mardi 24 février 2015

LA FOI DES AUTRES


— La liberté de blasphémer, c'est bien, non ?
— Oui. Mais "la liberté" est une notion vague tant qu'elle n'est pas entérinée par le droit civil. Tu peux te dire : « Dans l'absolu, rien ne m'empêche de blasphémer… » Mais le monde n'est pas "dans l'absolu". Dans le relatif du monde (= la réalité), cette liberté est limitée non pas par la loi ou la censure d'État (le droit de blasphémer, en notre république laïque, effectivement, on l'a), mais par la censure venue des fous, des assassins… la terreur, le djihad, les fondamentalistes islamiques. (En d'autres temps, ce fut par la Sainte Inquisition Catholique et Romaine, mais je parle de maintenant.)
— « Ne pas insulter la foi des autres », dixit le pape, mais sans nous menacer du bucher, quand même…
— Déjà, ne pas insulter les autres, les gens, d'accord – jusqu'à un certain point. Mais "la foi" ?! C'est qui, c'est quoi ? Peut-on insulter une croyance, une idée, une opinion, un savoir, une abstraction ? Peut-on dire devant Platon : « Ho ! Les Idées Platoniciennes, vous êtes connes ! » Dire devant Einstein : « Hé ! La Relativité, t'es vraiment de la merde ! » Et pareil, devant un croyant : « Ho Dieu ! T'es un gros tas tout vieux ! » Quand au Prophète qui a vécu il y a 1400 ans… c'est insulter quoi ? Les vers ?
Insulter des idées, des abstractions, des concepts, ça ne veut rien dire.
— Ho toi même ! Ton raisonnement n'en est pas un. Ce n'est pas ce que le pape veut dire quand il parle de "ne pas insulter la foi des autres".
— Bien sûr, je joue la mauvaise foi, merci. Ce n'est pas ce que les autres croient qui est en cause, vrai ou faux, on s'en fout, mais le fait qu'ils y croient, la foi en soi, la croyance en elle-même, cet état d'esprit et de corps, cet "être au monde" qu'on appelle Foi, de préférence avec une majuscule parce que c'est sacré, bien sûr.
— Et parce que c'est censé être une faculté humaine élevée, une spiritualité.
— À ce compte là, croire qu'il ne faut pas passer sous une échelle – ça porte malheur – est à classer dans les facultés humaines élevées, dans la spiritualité ! Ce qui se passe, quand on est rationnel et athée (et athée parce que rationnel), c'est qu'on ne peut que mépriser cet état de foi, et donc on n'est pas très gentil avec ceux qui l'ont.
— Ou bien s'en foutre, simplement, non ?
— S'en foutre, oui, soit au sens de ne pas y prêter attention (c'est-à-dire traiter par le mépris, l'indifférence) ; soit s'en foutre au sens de s'en moquer ; ensuite, faut voir : ça peut être se moquer gentiment ou méchamment (insulte).
Le vrai problème vient quand ceux qui ont la foi s'appuient dessus pour faire chier le monde. Par des discours, c'est anodin, mais aussi en attentant, boum-boum ! à la vie des autres au nom de leur foi (leur dieu, leur prophète, leur tabou de l'image, etc.). QUI, alors, insulte leur foi ? Qu'ils soient sincères ou manipulés, que leurs raisons soient… (euh… non… on ne peut pas employer ce terme : ils ne sont pas agis par des raisons, seulement par des causes… comme une avalanche ou un troupeau de buffles…) Donc, que leurs impulsions soient politiques plus que spirituelles, psychopathologiques plus que religieuses, sordides plutôt que nobles, élevées, peu importe : ils agissent "au nom de" leur foi (l'islam, en l'occurrence) et ils le gueulent bien haut.
Partant, moquer ou insulter leur foi, c'est juste se défendre.
— Je ne vais pas te ressortir l'Inquisition, mais les Américains emmerdent le monde aussi, de nos jours, et au nom de "God with US" (us comme "nous" et comme U.S.)
— Mais les Américains ne sont pas venus tuer nos copains de Charlie Hebdo ! Ça aussi, ça fait partie de ce qui brouille toute discussion. On ressort notre passé colonialiste, notre incapacité à intégrer les immigrés et à gérer les banlieues, notre tolérance bien pensante… et les Américains impérialistes – cause de tous les maux du monde. Pensée des années 60… et surtout pensée facile, doxa moderne de la gauche plate qui empêche d'affronter les problèmes de fond mais qui n'empêche pas de porter des jean's, de boire du coca et fumer des malboros…
— On mange du couscous, aussi…

2 commentaires:

Vincent a dit…

Bon pour accord !
Bises
..EuHH.....MERCI !

wens a dit…

Tu as tout résumé avec ton beau dessin, ces gens qui nous les brisent avec leurs fois, ( leurs foies, leurs foix... la foi au pluriel, c'est bien avec un S ? — Eh ! on ne dit pas la foi au pluriel, on dit : "avoir les foies" ), feraient mieux de faire un peu plus l'amour, ça les décontracteraient.
— Comme DSK ?
— Raah ! tout de suite les extrêmes !

Mais c'est le retour du Caza schizophrène !
— Oui, mais au moins, il ne s'ennuie jamais.
— Heu... t'es qui toi ?
— JE NE SUIS PAS UN ROBOT ! I am a human being I am not an animal non plus !