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dimanche 17 avril 2016

Code civil


La laïcité (inscrite dans la loi) est la condition de la démocratie.
Le code civil n'a rien à faire des préceptes religieux. La République laïque, c'est s'affranchir du tout de la morale religieuse.
Mais ça ne veut pas dire l'absence de morale, au contraire : ça veut dire la construction humaine de la morale (une éthique athée, donc) et, puisqu'on est une civilisation organisée, son institutionnalisation dans la loi : le code civil.
La morale religieuse, c'est prétendre que les lois morales viennent d'ailleurs, du "Ciel", d'un être suprême surnommé "Dieu", ce qui est de l'ordre de la schizophrénie paranoïaque collective. Alors même que tout le monde, même le croyant, sait bien que ces lois dites "divines" ont été rédigées par des hommes, fussent-ils nourris au jus de prophètes, des Moïse ou des Mahomet. Mais voilà, des gros malins ont inventé un magnifique concept : la révélation. Imparable. Le rédacteur des lois divines, lois morales et autres règles de conduite, n'est plus qu'un modeste vecteur de la parole tombée du Ciel. Un médium de péplum. On peut en accuser ces prêtres, grands manipulateurs de foules, mais on peut en accuser tout autant les foules en question qui ont avalé ça tout rond, béatement – et qui en redemandent : pas de manipulateur sans candidat à la manipulation, pas de tyrannie sans servitude volontaire. L'un ne va pas sans l'autre. Complémentarité ou cercle vicieux ou boucle de renforcement : peu importe qui a commencé, l'offre ou la demande (mais oui, comme dans le commerce… comme dans toutes les relations humaines, en fait.).
Camus : « Le dialogue à hauteur d'homme coute moins cher que l'évangile des religions totalitaires, monologué et dicté du haut d'une montagne solitaire. »
Le code civil, c'est reconnaitre publiquement que les lois morales et autres (règles civiles de la vie en commun) sont bel et bien non seulement rédigées par des humains, mais décidées par des humains, individus et groupes inscrits dans un certain contexte historique. Partant, c'est admettre qu'elles sont discutables, transformables, évolutives. C'est la démocratie et c'est plus exigeant : il faut penser. Ça suppose vigilance, critique, contradiction ; et contradiction de la critique… La réflexion, donc, et collective, c'est-à-dire finalement quelque chose comme le contrat social.
La morale religieuse, c'est la fable d'Adam et Ève au jardin d'enfance. La loi, c'est la sortie du jardin, l'accession à la maturité, quand on acquiert la conscience, quand on doit gagner son pain et sa raison à la sueur de son front – vie, socialisation, travaux, amours, créations, mort. C'est la réalité, c'est la condition humaine.
La loi confirme la condition humaine. Le code civil n'est pas un donné, comme un fruit sur un arbre permis, ce n'est même pas un pris sur un arbre interdit, c'est une invention, comme on parle de l'inventeur d'un trésor plutôt que le découvreur. Une création arrachée au chaos, à la nature, à la réalité obtuse, par l'effort, forgée par le travail humain – individuel et collectif.

vendredi 1 mai 2015

LIBERTÉ D'EXPRESSION, LE RETOUR


Pour une éthique de la liberté de penser…
… Et liberté d'exprimer, car la liberté de penser sans la liberté d'expression, ça n'aurait aucun sens.
Martin Legros, d'après Kant : « La possibilité d'exprimer ses pensées en public n'est pas un droit qui s'ajoute à une pensée qui s'exercerait aussi bien toute seule, mais elle est la condition même de la pensée. » (Philosophie Magazine N°87). De plus, cette "possibilité d'exprimer ses pensées en public" inclut l'échange avec les pensées des autres, il ne s'agit pas seulement d'expression mais de communication.
• La morale, a priori, est fondée sur la loi (divine ou profane). Mais il est un grand nombre de lois morales non dites, non écrites, mais inscrites dans les mœurs (terme issu de la même racine que morale). Les mœurs sont fondés sur la tradition, l'habitus, les us et coutumes, le consensus social non dit. Les notions de faute, de mérite/démérite, de bien/mal, sont essentiellement sociales, ont trait avant tout à la question obéissance/désobéissance (à des lois ou à une conformité d'opinion). Ce qui ne veut pas dire qu'elles sont sans intérêt : tout humain vit dans une société, ou, mieux, vit en société, c'est-à-dire n'existe en tant qu'humain que en tant que social, que "en société".
On se dit facilement que cette question obéissance/désobéissance n'a de réelle importance et ne devrait avoir d'application qu'en ce qui concerne les actes, les actions, non la pensée. Pourtant la pensée (la pensée exprimée dans des paroles et/ou des écrits, "condition même de la pensée", comme dit plus haut) est bel et bien un acte – et un acte social : cette pensée exprimée, parlée, écrite, tend (volontairement ou non) à changer la société ; à changer quelque chose dans "la société" (trois personnes ou un million), quelque chose de petit ou de grand, de fin ou de grossier, d'important ou de dérisoire, de politique ou de philosophique. Sinon, à quoi bon ? Si une pensée-parole ne change rien au monde, si elle ne fait que répéter dans les mêmes termes le consensus d'époque, à quoi bon l'émettre ? En ce sens, la pensée exprimée est désobéissante ou elle n'est pas grand chose. Elle sera immorale, ou amorale, ou elle questionnera la morale admise ; ce qui n'empêchera pas qu'elle puisse être "morale" ou moraliste ou mieux :  éthique.
L'éthique est fondée sur la connaissance, sur des choix effectués en connaissance de cause.
• D'une part elle va s'opposant à des immoralités ambiantes.  Quand je parle de la société et de ses ordres, de sa propension à exiger l'obéissance, je ne pense pas seulement à l'État ou à l'Église, les instances officielles qui produisent la Loi et donc exigent l'obéissance et répriment la désobéissance, je pense aussi, et peut-être encore plus, à la mentalité collective de la société et de l'époque, à l'habitus, à la doxa, aux mœurs, au consensus sourd et muet (la loi morale implicite).
Ou à un consensus parmi d'autres. Par exemple, le "politiquement correct" n'est pas forcément progouvernemental, ou de droite, ou conservateur, ou réactionnaire ; il n'est pas forcément "moral" ; il y a aussi un politiquement correct de gauche, d'avant-garde, progressiste, post68tard… et volontiers "immoral"… auquel il faut obéir, faute de se faire rejeter par ses pairs.
Bien sûr les considérations ou prises de positions de ce genre sont toujours fondées, d'un côté comme de l'autre, sur des points de vue partiaux, des généralités ou des généralisations, des informations partielles et insuffisantes et entrainent des discussions sans fin. D'où la nécessité de prendre des exemples.
Exemple : Edgar Morin, juif lui-même, se fait attaquer pour antisémitisme parce qu'il critique la politique israélienne ; et bien d'autres après lui.
Une pensée est susceptible de s'opposer au conformisme officiel (dit réactionnaire, celui de l'État et de l'Église, la morale traditionnelle, établie), mais aussi bien au conformisme de l'anticonformisme. Là sera une pensée-expression libre : opposée tant au conformisme traditionnel qu'à l'anticonformisme ambiant ("moderne" ou "à la mode"). Libre et désobéissante… ou simplement différente, déviante : une pensée "immorale" (choquante) peut l'être contre la morale établie ou contre l'immoralité d'époque. Être anar, si c'est juste être antiautoritaire, c'est un pur conformisme et ça ne mène pas à grand chose.
Exemple : on qualifie souvent les milieux libéraux (libéralistes économiques) de conservateurs, comme s'ils défendaient une morale traditionnelle, mais c'est faux : ils sont destructeurs, cyniques et immoraux. Si bien que les critiquer est un acte qu'on peut dire "moraliste"… mais pas forcément en fonction de la morale traditionnelle. On peut les critiquer au nom d'une morale autre et supérieure à la morale traditionnelle.
Autre exemple : dites que « nous sommes sous le coup d'une invasion islamique dont les immigrés sont les agents conscients ou inconscients » vous fera aussitôt conspuer comme réac raciste facho islamophobe lepéniste… alors même que votre interlocuteur, comme vous-même, clame qu'il ne voudrait en aucun cas vivre sous la charia.
Encore un autre exemple : dites du bien de la police = hurlements anarcho-syndicalistes ! Alors même qu'on peut penser du bien des gardes du corps fournis par la Préfecture aux journalistes de Charlie Hebdo.
• Pour s'élever au dessus de cette problématique morale/moralisme (ou "bonne moralité") conformisme/anticonformisme, obéissance/désobéissance, politiquement correct/incorrect… le discours moral ou moralisant doit se faire éthique, c'est-à-dire dépasser la Loi gravée dans le marbre aussi bien que le consensus implicite sourd-muet. La désobéissance, alors, s'élève au dessus de l'anecdotique local-sociétal pour se situer dans le domaine de l'histoire, de l'ethnologie, de la philosophie. Et si ce discours est désobéissant, s'il exprime des opinions "choquantes", il le fera en se situant à un autre niveau que le moral/immoral admis, par la bande ou par en dessous ou par en dessus, en évitant le discours frontal, en ne se mouillant pas dans l'anathème, le pamphlet, l'insulte.
Par exemple : on peut sans doute évoquer l'homosexualité comme un mode de vie possible sans éprouver le besoin de conspuer les curés et autres réacs qui s'en scandalisent. On peut parler un langage de raison, éthique (au nom de l'harmonie collective) et anthropologique (cette possibilité ouverte dans d'autres sociétés, animales et humaines) et non primairement anti-moraliste. Ce qui n'empêchera pas cette expression (libre et raisonnable) de "changer le monde" et même n'y contribuera peut-être que mieux. L'usage de la provocation ou de l'insulte, en effet, se révèle le plus souvent inutile voire contreproductif : l'agression perçue entraine une levée de bouclier et une agression en retour de l'adversaire – d'où escalade et montée aux extrêmes.
• Contexte. Dans une société intolérante (totalitaire, fascisante, théocratique), le penseur (philosophe éthique) anticonformiste est forcé de se dissimuler, ruser, ne pas s'exprimer publiquement, et sa pensée désobéissante, se retrouvant limitée, risque de devenir malade : paranoïaque. Alors qu'il trouvera plus facilement à s'exprimer dans une société libérale (au sens de démocratique et tolérante). Par contre dans la société actuelle, libérale jusqu'au laxisme, sa pensée risque de se diluer dans le n'importe quoi, dans le "tout est vrai tout est possible et pensable et dicible rien n'est interdit tout se vaut"… et ainsi se retrouver sans impact, impuissante et donc inutile.
Il va donc s'agir de jouer entre ces deux pôles avec un maximum de conscience critique, de justesse et d'honnêteté, de prudence, de méfiance – pas tant envers les autres qu'envers sa propre dépendance à la pensée conforme (conformisme traditionnel comme anticonformisme moderniste) – et de trouver les modes et lieux d'expression nécessaires et suffisants : souples plutôt que laxistes, en même temps qu'exigeants, rigoureux au sens d'une recherche de la justice et surtout de la justesse… et laissant la place au doute, à l'humeur et à l'humour.

Paru dans Siné Hebdo N°80

jeudi 13 février 2014

LE SILENCE…


"Garder le silence" : pour ne pas qu'il s'échappe…? ou pour le protéger, s'en faire le gardien…?
Le silence n'est pas l'absence de bruit mais l'absence de parole : la nature sans les hommes. Le réel, comme tous ceux qui se taisent, fait mine de cacher quelque chose, mais il n'en est rien. Tout est là, tel quel, toujours et tout le temps. L'existence est indémontrable. La beauté, la laideur sont indémontrables… La justice est indémontrable. Le bien et le mal sont indémontrables. Il n'y a pas de phénomènes moraux, mais seulement "des interprétations morales des phénomènes" (Nietzsche). De même il n'y a pas de phénomènes beaux ou laids mais seulement des interprétations esthétiques des phénomènes. Les phénomènes, les choses, la nature, le monde ne sont pas, en soi, bons, mauvais, beaux, laids, justes ou non…
Ils SONT.
NOUS interprétons selon NOS critères.

mercredi 26 septembre 2012

AT


LO N° 485 (26 septembre 2012)
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Procès durs
— Des procès avec de beaux titres de romans XIXème  : Les Reclus de Montflanquins, Les Irradiés d'Epinal.
— Les Explosés de Toulouse… Les Enfioulés du Finistère… L'Imposteur aux mille vies… Agnès et Agnelet… Les Amiantés d'Eternit… Les Intoxiqués d'Abidjan… L'Innocence des musulmans…
— … Le Massacreur d'Utoeya.
— Et La Tuerie de Chevaline… une véritable boucherie.
— Quand on tue tout le monde, c'est une holotuerie ?
— N'empêche que la condamnation d'Anders Breivik, c'est très emmerdant.
Le cas Anders Behring Breivik repose le problème de "coupable ou malade mental ?", et de "qu'est-ce qu'un fou ?" L'homme s'exprime rationnellement : par exemple il ne reconnaît pas ce tribunal parce que celui-ci fait partie d'une société (un gouvernement, une politique) qui admet ou prône le multiculturalisme. Il est dans sa logique. (De même un viandard n'admettra pas d'être jugé par un tribunal de végétariens.) Mais est-ce de la raison ou de la rationalisation (ou bêtise autojustificatrice) ?
Il reconnaît les faits, il se veut responsable de ses actes, il assume, comme on dit. « Oui j'ai bien tué ces 77 personnes, je l'ai fait volontairement, mais je ne me reconnais pas coupable : c'est de la légitime défense. J'ai eu raison de le faire. » Ce qui serait irrationnel de sa part, c'est de se reconnaître coupable (= en tort).
Par ailleurs, il ne bave pas, ne hurle pas, il n'a pas un petit ressort au dessus de la tête comme dans Tintin, il est calme et froid, il n'a pas un comportement de ouf. C'est que, quand on pense et imagine le fou, on imagine toujours le "fou furieux", bavant, roulant des yeux et délirant à jet continu. Crise, spectacle…
D'un côté, les Norvégiens préféraient qu'il soit considéré sain d'esprit, responsable de ses actes, afin que le procès puisse aboutir à une condamnation, qu'il soit puni comme criminel coupable et non enfermé comme fou irresponsable, c'est-à-dire "non coupable". D'un autre côté, lui-même revendiquait tellement la rationalité de ses actes, il craignait tellement de passer pour fou, que ça aurait été bien pire punition pour lui d'être enfermé (et soigné) jusqu'à la fin de ses jours dans un hôpital psychiatrique. (Mais la condamnation, dans un cas comme dans l'autre, doit-elle être une punition ?)
Mais le déclarer "responsable de ses actes", n'est-ce pas considérer que faire ce qu'il a fait est (quelque part) rationnel ?… Donc "défendable"… Presque "normal"…?
Moi, ça m'embête…
Ben Laden s'exprimait avec douceur. Mohamed Merah avait tout d'un gentil garçon, même  pas barbu…
— Faisons revenir nos soldats d'Afghanistan, on les tuera ici.
Et que dire de Ratko Mladi¢ ?
Un islamiste qui s'attaque à la hache au caricaturiste danois Kurt Westergaard n'est-il pas tout aussi fou que Breivik ? Les foules qui hurlaient et mettaient le feu aux ambassades danoises n'étaient-elles pas tout aussi folles ? Mais le caricaturiste, lui, n'est pas fou (jusqu'à plus ample informé). (Sur les auteurs du film "L'Innocence des musulmans", je ne me prononcerai pas. Très cons, sûrement.)
Et donc la question redevient "qu'est-ce que la folie ?" On (= nous, quidams, simples mortels) a tendance à opposer raison et folie, mais nous confondons raisonnable et rationnel.
« La raison est ce qui effraye le plus, chez un fou. » (Anatole France)
En réalité la folie s'empare de la raison, puise ses forces dans la rationalité et produit à jet continu de la rationalisation – qui peut justifier tout et n'importe quoi. Un vrai beau délire est fondé sur un raisonnement, un discours d'une logique trop rigoureuse qui s'est mis en boucle, en cercle vicieux ; il devient impossible d'en sortir, c'est ça la folie.
Ce qui l'évite, ce sont des traits irrationnels : l'humour, l'empathie, la capacité à sortir de soi-même, à adopter un point de vue extérieur…
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Palmarès de la bêtise mortelle
« L'utérus, scientifiquement parlant, n'est purifié qu'au bout de 130 jours d'abstinence sexuelle, sinon la femme risque d'avoir un cancer du col de l'utérus. C'est pourquoi la polygamie peut la protéger contre cette maladie puisque l'époux peut lui accorder un "congé" en allant vers les autres épouses. Il s'agit là de vérités scientifiques. » (Adel Atmi, salafiste tunisien) (d'ap CH-H 1057. Sept 12)
"Vérités scientifiques" sans doutes sorties du catéchisme coranique.
Todd Akin, un élu républicain du Missouri candidat au Sénat, interviewé sur sa position contre l’avortement, y compris en cas de viol, a affirmé récemment que lorsqu'une femme est victime d'un "véritable viol" (sic), elle tombe rarement enceinte, et ce grâce à des réactions biologiques naturelles de  défense.  « De ce que j'entends de la bouche  des docteurs, la grossesse après un viol est très rare. S'il s'agit d'un véritable viol, le corps de la femme essaie par tous les moyens de bloquer tout ça. » Et de conclure, l’air grave : « Je pense qu’il doit y avoir une punition, mais que la punition doit toucher le violeur, non l’enfant. »
Autres "vérités scientifiques" sans doute issues d'un catéchisme chrétien.
Quant à la "punition"… Un avortement, ça punit l'embryon ?!
— Quand un enfant mort naît, ce n'est pas la même chose que quand un enfant né mord.
L'Association américaine des  obstétriciens et gynécologues (ACOG) a  pour sa part réagi dans un communiqué : « Ces affirmations sont médicalement fausses, choquantes et dangereuses. Chaque année aux Etats-Unis, entre 10.000 et 15.000 avortements suivent une grossesse après un viol ou un inceste et un nombre inconnu de grossesses sont menées à leur terme. [Suggérer qu'une femme violée contrôle sa fertilité] va à l'encontre des vérités biologiques de base. » L'ennui, c'est que ce Monsieur Akin, par ailleurs membre de la commission des sciences (!) de la Chambre des  représentants, croit à ce qu'il dit et que beaucoup de conservateurs le croient.
— Tu sais… la science… Quand on voit que un Français sur quatre croit encore que le soleil tourne autour de la Terre…
— Et si Jésus avait été aussi sage qu'on le dit, il aurait été athée…
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Laïciathée
Affirmer la laïcité sans affirmer l'athéisme, c'est du bidon. C'est incohérent philosophiquement et c'est vain politiquement. Une sorte de tolérance molle, de laxisme, de lâcheté. Pour un croyant, dans sa logique obnubilée par sa foi, la loi divine sera toujours forcément au dessus de n'importe quelle loi humaine, républicaine ou autre. (Et là, je parle aussi bien de Breivik que des autres personnages cités plus haut, islamistes ou christianistes…) Même les lois de la nature, pesanteur ou théorème d'archimède, peuvent être bafouées par Dieu (c'est le principe des miracles), c'est dire ! Alors qu'est-ce qu'il en a à foutre, le croyant, le fidèle, le soumis à sa foi, d'un arrêté municipal qui interdit la burqa dans l'espace public ou la circoncision (dans l'espace privé de la culotte du zouave), ou d'une loi qui autorise la contraception et l'avortement, alors que Dieu a dit « Croissez, multipliez », qu'est-ce qu'il en a à foutre de la liberté d'expression, du droit à la caricature, du droit au blasphème ? Dieu est son droit, Dieu est LE Droit.
Alors pas le choix ! Il faut affirmer fortement « Pour l'Etat, pour la République, il n'est pas de Dieu » et combattre toutes les croyances religieuses comme n'importe quelle secte manipulatrice. (Je ne parle pas de tuer les gens, hein !)
Comme disait Toulouse-la-Rose dans Barricade N°4, évoquant une éventuelle 6ème république : « Cette nouvelle constitution […] pour affermir la neutralité de la laïcité, […] n'aura pas d'autre choix que celui de se proclamer athée. » (Mais lisez tout l'article, je ne vais pas vous le recopier…)
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Signes ostentatoires attentatoires
A chaque religion son signe vestimentaire. Les musulmans ont le voile et la djellaba, les juifs la kippa, Christine Boutin la cornette de bonne sœur, les bouddhistes la robe safran, les animistes des plumes dans le cul…
Et les athées ?
Pas le choix : tous à poil !
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Pourquoi un croyant tue-t-il un athée ?
— L'athée s'en fout que tu sois croyant, il ne te fait aucune concurrence, en fait.
— Mais si ! l'athée est l'ennemi suprême du croyant. Parce qu'il effondre les bases mêmes de son monde, de sa vision du monde, sa weltanshauung, comme on dit en philo, sa conception de l'être, son paradigme fondateur. L'athée, par sa seule présence, coupe les fils qui, du ciel, tiennent le croyant debout, comme une marionnette suspendue à un ballon d'hélium. L'athée, lui, tient debout les pieds sur terre – sur La Terre, même : pas seulement le sol, mais la planète. Le non-croyant n'obéit qu'à la loi essentielle : la loi de la pesanteur (la seule loi essentielle, peut-être, arkhê de l'univers). L'athée admet, accepte, reconnaît la loi de la pesanteur. Il lui est même reconnaissant, elle qui lui plaque les pieds au sol et le fait tenir debout. L'athée ne prend pas l'avion. (C'est une métaphore… encore que…)
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Paru dans Zélium N° 11