jeudi 18 février 2016

Service civil et civique pour tous et toutes


(Quelques commentaires de mes "suiveurs" préférés m'incitent à prolonger cette idée sur un article. Parce que j'ai un peu répondu en post-commentaires, mais dans l'improvisation hâtive. Pousser la réflexion et la clarté de l'écriture un peu plus loin ne fera pas de mal.)
C'est forcément "pour les autres", oui, qu'on peut faire ce genre de proposition. Nous (moi et mes interlocuteurs sur ce blog, sauf exception ?), on a passé l'âge. Il faut voir aussi que, entre l'époque où nous avons fait ou évité de faire le service militaire, la situation sociale a bien changé. (Et puis j'insiste : ce dont je parle ici, ce n'est vraiment pas le service militaire, plutôt un prolongement de l'école avec "thérapie" associée. Rien à voir avec la téléréalité de M6.)
La réponse pragmatique c'est toujours l'éducation, et elle commence dans la famille (parents, frères, sœurs, voisins) dès la naissance, et même avant. Il faudrait donc commencer par faire l'éducation des parents avant qu'ils n'enfantent. Mais pour ce qui concerne les djeuns de maintenant, c'est trop tard, on ne voyage pas dans le passé. Alors quoi ? Ils sont là… on les jette ?
• Pour le présent, il faut bien commencer par agir sur les symptômes. Faire baisser la fièvre, en urgence. Garrot ou sparadrap, oui… rustine sur des jambes de bois. Il est peut-être naïf de croire à une possible rééducation ou "reprogrammation" d'individus de 18 ans – c'est un travail complexe exigeant des psychothérapeutes-sociothérapeutes, pas des sergent-chefs. Des techniques et du temps. Un serment de citoyenneté exigé sans préparation, comme le fait Michaud, ce serait comme faire passer le bac au sortir de la maternelle. C'est pourquoi je vante l'idée du service civil. (Je me rends bien compte que certains vont hurler devant des mots comme rééducation ou reconditionnement ou reprogrammation, mais, même si j'y mets une part de provoc', je le dis sans rire, en behaviouriste : nous sommes des êtres sans essence, fabriqués (conditionnés) par notre éducation ou manque d'éducation et donc susceptibles d'être partiellement reconditionnés, ce qui est une vision optimiste de l'individu humain, comme susceptible d'amélioration au cours de sa vie. "Sois ce que tu deviens" plutôt que "deviens ce que tu es".)
• Quant aux solutions pour l'avenir, on doit démarrer le travail d'éducation le plus tôt possible, et donc, si on ne veut pas en venir à enlever les enfants à la naissance pour les faire élever par des crèches d'État ou des robots (on sait les catastrophes humaines que ça a produit en URSS ou en Allemagne nazie), on ne peut travailler que sur l'école. (Sinon, il faut prendre les choses encore plus en amont en rendant la contraception obligatoire et en imposant une formation à l'éducation des enfants et un permis de procréer…)
Quant à l'aspect "religieux" de ce rituel, une sorte de religion laïque de la République (avec cocarde bleu-blanc-rouge en pin's ?), ce serait quand même mieux que le foot, question religion profane. On peut sans doute se reporter à quelques idées émises par Régis Debray sur "les communions humaines"… une sorte de nécessité pour la vie sociale. Idée de néo-réac ou d'anthropologue ?
Mais, à 18 ans, donner un an de sa vie à la République, à l'État ?
D'abord il faudrait quitter une vieille idée anarcho-libertaire qui veut que l'État soit notre ennemi, idée qui n'est en réalité que de l'anti-autorité adolescente. Et donc, prendre conscience que l'État, la République, la nation, le pays, le peuple français, c'est nous. Nous tous qui, au minimum, payons des impôts et taxes, votons ou non, roulons sur les routes, profitons ou non de la sécu, d'un passeport français, etc. Cette participation au commun, au collectif, au mutualisme, se fait par les impôts et taxes prélevés sur notre travail et notre consommation. Et donc il faudrait déjà bien se rendre compte qu'on donne beaucoup plus de notre temps de vie et de travail à la collectivité par les impôts qu'en un an de service. Et avec ce défaut que ce n'est que de l'argent. De l'argent qui masque que c'est de notre travail, donc du temps de notre vie. L'impôt est prélevé sur l'argent gagné par notre travail "normal", celui que nous faisons en vue des besoins et désirs personnels et familiaux, nous nourrir, habiller, loger, etc., et qui, a priori, dans notre ressenti superficiel égocentré, n'a rien à voir avec un don de temps de notre vie à la collectivité. Le prélèvement est vécu comme une captation, un vol arraché de force par l'État sur un bien qui nous est dû, qui est à nous, acquis par notre travail. Et donc, c'est mal vécu. Notre libertarisme n'est pas loin du Tea-Party US et de son anti-Étatisme anti impôts névrotique.
En fait, participer au bien collectif seulement par les impôts, ça me fait penser à ces  journaux ou chaines TV… ou ces blogs créatifs qui ne vivent que de la pub… dont les auteurs admettent de se faire rémunérer "par la bande", par un système parasitaire et non directement par les amateurs pour ce qu'ils proposent, leur travail, leur temps, leur art. (Ils n'ont donc aucune fierté ?!)
De même, l'État (la République, la collectivité) ne se nourrirait que des impôts, de la captation financière parasitant notre travail individuel, au lieu de profiter de notre temps, vie, travail lui-même… Dit dans l'autre sens : nous ne voudrions donner au collectif, partager, que de l'argent, avec la distance que cela suppose, pas du temps de vie direct, que de l'indirect ? (Et en râlant.)
Parce que, évidemment, le service civique n'est pas qu'un lieu de rééducation individuel, c'est aussi un lieu de don solidaire, de participation au bien commun, je n'ai peut-être pas assez souligné ça. (Il faut aussi se rappeler qu'en temps de guerre (ce n'est pas si loin) chacun était censé donner sa vie pour la patrie… Là aussi, les temps ont changé…)
Un an de vie donnée 24h/24 peut être mal vécu aussi, d'accord, surtout si on se fait chier dans des travaux absurdes ou un rien-faire encore plus absurde. Mais si on apprend tous les jours quelque chose ? des choses utiles… si on découvre et se découvre ?… (Personnellement, je n'ai pas souffert de l'internat au collège-lycée parce que j'avais plaisir à apprendre et si mon service militaire a été bien trop long, il n'a pas été fait que de temps perdu. Mais évidemment ce que j'en ai tiré ne venait pas du système militaire lui-même, à part le permis de conduire, mais des copains dits "de régiment", question de chance d'avoir été en compagnie de dessinateurs, graphistes, monteurs-son et étudiants sursitaires avec 6 ou 7 ans de plus que moi, des grosses têtes, agrégés d'histoire, de psycho et autres. Et à tendance gauchiste.)
Qui dirigerait un service civil est une lourde question. Il faudrait fonder un corps spécial d'éducateurs, ni l'armée, ni l'enseignement tel qu'il est, ni des psy, ni des profs de gym, ni des moniteurs de colo, ni des curés… mais sans doute un peu de tout ça (sauf les curés) et des artistes. Des gens formés à la pédagogie et sachant manier l'autorité. (Toujours cette question d'une éducation pas seulement bienveillante, mais encadrante, posant des limites, par la sanction quand il le faut. Faire régner la discipline ce n'est pas faire marcher au pas… encore que le pas de l'oie fasse travailler les abdominaux et la coordination collective… mais la danse, c'est pas mal non plus, pour ça…)
Sinon, oui, le mal, ce n'est pas l'école, la République, l'État… et ce n'est pas seulement la radicalisation, c'est la religion, mais comment l'éradiquer ? (C'est aussi – beaucoup ! – le capitalisme libéraliste financiariste mondialisé, mais ça aussi, comment l'éradiquer ?)
Et donc, de religion, islam et autres, je reparlerai, et de laïcité (liberté d'avoir une religion, de quitter une religion, de n'en point avoir du tout…) 


à suivre

2 commentaires:

wens a dit…

Mais mon cher vous êtes en pleine science fiction ! :)
Ou utopie ce qui est pire pour des gens raisonnables et sérieux (pas comme nous).
Tu simplifies à l'extrême. Le fameux don d'un an de sa vie pour la nation, pourquoi pas, ( ça fait un peu Pétain "je fais don de ma personne à la nation" (voix chevrotante qui ne présage rien de bon )), mais pourquoi pas.
Cependant, pour quelle république ? Celle de Sarko premier, celle d'un François le petit ? ( qui, entre parenthèses, 4 ans après son élection miraculeuse continue de provoquer des lapsus et d'être appelé François Mitterrand ).
Pour que le citoyen se sente prêt à donner, argent, temps, il faut aussi qu'il n'ait pas le sentiment perpétuel d'être pris pour un con, manipulé, dirigé par une oligarchie très très peu vertueuse.
D'abord la révolution et ensuite les camps de rééducation cher conducator ( genre nazisme et dialogue, ça peut marcher !).
C'est amusant que quelqu'un de ta génération, qui a vécu les seventies, illusions désillusions libertaires, patati patata..mais tout de même aussi des idées intéressantes, une force positive de la jeunesse, peut-être à opposer à une force négative d'une certaine jeunesse d'aujourd'hui, fasse ce constat désespérant, mais pas forcément faux, de la nécessité de "rééduquer" cette jeunesse.
"la vieille idée anarcho-libertaire qui veut que l'état soit notre ennemi" C'est peut-être de l'anti-autorité adolescente, mais ton truc de la "pro-autorité de retraité" me semble assez fumeux aussi !
Utopie contre utopie.
Je me méfie de l'autorité d'état, elle a trop de sang sur les mains.
Quant à rééduquer les jeunes, pourquoi ne pas rééduquer aussi les vieux qui vont voter pour le FN en nombre ?
Tout le monde déteste tout le monde, cette société est au bord de l'effondrement, on en est plus aux cataplasmes sur jambes de bois.
Et nous, toi, moi, les petits malins, nous sommes loin de tout ça, peinard à la campagne, ne sortant que pour des trucs sympas et culturels. Que sait-on de cette jeunesse des "banlieues" ? Que sait-on vraiment de leur vie ?
On ne voit que le côté obscur, leur manque de culture, leur comportement de petites frappes, leur absence de civisme... et ceux qui sombrent dans le radicalisme religieux nous effraient. Sans cette poussée de fièvre religieuse, on continuerait à les ignorer tranquillou.
Aujourd'hui, on se réveille avec une bande de martiens à la "Mars attack" dans nos rues et on a la trouille. Tu proposes que la nation qui, en partie, les a fabriqués, les rééduque, je doute qu'elle en soit capable.
Je reviens sur ton affirmation : "à l'époque où nous avons fait ou (pas fait dans mon cas), notre service militaire, la situation sociale était différente". Dans les années soixante : bidonville, ratonnades...Dans les années soixante dix et quatre vingt, skinhead, émeutes urbaines... ce qui change n'est pas tellement social, c'est religieux. Une population abandonnée qui est récupérée par les fous de dieu, avec une idée "super sympa" de djihad, et qui lui désignent un ennemi et une cause à défendre.
Pour terminer, je vois bien tes bonnes intentions, mais ce n'est pas à quelqu'un comme toi qu'on confierait la tache d'organiser ce service civique un petit peu autoritaire mais gentil quand même.
D'abord on demandera à Jacques Attali de pondre un rapport à 100,000 € et déjà, en tant que citoyen, tu te sentiras beaucoup moins disposé à "donner un an de ta vie pour la nation et les valeurs de la république".
Notre ennemi, c'est dieu. Quitte à être un peu autoritaire, refusons dieu et ses "grands frères" qui empêchent les filles de mettre des mini-jupes, ces salauds !




Philippe Caza a dit…

Ah ben, ça te fait causer, au moins !
Sinon, bien sûr que c'est de l'utopie…
Mais question réflexion, c'est ça ou sortir les machines à tuer.