PROCHE ORIENT (un peu trop proche à mon goût, d'ailleurs)
Ma chronique sur les origines bibliques du conflit palestinien (LO 270) est publiée dans La Gazette de Montpellier cette semaine… Avec mon accord, bien sûr. Sensation bizarre… Je lance mes trucs par "Lettre Ouverte" à quelques dizaines ou centaines de correspondants, dont un bon nombre me sont connus personnellement, et ça se retrouve dans un hebdo lu par toute l'agglomération montpelliéraine…………
Bon… merci La Gazette… et on verra…
Quelques autres considérations sur le sujet.
FAUTE
On ne peut sans doute pas nier au peuple Juif le droit d'avoir une terre, un pays, un État, surtout après le grand massacre hitlérien. (Peut-être qu'on peut le nier pour des tas de raisons historiques et politiques, mais pour ma part je ne m'en sens pas le courage, surtout une fois que c'est fait…)
On peut juger, par contre, rétrospectivement, que ça a été une grande erreur (une terrible faute politique et humaine, même) d'établir un État Hébreux là, en Palestine, en "Canaan", et ce pour les raisons ancestrales bibliques que j'ai déjà soulignées. (Il y avait sûrement d'autres endroits possibles dans le monde, des endroits plus neutres, non chargés d'un contentieux millénaire…) Et pour des tas de raisons plus récentes sans doute, je ne sais pas, je ne suis pas historien. Que ça merde grave, c'était à prévoir, et sans doute ça a été prévu, à l'époque !
Mais c'est un peu facile à dire, maintenant.
L'ennui, c'est que les jeux sont faits… on ne refait pas le passé… etc. On est devant le
FAIT ACCOMPLI
Et un fait accompli qui ne fait qu'empirer depuis soixante ans. La question qui se pose maintenant, qui n'est plus biblique, culturelle, historique, c'est « qu'est-ce qu'on fait maintenant ? »
1) Le problème de fond (biblique, ennemi héréditaire, violence symétrique, haine du semblable/différent…) est insoluble… (la "thérapie de peuples", ça existe ???) Sa connaissance nous aide seulement à comprendre et peut-être à relativiser, c'est déjà ça, mais ceux qui sont au premier rang, qui prennent des missiles sur la gueule, ont plus de mal à relativiser..
2) Le problème politique issu du XXème siècle est entériné, fixé une fois pour toutes, à partir du moment où une majorité des États du monde a reconnu l'État d'Israël… « Ça, c'est fait », comme on dit… c'est comme Mai68, on n'y peut plus grand chose. L'État d'Israël existe et, partant, "a le droit" d'exister.
Partant de là, que peut-on faire maintenant, avec une ambition limitée, pragmatique, pour, sinon résoudre le problème en son entier, du moins rendre la situation (plus) vivable ?
BOUCLIER HUMAIN
Imaginez qu'on parachute côté Gaza Mr BanKiMoon (ONU) + cinq ou six chefs d'États du monde entier + quelques papes, rabbins, ayatolahs, dalaï lamas… avec ce qu'il faut comme caméras autour. Qu'ils s'installent et campent sur place en faisant le plus de bruit (médiatique) possible. Les bombardements, de part et d'autre, s'arrêteraient instantanément. Ça serait déjà quelque chose. Après ça, négociations… etc. Evidemment, comme c'est toujours prêt à recommencer (il suffit d'UN excité avec UN missile, même bricolé), il faudrait établir une permanence, toujours non pas avec des casques bleus, mais avec des grands chefs d'États, chefs religieux, chef d'entreprises, même, et grands peoples internationaux aussi, pourquoi pas ?, en établissant un roulement — et ce aussi longtemps qu'il faudra. (Sarko un mois sur deux là-bas, ça nous ferait des vacances…)
Et si ça merde, ça confirmera ce que disait le tonton de Boris Vian dans "La java des bombes atomiques" : « Voilà des mois et des années / que j'essaie d'augmenter / la portée de ma bombe / et je n'me suis pas rendu compte / que la seule chose qui compte / c'est l'endroit où c'qu'elle tombe… »
FANATIQUE (du latin fanum : temple)
La civilisation/religion arabo-musulmane (comme toute FOI monothéiste) a peut-être quelque chose de profondément paranoïaque, en tout cas dans sa version fondamentaliste-intégriste-fanatique. Culture à la fois de l'assassinat et du suicide. L'attentat-suicide est le summum de cette folie. L'assassuide.
Par définition, le fanatique est fou (paranoïaque). Mais personne n'est fou seul. D'une manière ou d'une autre, il rend les autres fous : déjà, face à un croyant ordinaire, on ne peut pas discuter (foi a la même racine que féal : la religion est la soumission de l'esprit), mais, face à un fanatique, on ne peut carrément pas rester normal, on est pris à la fois par la peur et par la colère et en grand danger d'être entraîné dans une folie-haine symétrique. Mimétisme et escalade. Le fanatique, ainsi, par ses agressions, ses provocations, met les autres hors d'eux-mêmes, hors de leur tête, et les met contre lui, ce qui, très vite, le justifie dans sa paranoïa : personne n'aime les paranoïaques, qui, du coup, ont de bonnes raisons de l'être. Ça a l'air d'une blague… Pourtant c'est bien ainsi que s'enclenche un piège circulaire.
On peut penser au comportement des Juifs de Judée à l'époque de l'occupation romaine (époque de JC, premier siècle avant, premier siècle après) (souvenir de belles pages de Marguerite Yourcenar à ce sujet dans les "Mémoires d'Hadrien"…) et au comportement de Jésus lui-même (en supposant qu'il ait existé un certain Jésus, gourou d'une secte nazaréenne et se prétendant roi de Juifs) face à Ponce-Pilate et au Sanhédrin : tout son système de non-défense le mène inéluctablement au martyre. Martyre-suicide volontaire, donc, même si lui c'est sans attentat, dans une folie calme d'illuminé. Les premiers chrétiens ont bien retenu la leçon de leur prophète, réclamant le martyre par toutes les provocations possibles, au grand trouble des autorités romaines. On rapporte les réactions d'un consul disant « Mais si vous voulez tellement mourir, qu'attendez-vous pour sauter des falaises, pour vous jeter dans vos propres feux ? ». Mais non : les suicides de ces proto-chrétiens étaient des sortes d'attentats-suicides : le martyr crée le tortionnaire, autant que l'inverse. Ce qui a fini par les mener au pouvoir. Le Hamas tient bien entendu le même discours : chaque mort palestinien, "combattant" ou "civil", sert sa cause. Viva la muerte !
On dirait (je m'avance peut-être beaucoup) que, depuis, ces comportements ont disparu chez les chrétiens et chez les Juifs, mais pas chez les arabo-musulmans, religion plus jeune, ou qui s'est figée dans un stade "primitif". Je parle toujours des fanatiques, fondamentalistes, purs et durs… Mais je garde cette crainte que tout "bon musulman" soit un fanatique en puissance, les circonstances actuelles aidant, politiques, sociales, économiques. Et c'est bien consciemment que je mélange religion et politique, indissolublement liées depuis toujours à peu près partout. Il n'y a presque qu'en France qu'on trace vaille que vaille une césure. Vive la loi de laïcité, et pourvu que ça dure.
EN FRANCE ?
Les risques de crise de judéophobie sont bien là : d'une part à cause de la crise financière-économique (parce que, c'est bien connu, hein, tous les banquiers sont juifs, surtout certains !), d'autre part, donc, à cause de la guerre de Gaza.
Sans compter les conneries de Dieudonné-Faurisson.
« Des antisionistes comme ceux-là, on s'en passerait volontiers. Les ennemis de nos ennemis ne sont pas tous nos amis. » (Siné, dans Siné-Hebdo N°18, 7 janvier 2009) Sur sa dernière affaire, je persiste à penser que le cas de Dieudo est indéfendable — et ce n'est pas une question de liberté d'expression.
De son côté, Jamel Debbouze lance l'opération "Un avion pour Gaza"... pour les médicaments, matériels hospitaliers etc....etc... C'est un autre choix…
http://www.unavionpourgaza.com/
Une page de "Les Mois sont de papier / 03" (Le Pythagore éditeur 2008)