vendredi 5 décembre 2014

CECI N'EST PAS DE LA SF (4ème ÉPISODE) - VIN, TISSUS, CUIR, DIAMANT


"Rêver 2074 / Une utopie du luxe français / par le Comité Colbert" (et quelques écrivains et écrivaines…).
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Nouvelle N°2) OLIVIER PAQUET - "LA REINE D'AMBRE"
D'abord il y a une vieille femme, encore, Noriko Higushi, une sorte d'artiste, encore, œnologue, qui, elle aussi, a perdu un sens, une qualité essentielle à son art : l'odorat. (Le pourquoi de ces convergences scénaristiques entre Xavier Mauvéjean, Olivier Paquet, et plus loin Jean-Claude Dunyach, ne laisse pas de m'étonner, comme il a étonné l'auteur du premier post Facebook que j'ai lu sur le thème de ce recueil. Le travail sur l'intertextuel aurait-il entrainé des effets mimétiques…?) (Et ces pertes d'un sens répétées sont-elles des signes d'une perte générale DU sens ?) (C'est peut-être aussi que le thème imposé, le luxe, est vide de sens…)
Pourtant, cette nouvelle me semble présenter un avantage : a priori, elle joue vraiment le jeu, elle traite vraiment le sujet (la production de luxe) autrement que par des éléments de décor ou placements de produits. (Ne suis-je pas dans le paradoxe provocateur, là, en appréciant l'auteur qui joue le plus honnêtement le jeu de l'ennemi…? Ou peut-être est-ce que j'apprécie la cohérence… et que je m'offusque, malgré Baudelaire, qu'on puisse confondre ordre et beauté, luxe, calme et volupté.)
In vino veritas
L'enjeu est bel et bien un objet de luxe : un vin de Bordeaux très haut de gamme (un Château Yquem ?). (Et ça, ça me serait plutôt sympathique ! Une "cause" plus légitime que les parfums L…N ou les sacs V…N !) Il est typique que, dans cette nouvelle, le lecteur ne bute pas constamment sur ces "placements de produits" gratuits, parasitaires, disposés régulièrement pour plaire aux commanditaires, et qui font grincer aux entournures les autres textes. Ici, il n'y en a pas besoin puisqu'on est clairement dans le sujet. Du coup, cette nouvelle pourrait se lire dans n'importe quel cadre éditorial. Après tout ce ne serait pas la première histoire de SF située "chez les riches" et travaillant la problématique de la richesse. En respectant honnêtement la contrainte, ce texte s'en émancipe.
Mais l'essentiel se trouve dans le drame humain de cette perte d'odorat et dans l'idée proprement techno-SF qu'une intelligence artificielle (une aya dans un robot) puisse devenir à son tour œnologue et maitre de chais.
A touch of Zen
Après, y a-t-il subversion du thème "luxe" ? Peut-être, oui, dans la personnalité de la dame qui, malgré le "commercial" qui est censé la remplacer, le jeune directeur financier émissaire des actionnaires, gardera la maitrise de son art et de son chais, via le robot-aya en question (qui ne serait qu'un système expert, me dit-on, mais je n'y connais rien…) et via un langage poétique japonisant qu'elle est seule à maitriser. Disons quelle impose un luxe d'un autre niveau que celui du fric : l'expérience individuelle, la fine connaissance et la fine technologie, la qualité poétique, un art.
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3) SAMANTHA BAILLY - "FACETTES"
Cette fois aussi, on est dans le thème. L'enjeu est bel et bien à l'intérieur d'une maison de luxe, c'est une création qui est en jeu.
Lune Guénon est la première neuroscientifique à être devenue créatrice de mode. Elle a inventé l'émotissu qui affiche les émotions de qui le porte. Elle est vieillissante (tiens ! encore une !) et elle n'a plus l'inspiration (tiens ! encore une ! Perte de sens, encore ¿). C'est aussi que les vêtements de sa création, une fois portés par des clients, vivent leur vie, ou plutôt celle des gens qui les portent, et donc sa création lui échappe, ne lui appartient plus. Le thème du contact intime d'humain à humain revient, passant par les neurones miroirs, sources de l'empathie, expression des émotions – qui se retrouvent maintenant codées "objectivement" par l'émotissu – conjugaison de compréhension et beauté. Une utopie de la transparence, de l'intimité partagée.
Mais elle pense que, pour retrouver la créativité, elle a quelque chose à retrouver dans des qualités passées. Visitant une maison de couture traditionnelle, elle retrouve des émotions pures devant les matières naturelles (fourrure, soie… les Végans vont hurler) et le raffinement du savoir-faire traditionnel. Et voilà qu'elle invente l'artextile qui est noventique = réconciliation de l'avant-garde et du patrimoine… des vêtements réversibles : on peut choisir le côté qui expose ses émotions ou celui qui les cache. Euh………
Tout ça, et je suis gentil, me semble sans intérêt.
Pourtant le blog de Lam Rona, "Non, pas le bouton rouge" va y déceler une subversion étonnante ! Bravo à lui, allez-y voir, je ne dis rien…
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4) ROQUE RIVAS - "MIRAGE D'UN AVENIR" est une nouvelle sonore, de la musique "concrète" peut-être, je n'en sais pas plus, n'ayant téléchargé que le PDF…
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5) JEAN-CLAUDE DUNYACH - "NOCES DE DIAMANT"
(Jean-Claude Dunyach est par ailleurs coordinateur de l'ensemble des textes.)
Nouvelle assez simple qui, au prix du nettoyage de quelques lignes "de complaisance", tiendrait très bien debout toute seule (je veux dire dans n'importe quel autre cadre). En effet, on est devant une histoire humaine plutôt poétique, une fable visant à l'amour universel. En réalité, l'industrie du luxe n'est pas du tout la condition ou l'enjeu, à part que le récit nécessite un joailler pour tailler un diamant – et le fait qu'il exerce place Vendôme est logique et ne me gène en rien.
Il s'agit, à la base, de la découverte d'un diamant venu de l'espace (via la chute de la météorite de la Tunguska en 1908), diamant qu'il faut bien qualifier de "magique", puisque, par contact avec un verre en cristal, il crée une résonance, une vibration qui exalte les sentiments d'amour et lui permet de séduire la femme de sa vie. (Quelque chose comme le philtre d'amour de Tristan et Iseult.)
Le personnage est âgé, encore un, se surnomme Janus, celui qui regarde à la fois le passé et le futur. Le passé : il l'a perdue, sa femme. Le futur : une expédition spatiale, à laquelle participera son fils, serait susceptible de ramener un astéroïde entier fait de cette substance cristalline, ce diamant nébulaire, dont la vibration pourrait changer le monde humain. (Comme le monolithe de 2001, mais en mieux : le monolithe enclenchait une évolution vers l'intelligence chez les hominidés, évolution qui se manifestait d'emblée par l'utilisation d'un os pour casser la tête de son voisin… passons.)
Fiat lux-e
Le miracle ne nait pas de l'art du joailler ni du fric de la clientèle, le miracle, c'est le diamant extraterrestre. Ce monolithe diamant, dument partagé entre les humains, les ferait "vibrer à l'unisson". Faut-il y voir, encore, une sorte de mysticisme du luxe ? (Cf le néologisme "proximondial"… mondialisation = amour universel ?!) Un "cristal qui songe"…? Moebiusien…? Christique…? Hum… (Gardons en tête que toute mystique est une mystification…)
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6) ANNE FAKHOURI - "UN COIN DE SON ESPRIT"
D'emblée nous voici encore en compagnie d'une vielle dame, Enid Shon – décidément c'est une manie. (Était-ce inclus dans le cahier des charges du Comité ?!) De nouveau on est dans une maison de création, "Savage", on est donc "dans le sujet", cette fois. Il est question de sacs et d'un cuir synthétique (les Végans vont adorer !) "monoforme", malléable, moulable ou soufflable, comme on travaille le verre, et donc permettant une fabrication sans couture. N'empêche que paradoxalement, pour faire chic, on est tenté d'y ajouter des surpiqures… (Ha-ha.)
Un personnage nommé Zadig a réussi à donner à ce cuir l'odeur du cuir authentique mais l'odeur s'efface rapidement. Il va voir une autre vieille femme, Alx, l'artisane merveilleuse en fin de vie, stagnant dans le coma. C'est elle qui lui a fait découvrir le moyen d'imprégner le cuir de son parfum, via de la cire d'abeille, mais il ne sait comment le fixer. Il a avec elle un contact intime quasi télépathique. Ils inventent un moyen d'imprégner le cuir non seulement d'un parfum qui reste fixé, mais d'un parfum contenant les souvenirs du possesseur du sac… (Du moins si j'ai bien compris, car si un critique a qualifié la nouvelle de Joëlle Wintrebert de "foutraque", que dire ce celle-ci ?!… Je passe mon tour. J'avoue que je ne vois pas bien qu'en tirer, ni en bien ni en mal… à part une certaine maladresse ou confusion globale… Sans compter que l'enjeu dramatique… donner l'odeur du cuir naturel à un "cuir" synthétique… euh… n'est-ce pas dérisoire ? pour ne pas dire ridicule…)
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(à suivre, avec la nouvelle de Joëlle Wintrebert.)

jeudi 4 décembre 2014

CECI N'EST PAS DE LA SF (3ème ÉPISODE) ou : LES NOUVELLES


"Rêver 2074 / Une utopie du luxe français / par le Comité Colbert" (et quelques écrivains et écrivaines…).
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ET SI ON PARLAIT DES NOUVELLES ?
J'ai encore pas mal de considérations générales en réserve, parce que, après tout, à partir de cette série de nouvelles et des commentaires qu'elles ont suscité, c'est l'occasion de parler de la société, du commerce, du travail d'auteur, de la SF, de l'argent, du réel et de l'idéal… bref, du monde actuel. Mais je vais garder ça pour plus tard, après avoir quelque peu décrypté les textes.
"Décrypté", parce que ces textes sont parfois cryptiques…
Et puis en gardant toujours en tête que ces nouvelles n'existent pas "en soi" mais dans ce contexte. Sachant aussi que mes remarques ou décryptages, mes suppositions sur les intentions plus ou moins cachées des uns et des autres, seront mes interprétations. (Mais il n'y a pas de lecture sans interprétation.)
… Nouvelles qui évoquent ou sont censées évoquer une utopie du luxe français située dans les années 2070, commandées, éditées, signées, je le rappelle, par le Comité Colbert, donc sponsorisées par "le luxe français"… l'objet final étant et virtuel et gratuit… le tout dans le contexte d'une France avec tant de millions de chômeurs, 112 000 SDF… dans le contexte d'un Monde de 7 milliards d'habitants dont un milliard de crève-la-faim… le tout en pleine crise de civilisation (crise morale, économique, climatique, démographique, etc.)
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J'avais lu d'abord Joëlle Wintrebert, "Le Don des chimères", j'en ai déjà parlé plus haut, j'y reviendrai. Mais je vais reprendre les textes dans l'ordre, ça a peut-être une importance. Et en donnant quelques éléments des narrations, thèmes, pitch ou citations, surtout pour les idées que je peux en faire ressortir, les convergences et les contradictions, le sous-texte et les subversion éventuelles (les écrivains se sont-ils fait piéger – naïvement ¿– sincèrement ¿– cyniquement ¿)… ont-ils respecté le contrat ? ont-ils piégé leurs textes ? – c'est ça qui m'intéresse. (Et sans trop me préoccuper des qualités littéraires.)
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1) XAVIER MAUMÉJEAN - "L'ARBRE DE PORPHYRE"
Bizarrement, à mon sens, cette histoire a peu à voir avec les commerces du luxe ou alors très superficiellement. Le thème n'y est qu'accessoire. (Mais après tout, dans la mode, les foulards H…S ou les sacs V…N ne sont que des "accessoires".)
L'enjeu est une artiste, Gorgeia Akos, dont l'art (après une pandémie dite "LA Pandémie") avait "guéri le monde" par la beauté qu'elle créait (magie ?). Depuis, elle a perdu la vision des couleurs. Et "le monde", représenté par l'OMS, par reconnaissance, se doit de, à son tour, la guérir de cette infirmité.
Une sorte de détective, Paul Gilson (et son assistante Lakshmi) est chargé de la rejoindre et de lui offrir cette guérison, par un moyen que je ne sais trop comment qualifier… tant, sous les termes techniques, il apparait "magique"… On peut parler de symbole, de spiritualité New Age ("Peut-être que l'âme perçoit la teinture de l'espoir"… Hum…), à la limite de mystique chrétienne.
Mais au moins s'agit-il (je préfère) de solidarité humaine – du domaine de l'éthique, donc… ou de l'écologie (? mais… voir plus loin).
Le truc est assez complexe (et un peu fou, non ?)
Il s'agit, de réunir des numéros (de sécu ?) par dizaines de milliers, chacun associé à un dossier médical (de gens que l'art de Gorgeia Akos a guéris, je suppose), et de les intégrer à un modèle virtuel en 3D reproduisant le modèle organique coral­lien.
Je cite partiellement : « Du corail. […] Le corail vit en colonie. Tous les éléments qui la composent sont solidaires et vivent en parfaite symbiose avec l’environnement. L’individu en résonance avec l’universel […] ce que l’on appelait le proximondial. […] Lakshmi finissait de mettre au point le squelette colonial. À l’état naturel, il était composé d’une substance appelée "Gorgonine", l’équivalent de la solidarité qui, par l’action d’Akos, unissait tous les membres de l’espèce humaine. Au-delà de l’apparente froideur de ses outils numériques, la programmartiste renouait avec le savoir-faire des joaillers qui, depuis des temps immémoriaux, travaillaient le corail. »
(En passant, désolé, mais les coraux n'ont pas attendu d'être travaillés par des joaillers, aussi artistes soient-ils, pour être beaux et pour exprimer quelque chose comme de la solidarité : un récif de corail est typiquement un milieu écologique, l'"holobionte" (le corail et toute sa communauté symbiotique) où vivent en interdépendance des milliers d'espèces. Je veux dire par là que le symbolisme du corail est valable et plutôt beau (entre autres parce que, malade, il se décolore), mais le rattacher aux joaillers de la place Vendôme n'est qu'un artifice placé là pour faire plaisir au client.)
(Avec ça, je ne résiste pas à citer Wikipédia : # Le prix très élevé du corail rouge en joaillerie a entrainé sa disparition presque totale sur les côtes françaises et italiennes à des profondeurs de moins de 10 m. Si l'espèce est aujourd'hui protégée, la lenteur de sa croissance n'a pas encore permis une recolonisation significative, d'autant que la pêche illégale est encore florissante. # Autant pour l'écologie…)
(Ce symbolisme du corail me fait penser au concept de Deleuze et Guattari : le rhizome social, c'est-à-dire un « réseau de tiges souterraines qui forme un système sans racines ni hiérarchie. » C'est le principe de buissonnement, d'arborescence, ou même de poly-arborescence, structure réticulaire et coopérative qui permet de connecter un point quelconque de l'ensemble avec n'importe quel autre point de l'ensemble, et donc constituer des multiplicités sans les subordonner à une unité supérieure. Le réseau Internet en est une concrétisation.)
Bon. Paul Gilson choisit, un peu mystérieusement (ou au moins, encore, symboliquement) la forêt primaire polonaise biélorusse préservée comme holobionte pour y révéler à Gorgeia Akos le résultat, buisson de corail holographique, 'l'arbre de porphyre" du titre. Et là, miracle ! face à cette prolifération rhizomique, la dame a un flash tout rouge et elle est guérie.
Disons que c'est une fable.
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Placement de produits
C'est donc l'histoire d'une guérison psychologique, celle d'un personnage vieillissant ayant perdu quelque chose d'essentiel de son être au monde. (Perte d'un sens, perte DU sens – le thème reviendra…) (Le thème de la guérison magique aussi, particulièrement chez Joëlle Wintrebert.)
Le thème luxe n'est que dans le décor, il s'exprime en "placements de produits", comme dans un James Bond ou une série télé. (Pas de marques actuelles, certes, c'était dans la charte, encore heureux ! mais des créateurs fictifs, des marques fictives.) Dès la première page : "Le vin français, un grand cru…" Plus loin, le TransEurop Express, cognac, musique classe… etc. Il y aura nombre d'éléments décoratifs du même genre dans toutes les nouvelles.
L'idée de luxe n'est pas un enjeu du scénario, sauf à considérer la création de beauté humaine par une artiste, ainsi que la solidarité humaniste, comme une émanation des industrie du luxe (!). Et donc l'auteur, se sachant hors sujet sur le fond, rattraperait le coup en plaçant à qui mieux mieux des pages de catalogue ?
Contexte parasite.
L'idée de luxe s'impose plutôt comme une nébuleuse qui enveloppe l'écriture et la dévore ou au moins la dévoie. Ces citations répétées, lignes "de complaisance", il y a une certaine jouissance à les déceler, comme dans un jeu de piste, mais très vite leur répétition frise le ridicule (en tout cas pour le lecteur critique trop conscient du contexte) et, à force, entraine une irritation, tant elles apparaissent comme des passages obligés, des contraintes imposées, et finalement un parasitage qui dessert l'histoire. Confusion des sens ou du sens.
La beauté, l'art, la solidarité, la haute technologie, le "proximondial", comme dit le mot-valise oxymoresque d'Alain Rey, tout cela ne passe absolument pas, dans la nouvelle (pas plus que dans la réalité), par des objets et services du luxe, mais par des actes d'intuition, de psychologie, d'art, de technique, de talent, d'éthique : en gros, l'art et l'amour. Par exemple, dans le prologue et l'intrigue secondaire parallèle, les objets que Sarenkov doit sauver pour regagner l'amour de sa femme ne sont en aucun cas des objets "de luxe", mais des objets à valeur purement sentimentale, cela est dit clairement. Et l'objet "de luxe", sa maison, on la fait sauter dès qu'il en a libéré ses objets de cœur !
Quant à l'artiste Gorgeia Akos, si elle n'exerce plus son art et ne jouit plus des choses à cause de la perte des couleurs, elle s'habille modestement et tient une cantine pour ses voisins ! Au point que tout cela (fait exprès ou non, je n'en sais rien) irait plutôt à l'encontre du cahier des charges du Comité de Surveillance, le subvertirait discrètement… Ce qui est plutôt rassurant ! Un petit nettoyage des placements de produits et il n'y paraitrait plus. Resteraient des personnages attachants, un texte empreint d'humanisme, et, comme déjà dit et j'y reviendrai, une sorte de mystique (une "mystique du luxe" ?!).
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(à suivre)


mercredi 3 décembre 2014

CECI N'EST PAS DE LA SF (2ème ÉPISODE) ou : SF et ISF


"Rêver 2074 / Une utopie du luxe français / par le Comité Colbert" (et quelques écrivains et écrivaines…).
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… Après, j'ai lu tout le reste. 
Mais avant de décortiquer chaque texte, encore des généralités, toutes essentiellement fondée sur l'idée : pas de texte sans contexte.
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QUELQUES NOTES
… Anagramme approximatif de LUXE = EXCLU.
… Pendant ce temps, les Restos du cœur entament leur 30ème campagne d'hiver – c'est maintenant. Un million de clients quotidiens ! Une belle réussite entrepreneuriale ! C'est curieux, ils ne distribuent pas de flacons de parfum R ni de sacs V, foulards H, caviar, champagne… Le luxe ne serait donc pas un droit universel ?… Ne serait pas "pour tout le monde" ? Les lendemains, au lieu de chanter, ne fleureront-ils pas le Chanel N°5 ?
Tous riches, le luxe pour tous, tous élus, tous élite ?! Aberration sémantique et rationnelle – et saloperie morale.
— Le luxe pour tous ? "Alors là, mon cher, vous êtes en pleine science-fiction !", comme disait Gotlib.
Mais c'est qu'ils ont peut-être d'autres priorités, ces minables, ces sans-dents…
Question utopie prospective, la faim a un bel avenir devant elle. Et donc, tant qu'il y aura 112 000 SDF en France, le mot "luxe" m'apparaitra comme grotesque, pour ne pas dire obscène.
— Et à 50 ans, t'as pas de Rolex ? Nonméallokoi !
Le luxe, comme la confiture, ça s'étale… sinon à quoi bon ?
L'argent, c'est mal ? Non, ce qui est mal c'est la différence, le décalage entre les 1% les plus riches et les 99% autres.
LVMH / Monsanto : même combat. Revoir encore Hervé Kempf "Comment les riches détruisent la planète" (Seuil 2007. 6 €).
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AUTEURS (ÉCRIVAINS)
"Jé vais té faire ouné proposition qué tou né pourra pas réfouser…"
C'est tentant, bien sûr… C'est flatteur, même, au premier abord. Un petit tour dans la jet set, ça ne se refuse pas… De loin, on s'en moque, mais quand on nous le propose… C'est si bon de se faire récupérer. (Comme disait Gainsbourg "J'ai retourné ma veste quand je me suis aperçu qu'elle était doublée de vison.")
On ne peut pas refuser ? Ben si, on peut… (sauf si on est trotalement dans la merde, économiquement…)
Que les écrivains qui ont participé au plan Comité Colbert, qui ont passé six mois de déplacements, rencontres, écriture, au frais de la princesse, rencontré des artisans magnifiques… aient trouvé ça passionnant, je n'en doute pas, et tant mieux pour eux. Ils peuvent jouir tranquillement du cadeau qu'on leur a fait. Après, que ce cadeau soit empoisonné, ils s'en rendront compte un jour ou l'autre, déjà dans les échanges polémiques qui courent partout, mais déjà c'est trop tard.
Quant au "plus" qualitatif donné par les rencontres "artisans d'art"… Moi aussi j'admire les artisans de la qualité, des gens qui possèdent un métier, "du métier", comme on dit, un savoir-faire, qu'il soit traditionnel ou récemment appris et développé, autre chose que "un emploi". Grace au commerce du luxe, ils pratiquent un artisanat au niveau de leurs compétences et sont bien payés pour. Et eux aussi, tant mieux pour eux. Mais on peut en dire autant de moins prestigieux : des plombiers, des cuisiniers, des cordonniers…
"Science(-fiction) sans conscience n'est que ruine de l'âme."
Si je dois faire un reproche moral à ces amis auteurs ayant mis un pied du côté obscur, à part la nécessité à gagner sa croute déjà évoquée, c'est celui-ci : ni l'amour de la SF, ni le statut d'auteur, ni l'art, ni la science, ni l'humour ne nous donnent un blanc-seing pour faire n'importe quoi. Non à l'irresponsabilité (artistique ou autre).
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CONTRAINTES
Rendez-vous, vous êtes cerné ! Toute résistance est inutile.
Je crois que c'est Cocteau qui disait que l'art vit des contraintes et meurt de la liberté. C'est dur, mais en partie vrai… Mais peut-être pas n'importe quelles contraintes.
Et puis il y a les contraintes déjà intériorisées, parce que la société nous imprègne. Pas besoin de censure autoritaire ou d'ordres clairs donnés d'en haut. Quand on est normé, résigné à la norme, quand on a ingéré et intégré le système, on ne présente plus qu'un ventre mou. Le capitalisme, l'ultralibéralisme comme horizon indépassable, la crise… On est dedans, de toute façon, autant faire avec. C'est comme ça et pas autrement…
Cf La Boetie "Servitude volontaire"
(La lecture toute fraiche, dans le dernier Philosophie Magazine (N°85) d'un entretien avec Robert Darnton, historien du livre travaillant sur des questions comme la diffusion des idées, la censure, l'intériorisation des contraintes, ne fait que me confirmer dans ces idées.)
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DUTY FREE
Autre chose : l'objet (virtuel) est en téléchargement gratuit. Cela fait partie du contexte. Mais le gratuit est une illusion. Ou en tout cas de la MYOPIE. On le paye toujours d'une manière ou d'une autre, en particulier par la pub qui renchérit tous les produits et engraisse des parasites autoproclamés "créatifs". Le "gratuit" est une sort d'escroquerie, ou en tout cas de poudre aux yeux. Les journaux gratuits ne contiennent aucune information, ils ne sont que des tracts publicitaires. Pareil pour les sites et blogs "financés par la pub". Tout se paye, y compris la publicité qu'on ne paye pas là dans le journal mais sur le prix des produits : sur un tube de dentifrice ou un costard, un parfum ou une bagnole, combien pour la matière première, combien pour "le cout du travail", combien pour la pub ?
Autre point-de-vue : Les auteurs ont été payés forfaitairement (du moins je le suppose, puisque personne semble-t-il ne s'exprime sur le sujet…) donc eux-mêmes ne dépendent pas des droits d'auteur et donc pas des ventes. Partant, ils peuvent manifester une certaine indifférence aux critiques littéraires et remontrances éthiques. La critique y perd tous ses droits, toute sa pertinence.
Coté lecteurs (potentiels), le nombre de téléchargements n'a pas plus d'importance. Il y a TELLEMENT de truc "gratuits" sur le net. Tout est donné = tout se vaut = rien n'a de valeur. Films, musiques, romans, BD… télépiratés… Et les auteurs, et les droits d'auteur ? Ah bon, il y a des auteurs ? C'est quoi ? Combien l'auront téléchargé par curiosité (puisque ça buzze…) auront constaté l'aspect austère du truc, auront peut-être parcouru la préface, se seront dit "c'est pourri" ou "trop bizarre" et ne seront pas allés plus loin…? L'auront rangé dans un coin de leur ordi avec les 3 500 musiques qu'ils n'écoutent jamais, mais qu'ils ONT – pourquoi s'en priver ? c'est gratuit.
Un tableau qui a été fait pour un prince n'a plus le même SENS quand il est dans un musée ouvert à tous ou reproduit dans un livre. Ouvert à tous, mais pas gratuit : le paiement, aussi minime soit-il est la preuve de la motivation, de l'intérêt porté. La suppression de la première tranche des impôts est une erreur : celui qui ne paye pas d'impôt, pas du tout d'impôt direct, que des taxes, se retrouve hors de la république et de la responsabilité que ça représente, comme celui qui ne vote pas.
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(à suivre)