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mercredi 23 juin 2010

Eloge du doute


LO N°387 (23/06/10)

LE  DÉRÉGLEMENT CLIMATIQUE ET SES NÉGATEURS
SUITE 16 (Suite des LO 359, 360, 361, 367, 369, 373, 376, 380, 383.)

IL N'Y A PAS DE CERTITUDE ABSOLUE
IL N'Y A PAS DE RISQUE ZÉRO

« On nous dit que la politique "doit" être simplifiante et manichéenne. Oui, certes, dans sa conception manipulatrice qui utilise les pulsions aveugles. Mais la stratégie politique, elle, requiert la connaissance complexe, car la stratégie se mène en travaillant avec et contre l'incertain, l'aléa, le jeu multiple des interactions et rétroactions. » (Edgar Morin. "Introduction à la pensée complexe". Seuil)

Les scientifiques eux-mêmes, ou "experts", n'ont aucun pouvoir de décision. Ils n'ont pas de légitimité politique et ne peuvent donc qu'interpeller les responsables politiques, avertir, recommander. Mais ils doivent commencer par démontrer des chaînes causales extrêmement complexes, en tirer des conclusions (hypothèses) et ensuite faire avaler celles-ci à des politiques et des médiatiques et finalement au public, tous incapable d'en maîtriser toutes les subtilités… et d'en accepter les incertitudes. Car les scientifiques ont (et doivent garder) des doutes. Pour eux, c'est d'abord question d'honnêteté ; et c'est aussi un moteur pour travailler à raffiner leurs hypothèses et théories, à diminuer autant que possible le coefficient d'incertitude.
On peut parler de "non-certitude" ou aussi d'"incertitude positive" : les assertions positives de la science sont provisoires, corrigibles. Le scientifique le sait, mais pas forcément l'homme politique ou le grand public. Ceux-ci ont besoin de certitudes positives, ce qui tient à un romantisme du Progrès, une mythification de la Science. Et de la mythification à la mystification, il n'y a pas loin. La foi n'a rien à faire là, ni le dogme. Quand le scientifique dit « Je crois que…», ce n'est pas « Je crois en… » ou « J'y crois ». Mais voilà : notre rapport à la science et à la technique reste proche de la pensée magique. (« Appuyer sur un bouton… »… « En un seul click… »)
Les scientifiques font le constat (état des choses) et, par leurs hypothèses prévisionnelles, une sorte de "constat (virtuel) sur l'avenir" (état futur probable et risques y afférant). Ensuite, ils ne peuvent que proposer des mesures à prendre, mesures tenant compte de ces hypothèses sur le futur, et destinées à en réduire les risques (prévention et/ou adaptation). Mais le fait que ces mesures soient (présentées comme) indispensables ne garantit pas qu'elles seront adoptées. Ces mesures à prendre représentent des choix d'avenir extrêmement nouveaux, contraignants, coûteux, ce qui fait qu'il est indispensable d'y associer tous les responsables, tous les acteurs : scientifiques, politiques, civiques, économiques. Et ce en évitant les conflits d'intérêts, en particulier entre régions du monde arrivées à des niveaux différents de développement (richesse, savoir, liberté individuelle et collective). C'est dire que ce n'est pas simple (encore une fois), on l'a bien vu lors de Copenhague. Il n'existe pas d'organisme à même d'ordonner et de coordonner les interactions entre savoir, vouloir et pouvoir. Il n'y a pas (pas encore) d'Organisation Mondiale de l'Environnement (OME !), ni de Parlement Mondial qui recevrait les analyses et recommandations des scientifiques - qui en débattrait - qui prendrait des décisions - qui aurait les moyens de les appliquer.



CERTITUDE, INCERTITUDE, CONVICTION, CROYANCE… ET SCEPTICISME…
Si l'on en croit David Hume (1739), empiriste radical, notre représentation du monde se structure autour de nos habitudes. « Nous attendons de notre environnement qu'il témoigne d'une certaine stabilité, parce que nous reportons inconsciemment sur l'avenir les constats que nous avons observés dans le passé. » (Mathieu Moreau dans PhiloMag 4)
Chaque matin le soleil se lève : nous le savons, nous l'avons constaté, chacun et tous, des milliers de fois, c'est un objet à la fois de connaissance personnelle et de consensus collectif. Tellement "normal" qu'il n'y a même plus besoin d'y penser, c'est intégré dans l'inconscient. Une habitude, donc. Ça peut même être vu comme un préjugé… à part que ce préjugé est tout sauf gratuit : la probabilité que demain le soleil se lève encore est immense, proche de 100 %.
Mais seulement proche.
Très proche, certes, mais on doit envisager la possibilité, même infime, que non, demain matin, le soleil ne se lève pas : la Terre se serait arrêtée de tourner pendant la nuit (la sournoise)… (avec ça que "pendant la nuit", pour la Terre, c'est… euh… quand ?).
— Mais… Envisager ça, c'est presque du nihilisme ! Si on croit ça, c'est qu'on ne croit plus en rien !
— Oui. C'est un scepticisme qu'on peut qualifier de dévastateur. La rupture de cette habitude majeure serait une catastrophe au sens le plus pur : "cata", coupure, et "strophe", le discours. (L'habitude est un discours inconscient et, en l'occurrence, collectif, universel). Pourtant entre la (quasi) certitude que le soleil va se lever, telle quasi certitude scientifique (le réchauffement climatique, par exemple au hasard) et la croyance aux anges ou aux ovnis (par exemple), il n'y aurait pas, selon Hume, de différence de nature, mais seulement une différence de degré de précision. Pour le soleil, la multiplicité de ma propre expérience de son lever et la multiplicité des témoignages humains concordants (des milliards) font qu'on est dans un maximum de précision, une certitude avec un tout petit minuscule "quasi". Pour les anges, on n'a que quelques témoignages très anciens ou très suspects : la Bible, Jeanne d'Arc… Pour les ovnis, que des photos floues, etc. On est plus proche de la croyance, de la foi, de la superstition.
Pour le réchauffement climatique et son origine humaine, les rapports du GIEC sont fondés sur des constats empiriques (mesures) et des calculs de probabilité, des modèles informatiques, le prolongement de courbes sur des graphiques. Une convergence de très nombreux éléments ("preuves") qui font qu'on est dans une quasi certitude… disons une probabilité beaucoup plus forte que pour les anges ou les ovnis, mais beaucoup moins forte que pour le lever du soleil.

« La prévision est un art difficile, surtout quand elle porte sur l'avenir. » (Niels Bohr)

Nous devons donc tenir compte sans cesse de ces notions-clés et les dialectiser : la probabilité dans tous ses degrés, les habitudes qui proviennent de la répétition des expériences, avec, là aussi, des degrés, selon la fréquence et la régularité de cette répétition, et donc un ancrage plus ou moins fort de l'habitude. Tout cela formant soit une croyance (ou même une foi), soit une conviction, soit une (quasi) certitude.

« Gardons-nous de confondre la conviction avec la certitude. La conviction prend le risque d'affirmer et donc de se tromper, la certitude préfère la crédulité sécurisante du dogme. » (J.C. Besson-Girard)

LE PRINCIPE SCEPTIQUE, restons-y, ça m'intéresse !
« Il n’est pas nécessaire d’avoir un diplôme universitaire pour être un sceptique, comme le montre bien le fait que tant de personnes peuvent acheter une voiture d'occasion sans se faire rouler. L’idéal que vise la démocratisation du scepticisme est au fond celui-ci : chacun devrait posséder des outils de base qui permettent d’évaluer rigoureusement et constructivement des propositions qui se donnent comme vraies. Tout ce que la science demande, à ce niveau, est que l’on emploie partout le même degré de scepticisme que nous mettons en oeuvre lorsque nous achetons une voiture ou lorsque nous jugeons de la qualité d’analgésiques ou de bières en regardant des publicités. […]
Il me semble que ce qui est requis est un sain équilibre entre deux tendances : celle qui nous pousse à scruter de manière inlassablement sceptique toutes les hypothèses qui nous sont soumises et celle qui nous invite à garder une grande ouverture aux idées nouvelles. Si vous n’êtes que sceptique, aucune idée nouvelle ne parvient jusqu’à vous ; vous n’apprenez jamais quoi que ce soit de nouveau ; vous devenez une détestable personne convaincue que la sottise règne sur le monde – et, bien entendu, bien des faits sont là pour vous donner raison.
D’un autre côté, si vous êtes ouvert jusqu’à la crédulité et n’avez pas même une once de scepticisme en vous, alors vous n’êtes même plus capable de distinguer entre les idées utiles et celles qui n’ont aucun intérêt. Si toutes les idées ont la même validité, vous êtes perdu : car alors, aucune idée n’a plus de valeur. » (Carl Sagan)

Ceci pose bien le problème. Tout chercheur (savant, scientifique) se doit d'être sceptique, c'est-à-dire de toujours conserver l'esprit critique, douter, passer les faits comme les hypothèses au crible de l'analyse rationnelle, de comparaisons, d'expérimentations répétées. Ce qu'on ne peut pas forcément exiger de "l'homme de la rue", vous et moi (encore que je serais plus du côté du chemin de campagne que de la rue…) parce que, bien souvent ça nous dépasse, tout simplement parce qu'on n'a pas les connaissances suffisantes.

« Il est hautement désirable que, dans une démocratie, les citoyennes et citoyens soient informés des questions qui les concernent et qu’ils en jugent et en discutent en s’efforçant de tirer des inférences valides de faits connus ou admis, bref, en faisant preuve de rationalité et de pensée critique. » Normand Baillargeon

Acquérons des connaissances, donc. Je peux vous dire qu'ici, en faisant ce travail, j'en apprends tous les jours !
Et apprenons la pratique de la critique. Ne pas avaler tout et n'importe quoi, c'est déjà bien utile face à la publicité commerciale ou la propagande politique ou religieuse. C'est de l'ordre de l'auto-défense. Et si, comme dit plus haut, le domaine scientifique nous passe quand même en grande partie au dessus de la tête, disons-nous bien que l'auto-défense critique (dite aussi "défenses humanitaires") s'applique à bien d'autres domaines de la vie et de la communication : politique, publicitaire, artistique, etc.

Mais évidemment, partant de cet éloge du doute, de l'incertitude, du scepticisme, les négateurs ou climato-sceptiques ont beau jeu.


(Un vieux dessin pas terrible, mais j'ai eu la flemme de le refaire…)

lundi 17 mai 2010

RÉCHAUFFEURS ET NÉGATEURS, SUITE


LO N° 376 (16 mai 2010)

SUITE 13 - RETOUR SUR LES PRINCIPAUX GAZ A EFFET DE SERRE

La vapeur d'eau est le plus important des gaz à effet de serre (72 % de l'effet de serre total). Mais elle ne contribue pas au réchauffement climatique, c'est-à-dire à l'excès d'effet de serre. Elle crée simplement l'effet de serre naturel et bienfaiteur, celui qui permet la vie sur la planète, celui sans lequel nous n'existerions tout simplement pas. (L'EAU, donc = la vie, on le sait). Cela surtout tant qu'elle est sous forme de vapeur (invisible). Quand elle se condense et se forme en nuages, elle serait plutôt, comme dit dans la "suite 12", protectrice. (Je simplifie : en gros, les nuages, par en dessus, protègent du rayonnement solaire : ils en renvoient dans les 30% vers l'espace ; par en dessous, ils concourent à conserver la chaleur…)

Le gaz carbonique ou dioxyde de carbone (CO2). Émis par notre respiration et toutes les combustions. Absorbé par les plantes et les algues. Notre physiologie est fondée sur le carbone, de même que tout ce qui brûle. Ce n'est pas par hasard que le charbon s'appelle charbon. Le CO2 est naturel et indispensable. Sans CO2, pas de plantes, pas d'arbres, pas de vie. On devrait même arrêter de dire que c'est un polluant. (L'huile de vidange, oui, c'est un polluant). Quand EDF ou Areva fait du greenwashing publicitaire en proposant comme but : CO2 = zéro, c'est une grosse connerie.
La question, c'est celle de sa proportion dans l'air. Dans un sous-marin, il y en a vingt fois plus que la normale, ça n'empêche pas de respirer. (Mais ça fait monter la T°).
Fonder toute la lutte contre le réchauffement climatique en s'appuyant sur les émissions de CO2 dues aux activités humaines est sans doute une simplification douteuse. J'ai défendu cela en disant que c'était en tout cas un bon symbole, voire un bon "prétexte". Y en a qui n'ont pas aimé. (J'y reviendrai, puisque le thème de cette chronique est orienté principalement vers les climato-négateurs, dits aussi climato-sceptique – et je n'en suis pas devenu un, même si le doute, le scepticisme, l'esprit critique font partie de ma démarche personnelle… et de la science.)

Le méthane (CH4) : Les émissions de méthane sont une source importante d'effet de serre. Molécule pour molécule, le CH4 est 25 fois plus "efficace" que le CO2, question augmentation de l'effet de serre. De plus il contribue aussi indirectement à l'effet de serre en diminuant la capacité de l'atmosphère à oxyder d'autres gaz à effet de serre (comme les CFC). Au total, il contribuerait à ± 20 % du réchauffement global estimé.
Si le CO2 est favorable à la végétation, le méthane, par contre, n'est bon pour personne, dans la nature. Personne ne s'en nourrit, autant que je sache (En gros, c'est du déchet). (Mais peut-être a-t-il quelque part un rôle positif que j'ignore… Si quelqu'un a des tuyaux…)
Incolore, inodore, plus léger que l'air. Il est issu de la fermentation des matières organiques animales ou végétales, fabriqué par des bactéries en milieu anaérobie (= sans oxygène O2). Il provient donc surtout de la décomposition organique naturelle (feuilles mortes, vases des marécages…) Certaines espèces (termites) peuvent en produire des quantités significatives. La riziculture en produit abondamment. Et tous les élevages. Présence dans nos tubes digestifs et donc dans nos pets (ou flatulences) (mais c'est pas lui qui pue) et encore plus dans les panses des vaches qui en rotent un max.
En plus de ces productions organiques, les volcans en émettent aussi. Présence donc "au centre de la Terre" : le grisou dans les mines. Le gaz naturel que l'on pompe pour nos chaudières est composé principalement de méthane. (Quand "ça sent le gaz", c'est une odeur qui a été ajoutée pour des raisons de sécurité).
Il est aussi piégé par le froid sous forme d'hydrates de méthane (clathrates que j'ai déjà largement évoquées) au fond des océans nordiques, et dans le pergélisol (ou permafrost).
C'est aussi un sous produit de l'industrie pétrolière. Comme on sait pas quoi en foutre, on le brûle (de moins en moins) dans des torchères au lieu de le récupérer pour mettre dans nos cuisinières, voire le liquéfier pour en faire de l'essence. On en fait quand même (de plus en plus) du gaza de ville, dit biogaz quand il est d'origine organique (lisiers de porc) Sa combustion produit du CO2, ce qui est moins grave que l'émission libre du CH4 brut.
Comment s'en débarrasser ? Dans l'atmosphère, il est totalement éliminé en une dizaine d'années par photochimie. Les deux principaux puits du méthane (c'est-à-dire les mécanismes responsables de sa disparition) sont l'oxydation chimique par les radicaux OH (qui sont en quelque sorte des détergents atmosphériques) et la photodissociation directe sous l'effet des rayonnements ultraviolets. Le premier mécanisme, très rapide (une ou deux années), explique la durée de vie très faible du méthane dans l'atmosphère. La destruction du méthane par les ultraviolets est un phénomène plus lent, qui prend environ 100 ans.
Prospective : Les variations futures des émissions de CH4 sont incertaines. A priori, on prévoit une augmentation des apports de l’énergie fossile, des déchets, des sources agricoles et marines du fait du développement de la population mondiale, de l’industrialisation de certains pays et de la demande croissante en énergie, ainsi que du réchauffement climatique. Mais, en contradiction avec ces prévisions, l'évolution de la concentration en méthane semble marquer le pas (2007). (Mais je reparlerai du méthane.)

Les halo carbures : C'est une classe de composés chimiques, qui contiennent du carbone et un ou plusieurs atomes appartenant à famille des halogènes, comme le fluor et le chlore. Les plus importants de ces halo carbones, pour ce qui est de leur participation au réchauffement de la planète, sont les chlorofluorocarbones (CFC, aussi connus sous leur nom de marque de Fréon). Ils sont aussi connus pour être responsables du fameux "trou dans la couche d'ozone", mais pas de confusion : le trou en question n'est pas responsable du réchauffement climatique. (Bientôt un chapitre sur le sujet).

Le protoxyde d'azote (N2O)
Dans le langage courant, l'azote (N) désigne le gaz diatomique diazote N2, constituant majoritaire de l'atmosphère terrestre (presque les 4/5 de l'air, 78 %, en volume). Seul (sans oxygène), il n'est pas respirable.
Il n'a pas de rôle dans la dégradation de la couche d'ozone ni dans l'effet de serre.
Par contre, le protoxyde d'azote (N2O), oui : comme le CO2, le N2O est présent naturellement dans l'atmosphère. Le sol et les océans sont les principales sources naturelles de ce gaz. C'est un puissant gaz à effet de serre qui subsiste longtemps dans l’atmosphère : environ 120 ans. Son potentiel de réchauffement est 275 fois celui du CO2 (Certains disent même 310 fois).
Outre sa présence naturelle, il est également produit par la combustion de matières organiques et de combustibles fossiles, par l’industrie : production d'acide nitrique, d'acide adipique, de caprolactame, de glyoxal et d'acide glyoxylique. Donc si vous voyez des molécules de ces saloperies dans votre soupe ou votre dégivrant, boycottez !
Sa production dans les sols est fortement augmentée par la fertilisation azotée.
Ce qui veut dire que l’agriculture est le principal émetteur de N2O (76 % des émissions, en France).

Eq.C ou PRG
Ce qu'il faut savoir aussi, c'est que les scientifiques (du GIEC en particulier), pour pouvoir comparer de manière pratique les émissions de chaque gaz, en fonction de leur impact sur les changements climatiques et faire des calculs globaux et des projections, ont créé une unité commune : l'équivalent CO2 ou équivalent carbone (Eq.C) ; un peu comme on compte l'énergie en équivalent pétrole, qu'elle provienne du bois, du charbon, du gaz ou des pets de nonne.
L'équivalent CO2 est aussi appelé potentiel de réchauffement global (PRG), ce qui dit bien ce que ça veut dire. Il vaut 1 pour le dioxyde de carbone CO2 qui sert de référence. Le PRG d'un gaz est la masse de CO2 qui produirait un impact équivalent sur l'effet de serre. Par exemple, le méthane a un PRG de 25, ce qui signifie qu'il a un pouvoir d'effet de serre 25 fois supérieur au dioxyde de carbone. (Mais je reviendrai sur la question importante du PRG du méthane.)

Cela veut dire aussi, et c'est très important au niveau de la communication sur le sujet, de notre compréhension, et de celle des décisionnaires politiques, que quand on (le GIEC) parle des émissions humaines de GES, on ne parle pas que du CO2 lui-même, mais en fait d'une globalité : TOUS les GES recalculés en équivalent CO2.
Du coup, on serait justifié de ne pas se polariser sur le CO2 en lui-même, mais de se préoccuper vertement des autres gaz à effet de serre que je viens de citer : méthane, halo carbures, protoxyde d'azote.
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lundi 16 novembre 2009

LES NÉGATIONNISTES CLIMATIQUES (1)


LO N° 334 (11/11/09) (Vivement 2011, qu'on puisse taper que des 1)

Etant donné l'approche du grand sommet climatique de Copenhague, comme par hasard, on voit ressortir les NÉGATIONNISTES CLIMATIQUES.

Et moi je ressors quelques articles capturés en 2007, en particulier à l'occasion d'un N° de Courrier International. (N°881, sept.07).
On y apprend "Comment travaille le lobby des sceptiques", essentiellement à faire revenir le réchauffement climatique au stade d'hypothèse théorique et non de réalité. Semer le doute… ça suffit… exactement comme les fabricants de cigarettes l'avaient fait pour la recherche sur les méfaits du tabac. Ça marche. Il suffit de quelques petites phrases (reprises par les médias) "la recherche n'en est qu'à ses débuts", "il n'y a pas de consensus"… "le GIEC, ce n'est pas des vrais savants, juste des compilateurs"… "Nicolas Hulot est nul" (dixit Clallègre), "la communauté des chercheurs est divisée"… (Exactement le même discours que sur les OGM > voir dans la prochaine LO l'article de Le Boucher). Et puis pour finir, quand ils sont à cours, ils sont capables de dire : "Même si c'est vrai que le monde chauffe, même si c'est vrai que les hommes en sont responsables, il n'y a pas de quoi s'inquiéter, on aime bien la chaleur, demandez aux Inuits, ils sont tout contents… Et puis on va pouvoir naviguer dans l'Arctique, etc. Et puis de toute façon on n'y peut rien."
Et l'ennui, c'est que c'est pas faux. Comment agir contre le réchauffement climatique ? En fait, on n'en sait rien ! Il ne suffit pas de démonter les arguments des sceptiques, il ne suffit pas de s'engager dans un beau discours à réduire les émissions de gaz à effet de serre de tant % d'ici telle date. Le dire, c'est bien, mais comment le faire ? En fermant la lumière quand on sort d'une pièce, en ne laissant pas couler le robinet quand on se brosse les dents, en roulant électrique ? Au mieux nous pouvons essayer de limiter les émissions de gaz à effet de serre ou, plus exactement, de limiter l'augmentation des émissions. (Parce que globalement, depuis qu'on en parle, non seulement les émissions continuent mais elles continuent d'augmenter.)
Quant à la capture et le stockage du CO2 (CSC), je l'ai déjà évoquée négativement dans la LO N°332 et la lecture de Hervé Kempf me le confirme. Dans "Pour sauver la planète, sortez du capitalisme", il parle de la plateforme norvégienne Sleipner A, qui extrait du gaz du fond sous-marin… et qui travaille à débarrasser ce gaz d'une bonne partie de son CO2 en excès et le réenterre, le réinjecte dans les cavernes sous-marines. Mais cette technique, ajoutée au fonctionnement général de la plateforme, est très coûteuse en énergie. Finalement, la plateforme-usine, pour un million de tonnes de CO2 qu'elle séquestre chaque année, en émet 900 000 tonnes… Le bénéfice est ridicule par rapport à l'enjeu.
Et pendant de temps les centrales thermiques à charbon se multiplient… (Et avec ça Kempf ne croit pas plus en les éoliennes, ah la la…)
Il y a un problème de masse : si maintenant, là, tout de suite, on jouait à fond éoliennes, biomasse, solaire, voitures "vertes", nucléaire, isolation de l'habitat, même si on faisait tout ça à fond la caisse d'un seul coup dans le monde entier (hypothèse carrément fantaisiste), les émissions en 2050 seraient encore au dessus de celles de 2003. Ne serait-ce que parce que le mouvement est lancé depuis longtemps et continue sur son élan, quoiqu'on fasse. Pour vraiment corriger le tir, il faudrait pouvoir retourner de 150 ans dans le passé et étouffer dans l'oeuf la société industrielle.
Reste l'incantation à la "recherche et développement". Ouais, quand on voit le temps et les frais engagés pour mettre au point le Pelamis qui produit modestement de l'électricité avec la houle, et qui a toutes les chances d'en rester au stade expérimental……
Et là, un article du Washington Post est assez fendard dans son genre en ce sens qu'il avoue carrément : nous n'avons tout simplement pas de solution à ce problème. Article le plus pessimiste du lot, en fait : les autres font preuve d'indignation, moralisent, accusent les uns et les autres, ou récusent les arguments des négationnistes, c'est toujours bon à prendre, mais n'apportent pas de solutions. Lui il dit : c'est pas la peine de s'indigner et d'accuser, de toute façon y a pas de solution ! Ce parfait pessimisme (réalisme) me semble la seule attitude possible, et surtout la seule susceptible de changer les choses.
Et déjà en abandonnant l'option (irréaliste) "les énergies nouvelles propres vont remplacer les énergies sales" pour aborder la vraie question : économiser l'énergie. Par exemple (je me réfère toujours à Kempf), l'Allemagne et l'Espagne, très en pointe pour l'équipement éolien, ont pourtant vu leurs émissions de CO2 augmenter entre 2000 et 2005 (1,2% pour l'Allemagne, 10,4% pour l'Espagne). Dans le même temps, le seul pays d'Europe qui ait réussi à faire baisser ses émissions est le Danemark (–11%), et ce grâce à de réels efforts d'économies d'énergie.
La suite du processus, c'est évidemment de passer d'une société de gaspillage d'énergie à une société d'économies d'énergies. Et "gaspillage d'énergie" et "économies d'énergie" veulent dire "gaspillage de TOUT" et "économies de TOUT". Dit comme ça, ça n'a l'air de rien, mais c'est un bouleversement complet.

Et si "on arrêtait tout" ? Et si on tuait toutes les vaches (qui pètent du méthane) ?



Je continue avec les négationnistes et les articles de ce Courrier International de 2007.

On y apprend que la Nasa se serait trompée dans ses calculs de T° pour la fin du XX° siècle : l'année la plus chaude aurait été non pas 1998 mais 1934… Mais de 0,02°C — ce qui ne veut strictement rien dire (un peu comme quand on nous annonce triomphalement une reprise économique de +0,03% sur un mois. Yeah !). De plus des chiffres sur un an ou même dix n'ont que peu de valeur, on peut toujours les attribuer à quelque cause marginale, ou à une suractivité solaire. Ah, le soleil, il a bon dos le soleil, avec ses tâches et ses variations. Et c'est bien pratique parce que si le réchauffement est dû à l'activité solaire, on n'y peut rien, donc on n'a plus qu'à chausser ses ray-ban et cuire. (Je n'exclus évidemment pas que le soleil joue un rôle ; mais, plus exactement, l'interaction entre le soleil et la quantité de gaz à effet de serre dans l'air.) (En passant, il y a même des Australiens qui disent que le réchauffement est un phénomène à l'échelle de la galaxie ! Mais les Australiens, c'est un peu des extraterrestres.)
Le fait est que les choses ne sont pas simples et unidirectionnelles, comme une courbe harmonieuse sur un graphique. Si les T° montaient chaque année de X°, régulièrement, sans débander, depuis 50 ans, la cause serait entendue. Mais la réalité n'est pas comme ça. La réalité, c'est con !, est toujours beaucoup plus compliquée et garde des zones d'ombre, des pourcentages d'incertitude. Dire ça est d'ailleurs une bonne manière de ne rien faire. Tergiverser. Il y a des montées, oui, des cycles, oui, des redescentes, oui… des "rémissions", un peu comme les fluctuations du prix du pétrole… Et ainsi n'importe quel chiffre, même calculé avec d'autres normes que les précédents, va semer la confusion dans les esprits et donc retarder la mise en œuvre d'une action efficace. Et en ce moment même, c'est bien ce qu'il se passe. On nous sert des chiffres comme quoi les T° ne montent plus, ou que les calculs étaient faux, elles n'ont jamais monté, et même tenez vous bien, elles baissent, fausse alerte, les mecs, tout va bien… sans que pour autant les "nouveaux chiffres" ou les nouveaux modèles expliquent les évènements patents, mesurables et mesurés : la fonte de l'Arctique, le recul des glaciers, la fréquence des épisodes climatiques violents (tornades), etc.
C'est qu'on veut des certitudes. Les "savants" savent, non ? Ou sont censés savoir. Or voilà qu'ils ont de ces coquetteries intellectuelles qui leur font utiliser le conditionnel et dire "il semble que", et "si les choses continuent, il se pourrait que… oh, d'ici un bon siècle, voire plusieurs…" Une sorte de principe de précautions oratoires. Par honnêteté ou par trouille de trop s'avancer et risquer de se ridiculiser. Alors si les climatologues (des spécialistes) sont "largement divisés" sur la réalité du réchauffement climatique et largement divisés aussi sur la responsabilité de l'homme et sa civilisation industrielle, où va-t-on ?
On reste dans l'incertitude et donc……… (Et là, ce "on" désigne fortement les politiques qui vont se rencontrer à Copenhague. Déjà qu'ils ont du mal avec ça, alors s'ils n'ont que des chiffres incertains, ça ne va pas les motiver.)



(Sur un plan anthropologique, et pour expliquer un peu cette faiblesse des capacités de décision, il faut noter que l'époque – XX° + XX° siècle commençant –, celle de la mort de dieu, de la psychanalyse et de la physique quantique, de l'explosion démographique, des génocides de masse et de l'atome… est tout entière placée sous le signe du principe d'incertitude… mais nous ne l'avons pas encore intégré, nous ne savons pas encore comment faire avec… nous en sommes encore à nous référer aux Lumières et au triomphe de la raison raisonnante.)
Pourtant, vient un moment où il faut arrêter de se demander, d'hésiter, de tergiverser. Face au principe d'incertitude, il faut sans doute choisir le pire, la pire hypothèse, comme on l'a fait, ici en France avec la grippA. Et cette démarche (principe de précaution qui apparaît ridicule et clairement dispendieux dans ce cas d'une épidémie moins virulente que la grippe habituelle – je sais que je choisis un très mauvais exemple) prendrait une toute autre valeur face à un danger, éventuel peut-être, mais qui touche l'humanité entière.