dimanche 3 décembre 2017

DES JEUX


UN JEU DE COOPÉRATION
Deux joueurs, une table, un panier de cerises, un surveillant neutre.
Si le joueur A prend une cerise, le joueur B peut en prendre une à son tour.
Ainsi de suite jusqu'à ce que le panier soit vide. Celui qui prend la dernière a gagné.
Si à un moment un joueur en prend deux, le surveillant intervient et arrête le jeu (et a le droit de manger toutes les cerises restant).
— C'est pas très drôle, comme jeu !
En fait, tout dépend du nombre, pair ou impair, de cerises dans le panier (ce nombre est dû au seul hasard)… et de qui joue le premier (il est tiré à pile ou face).
C'est donc un jeu de hasard.
C'est aussi une fable, sans doute, mais je me demande bien quelle en est la morale.

COMPLOTS
Des milliers de facteurs régissent et influencent notre vie : l'État, l'économie, la finance, l'information, la météo, les hommes politiques pourris ou non, les pollutions, la bouffe, Schenghen, la mondialisation, etc., etc., etc.
Le monde est complexe, voire compliqué. On n'y comprend rien, ou pas grand chose. En tout cas, ça nous dépasse.
Mais pas de problème : Des mythes, des religions, des superstitions, des ésotérismes et mancies, des légendes urbaines, des sectes, des partis politiques extrémistes, des théories complotistes apportent des réponses. Réponses simples, simplistes ou en tout cas simplifiantes, qui donnent une impression de cohérence, qui rendent le monde lisible et prévisible. « C'est la faute à… » est toujours la bonne réponse. Conviction rassurante.

DRONES
Quand des drones non identifiés survolent Paris ou des centrales nucléaires ou autres, pourquoi a-t-on peur ? Parce que ils nous échappent, parce que, non identifiés, ils peuvent être n'importe quoi : - instruments de la surveillance généralisée que pratique "le pouvoir", s'ajoutant aux caméras de vidéosurveillance urbaine ; - instruments de terroristes, que ce soit pour le repérage de cibles ou pour le passage à l'acte : si les petits drones jouets ne présentent pas de danger, on les assimile facilement aux drones tueurs de l'armée américaine qui peuvent cibler qui ils veulent où ils veulent. Et donc entre les mains de Daesh, de la Corée du Nord ou de petits Couachi-Coulibaly………
Pour l'État, ce sont tous les déplacements clandestins qui sont inquiétants (égouts, traboules, catacombes…), susceptibles de dissimuler des actions répréhensibles (terroristes, mafia…), mais la peur, qu'elle soit étatique ou médiatique ou le lot de tout un chacun, tient aussi, dans ce cas comme dans celui des ovnis, à cet espace de liberté qu'est le ciel. Un territoire sans limites fermes, non balisé, ou seulement pour les avions bien répertoriés, pas pour les satellites espions de Google Earth ni pour les petits trucs, oiseaux, cerf volants, drones.
Deux domaines de peurs ancestrales : les souterrains infernaux, domaines des démons… et le ciel, domaine des dieux et des anges punisseurs.

ÉTAT DE SIÈGE
Nous voilà dans un monde de femmes en perpétuelle obsession obsidionale face à des hommes forcément poliorcétiques.
Bientôt, avant de faire la bise à une fille, il faudra lui faire signer un contrat garantissant qu'elle n'engagera pas de poursuites pour harcèlement.
Hug Hefner est mort. On s'en fout, mais avait-il harcelé quelques Bunnies stagiaires, ou avaient-elles toutes signé un contrat de consentement ?)
Une vie où on ne peut pas se mettre la main aux fesses les un-e-s les autres vaut-elle la peine d'être vécue ?


vendredi 1 décembre 2017

ÉCRITURE NEUTRE - 2


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Petite suite suédoise… à moins que ce soit un prologue rétrospectif…

Si mon cerveau et mon disque dur étaient parfaitement rangés, je me serais aperçu que la matrice de mon article du 21 novembre sur la neutralisation de la langue était dans un article de 2012 de Slate et de quelques réflexions que j'avais notées à sa lecture.

Suède. http://www.slate.fr/story/56183/hen-pronom-neutre-genre-suede
En suédois, "il" se dit "han", "elle" se dit "hon" et le néologisme "hen" serait un "on" (asexe ou bisexe) .
# Hen fut mentionné pour la première fois par des linguistes suédois au milieu des années 1960 puis, en 1994, c'est le linguiste Hans Karlgren qui suggéra son ajout en tant que nouveau pronom personnel, principalement pour des raisons pratiques. Karlgren essayait d'éviter l'embarras du il/elle, engluant l'écriture, et voulait inventer un terme unique pour « nous permettre de parler d'une personne sans avoir à préciser son sexe ». Selon lui, l'initiative allait permettre d'améliorer la langue suédoise et de lui conférer davantage de nuance. #
Je ne sais pas s'il y a un neutre en suédois, comme le neutre anglais qui désigne les choses… mais aussi les animaux. Si déjà en français on avait un neutre pour les choses ça ne serait pas mal : pourquoi un car / une voiture, un bâton / une baguette, un ballon / une balle, un référendum / une élection…?
Pour pas mal d'animaux, on se retrouve forcé de dire que le mâle de la grenouille n'est pas le crapaud mais la grenouille mâle, que les girafes peuvent être mâles, de même que les antilopes, les libellules, etc., alors que certains animaux bénéficient de la déclinaison : un lion, une lionne, un âne, une ânesse, voire de deux dénominations bien différentes selon le sexe : un cheval une jument, un porc une truie.
Si bien qu'il faudrait aussi, pour les êtres sexués, animaux et humains, un autre neutre, plutôt transgenre ou bisexe que a-genre ou a-sexe. Un "on" qui supposerait des adjectifs à la forme neutre aussi. Car aujourd'hui, quand on emploie "on", soit comme forme impersonnelle, soit, populairement, comme remplaçant "nous", on le fait suivre d'un masculin : "on est nombreux à penser que…", puisque le masculin domine, comme dans "les hommes et les femmes les plus beaux…". Expression quelque part aberrante sauf si on pense alors ce masculin comme une sorte de neutre, de la même manière que l'on dit l'homme" pour désigner l'espèce humaine sans distinction de sexe ou d'âge.
Rien que sur ce détail du genre des adjectifs, la réforme s'avère très difficile, tant est ancrée par exemple la féminisation en e : profond, profonde, grand, grande, généreux, généreuse, menaçant, menaçante… sans oublier un tas de cas particuliers, comme pour les animaux : un an / une année, un jour / une journée. Pourtant il y a des adjectifs déjà neutre ou bi-genres : stable, imposable, parlementaire, britannique et autres en –ique… etc.
Ce qui se profile là, tant dans l'article de Slate sur la Suède que dans mon article pour rire du 21 novembre c'est une réforme tellement profonde de la langue que c'en est une nouvelle langue. Pour ma part, et comme penser c'est choisir son camp, je suis contre : on a vraiment autre chose à foutre.
(La fin de l'article de Slate sur les efforts faits dans les écoles pour dé-genrer ou dé-sexuer les jeux, jouets, vêtements d'enfant fait froid dans le dos… Winter is coming.)



samedi 25 novembre 2017

Dépassée, la SF ?


Daniel Pennac : « Pas d'affolement, rien ne se passe comme prévu, c'est la seule chose que nous apprend le futur en devenant du passé. » ("Chagrin d'école".)
Dépassée pas seulement par les réalisations concrètes qui vont plus vite que l'imagination (la SF n'a pas prévu le plastique partout ni l'ordinateur domestique pour tout le monde…), aussi par les imaginations qui ne se sont pas réalisées, qui ne se réaliseront jamais. Les rêves de voyages galactiques plus vite que la lumière (et pourquoi pas sortir de l'univers, aussi ?) par exemple. On ne posera pas le pied sur Vénus (et surtout pas dans des jungles peuplées de dinosaures rouges et d'amazones bleues géantes). On ne terraformera pas Mars (déjà, on ferait mieux de s'occuper de terraformer la Terre). On ne voyagera pas dans le temps (l'idée même est parfaitement irrationnelle), seulement dans le futur, et à vitesse normale.
Les cauchemars de la SF, par contre, sont en cours de réalisation accélérée : surpopulation, règne des robots, surpopulation, pollutions, surpopulation, tyrannie numérique, surpopulation, pandémies, surpopulation, dérangement climatique, surpopulation, dégâts des eaux, surpopulation…
Le futur ne se cache pas derrière un quelconque voile. C'est plus simple : il n'existe pas. On parle souvent de "changer le futur". Mais on ne change pas le futur puisqu'il n'existe pas – par définition. On ne change pas le futur, on ne le fait même pas, ou si peu, il se fait tout seul, avec ou sans notre aide, mais avec nous y inclus, qu'on le veuille ou non.
On peut espérer ou craindre le futur. On peut, non pas prévoir, mais imaginer le futur, un futur, des futurs. On peut travailler à le fabriquer ou à l'orienter ou on peut l'attendre passivement.
Notre angoisse du futur est liée à notre volonté de maitrise. Nous aimerions bien pouvoir prévoir ou orienter, fabriquer le futur comme nous le désirons, le nôtre personnel ou celui de l'humanité. On s'y efforce – plus ou moins. Mais les impondérables arrivent en foule, l'adversité nous blesse, ça ne se passe jamais "comme prévu" (comme espéré, en fait). Nous ne maitrisons pas. En particulier parce que le futur, le présent, même, sont la conséquence inéluctable de processus anciens, démarrés dans le passé. L'industrie polluante née au XIX° siècle avec le capitalisme. L'islamisme né des colonisations et décolonisations (on peut même remonter aux croisades… ou même à l'invention de l'islam par Mahomet… ou même à l'invention du monothéisme par Moïse). La situation des noirs américains née de l'esclavage vieux de plusieurs siècles. La politique israélienne née de l'holocauste nazi, etc., etc., etc.
Les causes du futur sont installées dans le passé – inaccessibles, donc, par définition, puisqu'il n'est pas question de voyager dans le temps. On ne peut que tenter d'infléchir la séquence en cours. Mais la masse de la causalité exerce une poussée énorme, quasi indéformable. Les infléchissement resteront marginaux.
Ce qu'on change parfois, ce n'est pas "le futur" (comme semble le croire le héros de "Minority Report"), c'est un futur possible, rationnellement envisageable ou purement fantasmé, un futur imaginé, parmi d'autres, une probabilité plus ou moins probable. On ne change rien, on privilégie une probabilité parmi d'autres. Ce "choix" rend obsolètes certaines des autres imaginations-prévisions, ces autres probabilités – qui n'étaient que des probabilités.
« Le futur n'est plus ce qu'il était », disait Asimov, déçu sans doute par la réalité moins excitante que les rêves de la SF années 50… Le futur sera moins futuriste que prévu. Eh oui, cher Isaac, le futur, c'était mieux avant… Le passé portait un futur imaginaire. Plus ça va, plus celui-ci est contrarié par la réalité. Imaginaire caduc, rêves inassouvis, désirs inaccomplis. Le résultat réel : notre présent. Le réel présent infirme le futur du passé, un (éventuel) futur du passé dépassé. Maintenant, ce nouveau présent, qui a remplacé tous ceux imaginés dans le passé, engendre à son tour de nouveaux futurs, de nouvelles imaginations de futurs, de nouvelles probabilités. Limitées puisque, comme dit plus haut, la masse de la causalité installée dans le passé exerce toujours sa poussée.
Reste donc à savoir si ce présent engendre(ra) des rêves d'avenir brillant, ou les étouffe(ra) dans l'œuf.
L'avenir nous le dira. (Phrase de conclusion très con.)


mardi 21 novembre 2017

ECRITURE NEUTRE



Les promoteurs de l'écriture inclusive ne vont pas assez loin. Je propose une modification beaucoup plus fondamentale de la langue française avec l'écriture neutre. J'entends par là non seulement l'idée d'instituer un genre neutre comme le fait l'anglais qui n'applique le masculin et le féminin qu'aux personnes humaines et laisse dans le neutre tout le reste, les choses (sauf les bateaux, qui sont féminins).
Mais cela même ne va pas assez loin. Il s'agit de supprimer le masculin et le féminin, de mettre TOUT au genre neutre.
Déjà, créer ce vocabulaire neutre et son orthographe neutre n'est peut-être pas simple. Essayons en essayant de justement faire simple (aller au plus simple).
Ainsi, nous allons remplacer LE et LA par LO (par exemple – j'ai essayé EL mais il y a des problèmes de prononciation).
UN et UNE par ON.
IL et ELLE par OL.
SON et SA, TON et TA, MON et MA par SO, TO, MO…
DU et DE LA par DO.
(J'ai choisi le O dans bien des cas pour essayer de produire des mots simples qui n'existent pas déjà. Sera-ce lisible et prononçable ? On verra à l'usage.)
CELUI et CELLE par CEL.
CE et CETTE par CET.
Déjà, bien des noms de choses pourraient aussi bien être féminins que masculins : un cadre pourrait aussi bien être une cadre et donc supporterait bien un neutre : on cadre. Une chaise pourrait aussi bien être un objet masculin, un chaise, donc au neutre : on chaise. J'ai choisi exprès deux mots se finissant en -e, ce qui est bien souvent le signe du féminin, mais pas toujours, comme le montre le mot cadre. On aura sans doute quelques difficultés avec des noms plus genrés dans leur écriture même : bicyclette ou moulinette, abeille ou escarcelle… Il semble que les choses masculines n'aient que rarement des marques orthographique de masculin alors que les féminines d'avantage, comme s'il fallait ajouter quelque chose au masculin pour faire du féminin : le moulinet a sa moulinette alors que la bicyclette n'a pas son bicyclet.
Pour les adjectifs, il y aura sans doute plus de problèmes que pour les noms. Problèmes parfois facilement solubles : BEAU et BELLE seront remplacé par BEL. Mais GROS et GROSSE ? À vouloir faire simple, je choisirai GROS… mais c'est retomber dans la domination du masculin. Alors GRO ? et réserver le GROS au pluriel ? De même, TOUT ou TOUTE par TOU ?

Pour tester, je prends un texte célèbre…
« Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir encore dans les mains et souffler ma lumière ; je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier ; il me semblait que j’étais moi-même ce dont parlait l’ouvrage : une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles Quint. Cette croyance survivait pendant quelques secondes à mon réveil ; elle ne choquait pas ma raison mais pesait comme des écailles sur mes yeux et les empêchait de se rendre compte que le bougeoir n’était plus allumé. Puis elle commençait à me devenir inintelligible, comme après la métempsycose les pensées d’une existence antérieure ; le sujet du livre se détachait de moi, j’étais libre de m’y appliquer ou non ; aussitôt je recouvrais la vue et j’étais bien étonné de trouver autour de moi une obscurité, douce et reposante pour mes yeux, mais peut-être plus encore pour mon esprit, à qui elle apparaissait comme une chose sans cause, incompréhensible, comme une chose vraiment obscure. Je me demandais quelle heure il pouvait être ; j’entendais le sifflement des trains qui, plus ou moins éloigné, comme le chant d’un oiseau dans une forêt, relevant les distances, me décrivait l’étendue de la campagne déserte où le voyageur se hâte vers la station prochaine ; et le petit chemin qu’il suit va être gravé dans son souvenir par l’excitation qu’il doit à des lieux nouveaux, à des actes inaccoutumés, à la causerie récente et aux adieux sous la lampe étrangère qui le suivent encore dans le silence de la nuit, à la douceur prochaine du retour. »
… et je le traduis en neutre.
« Longtemps, je me suis couché de bon heur (de bonheur ?!). Parfois, à peine mo bougi éteint, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas lo temps de me dire : « Je m’endors. » Et, on demi-heure après, lo penser (forme verbale neutre) qu’il (problème ! le il impersonnel de il pleut, il est temps… gardons le, pour voir) était temps de chercher lo sommeil m’éveillait ; je voulais poser lo volume que je croyais avoir encore dans les mains et souffler mo lumièr ; je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ça que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris on tour on peu particuliet (j'ai choisi ce -et final au lieu du -er masculin qui suppose sa féminisation en ère) ; il me semblait que j’étais moi-même ce (?) dont parlait l’ouvrage : on églis, on quatuor, lo rivalité de François Ier et de Charles Quint. Cet croyance (problème ?) survivait pendant quelques secondes à mo réveil ; ol ne choquait pas mo raison mais pesait comme des écails sur mes yeux et les empêchait de se rendre compte que lo bougeoir n’était plus allumé (problème : le choix de la simplicité pour l'accord mène à privilégier le masculin… ou alors il faut inventer du vraiment neuf dans les conjugaisons : allumet ?). Puis ol commençait à me devenir inintelligible, comme après lo métempsycose les pensers d’on existant (?) antérieur ; lo sujet do livre se détachait de moi, j’étais libre de m’y appliquer ou non ; aussitôt je recouvrais lo vut et j’étais bien étonné (étonnet ?) de trouver autour de moi on obscurité, dou (problème avec doux-douce…) et reposant pour mes yeux, mais peut-être plus encore pour mo esprit, à qui ol apparaissait comme on chose sans cause, incompréhensible, comme on chose vraiment obscurt (dans bien des cas, un -t final pourrait signaler le neutre en barrant la tendance à ajouter le -e féminin…). Je me demandais quod (quid ?) heure il pouvait être ; j’entendais lo sifflement des trains qui, plus ou moins éloignet, comme lo chant d’on oiseau dans on forêt, relevant les distances, me décrivait l’étendut de lo campagne désert où lo voyageut se hâte vers lo station prochaint ; et lo petit chemin qu'ol suit va être gravet dans so souvenir par l’excitation qu’ol doit à des lieux nouvos, à des actes inaccoutumets, à lo causerit récent et aux adieux sous lo lampe étranget qui lo suivent encore dans lo silence de lo nuit, à lo douceur prochain do retour. »
Conclusion : LOL !



dimanche 12 novembre 2017

COUP DE GUEULE ?

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Il y a peu, le 7, je postais un texte sur "le déséquilibré", sans me rendre compte que c'était une commémoration avant-terme, une remontée acide des "évènements" du 13 novembre 2015… comme ces traumatismes qui font retour comme par hasard à date anniversaire, après avoir cheminé dans l'inconscient phréatique…
Celui qui suit, dans la même lignée, écrit récemment, explique plus ou moins pourquoi je m'ennuie à la lecture de mes magazines préférés, pourquoi je fuis les infos et les débats télévisés, et pourquoi je ne fais plus de dessin d'actualité…
•••••••••
Les coups de gueule, c'est comme les attentats, ça ne sert à rien.
Ce n'est pas à coup d'attentats (suicides ou non) que les islamistes vont nous convertir, pas plus qu'à nous faire abandonner l'alcool, le rock ou les putes. Ce n'est pas les coups de gueule sur "les cons" (chasseurs ou téléspectateurs) qui les feront se mettre à lire La Recherche (le magazine scientifique ou celle du Temps Perdu). Ce n'est pas en vomissant sur les spectateurs (complices acquis) que les stand-upeurs ou les rappeurs leur feront ingurgiter que la guerre c'est mal, que la société c'est pourri, que le FN c'est le fascisme, que les USA c'est l'impérialisme. Ce n'est pas en crachant à la gueule des racistes et des homophobes qu'on va les convertir à la société arc-en-ciel.
Tous, ça les renforce. Ensuite : retour de flammes.
En faisant de l'humour sur les cons, on finit par faire de l'humour con : l'humour fait sur leur dos vit de leurs clichés cons et finalement patauge dans les mêmes clichés. Et c'est pas drôle. Et si c'est pas drôle, c'est pas la peine.
On dit tous la même chose : les chasseurs sont des cons, la télé, ça sert à vendre du coca-cola, etc. Ok, ça fait 50 ans qu'on le dit. Si on a les moyens d'être à peu près intelligent, on devrait s'en servir pour dire autre chose que cette protestation, cette indignation que profèrent avec nous tous les gens qui ont les moyens d'être à peu près intelligents et qui finalement disent tous la même chose du moment que c'est contre ce que disent "les gens" (les cons)… Je me demande si je suis très clair, là… Je veux dire : renversement du renversement – l'anticonformisme devenu nouveau conformisme – le conformisme de la marge – le politiquement incorrect devenu le nouveau correct – l'anti-bien-pensance devenue nouvelle bien-pensance.
Quand on pense tous la même chose, c'est pas la peine de penser.
Quand on dit tous la même chose, c'est pas la peine de parler.
Du coup, le ci-devant bourgeois, réac, conformiste, en ayant marre d'être victime des sarcasmes, se décomplexe, comme on dit, et proteste et s'indigne de la nouvelle bien-pensance anti-bien-pensance, devenue la doxa, l'opinion dominante du moment…
Voilà le ci-devant soi-disant subversif devenu "nouveau réac" ou néo-con et le nouveau (ou ancien) réac devenu subversif.
Ou alors, c'est que tout le monde est subversif, y compris Bigard ou Hanouna (et c'est nous qui leur avons dégagé et aménagé le terrain – vague).
Et moi, là, devant ça, c'est pas un coup de gueule, c'est un cri du cœur : JE M'ENNUIE !
— Les coups de gueule, ça sert juste à se défouler.
— Peut-être que les attentats-suicides aussi, ça leur sert juste à se défouler.


vendredi 10 novembre 2017

Cinéma (à la télé). Qu'ai je vu…

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… d'intéressant ou de remarquable ces derniers temps ?
1er novembre :
"La Dernière piste", Kelly Reickardt, 2010, m'apparait assez ennuyeux. J'ai raté le début, je découvre des pionniers paumés dans les plaines avec leurs charriots bâchés, ils cherchent de l'eau, se font aider par un indien peu fiable… Fin en queue de poisson… Bizarrement tourné au format 1.33 ou 1.43 alors qu'on est sans cesse dans les grands espaces… Le film s'inscrit dans le domaine "nouveau western", sans doute, mais il y a mieux dans le genre. (Un de ces jours, je vous ferai un compte-rendu "nouveau western".)
"Nostromo, le rêve impossible de David Lean", 2017, docu passionnant sur le dernier projet de David Lean, inabouti – comme bien des projets de cinéma : argent, lieux de tournage, producteurs… et la maniaquerie perfectionniste du monsieur qui veut contrôler, dès l'écriture, chaque point. Arrivé à un certain stade, ce n'est plus la peine de faire le film : c'est de l'art conceptuel.
Par contre ça me donne envie de lire Joseph Conrad. Le jour même, je commande "Au cœur des ténèbres" (thème qui a connu bien des interprétations cinématographiques, pas seulement "Apocalypse Now") et "Nostromo" (en me rappelant que le vaisseau spatial d'Alien s'appelle le Nostromo…)
"Phantom of the Paradise", Brian de Palma, 1974. Sans commentaire. Revu, même en ne zappant que des bribes, avec plaisir.
"Un jeu risqué", Jacques Tourneur, 1955, un western autour du personnage de Wyatt Earp. Ouais… J'aime mieux le Tourneur fantastique. (Et là, je fais un petit flash-back : le 31 octobre, la veille, quoi : "Rendez-vous avec la peur", 1957. Comme le De Palma, des films déjà vus une fois ou deux fois ou trois fois, mais suffisamment "oubliés" pour qu'il y ait un plaisir renouvelé : re-connaitre. (Par contre, tard ce soir-là, je capte la fin de "Le Repaire du ver blanc", Ken Russel, 1988, et je suis mort de rire devant ce nanar…)
2 novembre :
"Le Danseur du dessus", Marc Sandrich, 1935. Fred Astaire, Ginger Rogers. Quelle classe dans les numéros de danse ! (De Fred Astaire, j'aime tout ! Et des comédies musicales aussi. Jusqu'à quelle date ? ce serait à chercher… le crépuscule est-il "Cabaret", ou "All that jazz" ?)
"Mansfield Park", Ian B. McDonald, 2007, une JaneAustenerie comme les Anglais savent les faire. Mais avec Billie Piper, la plus sexy des actrices anglaises, que j'adore depuis ses saisons dans Dr Who.
3 novembre :
Vient s'intégrer l'épisode 1 de la saison 1 de "Game of Thrones", dont un ami m'a filé l'intégralité en VOST. J'ai du matos à rattraper, n'ayant vu de la saga que des bribes cueillies au hasard…
4 novembre :
Un docu sur Vilmos Zsigmond, un chef opérateur important dans l'histoire du cinéma hollywoodien. On ne fait jamais assez attention aux chefs op'… on n'a pas assez conscience de leur importance pour la qualité d'un film. Et c'est donc passionnant.
"Les énigmes de l'âge de la pierre", un docu sur les civilisations mégalithiques. Bon. Y a des pierres dressées un peu partout. C'est énigmatique. Bon.
6 novembre :
"Super 8", J.J. Abrams, 2011, très sympa hommage à l'époque Spielberg, Joe Dante…
8 novembre :
"Terminator - Genisys", Alan Taylor 2015, avec Arnold Schwartzy et Emilia Clarke. Je l'avais déjà vu et qualifié de "inutile". Je retombe dessus, je regarde en me disant "pourquoi ce film ? la boucle était bouclée…" Je ne comprends à peu près plus rien dans les paradoxes temporels dignes de "Retour vers le futur" en moins marrant. Seulement voilà… il y a cette petite actrice brune qui joue Sarah Connor jeune… et je me dis "mais qui c'est ? je l'ai vue, je la vois, elle fait partie de mon paysage télévisuel…" Et tout à coup, le flash : c'est Daenerys de Game of Thrones ! Je ne l'avais jamais vue autrement que blonde platinée… et mise à nu… et vendue… et reine des dragons… Pas en action-girl brune en 'jean et débardeur. Et donc je tombe sous le charme du film. Avec ça, le vieux Schwartzy en "bon Terminator" qu'elle appelle Papy.
Il en reste quelque chose d'assez drôle et émouvant, une émotion peut-être due pas tant au film en lui-même qu'à une aura autour : le passé des acteurs, l'ensemble de la saga Terminator, la carrière de Schwartzy, last action hero. Et puis à elle : Emilia Clarke – Daenerys.
(Je me rends compte par la même occasion qu'on ne fait pas attention au nom des acteurs dans les séries si on ne les a pas déjà identifiés avant, par le cinéma. Ça tient sans doute au fait que, à la base, dans un passé pas si lointain, on méprisait les séries en tant que produits télévisuels – en série… Tout le prestige allant au "vrai" cinéma. Faut que ça change ! Cela dit, de la série télé dont, dès la vue d'une scène de dialogue en plan moyen, on sent la série télé feuilleton produite à la chaine ou le téléfilm trivial, il y en a encore plein… Cf. les nouvelles chaines Polar + ou Warner TV.) (Dans tout ce §, j'ai dit "on", mais je veux dire "moi"… vous, je ne sais pas.)
"Stricktly criminal", Scott Cooper, 2015. Avec un Johny Depp étonnant et terrifiant, et un Benedict Cumberbatch qui décidément est partout.
9 novembre :
"London boulevard", William Monahan, 2010. J'aime bien Colin Farrel et j'adore Keira Knightley… seules raisons d'apprécier ce film plutôt sordide de petits voyous londonniens…


jeudi 9 novembre 2017

Société thermodynamique


 — A quoi sert la COP23 ?
 — A préparer la COP24.
Ce ne sont pas les belles éoliennes (industrielles) qui nous sauveront. Ce ne sont pas les panneaux photovoltaïques (industriels) qui nous sauveront. Ce ne sont pas les voitures électriques (industrielles) qui nous sauveront (pas même les hybrides qui transportent leur propre centrale à pétrole pour recharger leurs batteries…)
On peut toujours s'amuser à essayer de colmater en interdisant l'usage des sacs en plastique dans les supermarchés, interdire l'automobile à pétrole, les avions, les voyages en tous sens, le transport des marchandises comme l'incinération des macchabées, dans le vain espoir d'arrêter les émissions de CO2 et l'augmentation déraisonnable de l'effet de serre, et donc la montée inéluctable des eaux. En réalité, si on abandonne toutes illusions angéliques, tous les espoirs fondés sur la bonne volonté générale des gentils colibris agriculteurs bio, on sait que toute régulation écologique devra être imposée par la force. Il vaudrait mieux se préparer à vivre sous la dictature.
Comme nous sommes moralistes et victimaires, nous accusons toujours l'avidité (greed) des autres, les vautours capitalistes… la passivité des autres (les masses indifférentes)… l'égoïsme des autres… Nous-toi-moi voulons seulement jouir sans entraves, « y a pas de mal à ça ». N'accusons pas les vautours du capitalisme industriel, accusons les masses (nous) inconscientes ou indifférentes ou pressées par les besoins immédiats (bouffer) et le désir tout puissant. Nous sommes les vautours de l'apocalypse. Nous boufferons tous les gentils colibris, toutes les abeilles, tous les nettoyeurs bénévoles des rives des rivières, tous les conscients de bonne volonté. Seule l'inéluctable écodictature nous sauvera de nous-mêmes.
Sinon… Comment arrêter la surpêche ? En ne mangeant plus de poisson. Comment arrêter la production de CH4 (méthane) par les pets des bovins ? En ne mangeant plus de viande. Comment arrêter la production de pesticides agricoles, en ne mangeant plus de pain ni de patates. Finalement, en ne mangeant plus rien, donc en mourant – on en revient toujours à ça.
Comment arrêter les émissions de gaz à effet de serre, surement pas par un marché de droits à la pollution, mais en ne prenant plus ni voiture, ni avion, ni train ni scooter, en n'achetant plus que dans le village voisin, et le nucléaire en éteignant la lumière, pas seulement quand on sort de la pièce : tout le temps, la machine à café, la télé, l'Internet (Nooon ! Paaas l'Interneeet !)
— Mais… c'est le célèbre retour à la bougie, ton affaire !
— Non, les bougies sont à base de paraffine elle-même à base de pétrole. Faut tout éteindre. C'est le retour à la caverne ! Et je vous préviens : ça va être tout noir.
— Ta gueule.