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mardi 19 avril 2016

Repères

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« Le terrorisme islamique est en train de mettre à l'épreuve la solidité des repères juridiques, politiques, culturels de notre histoire. » (La Stampa)
Manière de dire aussi générale que possible. Vu de plus près, on peut dire  que le terrorisme islamique est en train de nous mettre à l'épreuve, tous autant que nous sommes et sous tous nos aspects. Mais cette généralisation du journaliste permet de définir un peu mieux ce que c'est que "nous".
Il y a une Histoire, oui. Il n'y a pas seulement des individus isolés, des monades vivant dans une France au présent comme on passe à l'hôtel. Même sans remonter et descendre plus loin que ses parents et ses enfants, il y a des ascendants et des descendants, qui eux-mêmes en ont eu/en auront, des ascendants et descendants. Il y a des voisins qui chacun en ont/auront aussi. Et ainsi de loin en loin, tant dans l'horizontale des contemporains que dans la verticale du temps passé/futur. Histoire, culture, société…
Plus techniquement, il y a des institutions, en effet, des repères juridiques : un code civil, des lois, des juges, des tribunaux… et tout ceci a aussi une histoire, traces du passé et tracé vers l'avenir, projection, projet de société (conscient ou non).
Il y a des repères géographiques, aussi. Des lieux, des territoires, des itinéraires… Eux aussi ont une histoire faite de traces laissées et de projections vers l'avenir (projets). Et donc encore, oui, des repères politiques et culturels : codes scientifiques, techniques, artistiques… et bien d'autres choses encore qui forment (mieux qu'une "identité", une "ethnie" ou "un peuple") une Culture. (J'évite le terme Civilisation qui rejette "les autres" hors de la civilisation, dans la barbarie.)
Ça ne veut pas dire que ce "nous" historique est un lieu clos, fermé, figé, inamovible. L'histoire-géo passée est bel et bien inamovible, certes, par définition : seulement racontable et interprétable… mais c'est un socle, des fondations. L'histoire-géo du présent/futur, posée sur ce socle, bouge, parfois vacille, mais de toute façon se construit. On apprend tous les jours, on s'adapte aux circonstances, on mute, on évolue, individuellement ET collectivement ; c'est le propre du vivant. Et d'autant mieux si les "repères juridiques, politiques, culturels de notre histoire sont solides", comme bases.
Le sont-ils ? c'est bien la question. Ils ont tout pour l'être, mais……… "Mai, mai, mai, Paris mai……" (Nougaro)… Mais nous avons tout fait pour les casser, les institutions, les repères, l'histoire… une tentative (inaboutie heureusement) de table rase… C'était sans aucun doute une nécessité, alors ; mais après ? Comme poussés par notre élan, nous continuons à détruire… et le terrain (devenu sables mouvants) n'est jamais totalement nettoyé, bien sûr. L'émancipation a ouvert la porte à la liberté sans frein et c'est le commerce, le capitalisme libéraliste déchainé qui s'est enfoncé dans la brèche avec le succès que l'on sait, le triomphe de la Bourse, la financiarisation, l'évasion fiscale, les fuites et les couacs, l'individualisme mesquin, le médiatisme et l'immédiatisme  et "Touche pas à mon poste"…
… Et bien sûr la jeunesse sans pères et sans repères des cités sans repères. Sans repères juridiques, politiques, culturels… sans lieu géographique, sans histoire et qui, donc, va chercher ses repères dans des sectes mortifères, celles de l'islamisme terroriste, en l'occurrence.
(Et je ne dis pas qu'ils n'ont pas le choix.)
(Et je ne les excuse pas.)
(Et je ne leur pardonne pas.) 


vendredi 18 avril 2014

LES "LOIS DE LA NATURE"


(Je ne fais pas de métaphysique, je cherche à dénuder des mots, ou l'emploi de certains mots, termes, concepts, en éclairer les sous-entendus, pour justement en évacuer toute métaphysique.)
Les "lois de la nature" ne sont que les contraintes de la contingence. Aucun sens. Aucune morale. Aucune justice. C'est juste comme ça. On pourrait dire, pour faire néologisme chic, une comme-ça-ité. On dit classiquement l'immanence. C'est nous qui en ferons une loi ou une justice ou une morale, en sublimant.
Le terme ne serait-il pas un abus de langage qui colle avec une vision déiste de l'univers ?

Une "loi", pour moi, c'est quelque chose de préalable à son application. C'est en amont. Des gens, des organismes sociaux (rois, parlements, juristes, etc.) instituent des lois qui sont ensuite appliquées (en principe) par les autres hommes et institutions.

Alors que les "lois naturelles" sont une conceptualisation en aval : une mise en forme (en langage), une description, une analyse par nous humains, de ce qu'il se passe dans la nature : des phénomènes que personne n'a décidés. Qui ont lieu. Comme ça. Ce ne sont pas des lois : personne ne les a promulguées. Les concepts que nous nommons "lois naturelles" ne sont que la définition a posteriori des conditions des faits, des phénomènes.

Le scientifique, le chercheur, le "savant", comme on disait quand j'étais petit, veut découvrir, décrypter les "lois de l'univers", comme si celles-ci étaient premières, avaient été établies une fois pour toutes, avant la création, puis cachées, dissimulées, cryptées, comme pour proposer ou imposer à l'homme un jeu d'énigmes, un jeu de piste, une chasse au trésor. Cette vision prétendument scientifique est totalement liée à la croyance en un créateur, vu d'abord comme "Dieu" à la fois grandiose et quelque peu inconscient, puis vu comme un horloger ou un grand architecte, beaucoup mieux organisé, certes, mais pas plus crédible.

Les savants ne découvrent pas les lois de l'univers, ils les inventent.

D'ailleurs ne dit on pas "l'inventeur" d'un trésor ?


lundi 13 décembre 2010

LOPPSI 2


LO N°424 (13/12/10) RETRANSMISSION


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LOPPSI 2, Le Gouvernement fait la guerre aux mal-lotis :
Le 14 décembre passera la loi loppsi 2 ...
Vivre dans des camions, yourtes, tipis, roulottes, cabanes deviendra illicite ! Une lettre sera envoyée à tous les maires et Préfets qui seront redevables d'une amende de 3 700 € en cas de non-DENONCIATION. Nos habitats peuvent être détruits dans les 48h.
Cette loi va passer parce que personne n'en a entendu parler.
signez la pétition :
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LOPPSI 2, Le Gouvernement fait la guerre aux mal-lotis :
Non à la pénalisation et à l’expulsion  arbitraire des habitants de logements de fortune...  
ROMs, gens du voyage, habitants de  bidonvilles, de cabanes, de maisons sans permis de construire, et de toutes  formes d’habitats légers, mobiles et éphémères, tous sont  visés...
A l’heure où le Gouvernement est attaqué de toute part sur sa politique répressive et raciste à l’égard des Roms, des gens du voyage et en règle générale, des populations précaires, il fait adopter en force l’article 32 ter A de la LOPSSI 2 à l’encontre des habitants de bidonvilles, d’habitations de fortune, de campements de sans abris comme dans le bois de Vincennes, et également à l’encontre de personnes ayant choisi d’habiter caravanes, roulottes, camions, tipis, yourtes, auto et éco-constructions. Toute construction sans permis de construire, comme il en existe beaucoup dans les DOM TOM pourrait aussi tomber sous le coup de cette procédure d’exception, car une construction sans permis est« illicite ».
Cette procédure menace également les squatters : le Ministère de l’Intérieur a annoncé son intention de l’étendre aux occupants de locaux lors de la deuxième lecture à l’Assemblée Nationale. L’article 32 ter A de la LOPPSI 2 est une mesure d’exception car elle bafoue les principes de la protection par le juge du domicile, des biens, de la vie familiale et privée, et donne un pouvoir arbitraire et disproportionné au Préfet : en effet, la procédure d’expulsion en vigueur actuellement sur les logements de fortune, nécessite une décision du juge, elle protège d’une expulsion en hiver, elle permet d’être pris en compte dans des dispositifs de relogement voire d’hébergement, elle doit respecter des délais et des actes de procédure délivrés par un huissier, elle prévoit la protection des biens des personnes expulsées....
Elle est une mesure arbitraire car elle est justifiée par « un risque grave d’atteinte à la salubrité, à la sécurité, à la tranquillité publiques », notions extensibles et floues qui laissent la place à toutes les interprétations. Elle vise toute personne qui aura décidé en réunion (deux personnes et plus), de s’installer sur un terrain quel que soit le propriétaire, et la nature de la relation entre le propriétaire du terrain et les habitants. Même si un des habitants est le propriétaire du terrain, ou si l’utilisation du terrain est contractualisée avec les occupants, ou si simplement le propriétaire n’est pas opposé à cette installation, le Préfet peut employer cette procédure d’exception dans un délai de 48h.
L’article prévoit une sanction financière pour ceux qui ne s’exécuteraient pas assez vite, ainsi que la destruction de l’habitation et des biens qu’elle renferme, sur procédure accélérée. La destruction au bulldozers et le vol des biens d’autrui seront ainsi légalisés. Cette disposition ouvre la voie à une atteinte au droit de propriété. Cette loi, viendrait faciliter la destruction autoritaire des constructions dites « illicites », et la réalisation de la « lutte anticabanisation » lancée notamment par le Préfet des Pyrénées Orientales depuis 2007. Cette disposition vise et accable les personnes les plus gravement touchées par la crise du logement. A l’opposé des politiques conduites il y a 50 ans, elle répond à la recrudescence des bidonvilles et des formes les plus aiguës de mal-logement par la répression et par une procédure d’expulsion expéditive. En effet, alors que le Gouvernement prétend mettre en œuvre le droit au logement, il n’est prévu ni relogement ni hébergement pour les expulsés. Ils doivent quitter les lieux et se rendre invisibles.
Nous demandons le retrait de cet  article, le retour et le respect de la Loi d’origine sur les terrains  d’accueil, adoptée en 2000 dans le cadre de la Loi SRU, et des mesures  législatives qui reconnaissent la qualité de domicile et son caractère  permanent à l’habitat choisi, au lieu de le réprimer et le  stigmatiser.
Nous exigeons que la politique de  résorption des bidonvilles et des habitats de fortune s’inscrive dans les  politiques du logement, la mise en œuvre de la loi DALO et des procédures  d’insalubrité, afin que chacun et chacune puissent être logés  dignement.
Nous dénonçons la politique  répressive et stigmatisante du Gouvernement qui s’attaque aux plus modestes et  aux plus fragiles, et demandons l’abandon de tout projet  anti-squat.
Premiers signataires : ACDL, ADGVE, AITEC, AFVS, AMIDT, ANGVC, CGT CDC, Cheyenne, CNL, DAL, FAPIL, Fédération Calé/Kalé, FNASAT, HALEM, Jeudi noir, La voix des Roms, LDH, MRAP, RESOCI, SAF, Union Syndicale Solidaire, Vie et Habitat Choisi,... Ainsi que : Alternatifs, PG, NPA, Les Verts,...
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Les articles qui vont être votés le 14 décembre :
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REVUE DE PRESSE :
La Quadrature du Net
La Quadrature du Net est une organisation de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet. Elle promeut une adaptation de la législation française et européenne qui soit fidèle aux valeurs qui ont présidé au développement d'Internet, notamment la libre circulation de la connaissance. À ce titre, la Quadrature du Net intervient notamment dans les débats concernant la liberté d'expression, le droit d'auteur, la régulation du secteur des télécommunications ou encore le respect de la vie privée. Elle fournit aux citoyens intéressés des outils leur permettant de mieux comprendre les processus législatifs afin d'intervenir efficacement dans le débat public.
Loppsi 2: "Les dictateurs en ont rêvé, Sarkozy l'a fait" :
Projet de loi Loppsi 2 sur Internet : Filtrage, fichage et piratage à tous les étages :






mercredi 28 avril 2010

LA GRIPPE B


LO N° 370 (28/04/10)
Après la grippe A, la grippe B — comme burqa.
Et si, pour changer du réchauffement climatique, on parlait, comme tout le monde, de "la burqa en France" ?
Certains traitent par le mépris cette polémique. « Ça touche 300 ou 3000 femmes, y a plus important, ça sert à voiler les autres problèmes, etc.… » Pourtant c'est important, et pour des tas de raisons que je développerai peut-être plus loin ou plus tard. En fait, depuis des mois, j'ai accumulé des dizaines de pages de réflexions personnelles, témoignages, opinions diverses, lectures… que je ne me vois pas découper sous forme de lettres ouvertes. Ceux et celles que ça intéresse vraiment peuvent me mettre un mot, je leur enverrai un .pdf du truc en bloc, illustré, à lire tranquillement.
Pour l'instant je me contenterai d'une simple prise de position : a priori, j'étais contre la burqa (comme ça pouvait sans doute se deviner à travers quelques illustrations accompagnant quelques LO précédentes) et a posteriori, après toutes ces informations et réflexions… je suis toujours contre.

(Ce premier bout de texte est frais, tapé à la suite du "C dans l'air" d'hier sur France 5, et particulièrement inspiré par les propos de Guy Carcassonne, juriste.)

NE SORTONS PAS LES GRANDS MOTS. VOYONS LES CHOSES AU PLUS SIMPLE :
La burqa, ce n'est pas une question d'identité française. Même pas une question d'identité féminine. Une question d'identité tout court.
La question n'est pas l'islam. La question n'est pas la laïcité. La question n'est même pas l'égalité homme-femme ni la dignité de la femme.
Appuyer une loi de prohibition sur de tels principes serait aberrant et néfaste. Le seul principe sur lequel peut s'appuyer une loi est l'ordre public. Par "ordre public", on n'entend pas "sécurité publique" (qui n'en est qu'un des élément), mais habitus, consensus social, règles de vie, mœurs, éthique sociale minimale, codes sociaux, us et coutumes (et costumes), bon fonctionnement de la société. Dans notre société, on vit à visage découvert. Point barre.
La connaissance ou reconnaissance de l'identité de l'autre par le visage est la base de la convivialité, ou de la convivance*, du partage de l'espace public, de la cohabitation… On ne se montre pas nu en public (sauf exceptions délimitées). Quelles qu'en soient les raisons, ce n'est pas dans nos mœurs. De même, on ne dissimule pas son visage en société. C'est la seule raison d'une loi et elle est suffisante.
La loi ne doit donc pas être une loi contre le voile intégral islamique (burqa, niqab, etc) mais contre toute dissimulation d'identité par dissimulation du visage. (A quelques exceptions près, faciles à lister : forces de l'ordre en mission, carnaval (période et espace délimités), chirurgien en opération et autres circonstances hygiéniques (grippe A, B, C ou Z). Le motard qui porte un casque intégral est tenu de l'enlever quand il descend de sa moto, ne serait-ce que pour faire le plein. Par grand froid, un skieur peut se cagouler entièrement, mais se dégage le visage quand il est dans la file du téléski, etc.)
Après, faut-il une loi ou autre chose ou rien ? Rien, certainement pas : si la raison "interdiction de la dissimulation d'identité" est suffisante, la loi est nécessaire. Jusqu'ici, jusqu'il y a quatre ou cinq ans, cela allait sans dire, pas besoin de loi. Nous aurions sans doute préféré ne pas avoir à le faire, mais à partir du moment où ce consensus millénaire et général est remis en question par une minorité, la République, bon gré mal gré, doit poser et imposer clairement un choix de société. La perpétuation d'un "rien" serait insupportable. Une demi-mesure comme une "recommandation" ou des décrets locaux serait le pire, porte ouverte à toutes les manipulations, à de multiples procès de procédure. A partir du moment où il y a loi, les choses sont claires : c'est la loi ou rien, on est dedans ou dehors.

(La position de Guy Carcassonne est bien précisée dans un article de La Croix, de décembre 2009, disponible ici :
http://www.la-croix.com/Les-deputes-defrichent-la-voie-etroite-d-une-loi-interdisant/article/2405964/55350
Il se conclut à peu près ainsi :
La question de la liberté individuelle se joue non pas du point de vue de la personne qui porte la burqa mais de ses interlocuteurs. Le visage n’est pas une partie du corps comme les autres. Il est ce qui fonde les relations humaines dans la société.)
Et aussi, en vidéo :
http://www.dailymotion.com/video/xbirbp_burqa-guy-carcassonne-plaide-pour-u_news
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(Le bout de texte suivant date de quelques mois. Il y a des redites, tant pis)

LES SEULES FRONTIÈRES SONT JURIDIQUES
Etre français, c'est quoi ? C'est avoir des papiers français. Point. Tout le reste est opinions, discutailleries, faux-fuyants… Pour arrêter ces verbiages, il faut se limiter à une définition technique, juridique : être français, c'est avoir des papiers français. Point. (Et parler Français, aussi, c'est mieux…)
La question du voile intégral (dit couramment burqa) est la même : pour avoir prise sur la question, pour laisser de côté tous les ingrédients d'une discussion qui n'en finit pas sur la liberté individuelle, la pression familiale ou communautariste, la religion, la peur, etc., etc., il faut affirmer juridiquement : dans notre pays, on se présente les uns aux autres à visage découvert. Point. Jusqu'ici, c'était simplement sous-entendu, inscrit dans les mœurs, l'habitus, sans qu'on ait besoin de l'exprimer tout haut : un choix de société qui allait sans dire.
Pour ma part, il m'est impossible de parler à quelqu'un qui a le visage masqué – quel que soit le masque. Et ce n'est pas parce que Copé et quelques autres UMP disent la même chose que je dois m'abstenir (ni que je dois apprécier ce personnage…) Alors que la casquette à l'envers n'empêche pas la communication… (Et le verlan ? Euh………)
À partir du moment où une communauté, quelles que soient ses raisons et quel que soit son nombre, remet en question ce consensus, il devient nécessaire d'affirmer fortement, donc juridiquement, ce choix de société. La seule question de convivance* et de sécurité publique suffit à justifier cette loi – qui ne doit pas être une loi "sur la burqua" mais une loi sur le masque, sur la dissimulation d'identité sous toutes ses formes.
Gardons les masques pour Carnaval.
Ensuite, techniquement, je ne suis pas juriste, il faut voir ce qu'il en est des lois déjà existantes, de la constitutionnalité, du droit européen… et voir l'applicabilité. Évidemment, tel que ça a d'abord été envisagé, "dans les administrations et les transports", ça serait la merde : c'est abandonner le travail d'application de cette loi aux chauffeurs de bus ou aux employés de mairies, directeurs d'écoles… Le chauffeur de bus : « Non, madame, vous ne pouvez pas monter dans ce bus vêtue ainsi ». La secrétaire de Mairie : « Dévoilez-vous ou sortez ». La postière, pareil. Et dans les magasins, les boutiques ??? Merci pour eux, sympa, le cadeau, surtout quand, comme par hasard, des dames voilées seront accompagnées de trois ou quatre barbus tendance salafiste, vaguement menaçants.
Une loi se limitant aux administrations et transports est une bête demi-mesure.
Quant à une loi plus générale "tout l'espace public", on la dit inapplicable : le flic va-t-il exiger de la femme qu'elle se déshabille sur place ? Ridicule, bien sûr, surtout qu'il ne s'agit que du voilement du visage. Par contre, le flic met la dame dans une voiture de police qui la ramène à domicile et qui la lâche à sa porte avec sa contredanse.
Ça va faire des caillassages et autres incidents ? Sûrement, oui ! Mais de toute façon, que ce soit dans la rue, à l'entrée d'une administration, à la montée dans le bus, des incidents, ça va en faire, comme ça en fait déjà. On n'évitera pas le problème en faisant comme si ça n'existait pas.

(* Le mot convivance n'est pas dans le dico. Convivialité pourrait suffire, mais a pris un sens de festoiement collectif sympathique qui n'est pas ce que je veux dire. Convivance serait donc simplement le fait de vivre ensemble, con-vivre, sur un plan avant tout pragmatique – avec ou sans sympathie.)








lundi 10 novembre 2008

LE CHAOS ET LA LOI

LO 252 (10/11/08) L'ARGENT-DETTE / 4

CHAOS
Comment en est-on arrivé là ? Comment ça a commencé, s'est mis en place lentement, s'est complexifié par ajouts successifs et accumulation, dérives, effets pervers (à la base, l'actionnariat, c'était une bonne idée, non…?), quand et où un seuil a-t-il été franchi, qui a enclenché un mouvement exponentiel, qui nous a fait passer de la complexité à l'hyper-complexité non-maîtrisable.
"L'effet papillon" cher à la théorie du chaos ?
Je préférerais la métaphore plus évidente (car expérimentable chez soi par chacun) des ronds dans l'eau. Supposez un bassin et au milieu une source de vibration prolongée produisant des ronds dans l'eau en permanence. Les ondes d'abord bien rangées, concentriques, harmonieuses (ordre) et bien perceptibles, viennent buter contre les bords du bassin, s'y réfléchissent, rebondissent et, du coup, se mettent à se croiser avec les ondes encore bien rondes qui continuent à venir derrière elles. Pour peu que la production d'ondes continue, pour peu que le bassin ait des angles, les rebonds d'ondes vont vite se croiser dans tous les sens, se mêler, s'entremêler et, passé un certain seuil d'entrecroisements superposés — saturation — ne plus montrer qu'une surface désordonnée, autant cahotante que chaotique. On pourrait évoquer un phénomène d'écho dans une caverne, aussi bien : le son original qui se perd dans une confusion d'échos multiples et échos d'échos.
« L'interdépendance entre les marchés, loin de constituer un adjuvant efficace de la main invisible contribue au contraire à amplifier les déséquilibres, en les répercutant à tout va le long d'improbables chaînes causales, rapidement non maîtrisables. » (Laurent Cordonnier, Le Monde Diplo 654. Sept 08)
Il y a eu bel et bien création de confusion, de chaos.
"Quand l'Énergie, la Forme et la Matière sont présentes, mais pas encore séparées, on appelle cela le Chaos… Si l'on regarde, il n'y a rien à voir ; si l'on écoute, il n'y a rien à entendre ; si on le suit, on ne trouve rien." (Commentaire du Yi-King.)
Dans cet état, il deviendra impossible de distinguer l'origine, de délimiter l'influence de tel ou tel élément, de lire ou comprendre quoi que ce soit. Passé un certain seuil, on ne maîtrise plus rien.
Soyons un peu modestes (ceci s'adresse tout particulièrement aux écono-mystes, sortes de gourous médiatiques qui sont censés avoir tout compris et savoir tout expliquer) : les capacités de notre pensée, même avec des superzordinators, sont limitées. Notre cerveau est incapable d'analyser, de modéliser le système financier international, d'y découvrir ou d'y insuffler un ordre (une loi – voir plus loin)… En fait, on y a renoncé depuis longtemps, on l'a abandonné à la main invisible et aveugle du marché – boîte noire. On voit des entrées et des sorties, oui, et encore… mais ce qui se passe à l'intérieur de la boîte est aussi peu cartographié et conceptualisé que ce qui se passe à l'intérieur d'un cerveau, fût-il celui d'un tradeur passé directement de sa console nintendo à son écran boursier.
« Il est impossible de prévoir le comportement des systèmes complexes et ouverts (la bourse, le net, le cerveau humain). Certaines substances comme le LSD (mais aussi la méditation et d'autres pratiques dites mystiques) transforment la conscience en système ouvert. » (Je ne sais plus où j'ai pêché ça.) Autrement dit, le système financier serait comparable à un cerveau shooté au LSD.

LOI
On oppose traditionnellement le chaos à la LOI. En l'occurrence, l'absence de loi, au sein du marché, est typique : jeu sans règles, pas d'interdits, pas de discipline, pas d'autorité supérieure… un seul mot d'ordre "make money"… Tout cela aboutit à cette aberration civilisationnelle, ce monde de déréliction : une barbarie. Un inconscient, un ça — sans surmoi pour le surveiller ou le guider. Sans loi.
Mais, quand on parle de loi, il faut bien distinguer entre lois naturelles et lois édictées.
On parle des lois naturelles ou "lois de la nature", mais il n'y a pas de lois de la nature. Je veux dire qu'elles ne préexistent pas à leur formulation par l'homme. Elles se situent en aval des phénomènes qu'elle décryptent. C'est par notre attention assidue (recherche scientifique, expérimentation, analyse), que nous les décelons, que nous les tirons hors de la matière observée, et que nous les conceptualisons, formulons, formalisons. Ces lois n'étaient pas là avant — sauf à les croire promulguées par un dieu Grand Horloger ou Grand Architecte. Nous les inventons, en fait. (D'ailleurs ne dit on pas "l'inventeur d'un trésor", plutôt que le "trouveur" ou le "découvreur" ?)
L'autre acception du mot loi, ce sont celles qu'une société se donne, que ce soit en les prétendant tombées du ciel, comme les fameux dix commandements de Moïse (qui sont bien plus de dix, en fait : toutes les pratiques et rituels quotidiens sont précisés maniaquement dans Nombres ou Deutéronome, depuis les prières, les sacrifices, les punitions valant pour telle ou telle faute, et jusqu'à la manière de faire caca*. Il en est de même avec la charia.) Ou que ce soit, au moins depuis la révolution (mais ça existait en Grèce ou en Rome antiques), les lois déterminées (plus ou moins démocratiquement) par une institution, par exemple un roi ou une assemblée politique : législative, comme son nom l'indique. Le Code Pénal, etc. Elles sont en amont des actes, faits et gestes humains, qui leur obéissent – ou non.
Quand certains parlent des "lois du marché", bien voir qu'on est dans la première acception : on regarde "le marché" comme un phénomène, comme on regarde la nature, le chaos primitif, et on essaie, à grand peine, d'en extraire des schémas de fonctionnement, des lois cachées, inconscientes. (Et si j'ai parlé de machine, il faut imaginer une machine hypercomplexe dont on aurait perdu les plans et le mode d'emploi depuis des siècles… qui serait ainsi rendue à "l'état de nature".) Et donc, comme déjà dit, l'hypercomplexité ne laisse découvrir aux chercheurs que quelques schémas superficiels. Ils ne sont pas plus capables de dérouler tout l'écheveau que ne l'est l'écologiste, même brillant, qui voudrait formaliser TOUTES les lois de la nature. Face à cette situation, celle du nœud Gordien, il est inévitable qu'il faille trancher, couper, pour simplifier — d'où la nécessité de coupables. (Une sorte de réductionnisme scientifique : un homme coupé, disséqué, décapité, décapitalisé, est clairement simplifié : on l'enterre et puis voilà.)
Quant à la seconde acception, les "lois légales"… Aucune assemblée législative n'a décidé à l'avance des "lois du marché". C'est bien le drame !

* Deutéronome, 23, 13 : « Tu auras un endroit hors du camp et c'est là que tu iras au dehors. Tu auras une pioche dans ton équipement, et quand tu iras t'accroupir au dehors, tu donneras un coup de pioche et tu recouvriras tes ordures. Car Yhwh ton Dieu parcourt l'intérieur du camp pour te protéger et te livrer tes ennemis. Aussi ton camp doit-il être une chose sainte, Yhwh ne doit rien voir chez toi de dégoûtant ; il se détournerait de toi. » (Bon, c'est juste une règle d'hygiène de base, mais il faut croire que les Hébreux d'époque avaient besoin pour comprendre ça d'un ordre écrit de Yhwh, dieu qui manifestement n'appréciait pas de marcher dans la merde en se baladant entre les tentes !)



JOUIR SANS ENTRAVE (Sans foi ni loi)
La jouissance du JEU du marché, cet optimisme, cette "positive attitude" béate, liée à une "disposition humaine à l'euphorie"… disait je ne sais plus qui… mais aussi bien à la crétinerie de base, et, niveau freudien, le désir insatiable, la boulimie, le "ludique hystérique", avatar de la voracité infantile… quelque chose qui a sans doute à voir avec la privation du sein maternel.
A un niveau plus obvie, social, ça s'exprime sans doute dans la prédation, la rapacité, la corruption, mais, je l'ai déjà dit, ce n'est pas ce qui m'intéresse le plus, car ça mène toujours à porter des jugements moraux, à chercher des victimes et des bourreaux, des coupables. Temps perdu. M'intéresse plus "le système" et ses hommes-rouages inconscients. Pour préciser encore ce que j'entends par machine, par système, je dirai que l'action d'une personne sur une autre peut être vue comme une addition ou une soustraction, alors que ce qui se passe dans un système serait plus proche de la multiplication. Cela correspond au problème de grand nombre et de passage de seuil que j'évoquais plus haut (j'y reviendrai). On peut aussi évoquer l'idée de réseau, bien sûr, mais en imaginant quelque chose de mille fois plus complexe qu'une simple toile. Dans une toile (tissée), les fils de trame et de chaîne se croisent seulement par deux et au carré… Dans les réseaux auxquels on a affaire ici (cerveau, univers de la finance mondiale ou Internet), TOUS les points sont reliés (au moins potentiellement) à TOUS les points.
Le "système", donc, poussé dans ses extrémités, dans son hypercomplexité chaotique, arrive à un seuil critique et bascule dans l'aberration qu'il portait en germe, comme on bascule dans la folie, non suite à un coup du sort, à une situation exceptionnelle, mais parce que, depuis toujours, c'était là.
" Les situations de crise ne sont pas, comme on le croit souvent, des situations anormales où tout fonctionnerait autrement qu'à l'habitude, mais bien plutôt des situations où les règles implicites qui président aux comportements dans les conditions ordinaires apparaissent soudain au grand jour." (Paul Jorion. "L'Implosion". 2008)

Révélation… Révolution…
Chassez le réel, il revient au galop.

REVENIR AU POINT OÙ IL Y AVAIT ENCORE DU RÉEL
(Parce que "révolution", avant de désigner un changement brutal, ça désigne un tour complet sur soi-même ou autour de quelque chose… pour revenir à la même place…)
Jean Baudrillard : « On invente des techniques de plus en plus "irréalisantes" et dans le même temps on essaie de trouver de plus en plus de gravité, de pesanteur, de raison d’être. Contre la disparition, la ventilation dans le virtuel, on cherche à revenir au point où il y avait encore du réel. » ITW Télérama 2923 (01/06)

— J'aime bien Jean Baudrillard, comme penseur, mais je l'ai longtemps confondu avec Roland Dubillard.
— Les Diablogues, ça tue, pour utiliser une expression à la mode chez les djeunes. Je n'en suis pas encore mort, mais il est vrai que je crains le pire, quand je lis une scène assis dans ma cuisine tout en buvant mon thé de cinq heures et que je me retrouve au sol, plié en position fœtale et agité de mouvements spasmodiques.
— Ça s'appelle le rire.
— Ah bon, tu me rassures.

(à suivre)