lundi 28 juillet 2014

ET APRÈS ? (1)


Je crois que c'est Flaubert qui disait que la bêtise, c'est de conclure. Je ne m'y risquerai donc pas…
Pourtant… à quoi voulais-je en venir…? Je ne sais même plus, moi… Y a-t-il quelque chose à tirer de tout ça, toute cette quête du Moi introuvable, sur un plan un peu large ? Pas métaphysique, mais disons sur notre "être-au-monde", et donc sur des questions de liberté et de responsabilité… donc de morale ou d'éthique, dans leurs applications concrètes, politiques, même : égalité, justice…
Après toutes ces affirmations convergeant sur l'idée que le Moi est une illusion flottante dans un monde flottant… et, en parallèle, la certitude que chacun a nécessairement de son Moi, on peut se demander comment vivre avec ça sans se rouler par terre en bavant dans les affres de l'impuissance. C'est que, quel que soit le doute métaphysique, dans la réalité de tous les jours, chacun est bien forcé de dire Moi, de dire Je et de s'assumer comme sujet de ses actes, non ? (Ne serait-ce que face à la justice.) Ou alors vanitas vanitatis… tout est vain…
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Quelques exemples ?
• Les gènes. S'appuyer sur l'idée (fausse mais pratique) que nos comportement sont programmés dans notre code génétique, notre ADN, notre spécialisation sexuelle, par exemple (ou "genre")… concevoir donc notre héritage génétique comme une essence, un conditionnement, un destin incontournable, c'est rassurant… et déresponsabilisant ; pour ne pas dire "déculpabilisant" ; en cas de faute, on plaidera l'irresponsabilité génétique ! « C'est pas ma faute, c'est mes gènes ! » Autant dire « C'est pas Moi, c'est mes gènes ! », et donc « Mes gènes ne sont pas Moi ! »… ce qui devient étrange…
• La société. « C'est pas ma faute… c'est la faute à la société… mon éducation… les mauvaises influences… la grande conspiration internationale… les extraterrestres… » C'est la "théorie du milieu", qui met tout sur le dos de "la société" ou du "système", qui exonère tout acte mauvais au nom de la souffrance sociale. Dostoïevski, grand penseur de la culpabilité, s'est bagarré avec ça… Au tribunal, un avocat plaidera les circonstances atténuantes ; ça sert à équilibrer la justice, à la déraidir, mais est-ce vraiment une justification morale ? Et donc ce "comment la société m'a formaté" ne serait pas Moi ?… étrange encore…
• L'inconscient freudien. « C'est pas ma faute… c'est mon inconscient ! » Merci, Dr Freud, de nous avoir procuré ce bon prétexte. Je n'ai pas agi. J'ai été agi par… mon Ça, mon inconscient, mon subconscient, toutes ces entités perverses planquées dans mes tréfonds qui n'attendent qu'une occasion de me faire faire des bêtises ou des saloperies. (Dans le temps, on aurait parlé de possession diabolique… Plus récemment d'épilepsie, dont l'étymologie signifie "s'emparer de-". Aujourd'hui, l'avocat va plaider l'accès de folie momentanée, ou plus exactement "un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement".) Et donc, là encore, mon inconscient ne serait pas Moi. Et là, de nouveau : étrange !
La liste des justifications possibles est infinie : c'est mes gènes, c'est mes pulsions inconscientes, c'est mon cerveau reptilien, c'est que j'ai été malade, mal nourri, battu par mes parents, c'est mon corps (qui donc, lui non plus, ne serait pas Moi…?) etc., etc.
ÉTRANGE, oui, tous ces étrangers en Moi… 



2 commentaires:

wens a dit…

Y a pas à dire, Sigmund il a de bonne lectures !

wens a dit…

Le "S" de bonne(s) en commentaire bonus !
( pour le plaisir de prouver que je ne suis pas un robot...Alors qu'un robot, justement ne ferait PAS de fautes d'ornitographe ! )