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samedi 9 avril 2016

Racines

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Notre société française, c'est un fait historique, est d'origine chrétienne (les fameuses "racines chrétiennes" qui font les Français "de souche" taillés dans le vrai bois de la vraie croix). L'histoire récente (= la réalité présente) fait qu'elle doit faire de la place pour une religion autre – l'islam. L'admettre, la tolérer ou mieux, l'intégrer. (Dans ce "doit", il y a quelque chose comme "qu'elle le veuille ou non", because "fait accompli", et une balance pas facile entre l'accueil enthousiaste et la résignation…)
Et ce à un moment (historique) où cette fameuse "origine chrétienne", on (de nombreux Français) croyait bien s'en être débarrassé, sinon l'avoir oubliée, du moins l'avoir mise au rencart en tant qu'archaïsme depuis les fameuses Lumières, la Révolution, la loi de Laïcité. Notre société française moderne se veut définie comme laïque, dans le sens de "athée sur racines chrétiennes".
En bref, le religieux, on s'en fout… (pas tout le monde, certes, mais ceux que je mets dans ce "on" se reconnaitront)…
… ou on s'en foutait jusqu'à ce que l'islam vienne mettre les pieds dans le plat de la laïcité. Simultanément, le reliquat chrétien de notre société s'est réveillé, ses racines poussant de nouveaux rejets (aux deux sens), ou, pour varier les métaphores, a "repris du poil de la bête" (« Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde »… si cette citation de Bertold Brecht désignant le nazisme vous semble too much, contentons nous du voltairien "l'infâme".) Si bien que c'est autant la part athée que la part cureton de notre société qui se sent perturbée par cette intrusion de l'islam en son sein même. Et avec un petit supplément d'irritation pour les athées qui se voient emmerdés et par l'islam et par les reliques chrétiennes dont ils s'étaient arrachés, non sans effort… et donc, en résumé, emmerdés par les religions quelles qu'elles soient, les religieux de tout poil (de barbe), "la religion" dans son ensemble et dans son principe même : le monothéisme, les monothéismes. Surtout quand on constate que les hiérarchies de religions prétendues différentes et antagonistes s'entendent en fait comme larrons en foire du trône (de Saint Pierre). C'est que finalement, pour eux (comme pour nous – voir article pénultième), le dogme, le contenu de la foi, ils s'en foutent : la puissance est dans "la religion" en soi, tous sous l'égide du principe monothéiste.
L'athée qui se contentait de pécher par omission (a-thée = pas de dieu chez moi) se retrouve poussé au combat, forcé de devenir athéiste (= militant plus ou moins effervescent de l'athéisme), voire antithéiste = combattant toutes les religions. On me dira qu'il pourrait rester tranquillement athée dans son coin, sur le principe de tolérance, du type « Faites ce que vous voulez, adorez Vichnou ou Jésus ou Nanabozo le Grand Lapin, nous on s'en fout. » L'ennui, c'est que les croyants, les religieux, la religion, on ne peut plus se contenter de s'en foutre, de faire comme s'ils n'existaient pas, dans la mesure  où ils sont actifs, activistes, exigeants, veulent, sinon se faire aimer, du moins se faire entendre, voire se faire obéir, occuper la place, être non seulement admis mais influents, marquer la société de leur autorité, de leurs lois, imposer leurs mœurs. En bref, faire chier le monde. Type la "manif pour tous", les pro-life anti-contraception anti-avortement anti-euthanasie obéissant toujours à l'archaïque "croissez et multipliez". Type les prières de rue et… les assassinats et attentats aveugles au nom d'Allah le bon, le miséricordieux et de son prophète qui ne l'est pas moins.
Sans omettre les pratiques personnelles ou familiales. Qu'ils ne veuillent pas manger de porc, fumer ou boire du vin, on n'a rien à dire contre ça, on peut, au nom de la liberté, s'en foutre (sauf si on est éleveur, buraliste ou vigneron… y a du manque à gagner). On peut même approuver pour raisons de santé. Mais… la circoncision, l'excision, le bâchage des femmes, le patriarcat machiste brutal, l'homophobie, la pédophilie, les archaïsmes médicaux (refus de la contraception, des transfusions, des examens gynécos hommes), le jeûne du ramadan imposé à des gamins de dix ans en pleine canicule, l'abattage des animaux de boucherie sans anesthésie… et eux aussi anti-contraception anti-avortement anti-euthanasie obéissant toujours à l'archaïque "croissez et multipliez". J'en passe surement et je ne vise pas que l'islam, mais il faut avouer que c'est lui qui fait le plus de bruit.
Un certain nombre des pratiques religieuses dites privées ne peuvent pas, au nom de nos valeurs athées, nous laisser indifférents et supposent donc un combat (intellectuel).
C'est que, oui, il y a des valeurs athées. Les mêmes qui nous font combattre la torture, la peine de mort, le cannibalisme, l'esclavage, les violences faites aux femmes et aux enfants, les totalitarismes, les racismes… toutes pratiques qui ont toujours fonctionné main dans la main avec les religions. (— Le cannibalisme, tu es sûr ? — Ben… communier de la chair et du sang de Jésus, qu'est-ce que c'est ? — D'accord, mais "bouffer du curé" ? — Ça, j'ai arrêté, c'est indigeste.)
L'athéisme est même la plus fière expression d'une éthique bien supérieure aux morales, moralismes et moralités issues des religions. Disons "une éthique républicaine, humaniste, universaliste" et n'en parlons plus (pour le moment).



mardi 9 février 2016

Une guerre "de civilisation"


• "Guerre de civilisation", ce mot étant au singulier, ça ne veut pas dire "choc des civilisations", qui désignerait l'affrontement d'une civilisation contre une autre, ça veut dire guerre pour la civilisation. Ça veut dire la guerre de la civilisation (en général) contre son contraire : la barbarie, ce terme dont on abuse, en l'occurrence l'islamo-fascisme ou I.T.I. – Internationale Terroriste Islamiste (on peut y mettre Al-Qaïda, Aqmi, Boko-Aram, Daesh, les talibans, etc., etc.) Cette I.T.I. est un défi lancé à la civilisation tout entière.
Bien sûr, la civilisation, ça consiste en particulier à régler les conflits par la négociation, par la parole, par la loi… alors comment se débrouiller avec le mot "guerre". Mais cette guerre, puisque, oui, guerre il y a, ce n'est pas "nous" qui la voulons, c'est "eux" qui nous l'imposent, que ces "eux" soient là-bas loin ou soient français de nationalité. Il faut donc bien aussi se demander si la notion de nationalité a encore quelque valeur, dans ce cas… De nouveau revient l'idée de "guerre civile mondiale"…
• Ce n'est pas une guerre contre les musulmans ou contre les arabes, OK, on a compris,  pas d'amalgame ! Mais il faut bien reconnaitre que les agresseurs, les  tueurs en question, qu'ils soient français, belges ou syriens de nationalité sont, en gros, des arabes. Et, en gros aussi, des musulmans. (Je dis bien "en gros"… Ou faut-il mettre entre guillemets  tous les termes comme arabe ou musulman ?) Ils ont en tout cas des allures et des noms arabes et en tout cas ils se revendiquent de l'islam, le clament bien haut, tuent au nom d'Allah qui, comme chacun sait, est grand, et de son prophète qui, comme chacun sait, était un grand pacifiste et par ailleurs est mort depuis 1400 ans. Et donc la police, la justice et les renseignements municipaux ne peuvent que s'intéresser a priori à des gens de cette origine, ça n'a rien d'étonnant ni de scandaleux (contrôle au faciès, racisme…), il vont pas faire une descente dans la communauté suédoise de Paris ou de Sète (pourquoi de Sète ? Y a des Suédois, à Sète ?!). C'est chiant pour les arabes musulmans innocents mais voilà, il se trouve que le danger vient, en gros, de là.
• La démocratie laïque, malgré tous ses défauts, ses insuffisances, ses manques et ses conneries, mérite d'être défendue. Comme l'Europe de 1940 méritait d'être défendue contre le nazisme. L'Organisation État Islamique, dit Daesh ou Califat, on a compris, on sait ce que c'est : théocratie, nazisme, fascisme, totalitarisme. Il ne mérite qu'une chose : disparaitre. Califat delenda est. De toute façon, on ne peut pas négocier avec les terroristes islamistes, pas pour des raisons géopolitiques ni pour des raisons morales, non : pour des raisons de santé mentale. On ne négocie pas avec le fanatique, il est inaccessible à la raison, au compromis, c'est un pur, un idéaliste, c'est la foi qui le guide, Dieu est son droit, aucun dialogue possible. Aucune rédemption ou réhabilitation possible ("déradicalisation", mon cul !). Pur, pureté, idéal, idéalisme = danger mortel.
Albert Camus : « On ne peut parler et communiquer avec un être asservi. » ("L'Homme révolté".)
Jean-Claude Carrière, dans "Fragilité", titre un chapitre "Cet obscur besoin de subir". Et dit aussi : « Mais comment soigner une foule ? »
Ça voudrait donc dire qu'il faut les tuer ? Comme on tue les vers qui nous parasitent les boyaux ou le virus de la peste bubonique ? Ce ne serait PAS de la vengeance ni de la punition, ce serait se défendre, se préserver, préserver l'humanité (notre culture, la démocratie, la civilisation, l'humanité, oui…) (Mais – je sais – tuer les gens, c'est pas bien, c'est pas civilisé, c'est pas humaniste…)
• En principe et par principe, je pense avec un certain humanisme "de principe". Type : tous les hommes sont égaux et ont le droit de vivre, respect de la vie humaine, qui est sacrée, droits universels de l'homme, etc. Mais quand des crétins croyants se battent entre eux, sunnites contre chiites (et quelques autres sous-sectes), juste parce qu'ils sont sunnites et chiites, je ne vais pas pleurer sur eux.  Comme disait le Pr. Choron : qu'ils crèvent. Et puis tant qu'ils se foutent sur la gueule entre eux, ils ne nous tuent pas. Mais comme, en plus, ils nous tuent……… J'avoue que je n'ai aucune empathie, aucun principe humaniste qui tienne face ces psychopathes. On les oublierait au fond d'un cul de basse fosse jusqu'à la fin du monde que ça ne me ferait ni chaud ni froid.


vendredi 29 janvier 2016

"Dérive sectaire"


« J'sais pas quoi faire… Qu'est-ce que j'peux faire…? Tiens, si je me radicalisais ? Parce que tenir les murs de ma T6 et prier X fois par jour, c'est trop nul. Je veux un gros gun, une kalach, tuer des gens… »
• L'islam radical est une secte. (Et si on dit facilement que le christianisme est "une secte qui a réussi", pourquoi ne pas le dire aussi bien de l'islam en général ? Une secte comme une autre, et partagée en un tas de sous sectes qui se tirent la bourre.) Alors ses adeptes fanatiques, ces "guerriers d'un autre genre", ces sicaires, on peut les dire "sous emprise", "possédés"…? (Non par Satan, mais par des gurus et un système sectaire.) Oui, il s'agit très exactement de ça. Lavage de cerveau, conditionnement… Addiction, dissociation mentale, fragmentation, déstructuration… et restructuration autour d'un nouveau thème… en six mois, semble-t-il, l'adepte est prêt à tuer ou à se suicider ou les deux à la fois. (Ça ferait presque penser à Olrik-Guinea Pig manipulé par l'onde Méga du Télécéphaloscope de Septimus dans "La Marque Jaune" !)
Le musulman de base, censé être "normal", "modéré", pacifique, serait-il si fragile, pour ainsi basculer, suite à quelques injonctions venues de la mosquée, d'un site Internet ou de quelques copains de classe…?  Mais c'est aussi qu'il n'est pas QUE "un musulman de base". Là, joue, comme dit précédemment, la question de cette carence d'identité au sens civique qui fait que chacun, faute d'identité personnelle et civique, pour ne pas dire nationale, se replie sur une identité religieuse, qui, plus qu'une foi, est une identification à un groupe (bande, tribu, origine).
• À force de se définir comme musulmans ET de se faire définir comme musulmans (avec tous les corolaires qui s'y attachent sournoisement, en filigrane, y compris le salafisme terroriste), certains le deviennent de plus en plus, musulmans. Ils s'essentialisent, ils s'identifient à l'islam, faute de mieux, et s'y renforcent par mimétisme et automimétisme : ils imitent le groupe et ils s'imitent eux-mêmes en un système de boucle de rétroaction positive (cercle vicieux ou spirale de renforcement)… Deviennent des super-musulmans, voire des hyper-musulmans. Ça veut dire, dépourvus qu'ils sont de thermostats, pris dans une effervescence, s'enfièvrer, s'exagérer, concentrer l'énergie… se radicaliser, puisque c'est le mot, convenu mais exact. Il s'agit bien de "revenir aux racines" : c'est le sens du terme salafisme, à part qu'il considère des racines lointaines, situées dans un passé lointain, un "âge d'or" mythique, alors que les racines d'un arbre poussent en même temps que lui, changent, croissent et restent contemporaines de son tronc, ses branches, ses feuilles… (Et certes ce terme de radicalisation que l'on entend sans cesse – et son inverse supposé de déradicalisation – et pourquoi pas éradication ? – nous sort par les oreilles.)
On dit aussi fondamentalisme, c'est la même idée, "revenir aux fondamentaux". Retour aux origines, aux sources (aux prétendues ou fantasmées sources), à un islam "pur", purifié. Les "modérés" disent et répètent « ce n'est pas le vrai islam, ce ne sont pas des vrais musulmans, c'est Satan » (euh… "Satan", t'es sûr ?), mais les fondamentalistes en ont autant en retour pour les modérés qui, pour eux, « ne sont pas des vrais musulmans », sont des musulmans « de papier mâché »…
Mais du coup, ceux qui disent que ces tueurs ce n'est pas l'islam, que l'islam, c'est la paix, etc., devraient plutôt parler de perversion de l'islam, de récupération, détournement de l'islam, de dérive, de dévoiement. Mais non, ils parlent bel et bien de radicalisation, c'est-à-dire d'aller chercher les racines de l'islam, son origine supposée, son essence imaginée. Cette perversion ou subversion de l'islam serait bien en fait une exacerbation de l'islam. Radicalisation, oui, pas détournement. (Je me répète un peu, je sais…) Le terrorisme islamiste transnational ne vient pas d'une autre planète pour se greffer sur l'islam "normal", il en émerge, comme un bouton de fièvre, comme un abcès de fixation. Si l'islamisme terroriste est "la maladie de l'islam" (Cf. le livre d'Abdelwahab Meddeb. Cf. aussi Cheikh Bentounès, leader spirituel de la confrérie soufie Alawiyya, qui parle même de "cancer de l'islam" *), son "côté obscur", l'islam normal est le terrain : pas de maladie sans terrain favorable.
(J'aime bien prendre mes références chez des intellectuels musulmans, généralement soufis, d'ailleurs…)
(On pourrait appliquer de la même manière l'idée de radicalisation à l'Inquisition du XVI° siècle, "bouton de fièvre" ou cancer du christianisme de l'époque.)
• Mais comprendre que les terroristes n'ont aucune légitimité (au sens religieux, coranique), soit qu'ils détournent le vrai islam, soit qu'ils se réfèrent à une pureté originaire fantasmatique, ne nous aide pas beaucoup, sinon à nous efforcer d'éviter ce fameux amalgame, à trouver "la bonne distance"… Mais il restera toujours un doute à cause des versets guerriers du Coran, qui sont toujours là et qui peuvent n'importe quand servir de légitimation à n'importe qui. Et puis, pour les mécréants athées que nous sommes, aucune justification théologique ne vaut, ni en mal ni en bien.
Déni.
Un certain Umer Ali apporte de l'eau à mon moulin dans un article de The Nation concernant le dernier attentat contre une université au Pakistan. (Dans le dernier Courrier International : N°1317, 28 janvier / 3 février)
Le Pakistan n'est pas la France, mais il semble que là-bas aussi, en cas d'attentat islamiste (des talibans, en l'occurrence), « la réaction générale […] est : "ce ne sont pas des musulmans", "le terrorisme n'a pas de religion", "c'est une conspiration du RAW…" (chez nous, on dirait la CIA…) […] On n'ira pas loin si l'on se contente d'affirmer que les terroristes ne sont pas des musulmans. Il serait temps que nous cessions d'être dans le déni et que nous comprenions que les terroristes sont des musulmans, qu'ils suivent bel et bien une interprétation de l'islam. S'ils n'étaient pas musulmans, pourquoi (ici, il cite quelques leaders talibans abattus ainsi que Ben Laden) seraient-ils appelés "martyrs" et "soldats de l'islam" ? Pourquoi des religieux musulmans leur organiseraient-ils des funérailles symboliques ? Pourquoi des centaines de gens viendraient-ils de tous les coins du pays pour adresser des prières funéraires à des terroristes condamnés à la pendaison ? »
(Paru dans le Psikopat) 

À SUIVRE

lundi 16 novembre 2015

Califat


Il est peut-être tôt pour la réflexion distanciée, mais j'ai lu ça dans Philosophie Magazine déjà quelques jours avant…

Professeur de rhétorique au Cap (Afrique du Sud), Philippe-Joseph Salazar a lu les discours de l’État islamique. Selon lui, le Califat se sert du verbe comme d’une arme. D’où la nécessité d’adapter notre propre vocabulaire.

Vous montrez dans votre essai que la parole a une fonction bien précise dans le monde musulman.
Philippe-Joseph Salazar : Lorsqu’on se convertit à l’islam, on prononce une unique formule laconique, presque tautologique : « J’atteste qu’il n’existe pas d’autre dieu qu’Allah et j’atteste que Mahomet est son prophète. » Pour vous convertir au christianisme, vous devez passer par une préparation reproduisant le parcours spirituel du Christ, il y a dialogue avec le prêtre, baptême… L’islam prétend avoir une telle force d’évidence qu’une seule phrase suffit. Par ailleurs, dans le septième verset de la première sourate du Coran, la fatiha, le croyant demande à Dieu de le conduire dans le droit chemin, non pas « celui de ceux qui ont encouru ta colère, ni des égarés ». Ces mots opèrent un partage du monde en trois : ceux qui sont dans le droit chemin (musulmans), ceux qui encourent la colère divine (juifs), ceux qui sont égarés (chrétiens).

Vous soulignez que le Califat est né par proclamation.
Les médias occidentaux n’ont pas compris ce qui s’est passé, ce jour de l’été 2014 où Al-Baghdadi a surgi dans la mosquée de Mossoul pour entonner l’homélie de la refondation du Califat. Nous avons réagi par l’ironie : pour qui se prend-il ? Comment espère-t-il fonder un tel État ? Ce qui n’a pas été saisi, c’est qu’il n’existe pas, dans le mode de pensée des djihadistes, d’autre source possible de la légitimité d’un pouvoir politique qu’une telle homélie, par laquelle un guide spirituel, également guide politique, s’engage à conduire les croyants. Il faudrait faire un parallèle entre cet acte et le sacre des rois de France dans la cathédrale de Reims. Une fois le Califat proclamé, tous les musulmans sont appelés à ne pas rester au milieu des égarés. Le Verbe a une force d’appel.

Vous critiquez aussi le vocabulaire inapproprié des leaders et des médias occidentaux.
Regardez l’hésitation grotesque autour du terme désignant notre ennemi : faut-il dire « État islamique », « Isis », « Isil » (version officielle de l’ONU), « Daech » ou « Daesh » (version de France Télévisions) ? Nous avons peur de reconnaitre que notre ennemi administre un territoire et nous n’en reconnaissons pas la souveraineté. Moi, je préconise d’employer le mot « Califat », qui désigne une forme politique non occidentale. De même, on ne sait plus ce que signifie la Terreur ou le terrorisme. Le jus terrendi, ou « droit de terroriser », a des origines romaines. Pour le juriste Pomponius [IIe siècle de notre ère], la terreur est ce qui permet à un magistrat de tenir en respect un criminel en lui inspirant une « peur salutaire ». Étymologiquement, « terroriser » signifie « chasser du territoire ». L’usage de la Terreur par le Califat est un acte d’appropriation territoriale, ni plus ni moins.

Cela dit, peut-on juger de la dangerosité d’un adversaire en se fondant sur ses discours et non sur sa puissance militaire et logistique ? N’encouragez-vous pas des répliques violentes en vous fondant sur du déclaratif ?
Les deux sont à mener en parallèle : il est indispensable de faire un audit militaire et financier du Califat, mais aussi de comprendre sa pensée et sa force de persuasion. N’oubliez pas que ce verbe djihadiste est assez fascinant pour que 30 000 jeunes Européens aient à ce jour rejoint le combat califal dans les sables du désert. À ces jeunes, nos autorités proposent aujourd’hui un traitement psychologique, comme s’ils étaient malades. Cela me parait une pratique totalitaire : quand vous vous opposiez autrefois au communisme en URSS, vous étiez bon pour l’hôpital psychiatrique. Il me parait plus légitime de reconnaitre en eux des combattants ennemis et de les traiter comme tels. En somme, à chacun d’assumer ses responsabilités. Les djihadistes font un choix politique et y répondre par de la thérapeutique et des soi-disant protocoles de désendoctrinement revient à nier l’essence même de la politique.
(Propos recueillis par Alexandre Lacroix)

Je retiens particulièrement ça :
Nous avons réagi par l’ironie : pour qui se prend-il ? Comment espère-t-il fonder un tel État ? Ce qui n’a pas été saisi, c’est qu’il n’existe pas, dans le mode de pensée des djihadistes, d’autre source possible de la légitimité d’un pouvoir politique qu’une telle homélie, par laquelle un guide spirituel, également guide politique, s’engage à conduire les croyants. […] Moi, je préconise d’employer le mot « Califat », qui désigne une forme politique non occidentale.
(Et donc nous avons un problème de langage = un véritable problème culturel…)
Et encore :
À ces jeunes, nos autorités proposent aujourd’hui un traitement psychologique, comme s’ils étaient malades. […] Il me parait plus légitime de reconnaitre en eux des combattants ennemis et de les traiter comme tels.
— Est-ce à dire qu'il faut les tuer ?
— Ben… si c'est la guerre et si ce sont des ennemis………


paru dans le Psikopat


lundi 2 mars 2015

LA MALADIE DE L'ISLAM


Autocritique ?
La culture musulmane manque, semble-t-il, actuellement, d'outils (auto)critiques rationnels, comme si elle ne savait pas poser pour elle-même la question de la modernité. Alors que l'Inde, la Chine, le Japon ont trouvé ou trouvent des réponses à la question de leur insertion dans la modernité (même s'ils ne trouvent pas forcément les bonnes réponses et même si le concept de "modernité" demanderait à être interrogé profondément). On peut même se demander si la culture musulmane "se pense" : est-ce qu'une FOI pense et se pense ? Pourtant, si : des Abdennemour Bidar ou Abdelwahab Meddeb nous le prouvent, philosophes laïcisés, occidentalisés, dit-on, comme d'autres, journalistes ou essayistes vivant au Liban, en Grande Bretagne, en Inde, en Hollande… Un réveil à la suite des récents évènements ? Charlie Hebdo, bien sûr, mais aussi les talibans à Peshawar, al-Chabab en Somalie, Boko Haram au Nigeria, et Daesh, leurs massacres et autres exactions monumentales… et les quasi quotidiens attentats au Proche et Moyen Orient…
(Ce qui suit s'inspire en particulier d'une série d'articles parus dans Courrier International tournant autour de ce que Meddeb a appelé "La Maladie de l'islam" - Seuil - 2002)
Le ver dans le fruit
Je me posais la question à propos de la pédophilie dans la prêtrise catholique : y aurait-il dans le catholicisme un noyau de perversion originel, ab ovo ? Autre chose que le « Laissez venir à moi les petits enfants » du Jésus. Je n'ai pas la réponse.
On peut se poser le même genre de question sur le nazisme né au cœur de l'Allemagne ou le stalinisme au cœur du marxisme. Le ver est-il dans le fruit dès la conception ?
Je me pose une question similaire pour l'islam : Y aurait-il un ver dans le fruit ? Mais je dis bien DANS le fruit, né dans le fruit par génération spontanée, pas un virus "venu d'ailleurs". Y aurait-il un noyau pourri, une erreur fondamentale (fondamentaliste) qui ferait de tout musulman, potentiellement, un tueur, un violeur, un guerrier conquérant ? Avec un brin de parano et de romanesque, je pourrais voir dans chaque adepte une sorte de "cellule dormante" ayant reçu un ordre post-hypnotique qu'un mot clé pourrait réveiller à n'importe quel moment (cf mon chapitre sur Le Vieux de la montagne). Au point que j'ai du mal à adhérer au discours des gentils musulmans qui disent « Le terrorisme, ce n'est pas l'islam… la violence, ce n'est pas le fait de l'islam… les terroristes, ce ne sont pas des vrais musulmans… l'islam, c'est la paix… etc. » Mais tant que des tueurs se réclament de l'islam pour égorger, décapiter, exploser, massacrer en masse, terroriser, tyranniser, violer, etc. etc. etc., personne ne peut dire que l'islam est une religion de paix.
Être d'une religion, c'est se réclamer d'une religion.
Les terroristes crient bel et bien « Allah akbar ! Vengeons le Prophète, etc. » Ils se réclament bel et bien de l'islam. Ils terrorisent, tuent et tout le reste "au nom de l'islam". Et les musulmans raisonnables les condamnent "au nom de l'islam". Finalement, est-ce qu'on peut dire ou faire n'importe quoi "au nom de l'islam" ?
Et puis chacun nait dans une religion, chacun acquiert à la naissance la religion de ses parents, on n'y est pour rien et on n'y peut rien. On peut en sortir ? Oui, facilement dans le christianisme, difficilement pour l'islam… Sinon, on peut l'assumer et le revendiquer. Les terroristes qui crient « Allah akbar » sont de vrais musulmans, puisque nés dedans ET s'en revendiquant (fortement). Des mauvais, certes, mais des musulmans. Autrement dit, IL Y A des mauvais musulmans ; ou des musulmans mauvais… comme il y a des chrétiens mauvais, des juifs mauvais, de bouddhistes mauvais… Faut il s'en étonner ?
Qu'ils mentent consciemment ou qu'ils se trompent via une lecture à la fois orthodoxe et tordue (!) des textes, je veux bien, mais leur revendication "au nom de l'islam, au nom du Prophète" reste un fait. Un fait public.
Et ça donne donc envie de dire "à l'islam", c'est-à-dire aux bons musulmans et musulmans bons : « C'est votre maladie, c'est d'abord à vous qu'ils font du mal. Puisque ce ne sont pas de "vrais musulmans", désolidarisez-vous d'eux un peu mieux que par quelques déclarations embarrassées, c'est-à-dire débarrassez-vous d'eux, chassez les, bannissez les, jetez les. Tuez les, au besoin. On ne vous demande pas d'avoir honte ou de vous excuser pour eux, on vous demande de vous/nous en débarrasser. »
Daech et Al Qaïda ne sont pas des groupes de défense des droits des musulmans.
Et donc, si on vous demande, musulmans, de faire le ménage chez vous, d'éliminer les moutons noirs, de soigner et nettoyer l'islam, c'est pour que plus personne ne puisse faire "ça", ces horreurs, "au nom de l'islam", qu'il n'y ait plus aucun prétexte, dans l'islam, qui permette de justifier "ça". (Ça suppose aussi, comme dit dans un post précédent de "décoraniser le Coran", de virer les versets guerriers, meurtriers…)
Désolidarité
Un problème intérieur est peut-être qu'il existe une solidarité entre musulmans, une pensée en tant que "nous", liée à la soumission et à l'aspect tribal, le nationalisme religieux, qui soude la communauté des croyants, la oumma, par delà les frontières, y compris les moutons noirs. Derrière les condamnations, il reste cette pensée sourde « Oui, ils font le mal, c'est vrai, mais ce sont quand même, malgré tout, nos frères musulmans. » Et donc, pour concrétiser le discours tenu plus haut (le « ce ne sont pas des vrais musulmans, débarrassons-nous en »), il faudrait un grand retournement mental qui permette à toute la communauté musulmane d'émettre des fatwas qui excluent ces hommes, qui les apostasient, qui les vouent à l'enfer. L'ennui, c'est que, 1) malgré l'idée de l'oumma, l'islam est divisé en de multiples courants et sectes ; et 2) il n'y a pas de hiérarchie admise par tous, à même d'émettre un ordre valable pour toute la communauté des croyants, comme peut le faire, dans l'Église catholique, le pape et ses bulles.
•••••••••••••
En parlant de "maladie de l'islam" ou d'un islamisme "caricature de l'islam", je me rends bien compte que ce je dis là peut être offensant ou perçu comme tel, ou "donneur de leçons", et qualifié d'islamophobie.
Pour ma défense je dirai d'abord que je me réfère à des penseurs musulmans qui ne m'ont pas attendu pour parler, parfois férocement, de maladie, de cancer, de fascisme né de l'intérieur, etc. Déjà cités, Bidar, Meddeb… J'y ajouterai nombre d'auteurs issus de différents pays à majorité musulmane lus dans Courrier International. J'aurai sans doute à citer aussi le psychanalyste tunisien Hechmi Dhaoui ("Musulmans contre Islam ?", entretiens avec Gérard Haddad).
Ensuite, pensons seulement à notre corps. Chacun de nous porte des milliards de bactéries, virus, parasites divers, tous potentiellement pathogènes. À l'état normal, nous sommes "porteur sain", c'est-à-dire que ces microbes de toutes sortes se tiennent tranquilles, vivent leur petite vie en compagnie de nos cellules personnelles. Mais il sont susceptibles de susciter une maladie au sens propre à l'occasion de conditions nouvelles : froid, chaud, manque de vitamines, affaiblissement des défenses immunitaires… Le plus souvent, on ne choppe pas une maladie invasive, on l'a en soi, oubliée, ignorée, mais prête à se réveiller… comme une "cellule dormante"… expression qui nous rappelle, fort justement, le terrorisme.
Donc, un peu de patience et j'aborderai ce thème et ce terme d'islamophobie.


samedi 28 février 2015

L'EXCEPTION ISLAMIQUE


L'islam n'est pas un problème, peut-être, mais l'islam A un problème.
Si Houellebecq a intitulé son dernier bouquin "Soumission" et si j'ai moi même donné ce titre à un post précédent, ce n'est pas par hasard ou par provocation, et on peut aussi se rappeler que c'était le titre du film qui a valu à Théo Van Gogh de se faire assssiner.. Le principe de soumission est d'origine – et c'est sans doute une des clés du problème.
# Islam. Wikipédia. Étymologie
Le mot "islam" est la translittération de l'arabe islâm, signifiant "résignation", "reddition", "soumission", "allégeance", sous-entendu "à Dieu". Le radical sémitique SLM désigne l'acte de se soumettre d'une manière volontaire, de faire allégeance.
Le mot "islam" avec une minuscule désigne la religion dont le prophète est Mahomet (Mohamed, Muhamad). Le terme d'"Islam" avec une majuscule désigne l'ensemble des peuples musulmans, la civilisation islamique dans son ensemble.
Le nom d'agent dérivé de cette racine est muslim "celui qui se soumet", à l'origine du mot français musulman.
L'adjectif "islamique" qualifie tout ce qui se rapporte à l'islam en tant que religion et en tant que civilisation.
La religion musulmane a été désignée autrefois en français par le mot islamisme (comme judaïsme, christianisme, bouddhisme, animisme, etc). Mais ce terme tend à être remplacé par le seul "islam", le mot "islamisme" s'étant spécialisé pour désigner les courants politiques, radicaux ou non, du revivalisme musulman. L'islamisme est une doctrine politique qui vise à l'expansion de l'islam.
On trouve aussi, particulièrement dans les anciens romans de chevalerie, les termes mahométisme et mahométan, qui sont tombés en désuétude depuis plus d'un siècle. Actuellement, leur usage, sans être insultant, prend le sens péjoratif de religion étrangère, inactuelle et surannée. #
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Évidemment, la soumission prolongée engendre une accumulation de rage et de désir d'émancipation et de vengeance. C'est le syndrome du mouton enragé. Le soumis musulman ne peut pas retourner sa rage contre l'islam, il se tourne donc vers l'Occident, censé être son persécuteur objectif. Mais il se suicide… ce qui laisse entendre qu'au fond, il est pris dans une contradiction mortelle, une autocontradiction : sa vraie rage, c'est contre l'islam, Allah, le Coran, la charia… donc contre lui-même.
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Peut-être relire La Boétie "Discours de la servitude volontaire". En version "français moderne" chez Mille.et.une.nuits, tout petit bouquin qu'on peut garder dans sa poche, ça peut toujours servir.
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Et se rappeler que : « L'esclavage est une très mauvaise préparation à l'exercice de la liberté. » (Anthony Trollope. The West Indies. 1860. Extrait du Dictionnaire de la bêtise, de Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière. R. Laffont.)



(à suivre)