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mardi 5 avril 2016

Bref retour sur "le pardon"


J'ai été élevé dans le christianisme où on demande au confesseur, agent de Dieu sur Terre, "pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés" et où, en principe, on apprend à pardonner. Mais c'est une formule bizarre : on n'apprend pas à pardonner, D'AUTRES nous serinent qu'il FAUT pardonner. Aucun enseignement ou formation au pardon, seulement une suggestion ou même une injonction. Comment on fait, pour pardonner ?
Ceux qui ont fait ça, ces actes : tuer Charlie Hebdo, le Bataclan, Bruxelles, etc., je ne me vois pas leur pardonner, non, même si "ils ne savent pas ce qu'ils font". Je ne leur permets pas de mettre mon pays et mes amis à feu et à sang.
Je n'ai pas le gout de la violence, mais j'apprécie que les terroristes aient été abattus par la police, comme Ben Laden l'a été, éliminé, disparu, oublié. Sinon, quoi ? Des polémiques qui n'en finissent pas, des procès qui n'en finissent pas, et qui engraissent avocats et médias…? Et pour finir, un guantanamo, la prison à vie ? (Déjà bourrées, les prisons…) Quand on voit que Andres Breivik, le tueur de masse d'Utoya, enfermé à l'isolement depuis maintenant X mois, se met à faire un procès à l'État norvégien pour mauvais traitement… j'imagine déjà la peste émotionnelle que vont répandre les procès relayés par médias en continu.
Seulement voilà, on a fait l'ablation de la peine de mort sauf par la police, à chaud, en cas de légitime défense… et n'ayant aucune envie non plus de voir revenir l'usage de la peine de mort officielle (qui arrivait aussi en bout de course de procès dramatiques…), me voilà bien marri…
Ne pas pardonner mais ne pas exiger la vengeance sang pour sang… demander seulement que ces individus dangereux et incorrigibles soient mis hors-circuit………
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— La déchéance, il aurait pu l'imposer par décret, Hollande.
— Ça ne serait pas très démocratique.
— Mais tuer des gens avec des kalachnikovs ou des bombes humaines, c'est pas très démocratique. Il aurait pu aussi proposer le rétablissement de la peine de mort.
— Ça ne serait pas très humaniste.
— Mais tuer des gens avec des kalachnikovs ou des bombes humaines, c'est pas très humaniste non plus.
— OK. Mais tout ça, ce serait répliquer aux antidémocrates antihumanistes avec les mêmes moyens qu'eux. C'est se mettre à leur niveau. C'est régressif.
— Eh oui. C'est toujours l'attaquant qui impose le choix des armes. Nous, pour l'instant, nous répliquons en allumant des bougies à fondue, en plantant des fleurs sur la Place de la République. C'est joli, mais qu'est-ce qu'ils en pensent, eux, les méchants ? « Waaah ! C'est terrible ! Ils allument des milliers de bougies ! On est foutus ! » Ça leur fout la trouille autant que la déchéance.
— Et donc…?
— Et donc, face à la puissance par la violence, nous avons à manifester, ou plutôt à mettre en œuvre, non une violence symétrique, mais une puissance. Une puissance autre, non meurtrière si possible, mais une puissance.
— Nous (l'État français) pratiquons la violence guerrière contre l'organisation de l'État islamique en Syrie-Irak peut-être, mais, coincés par la double contrainte du "ni Bachar ni Daesh", ça ne va pas loin. Et puis surtout ceux qui se font péter dans le métro ou qui mitraillent les terrasses ne sont pas en Syrie. Ils sont ici, à Molenbeek, Saint-Denis ou Vénissieux…
— Et donc : renseignement, police, justice. (Ceux qui ont de meilleures idées peuvent les poster au ministre de l'intérieur.)

vendredi 12 février 2016

Justice et civilisation


• Le temps présent est un 11 septembre permanent… La fin du monde, c'est maintenant…
Bruno Étienne, après le 11 septembre 2001, parlait des "amants de l'apocalypse"… Ils en veulent à l'Occident ? Certes, mais plus : adeptes d'une secte apocalyptique, ils en veulent à l'humanité, à tous les sens du terme. Et donc l'humanité doit les combattre, en finir avec, les détruire.
• Mais nous, on est bien gentils, bien tolérants, pas si racistes qu'on veut bien le dire (d'ailleurs, voyez, depuis les attentats, on se tient plutôt bien, pas d'amalgame ! Il n'y a pas eu un déferlement de haine antimusulmane, de ratonnades, comme on disait à une autre époque pas si lointaine, d'incendies de mosquées et d'arabes jetés à la Seine…). (Les Corses, calmez vous !) Des incidents, oui – toujours trop, bien sûr – mais pas des massacres.
C'est que nous sommes tous des objecteurs de conscience. Parmi les morts du Bataclan et des terrasses voisines, il y avait 129 objecteurs de conscience. Tous non-violents et pour la non-violence. Tous pacifistes… comme dans les années 30. 
• Quand les navy seals ont éliminé Ben Laden, Obama a dit « Justice est faite ». C'est ce qu'on disait quand la tête du condamné tombait dans le panier de la guillotine. Ce n'était pas "la justice", en fait, juste de la vengeance. Ou de la dératisation.
Ici, dans la situation post-13 novembre, les tueurs qui ne se sont pas explosés d'eux-mêmes sur place ou été éliminés par le raid, qu'est-ce qu'on en fait ? La loi, la justice, ça ne veut pas dire la punition (le châtiment !) ou la vengeance. La justice, c'est ce qui se tient sur la frontière entre les faits et la culture locale. (Locale, parce qu'il n'y a pas de justice dans l'absolu.) Elle n'émane pas de Dieu ni de l'individu mais de "la société" (l'État, les lois instituées…)
Une facette de la justice est de l'ordre de la punition.
Une autre de la dissuasion (on espère calmer les velléités des autres criminels potentiels par la crainte de la punition – la fameuse peur du gendarme).
Une autre serait la réhabilitation des criminels – il arrive que ça marche.
S'y ajoute ce que souvent on ne veut pas voir et dire parce que c'est cyniquement pragmatique, à l'américaine, ce que j'ai nommé plus haut "dératisation" : il s'agit de retirer de la circulation des éléments jugés dangereux pour la société et qu'on ne sait pas soigner. La loi sur la récidive, la rétention de sureté, c'est ça… ce n'est ni de la morale ni de la justice, seulement du principe de précaution. Si ce n'est pas humaniste envers les coupables, on peut trouver ça humaniste envers les victimes et les virtuelles futures victimes. En ce sens, la possibilité donnée par la loi de déchoir de la nationalité française (et d'expulser, bien sûr, sinon à quoi bon ?) les auteurs d'attentats ayant la double nationalité, quelle soit de naissance ou acquise, serait un moyen a minima de débarrasser le territoire de quelques "traitres à la patrie" et restant potentiellement dangereux. Mais… voir un article précédent et quelques échanges sur FB, et quelques informations pêchées ici et là depuis : total : loi inapplicable, qui de toute façon ne concernerait que quelques cas.
(Par contre qu'on n'aille pas me dire que depuis qu'on discute de ça, tout à coup, les malheureux gamins binationaux ou simplement issus de l'immigration ne se sentent plus français à part entière. Essayez de voir ou revoir le docu "Les Français, c'est les autres", vous verrez si depuis 10, 20, ou 30 ans qu'ils sont ici et étiquetés "français" sur le papier, ils se sentent français… Pas un.)
• Mais bi- ou mono-français, on ne peut pas faire des apatrides, parait-il. (Les binationaux, en fait, c'est des veinards : ils ont un autre pays, on ne les abandonne pas dans les eaux internationales…) Et pourquoi pas faire des apatrides, après tout ? D'abord, le mot est assez joli… comme athée. On prendrait un coin du monde dont personne ne veut, une ile déserte, on la déclarerait patrie des apatrides, l'Apatridie ou l'Apatristan et on les installerait tous là. (De préférence une ile qui culmine à un mètre au dessus du niveau de la mer, histoire que le réchauffement climatique règle la question, à long terme. Sinon, l'ile de Pâques… ou l'Islande… Je dis ça méchamment, pour faire mon malin, mais en fait, une Apatridie serait une sorte d'utopie intéressante…) Et, c'est amusant, Taubira, dans son pamphlet (que je n'ai pas lu) se demande aussi « Que serait le monde si chaque pays expulsait ses nationaux de naissance considérés comme indésirables ? Faudrait-il imaginer une terre-déchèterie où ils seraient regroupés ? » (Déchu = déchet de la République…?)
Amusant aussi, dans le dernier Psiko, Caritte fait une page montrant le sort d'un expulsé : son autre pays n'en veut pas non plus… Suit une sorte de match de tennis où il se fait renvoyer d'un pays à l'autre parce que personne n'en veut… jusqu'au moment où il n'a plus le choix : il ne peut atterrir qu'au Califat, puisque ce n'est pas un pays… et puis Daesh veut bien de lui, même qu'on lui offre une ceinture…!
Et par la même occasion, on devrait y expulser, dans cette Apatridie (ou chez Daesh), les financiers et entreprises binationales voire multinationales hébergées fiscalement dans des paradis offshore, et des Depardieu et consorts qui ne savent plus très bien s'ils sont français, belge ou russe…
Sinon, quoi ? La prison à vide ? Rétablir la peine de mordre ? L'élimination discrète ? L'épilation intégrale ? Pas très civilisé, tout ça, je sais…


jeudi 31 décembre 2015

DÉCHÉANCE


J'avoue que la question de la déchéance de nationalité française, que celle-ci soit acquise ou héritée, pour les terroristes binationaux me laisse dans une indifférence abyssale.
Déjà "droit du sol" et "droit du sang" me semblent des notions dépourvues de sens, moyenâgeuses, fondamentalement racistes et nationalistes.
Après, comme pour la question de la peine de mort, il va être question de différents concepts à majuscule : Morale (chrétienne ou autre), Éthique, Valeurs Sacrées, Universelles, Droit Humain, Humanisme… tant de droite que de gauche… surtout de "gauche bien pensante", pour employer une expression consacrée. Et donc, déchoir ces gens, ça irait à l'encontre de toutes nos VâââLeeeuuurs. Autrement dit, c'est mal (comme la guerre ou les attentats, d'ailleurs).
Autre critique classique : c'est inefficace. Parce que, comme la peine de mort, ce n'est pas dissuasif. Effectivement, quand on en voit se filmer en Syrie en train de bruler leurs passeports français ou leurs cartes d'identité françaises, on se rend bien compte qu'ils n'en ont rien à foutre, de leur nationalité française.
Mais s'agit-il de dissuader, de punir ou simplement d'empêcher de nuire ?
Si punir, c'est pas bien (c'est seulement de la vengeance) et dissuader, ça ne marche pas, il reste empêcher de nuire (à nouveau = récidive). Sur un plan pragmatique, donc, il s'agit de savoir ce qu'on fait d'individus avérés dangereux, c'est-à-dire qui se sont livrés à des actes terroristes sur le territoire dont ils sont nationaux. (Et peut-être – cas plus douteux – débarrasser aussi le pays d'autres individus considérés comme potentiellement dangereux, c'est-à-dire "radicalisés" soupçonnés ou avérés mais n'étant pas passés à l'acte.)
On les met en camp, en prison ? On manque de place, et, en prison, ils passeront leur temps à radicaliser leurs voisins.
Cayenne ? Le bagne n'existe plus depuis longtemps.
On les fusille comme "traitres à la patrie" ? Pourquoi pas, puisque ce sont des ennemis ? Mais on n'est pas dans une guerre au sens officiel "déclarée" de pays à pays (cf. article précédent)… et, sur le plan civil, la peine de mort, ça ne se fait plus non plus.
Alors si déjà, sur le petit tas de terroristes confirmés, on a la possibilité d'en expédier quelques uns (les dits binationaux) ailleurs, loin, dans l'autre pays dont ils ont la nationalité, en les déchevant (déchoyant?) de la ci-devant nationalité française, sans pour autant en faire des apatrides (ce qui est interdit par les lois internationales tant qu'on n'a pas créé une Apatridie, un pays pour mettre tous les apatrides), pourquoi s'en priver ?
Toujours sur un plan pragmatique, c'est la seule efficacité de cette loi, elle est toute petite, mais c'est déjà ça. Déjà ça de moins à gérer. Plus de problème moral, plus de problème de prisons surbookées. Et plus de problème de procès qu'ils pourraient utiliser, victimes  starifiées, comme tribune pour prêcher leur idéologie et lancer leur anathèmes, c'est classique.
Sinon, on peut toujours les expédier en Corse.


(Quant à ceux qui trouveront à juste titre qu'il y a trop de ON dans cet article, qu'ils sortent leur grille d'interprétation personnelle, mais l'impersonnel de ce ON est tout à fait volontaire et assumé. Le cynisme aussi.)