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vendredi 22 avril 2016

Histoire et laïcité


Il n'y a pas de faits sans causes et on ne peut éluder l'histoire (courte, moyenne, longue). Par exemple, les musulmans présents en France se plaignent de la laïcité qui crée "deux poids deux mesures". C'est qu'on ne peut comprendre la loi de 1905 qu'en fonction de l'Histoire, d'un certain passé. La France était chrétienne, les églises et autres lieux de culte étaient là – et ils sont toujours là, même si l'État ne les subventionne pas. Les musulmans sont logés à la même enseigne : pas de subventions pour les mosquées, mais eux, ils n'ont pas de lieux de culte déjà installés depuis des siècles. Il n'y a pas "deux poids deux mesures", au contraire : la même mesure pour tous, les anciens et les nouveaux, conséquence d'une réalité historique = une succession d'évènements étalée sur des siècles.
Passé inamovible, présent/futur éventuellement corrigible ?
La loi de 1905 ne pouvait pas prévoir ce désir de mosquée d'une nouvelle population importée 60 ans plus tard puis installée à demeure. Ce fait doit-il entrainer une révision de la loi de laïcité ? c'est une question. Et une question sociologiquement, politiquement et anthropologiquement très lourde. La France n'a jamais eu à intégrer une telle masse de nouvelle population dans un temps si court (disons depuis les années 70), nouvelle population d'une culture-religion-langue plus étrangère, plus hétérogène que n'étaient les latins ou polonais chrétiens et juifs immigrés au cours du siècle précédent. C'est difficile… et dire que c'est objectivement difficile n'est pas "du racisme" mais du réalisme. Chacun n'est pas si facilement prêt à accepter cette nouvelle réalité qui change notre paysage social, qui demande de partager notre territoire. Si on pense au problème des réfugiés-migrants actuels, on peut se poser la question ainsi : suis-je prêt à partager mon appartement, mon jardin, mon travail avec une famille d'Érythréens, de Syriens, d'Afghans ? Et pas pour un week-end… pour tous les jours.
— Le pape le fait bien, lui !
— Mais le Vatican, c'est grand !
Il y faut soit beaucoup de bonne volonté humaniste, soit une résignation devant le changement qui s'impose par la "force des choses", par le fait accompli. Résignation amère, source de ressentiment. On peut toujours se dire que les gouvernements successifs ont fait moult erreurs (l'Histoire, encore) mais la question reste : et maintenant ? et demain ?
Entre la pensée néo-réac (ou d'extrême droite pas néo du tout) et les bras grands ouverts dans un mouvement angélique (on dit aussi irénique, il parait) d'acceptation de tout et tous, il doit y avoir une troisième voie. Une voie intelligente (qui tient compte du réel : des faits actuels d'ici et d'ailleurs comme de l'Histoire) et humaine (qui tient compte des "valeurs" promues par nos discours).
Je le répète, ce n'est pas simple.


dimanche 17 avril 2016

Code civil


La laïcité (inscrite dans la loi) est la condition de la démocratie.
Le code civil n'a rien à faire des préceptes religieux. La République laïque, c'est s'affranchir du tout de la morale religieuse.
Mais ça ne veut pas dire l'absence de morale, au contraire : ça veut dire la construction humaine de la morale (une éthique athée, donc) et, puisqu'on est une civilisation organisée, son institutionnalisation dans la loi : le code civil.
La morale religieuse, c'est prétendre que les lois morales viennent d'ailleurs, du "Ciel", d'un être suprême surnommé "Dieu", ce qui est de l'ordre de la schizophrénie paranoïaque collective. Alors même que tout le monde, même le croyant, sait bien que ces lois dites "divines" ont été rédigées par des hommes, fussent-ils nourris au jus de prophètes, des Moïse ou des Mahomet. Mais voilà, des gros malins ont inventé un magnifique concept : la révélation. Imparable. Le rédacteur des lois divines, lois morales et autres règles de conduite, n'est plus qu'un modeste vecteur de la parole tombée du Ciel. Un médium de péplum. On peut en accuser ces prêtres, grands manipulateurs de foules, mais on peut en accuser tout autant les foules en question qui ont avalé ça tout rond, béatement – et qui en redemandent : pas de manipulateur sans candidat à la manipulation, pas de tyrannie sans servitude volontaire. L'un ne va pas sans l'autre. Complémentarité ou cercle vicieux ou boucle de renforcement : peu importe qui a commencé, l'offre ou la demande (mais oui, comme dans le commerce… comme dans toutes les relations humaines, en fait.).
Camus : « Le dialogue à hauteur d'homme coute moins cher que l'évangile des religions totalitaires, monologué et dicté du haut d'une montagne solitaire. »
Le code civil, c'est reconnaitre publiquement que les lois morales et autres (règles civiles de la vie en commun) sont bel et bien non seulement rédigées par des humains, mais décidées par des humains, individus et groupes inscrits dans un certain contexte historique. Partant, c'est admettre qu'elles sont discutables, transformables, évolutives. C'est la démocratie et c'est plus exigeant : il faut penser. Ça suppose vigilance, critique, contradiction ; et contradiction de la critique… La réflexion, donc, et collective, c'est-à-dire finalement quelque chose comme le contrat social.
La morale religieuse, c'est la fable d'Adam et Ève au jardin d'enfance. La loi, c'est la sortie du jardin, l'accession à la maturité, quand on acquiert la conscience, quand on doit gagner son pain et sa raison à la sueur de son front – vie, socialisation, travaux, amours, créations, mort. C'est la réalité, c'est la condition humaine.
La loi confirme la condition humaine. Le code civil n'est pas un donné, comme un fruit sur un arbre permis, ce n'est même pas un pris sur un arbre interdit, c'est une invention, comme on parle de l'inventeur d'un trésor plutôt que le découvreur. Une création arrachée au chaos, à la nature, à la réalité obtuse, par l'effort, forgée par le travail humain – individuel et collectif.

samedi 16 janvier 2016

En finir avec l'aveuglement.


(En suivant toujours les pages du Charlie Hebdo 1224.)
Gérard Biard, il faudrait citer entièrement son article : pas de compromis face au totalitarisme religieux, pas de reculs, pas d'accommodements "raisonnables" avec le pire. Il n'y a pas d'islamistes modérés. (Le journaliste Mohamed Sifaoui dit la même chose : « Il n'y a pas d'islam politique modéré. ») D'ailleurs, ce qui ressort de l'ensemble du journal, c'est que, même si j'en étais déjà convaincu, l'ennemi, leur ennemi, notre ennemi, c'est la religion, non seulement dans ses pompes et ses œuvres, mais dans son fondement même, toutes les religions. Et pas seulement les "fondamentalistes". Sur ce thème, il faut bien lire, plus loin, page 27, l'article de Soufiane Zitouni et page 31, celui de Taslima Nasreen… qui sait de quoi elle parle… Et il est évident que j'en reparlerai tant je suis las du discours laxatif qui veut que "la religion", c'est intouchable c'est bien c'est pur c'est "le spirituel" mais hélas il y a des méchants qui s'en emparent et la détournent pour des causes sordides, politiques, géopolitiques, économiques ou juste pour un support à leur folie.
Défendre la laïcité, donc – notre bien le plus précieux. Si on n'a pas compris ce que c'est, ou si certains font semblant de ne pas comprendre, on peut toujours aller lire le texte de la loi de 1905 sur le site du gouvernement. (Extrait ci-dessous.)
Jacques Littauer est sur le même registre à propos de la situation dans les universités. Et ceux qui « préfèrent acheter la "paix religieuse" en fermant les yeux sur les pratiques illégales, quitte à ce que la laïcité s'effrite peu à peu. »

Patrick Pelloux évoque exactement la même problématique dans le sein des hôpitaux et dans le domaine médical en général et finit sur une réflexion rare : « Faut-il mettre les islamistes radicalisés avec les délirants mystiques dans les services de psychiatrie ? Dans beaucoup de quartiers, des psychiatres se posent la question… » (Est-ce que personne d'autre n'ose le dire ? Les intégristes ne sont pas "des cons", ce sont des psychopathes-sociopathes.)

Suit une double page sur les dessins d'enfants à propos des assassinats et… que dire ? Je crains un peu. Là aussi des crayons des crayons des crayons. Et puis de la "liberté d'expression", des "valeurs", des symboles… comme une dérive hors de la réalité.

Je m'attarde sur les doubles pages centrales surtout pour souligner et reproduire ici deux dessins que j'adore (mais il y en a d'autres bons : les morts bandent encore !)
Décidément, j'aimais beaucoup Wolinski. Qui avait dit « L'humour ce n'est pas seulement se moquer du monde. Il faut aussi avoir quelque chose à dire. Il faut aussi avoir une certaine grâce. » Merci. J'affiche ça en permanence dans un coin de ma tête.
Et puis Tignous qui, entre autres qualités, dessinait (trop rarement) des filles si sexy.




APPENDICE : LA LOI DE 1905
Extraits : 

# La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.
La République ne reconnait, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. (Suivent nombre d'articles très techniques concernant le devenir des biens des établissements ecclésiastiques d'époque.) Les associations formées pour subvenir aux frais, à l'entretien et à l'exercice public d'un culte devront être constituées conformément [à la] loi du 1er juillet 1901. (Suivent des articles, très techniques aussi, concernant la gestion financière de ces associations.) Les réunions pour la célébration d'un culte tenues dans les locaux appartenant à une association cultuelle ou mis à sa disposition sont publiques. Elles […] restent placées sous la surveillance des autorités dans l'intérêt de l'ordre public.
Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l'exercice d'un culte.
Les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures d'un culte, sont réglées en conformité du code général des collectivités territoriales. Les sonneries des cloches seront réglées par arrêté municipal […].
Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions.
[Protection de la liberté de conscience des individus :] Sont punis […] ceux qui, soit par voies de fait, violences ou menaces contre un individu, soit en lui faisant craindre de perdre son emploi ou d'exposer à un dommage sa personne, sa famille ou sa fortune, l'auront déterminé à exercer ou à s'abstenir d'exercer un culte, à faire partie ou à cesser de faire partie d'une association cultuelle, à contribuer ou à s'abstenir de contribuer aux frais d'un culte.
[Protection de l'exercice des cultes :] Seront punis des mêmes peines ceux qui auront empêché, retardé ou interrompu les exercices d'un culte par des troubles ou désordres causés dans le local servant à ces exercices.
[Surveillance de la parole des ministres des cultes :] Tout ministre d'un culte qui, dans les lieux où s'exerce ce culte, aura publiquement par des discours prononcés, des lectures faites, des écrits distribués ou des affiches apposées, outragé ou diffamé un citoyen chargé d'un service public, sera puni […]. La vérité du fait diffamatoire, mais seulement s'il est relatif aux fonctions, pourra être établie devant le tribunal correctionnel dans les formes prévues [par la loi].
Si un discours prononcé ou un écrit affiché ou distribué publiquement dans les lieux où s'exerce le culte, contient une provocation directe à résister à l'exécution des lois ou aux actes légaux de l'autorité publique, ou s'il tend à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres, le ministre du culte qui s'en sera rendu coupable sera puni […] sans préjudice des peines de la complicité, dans le cas où la provocation aurait été suivie d'une sédition, révolte ou guerre civile. #

Quelques lois et jurisprudences plus récentes préciseront en particulier la question du port de signes religieux dans l'espace public.

jeudi 14 janvier 2016

Le Charlie 1224 court toujours.


Ainsi, j'en reviens à ce numéro 1224 toujours en cours bien que le 1225 soit paru (décidément, le temps passe plus vite que moi) et ses textes – particulièrement sérieux.
Fabrice Nicolino, accompagné d'un beau dessin de Catherine, fait le récit de l'assassinat du 7 janvier (Pas "attentat : assassinat ciblé). En passant, FB est une des meilleures plumes actuelles du journal, ses articles écolos retrouvent la verve rentre-dedans des éditoriaux d'Arthur dans "La Gueule Ouverte" en son temps.
Riss signe non pas "un édito au vitriol contre les religions", comme le disait un commentateur quelconque qui n'avait lu que quelques lignes, mais un édito à la fois vengeur, triste et modeste. Vengeur, oui, contre les dogmes, les illuminés, les "fanatiques abrutis par le Coran", les autres culs-bénits… contre aussi les faux amis, intellos aigris, chroniqueurs insipides, journalistes jaloux… Triste, parce qu'il n'est pas pensable, dit-il, qu'au XXI° siècle, en France, "ilot laïc", une religion tue des journalistes… Modeste (et fier en même temps) parce que Charlie Hebdo a toujours été une anomalie créée par des "marginaux avec un talent béni des dieux" – pas le même dieu, bien sûr ! Modeste aussi parce qu'il ne cache pas la fragilité, les difficultés économique du journal que beaucoup considéraient comme subclaquant. Ainsi : « Je n'ai jamais considéré le privilège de s'exprimer dans un journal, dans cette démocratie, comme un dû. Rien ne nous est dû. » Et puis : « Le journaliste n'est pas propriétaire de la liberté d'expression, il n'en est que le serviteur. » (Ben oui : les tueurs n'ont pas attaqué "la liberté d'expression", ils ont tué des gens vivants… des auteurs qui s'exprimaient en liberté. Je reparlerai de cette manie politico-médiatique, mais peut-être aussi scolaire et universitaire, de tout traduire en symboles ou allégories…)
Ensuite… je ne vais pas tout décortiquer, même si presque tout est intéressant, à différents titres, et parfois… étrange. Sigolène Vinson, Philippe Lançon, Igor Gran, Coco, etc. et je m'attarderai sur quelques points. Comme la page de Vuillemin qui nous régale d'autodérision et de coups de patte envers les proliférations de dessins de presse à base de crayons, de crayons, de crayons, de paradis et de plantu…
Et puis voici, étrangement, un article de Richard Malka. L'avocat… le complice de Val… Son article sur la laïcité est intéressant, je ne dis pas… mais sa présence ici ne laisse pas de m'inquiéter. Déjà que lui et Val montrent leur nez partout dans les docus et plateaux télé et me hérissent l'épiderme (mais j'ai une zapette…)… Et voilà que plus loin, je trouve avec effarement un article de Caroline Fourest, autre membre de la bande… et, il faut le dire, un article dégueulasse de lyrisme haineux. Qui s'en prend, sans les nommer (qui est lâche, là ?) à Geluck, à Siné ou à Denis Robert. Beurk. (À quelques autres aussi, plus justifiés, sans doute…) Mais qu'est-ce qu'elle fout là ?! La bande à Val serait-elle en train de remettre la main sur Charlie Hebdo ?!
C'est là un autre des éléments d'"effet mitigé", voire d'inquiétude, que je ressens… Je ne sais pas si ça ne regarde que moi ou même si ça ne me regarde pas, mais remonte ce trouble à propos des problèmes internes du journal période Val, les magouilles, le fric… la répartition des actions (eh oui, des actions… Logiquement, je me dis que le journal devrait être géré en coopérative d'auteurs. Naïveté  de ma part ? Mais peut-être n'ont-ils jamais trouvé le temps et le loisir de tout mettre sur la table et de trouver ou d'inventer un statut en cohérence avec leur état d'esprit, leur démarche politique…? Et tous ensemble, tous d'accord… C'est difficile, je sais…) Ces problèmes, aujourd'hui certainement pas complètement résolus, certains autour (je n'ai pas dit "vautours", parce que j'aime bien les vautours…) s'en régalent, semble-t-il, en font "des gorges chaudes", comme on dit. Moi ça m'étonne et ça m'inquiète.
Et donc deux colonnes de Guillaume Erner sur le rôle de la presse et des médias qui ne peuvent que remercier Charlie de leur avoir fourni un sujet en or, et qui dure… On a tant blatéré et déblatéré sur l'affaire depuis un an… et depuis bien avant, depuis "l'affaire des caricatures de Mahomet"… Les politiques, les médias, les blogs… transformant Charlie Hebdo en symbole récupérable tous azimuts autant que reniable… en proie au locus of control, cette propension que nous avons à rendre quelqu'un responsable du malheur qui le frappe. "Ils l'ont bien cherché, non ?" Mais les morts du 13 novembre…? Ils l'avaient bien cherché, aussi ? Je le cite, en conclusion forte et provisoire : « Charlie a été l'une des cibles de cette lutte à mort qui oppose les défenseurs d'une société laïque et ses ennemis. Dans ce type de combat, inutile de choisir son ennemi, c'est lui qui vous choisit. »
Ça suffit pour aujourd'hui. (Mais c'est toujours : à suivre).


mercredi 26 septembre 2012

AT


LO N° 485 (26 septembre 2012)
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Procès durs
— Des procès avec de beaux titres de romans XIXème  : Les Reclus de Montflanquins, Les Irradiés d'Epinal.
— Les Explosés de Toulouse… Les Enfioulés du Finistère… L'Imposteur aux mille vies… Agnès et Agnelet… Les Amiantés d'Eternit… Les Intoxiqués d'Abidjan… L'Innocence des musulmans…
— … Le Massacreur d'Utoeya.
— Et La Tuerie de Chevaline… une véritable boucherie.
— Quand on tue tout le monde, c'est une holotuerie ?
— N'empêche que la condamnation d'Anders Breivik, c'est très emmerdant.
Le cas Anders Behring Breivik repose le problème de "coupable ou malade mental ?", et de "qu'est-ce qu'un fou ?" L'homme s'exprime rationnellement : par exemple il ne reconnaît pas ce tribunal parce que celui-ci fait partie d'une société (un gouvernement, une politique) qui admet ou prône le multiculturalisme. Il est dans sa logique. (De même un viandard n'admettra pas d'être jugé par un tribunal de végétariens.) Mais est-ce de la raison ou de la rationalisation (ou bêtise autojustificatrice) ?
Il reconnaît les faits, il se veut responsable de ses actes, il assume, comme on dit. « Oui j'ai bien tué ces 77 personnes, je l'ai fait volontairement, mais je ne me reconnais pas coupable : c'est de la légitime défense. J'ai eu raison de le faire. » Ce qui serait irrationnel de sa part, c'est de se reconnaître coupable (= en tort).
Par ailleurs, il ne bave pas, ne hurle pas, il n'a pas un petit ressort au dessus de la tête comme dans Tintin, il est calme et froid, il n'a pas un comportement de ouf. C'est que, quand on pense et imagine le fou, on imagine toujours le "fou furieux", bavant, roulant des yeux et délirant à jet continu. Crise, spectacle…
D'un côté, les Norvégiens préféraient qu'il soit considéré sain d'esprit, responsable de ses actes, afin que le procès puisse aboutir à une condamnation, qu'il soit puni comme criminel coupable et non enfermé comme fou irresponsable, c'est-à-dire "non coupable". D'un autre côté, lui-même revendiquait tellement la rationalité de ses actes, il craignait tellement de passer pour fou, que ça aurait été bien pire punition pour lui d'être enfermé (et soigné) jusqu'à la fin de ses jours dans un hôpital psychiatrique. (Mais la condamnation, dans un cas comme dans l'autre, doit-elle être une punition ?)
Mais le déclarer "responsable de ses actes", n'est-ce pas considérer que faire ce qu'il a fait est (quelque part) rationnel ?… Donc "défendable"… Presque "normal"…?
Moi, ça m'embête…
Ben Laden s'exprimait avec douceur. Mohamed Merah avait tout d'un gentil garçon, même  pas barbu…
— Faisons revenir nos soldats d'Afghanistan, on les tuera ici.
Et que dire de Ratko Mladi¢ ?
Un islamiste qui s'attaque à la hache au caricaturiste danois Kurt Westergaard n'est-il pas tout aussi fou que Breivik ? Les foules qui hurlaient et mettaient le feu aux ambassades danoises n'étaient-elles pas tout aussi folles ? Mais le caricaturiste, lui, n'est pas fou (jusqu'à plus ample informé). (Sur les auteurs du film "L'Innocence des musulmans", je ne me prononcerai pas. Très cons, sûrement.)
Et donc la question redevient "qu'est-ce que la folie ?" On (= nous, quidams, simples mortels) a tendance à opposer raison et folie, mais nous confondons raisonnable et rationnel.
« La raison est ce qui effraye le plus, chez un fou. » (Anatole France)
En réalité la folie s'empare de la raison, puise ses forces dans la rationalité et produit à jet continu de la rationalisation – qui peut justifier tout et n'importe quoi. Un vrai beau délire est fondé sur un raisonnement, un discours d'une logique trop rigoureuse qui s'est mis en boucle, en cercle vicieux ; il devient impossible d'en sortir, c'est ça la folie.
Ce qui l'évite, ce sont des traits irrationnels : l'humour, l'empathie, la capacité à sortir de soi-même, à adopter un point de vue extérieur…
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Palmarès de la bêtise mortelle
« L'utérus, scientifiquement parlant, n'est purifié qu'au bout de 130 jours d'abstinence sexuelle, sinon la femme risque d'avoir un cancer du col de l'utérus. C'est pourquoi la polygamie peut la protéger contre cette maladie puisque l'époux peut lui accorder un "congé" en allant vers les autres épouses. Il s'agit là de vérités scientifiques. » (Adel Atmi, salafiste tunisien) (d'ap CH-H 1057. Sept 12)
"Vérités scientifiques" sans doutes sorties du catéchisme coranique.
Todd Akin, un élu républicain du Missouri candidat au Sénat, interviewé sur sa position contre l’avortement, y compris en cas de viol, a affirmé récemment que lorsqu'une femme est victime d'un "véritable viol" (sic), elle tombe rarement enceinte, et ce grâce à des réactions biologiques naturelles de  défense.  « De ce que j'entends de la bouche  des docteurs, la grossesse après un viol est très rare. S'il s'agit d'un véritable viol, le corps de la femme essaie par tous les moyens de bloquer tout ça. » Et de conclure, l’air grave : « Je pense qu’il doit y avoir une punition, mais que la punition doit toucher le violeur, non l’enfant. »
Autres "vérités scientifiques" sans doute issues d'un catéchisme chrétien.
Quant à la "punition"… Un avortement, ça punit l'embryon ?!
— Quand un enfant mort naît, ce n'est pas la même chose que quand un enfant né mord.
L'Association américaine des  obstétriciens et gynécologues (ACOG) a  pour sa part réagi dans un communiqué : « Ces affirmations sont médicalement fausses, choquantes et dangereuses. Chaque année aux Etats-Unis, entre 10.000 et 15.000 avortements suivent une grossesse après un viol ou un inceste et un nombre inconnu de grossesses sont menées à leur terme. [Suggérer qu'une femme violée contrôle sa fertilité] va à l'encontre des vérités biologiques de base. » L'ennui, c'est que ce Monsieur Akin, par ailleurs membre de la commission des sciences (!) de la Chambre des  représentants, croit à ce qu'il dit et que beaucoup de conservateurs le croient.
— Tu sais… la science… Quand on voit que un Français sur quatre croit encore que le soleil tourne autour de la Terre…
— Et si Jésus avait été aussi sage qu'on le dit, il aurait été athée…
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Laïciathée
Affirmer la laïcité sans affirmer l'athéisme, c'est du bidon. C'est incohérent philosophiquement et c'est vain politiquement. Une sorte de tolérance molle, de laxisme, de lâcheté. Pour un croyant, dans sa logique obnubilée par sa foi, la loi divine sera toujours forcément au dessus de n'importe quelle loi humaine, républicaine ou autre. (Et là, je parle aussi bien de Breivik que des autres personnages cités plus haut, islamistes ou christianistes…) Même les lois de la nature, pesanteur ou théorème d'archimède, peuvent être bafouées par Dieu (c'est le principe des miracles), c'est dire ! Alors qu'est-ce qu'il en a à foutre, le croyant, le fidèle, le soumis à sa foi, d'un arrêté municipal qui interdit la burqa dans l'espace public ou la circoncision (dans l'espace privé de la culotte du zouave), ou d'une loi qui autorise la contraception et l'avortement, alors que Dieu a dit « Croissez, multipliez », qu'est-ce qu'il en a à foutre de la liberté d'expression, du droit à la caricature, du droit au blasphème ? Dieu est son droit, Dieu est LE Droit.
Alors pas le choix ! Il faut affirmer fortement « Pour l'Etat, pour la République, il n'est pas de Dieu » et combattre toutes les croyances religieuses comme n'importe quelle secte manipulatrice. (Je ne parle pas de tuer les gens, hein !)
Comme disait Toulouse-la-Rose dans Barricade N°4, évoquant une éventuelle 6ème république : « Cette nouvelle constitution […] pour affermir la neutralité de la laïcité, […] n'aura pas d'autre choix que celui de se proclamer athée. » (Mais lisez tout l'article, je ne vais pas vous le recopier…)
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Signes ostentatoires attentatoires
A chaque religion son signe vestimentaire. Les musulmans ont le voile et la djellaba, les juifs la kippa, Christine Boutin la cornette de bonne sœur, les bouddhistes la robe safran, les animistes des plumes dans le cul…
Et les athées ?
Pas le choix : tous à poil !
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Pourquoi un croyant tue-t-il un athée ?
— L'athée s'en fout que tu sois croyant, il ne te fait aucune concurrence, en fait.
— Mais si ! l'athée est l'ennemi suprême du croyant. Parce qu'il effondre les bases mêmes de son monde, de sa vision du monde, sa weltanshauung, comme on dit en philo, sa conception de l'être, son paradigme fondateur. L'athée, par sa seule présence, coupe les fils qui, du ciel, tiennent le croyant debout, comme une marionnette suspendue à un ballon d'hélium. L'athée, lui, tient debout les pieds sur terre – sur La Terre, même : pas seulement le sol, mais la planète. Le non-croyant n'obéit qu'à la loi essentielle : la loi de la pesanteur (la seule loi essentielle, peut-être, arkhê de l'univers). L'athée admet, accepte, reconnaît la loi de la pesanteur. Il lui est même reconnaissant, elle qui lui plaque les pieds au sol et le fait tenir debout. L'athée ne prend pas l'avion. (C'est une métaphore… encore que…)
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Paru dans Zélium N° 11