Il n'y a pas de faits sans causes et on ne peut
éluder l'histoire (courte, moyenne, longue). Par exemple, les musulmans
présents en France se plaignent de la laïcité qui crée "deux poids deux
mesures". C'est qu'on ne peut comprendre la loi de 1905 qu'en fonction de
l'Histoire, d'un certain passé. La France était chrétienne, les églises et
autres lieux de culte étaient là – et ils sont toujours là, même si l'État ne
les subventionne pas. Les musulmans sont logés à la même enseigne : pas de
subventions pour les mosquées, mais eux, ils n'ont pas de lieux de culte déjà installés
depuis des siècles. Il n'y a pas "deux poids deux mesures", au
contraire : la même mesure pour tous, les anciens et les nouveaux,
conséquence d'une réalité historique = une succession d'évènements étalée sur
des siècles.
Passé inamovible, présent/futur éventuellement corrigible ?
La loi de 1905 ne pouvait pas prévoir ce désir de
mosquée d'une nouvelle population importée 60 ans plus tard puis installée à
demeure. Ce fait doit-il entrainer une révision de la loi de laïcité ?
c'est une question. Et une question sociologiquement, politiquement et
anthropologiquement très lourde. La France n'a jamais eu à intégrer une telle
masse de nouvelle population dans un temps si court (disons depuis les années
70), nouvelle population d'une culture-religion-langue plus étrangère, plus
hétérogène que n'étaient les latins ou polonais chrétiens et juifs immigrés au
cours du siècle précédent. C'est difficile…
et dire que c'est objectivement difficile n'est pas "du racisme" mais
du réalisme. Chacun n'est pas si facilement prêt à accepter cette nouvelle
réalité qui change notre paysage
social, qui demande de partager notre territoire.
Si on pense au problème des réfugiés-migrants actuels, on peut se poser la
question ainsi : suis-je prêt à partager mon appartement, mon jardin, mon
travail avec une famille d'Érythréens, de Syriens, d'Afghans ? Et pas pour
un week-end… pour tous les jours.
— Le pape le fait bien, lui !
— Mais le Vatican, c'est grand !
Il y faut soit beaucoup de bonne volonté humaniste,
soit une résignation devant le changement qui s'impose par la "force des
choses", par le fait accompli. Résignation amère, source de ressentiment. On
peut toujours se dire que les gouvernements successifs ont fait moult erreurs
(l'Histoire, encore) mais la question reste : et maintenant ? et
demain ?
Entre la pensée néo-réac (ou d'extrême droite pas néo
du tout) et les bras grands ouverts dans un mouvement angélique (on dit aussi irénique, il parait) d'acceptation de
tout et tous, il doit y avoir une troisième voie. Une voie intelligente (qui
tient compte du réel : des faits actuels d'ici et d'ailleurs comme de l'Histoire)
et humaine (qui tient compte des "valeurs" promues par nos discours).
Je le répète, ce n'est pas simple.