniversaire" !).
Au final on sent beaucoup d'humanité dans la volonté de l'équipe de rescapés d'expliquer, de raconter.
Tu as mille fois raison, trop de respect pour la religion, trop de bonnes manières.
Comme si dieu allait de soi.