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mercredi 21 février 2018

ALONE ON MOON / 15


Outrage avalé tout cru.
Penché au bord du monde, au bout de l'abime cul-de-sac, penché sur toi, monstre sucré, épiant tes rêves où errent des fantômes sans papiers, épiant le souffle de ta bouche, le souffle de la tempête et tes yeux effondrés, prêt à tomber de l'ordre quadrangulaire de Mondrian au chaos de Kandinsky, je regarde.
Les hommes ne regardent jamais assez l'intérieur du sexe des femmes.
Femme languide allongée, qui ne pense rien – que le chant des sirènes sur le cristal du champagne. Rêve en partance éternelle. Ton corps emplit la chambre et ta langue alanguie danse dans l'obscurité, là où le silence brise les oreilles un ballet assourdi.
Cesse donc de parfumer les portes de l'enfer, ça ne fait qu'aggraver les choses.
Quelque chose que tu sais sur moi te perturbe (sacrilège timide authentique, mais ton corps m'aime encore).
Et j'ai sondé tes seins, j'ai saisi leurs tétons, j'ai soupesé leurs frasques passées toutes inscrites par pesanteur (s'ils tombent, ne t'en fais pas, je serai toujours là pour les ramasser).
Gagnées par la contagion, mes instances profondes commencent à enfler.
Oh ! Toutes les étoiles tombent !
•••
Paysages mal fréquentés.
C'est la rentrée des glaces. Dans le marais, le vent souffle trois fois, atavique. Les oreilles amoureuses vont dans les prés fleuris à petits bonds, comme des faons.
Les yeux chassieux des chasseurs ont concassé le vide. Fierté gauloise. Dans les chasses d'eau de la ville absente, ils traquent les gibets aquatiques : échassiers et poissons d'Autriche, aurores humides et captures de sève.
Sur les territoires du vide indolore, féroces antipodes, des archevêques libidineux aux cris acrimonieux portent ostensiblement les gants rouges du diable. Avec eux, un cardinal infrarouge et un pape ultraviolet frappent d'hosties hostiles les parricides récidivistes qui égrènent des chansons pailletées alentour des arcs-en-ciel bitumeux.
Voraces, ils espèrent faire fortune en décrochant la lune. C'est l'enfance des dunes au pied des plages chevelues.
Sur la planète Shadok, ça sent le roussi : des minorités nuisibles déclenchent des alarmes, des femmes abattues envoient des signaux de fumier, alors que les élites libertines rattrapées par la date de péremption partent en voyage d'affaire entre cercles vicieux. Bipolaires ils sont.
Quand la nuit est américaine, l'océan plie.
Au Mont Saint-Michel, la marée noire avance à la vitesse d'un chwal au galop au grand dam des pays détergents. Zone d'ombre, pot au noir, triangle des Bermudes, mer des sargasses, c'est la mort du sable. Sous les pavés, l'épave. Comment recycler les oiseaux mazoutés ? Pourquoi la pompe ?
Des sinistrés en tempête alourdissent le bilan nauséabond de la nativité.
Le fossoyeur d'œufs durs a planté la lance de la torture le plus loin possible. Homme de l'ombre refroidi, transformé en écumoire des mers, il traverse le présage éperdu de charognards.
Des anagrammes nus dansent le cirque du printemps et la chambre écarlate.
Capturées par la pluie, démontées par la mer, vérolées pour l'hiver, les poupées ventriloques, tranquilles, se perdent en rêveries cannibales et en enfantillages meurtriers. Leurs bijoux essaient en vain de briller.


dimanche 25 janvier 2009

O'BROTHER

LO N° 274 (24/01/09)


(D'après une photo – sublime - piquée sur le net, je ne sais plus où…
Si l'auteur se reconnaît, qu'il se signale.)


O'BROTHER O'BAMA
A l'occasion de l'élection d'Obama, on a beaucoup dit que, en France, on n'élirait pas facilement un président issu des "minorités visibles" — un noir ou un arabe. Vraisemblable. (Il a même dû y avoir quelques sondages bien profonds sur la question.)
Mais on pourrait d'abord se poser la question "les Américains auraient-ils élu un noir (ou demi-noir) issu de l'esclavage US ?" (Question de pure forme, bien sûr, on n'en saura jamais rien, maintenant, parce que, si ça arrive plus tard, les conditions seront différentes…)
Parce que, quand même, Obama présente les particularités bien particulières - 1, d'être un métis, - 2, issu non de l'esclavage mais de l'immigration, - et 3, immigration en provenance d'un pays africain qui n'a jamais été une colonie des USA (ceci contrairement à la plupart des immigrés en France – voir plus loin).
On le lui a reproché, d'ailleurs. Non pas qu'il serait "pas assez noir", mais qu'il serait "pas assez américain", ou plus précisément "pas assez noir américain issu de l'esclavage". Pas un vrai "brother", quoi.
Mais tant mieux ! C'est bien là un point positif : il n'est pas là pour régler des vieux comptes, pour liquider un contentieux séculaire entre noirs issus de l'esclavage et blancs issus de l'esclavagisme. Il n'est pas là pour obtenir le remboursement d'une dette historique. Il n'a pas eu un grand-père ou un arrière-grand-père esclave fouetté dans les plantations de coton du Sud… il n'a pas de revanche à prendre… et les Américains blancs n'ont pas à avoir de complexe de culpabilité par rapport à lui.
Il est là pour diriger l'Amérique de toutes les couleurs et accessoirement pour montrer à l'Amérique et au monde qu'un demi noir issu de l'immigration peut, comme n'importe qui, diriger l'Amérique de toutes les couleurs.

« L'esclavage est une très mauvaise préparation à l'exercice de la liberté. » (Anthony Trollope. The West Indies. 1860. Extrait du Dictionnaire de la bêtise, de Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière. R. Laffont.)

"COLONISATION POSITIVE"? ET POURQUOI PAS "ESCLAVAGE POSITIF" ?!
En France, la situation se présente en quelque sorte à l'inverse. Les noirs ou les arabes (ou métis de) sont issus de l'immigration, certes, mais (très majoritairement) en provenance d'anciennes colonies, sont donc des ex-colonisés ou des descendants de colonisés — ce qui est comparable à des descendants d'esclaves. (Je dis bien : "comparable".) C'est-à-dire qu'il y a un vieux gros contentieux entre la France blanche (ex-colonisatrice) et la France noire ou arabe (ex-colonisée)… comme il y a un contentieux entre l'Amérique blanche et l'Amérique noire… Et donc Obama, se situant hors de ce contentieux historico-social, est moins "chargé", plus "neutre", et c'est peut-être une des clés de son succès.
Maintenant, on peut aussi se poser la question : "Y a-t-il en France des équivalents d'un Obama, des immigrés devenus Français, ou nés sur le territoire français de parents immigrés, ou métis avec un parent immigré, ne venant pas d'un pays ex-colonie ? Ni Maghrébins, ni Africains francophones, ni Indochinois… Il faudrait supposer par exemple un métis Français blanc/Sud-Africain noir, ou Français blanc/Aborigène australien, ou Français blanc/Chinois…
Et pourquoi pas Français blanc/Américain noir ? C'est le cas de la nouvelle Miss France, Chloé Mortaud, si j'ai bien compris. Moi je la veux bien comme prochaine présidente !

OBAMA EST BIBLIQUE…
Ouais, et ça gonfle un peu, toutes ces prières, tous ces "help me, God !"… Mais les Américains en général sont bibliques. Leur exode d'Europe, puis leur conquête de l'ouest sont un remake de l'exode, une sortie d'Egypte pour une marche vers et conquête de la "terre promise". Tous les thèmes de Nouveau Jardin d'Eden, de Renaissance, sont présents dans la culture US. L'Amérique est le rêve de jeunesse (et de Genèse) de la vieille Europe. Après, bien sûr, on se référera constamment aux "Pères Fondateurs" (Abraham Lincoln !) comme les Hébreux aux Patriarches.

… ET JAZZY
La présence en introït du révérend homophobe et abortophobe Rick Warren a été mal vécue… Par contre j'ai retenu une Aretha Franklin très soul, et, dans le même esprit, le révérend Joseph Lowery vétéran de la cause des droits civils, avec une bénédiction finale très jazzy “Lord, in the memory of all the saints who from their labors rest, and in the joy of a new beginning, we ask you to help us work for that day when black will not be asked to get back, when brown can stick around, when yellow will be mellow, when the red man can get ahead, man and when white will embrace what is right. Let all those who do justice and love mercy say amen.", paraphrase d'une vieille ballade bluesy qui disait "If you're white, you're right, but if you're brown, don't stick around, and if you're black, o'brother, get back, get back, get back…" Sans oublier le "mellow yellow"… de Donovan !

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2OO9
L'un des derniers Télérobama, avec lui en couverture, nous propose 109 raisons d'aimer 2009, principalement dans le domaine du spectacle culturel. Pourquoi pas ? J'ai fait mon marché et, à part lui, j'ai trouvé ça :

- 64 : Une exposition William Blake au Petit Palais en avril-mai-juin.


Une de ses peintures que je préfére : "Le fantôme d'une puce" (!)

« Le désir non suivi d'action engendre la pestilence. »
« C’est avec les pierres de la Loi qu’on a bâti les prisons et avec les briques de la religion, les bordels. »
("Le mariage du Ciel et de l'Enfer", traduc. André Gide)
Et toujours : « Voir l'Univers dans un grain de sable et un Paradis dans une fleur sauvage, tenir l'Infini dans la paume de la main et l'Éternité dans une heure… »

- 65 : Une exposition Vassily Kandinsky au centre Pompidou du 8 avril au 10 août. J'aurais beaucoup de mal à dire pourquoi, mais les abstraits (non-figuratifs, plutôt), de Kandinsky me bouleversent. Ce n'est pourtant pas juste parce que ce sont les premiers… peut-être le sentiment d'une parfaite complicité entre le chaos et l'ordre… (Et justement, ce dimanche 25 à 20h15 sur arte, un docu sur Kandinsky).



- 79 : C'est Robert Delpire qui dirigera les 40èmes Rencontres photographiques d'Arles (7 juillet – 13 septembre). Delpire, c'est un des grands éditeurs du siècle et, plus largement, "un homme d'influence dans l'histoire de l'image contemporaine". Il a édité entre autres Roman Cieslewickz, un des plus grands graphistes de tous les XXèmes siècles. Il a produit de la pub aussi, en particulier pour Citroën, en particulier pour la 2 CV !

- 85 : BORIS VIAN toute l'année ! On commémore les 50 ans de sa mort, mort restée mythique car survenue lors de l'avant-première de "J'irai cracher sur vos tombes", adaptation de son propre livre. Mais toute sa vie est mythique !

- 98 : Un nouveau film de Terry Gillian "The Imaginarium of Dr Parnassus".

- 99 : Un Michael Mann, aussi…

- 108 : Un livre d'entretiens entre Umberto Eco et J.C. Carrière, "N'espérez pas vous débarrasser des livres". Chez Grasset en novembre. Deux des hommes que j'aime le plus au monde ! Ça risque d'être autre chose que BHL-Houellebecque !

C'est tout ? Ouais… Va falloir survivre un an là dessus !